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Si vous êtes chanteur ou chanteuse au Québec, vous connaissez sûrement la Dre Françoise Chagnon. Médecin spécialiste en oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale depuis près de quarante ans, la Dre Chagnon prend soin des voix professionnelles de l’opéra autant que de la chanson populaire. Certains de ses patients ont chanté sur les scènes les plus prestigieuses au monde et, avec ses conseils, ont appris à mieux connaître, maîtriser et maintenir leur instrument vocal caché.
Son affinité pour la santé des musiciens s’est développée à travers la médecine et, de prime abord, sa fascination pour le larynx, les cordes vocales et la physiologie de la voix. Dans les années 1980, alors qu’elle était en formation médicale, les techniques d’examen endoscopique commençaient à se développer. « C’était le début de la sous-spécialisation en laryngologie et en phoniatrie au point de vue de la compétence des ORL, dit-elle. Avec la pratique clinique, j’ai exploré cette curiosité grâce aux patients et aux clients qui se sont présentés à moi. »
Ses premières collaborations avec un chanteur remontent à sa sous-spécialisation en laryngologie à l’Université Vanderbilt, aux États-Unis. La clinique médicale multidisciplinaire de son mentor à l’époque, le Dr. Robert Ossoff, était à la fine pointe de la laryngologie. « Ce qui était particulier, c’était la présence d’un ténor qui a intégré la clinique comme professeur de chant avec les médecins et les orthophonistes. Cela m’a donné le modèle du travail interdisciplinaire en soins de la voix », précise-t-elle. En revenant à Montréal, la Dre Chagnon poursuit ses collaborations avec les professeurs de chant de l’École de musique Schulich de l’Université McGill. Les invitations à « faire le contrepoint scientifique » dans un contexte vocal pédagogique se multiplient et lui permettent de découvrir une dimension artistique complémentaire à sa formation médicale. « C’est en côtoyant les pédagogues et les chanteurs professionnels que j’ai appris cet art de la voix chantée et la physiologie du chant », dit-elle.
Le respect des compétences est un des fondements de sa collaboration avec les professeurs de chant. Ils sont souvent les premiers à le reconnaître lorsque quelque chose ne va pas et ils ne veulent pas poursuivre avec l’élève sans en avoir l’autorisation médicale, de peur de blesser le chanteur, explique la Dre Chagnon. Et elle ajoute avec humour : « Je peux vous dire si vous avez des cordes vocales, le larynx et une physiologie en santé et qu’il n’y a pas de pathologie. Mais ce que vous allez faire avec ça, je ne peux pas le prédire en regardant votre gorge ! » Autant chez les hommes que chez les femmes, le développement de l’organe vocal est en processus entre 14 et 25 ans. Un des problèmes provient des concours de chant populaire qui entraînent l’appropriation précoce d’un répertoire ou d’un genre qui n’est pas adapté à la physiologie, au registre ou aux capacités des jeunes chanteurs. « Ça va amener un abus de la voix chantée, du forçage, des mauvaises techniques ou habitudes et des attentes irréalistes », explique-t-elle.
« Ceux qui ont réussi cette transition vers le professionnalisme ont été bien entourés par les pédagogues, les amis, les proches et la famille qui les appuient dans leur développement et leur confiance en soi », ajoute-t-elle. Outre la musicalité et la compréhension de la musique, il faut prendre en compte le développement du larynx, la discipline dans la formation, mais aussi la gestion du stress et des attentes envers soi-même, de sa production vocale et son développement artistique, explique la chirurgienne.
Pour les chanteurs professionnels, elle insiste sur l’importance du maintien d’une voix parlée en santé, en évitant des périodes de parlage trop longues, lors d’entrevues ou en contexte social, ou en priorisant le repos entre les répétitions et les performances. « Tout chanteur va développer ce sens acoustique et proprioceptif, lorsqu’il ressent qu’il y a une fatigue ou un manque de contrôle de son organe vocal. Ils doivent écouter leur petite voix. »
Son approche holistique à la santé témoigne aussi de son désir de démystifier les fausses croyances reliées à la physiologie vocale. Une erreur commune est liée à la terminologie : il faudrait plutôt parler des plis vocaux. « Un des fondements de mon approche thérapeutique est d’expliquer l’anatomie et la physiologie en l’illustrant aux patients. Il faut aussi parler du souffle, de la respiration, de la résonance. » L’accès à l’information et aux recherches a apporté du progrès depuis ses débuts dans le domaine. « Maintenant, je trouve que le discours avec les patients est différent. Ils sont beaucoup plus éduqués, curieux, ils ont plus de connaissances et ils veulent maîtriser leur organe vocal mieux que simplement l’acoustique. »
La curiosité de la chirurgienne l’amène à effectuer des recherches sur l’usage de la spectroscopie en pédagogie vocale – une technique traçant la voie vers l’avenir du développement de jeunes générations de chanteurs et de chanteuses.
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