Sol Invictus : la splendeur du mouvement

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Époustouflants et totalement investis, les 17 interprètes virtuoses du chorégraphe Hervé Koubi livrent Sol Invictus, une ode puissante au pouvoir rassembleur de la danse. Au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, jusqu’au 17 janvier   www.dansedanse.ca

La danse ignore les frontières – qu’elles soient géographiques ou politiques. Hervé Koubi en fait l’ample démonstration, en réunissant dans sa troupe 17 danseurs de presque autant de nationalités.  La pratique du chorégraphe français d’origine algérienne s’affranchit d’ailleurs aussi de tous les codes, empruntant à la danse contemporaine, à la danse urbaine, à la gymnastique et aux acrobaties circassiennes.

Dans Sol Invinctus, qui signifie soleil invaincu ou soleil invincible, les interprètes, en grande majorité masculins, investissent le plateau du Théâtre Maisonneuve qui est dépourvu de tout décor. Ils s’élancent autour de la scène, exécutent de nombreux headspins (tours sur la tête), font des rotations sur une seule main, des roues et des bonds prodigieux. Aux mouvements emblématiques du Break Dance se mêlent une gestuelle plus contemporaine mais aussi des mouvements issus de danses folkloriques ou populaires et d’exigeantes acrobaties qui évoquent les exploits du cirque.

La danse d’Hervé Koubi célèbre la force du collectif. Le chorégraphe conserve la personnalité de chacun de interprètes sans chercher à faire de la troupe un ensemble homogène. Vêtus de costumes colorés (Guillaume Gabriel) qui font penser à des jupes-culottes ou à des kilts, les danseurs évoquent des gladiateurs. Plusieurs ont le torse nu et, au fil des tableaux, l’audience constate la perfection de leur musculature. La grande majorité des artistes ont la puissance et l’habileté des gymnastes et leurs prestations forcent l’admiration.

Fresques inspirées

Sol Invictus désignait, vers la fin du III siècle, une divinité solaire romaine qui symbolisait la puissance et l’éternité. L’empereur Aurélien fixa sa fête près du solstice d’hiver, au 25 décembre, date adoptée plus tard par les chrétiens pour célébrer la naissance du Christ. Le christianisme devait du reste aussi s’inspirer de l’iconographie solaire.

La remarquable conception des éclairages du spectacle (Lionel Buzonie) incarnent cet esprit. Comme d’énormes rayons de soleil, ils tombent tantôt droit des combles ou cueillent les interprètes de côté et rappellent les lumières des tableaux du Caravage et sa technique du clair-obscur. Une aura quasi-mystique nimbe certaines scènes très réussies et l’on aurait aimé les voir s’étirer. La judicieuse utilisation d’une immense pièce d’étoffe dorée accentue la théâtralité et le potentiel dramatique de la deuxième partie du spectacle.

Les danseurs évoluent sur une création musicale du compositeur suédois – newyorkais d’adoption – Mikael Karlsson et du créateur sonore Maxime Bodson. Des œuvres du répertoire du célèbre pionnier de la musique minimaliste américain Steve Reich et de Beethoven accompagnent aussi le spectacle. Distorsions, vibrations intenses, percussions, cordes et instruments à vent tissent les différentes atmosphères du spectacle.

Sol Invictus célèbre la danse dans son sens le plus inclusif. Le spectacle n’est pas parfait – plusieurs sections sont répétées et le spectateur a parfois l’impression d’assister à une démonstration de virtuosité – mais l’œuvre est franche, généreuse et accessible.

Le prochain rendez-vous  que nous fixe le diffuseur Danse Danse est avec les Ballets Jazz Montréal, qui présenteront La revue finale du chorégraphe Jo Strømgren, en février. 

Avec : Francesca Bazzucchi, Badr Benr Guibi, Joy Isabella Brown, Denis Chernykh, Samuel Da Silveira Lima, Youssef El Kanfoudi, Abdelghani Ferradji, Elder Matheus Freitas Fernandes Oliveira, Oualid Guennoun, Hsuan-Hung Hsu, Pavel Krupa, Islam Kunakkulov, Ismail Oubbajaddi, Ediomar Pinheiro De Queiroz, Ayoub Rouifi, Matteo Ruiz, Allan Sobral Dos Santos, Karn Steine

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