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Chandos4
Au risque d’être envoyé en Patagonie comme missionnaire de Nielsen, je vais tenter d’expliquer pourquoi la musique de ce Danois insulaire peut apporter du réconfort aux esprits troublés de notre époque. Élevé dans une grande pauvreté au pays des contes de Hans Christian Andersen, Nielsen retournait dans son environnement d’origine chaque fois que l’inspiration ou le bonheur le quittaient.
Après la Première Guerre mondiale, son long mariage ayant pris fin par une ordonnance de séparation de corps, Nielsen a passé du temps au Jutland, essayant de donner un sens à son monde. La cinquième symphonie alterne les sons de bataille – caisses claires et cris des bois – avec la voix assourdie d’un individu terrifié. Le contraste vogue, presque jusqu’à l’incohérence. Il faut être un très grand compositeur pour admettre ce qu’on ignore. L’espoir vacille pour mieux tromper. Il n’y a pas de solution définitive à la cinquième symphonie de Nielsen. Chaque interprétation diffère de la précédente.
Son mariage renouvelé, son esprit apaisé, Nielsen a composé le concerto pour clarinette le plus inspiré depuis Mozart. Écrit pour la clarinette solo de l’Orchestre royal du Danemark, que Nielsen dirigeait, il s’agit d’une réflexion philosophique sur l’état de l’univers et le rôle de l’humble musicien au sein de celui-ci. La voix du soliste est interrogative, celle de l’orchestre pratique et compétente. Le compositeur joue le rôle d’arbitre, ne favorisant aucun des deux camps. En refusant de dicter le résultat, Nielsen se révèle le plus tolérant et le plus démocratique des compositeurs du monde élargi.
Edward Gardner dirige l’Orchestre philharmonique de Bergen, avec l’exquis Alessandro Carbonare (de l’orchestre Santa Cecilia de Rome) comme soliste expressif du concerto. Si vous ne vous êtes jamais aventuré du côté de Nielsen, je ne vois pas de meilleur enregistrement pour commencer.
Traduction : Andréanne Venne
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