Nomme-moé aborde l’amitié féminine et dénonce avec un humour grinçant les diktats féminins. Un excellent texte d’Elisabeth Sirois, très habilement mis en scène par Olivier Morin. À l’Espace Go, du 3 au 21 mars.
Chloé et Ève, deux grandes amies, se promènent en conversant lorsqu’un camion surgit à toute vitesse. Pour oublier leurs émotions, elles jouent à Nomme-moé, un jeu où il faut rapidement énumérer des noms correspondant à une lettre et à un thème choisi. D’abord innocent, le jeu dérape sur des sujets plus chargés. L’audience rit, mais un peu jaune. (Nomme-moé cinq raisons de quitter ton chum ou cinq chanteurs qui ont violé des femmes, par exemple).

Myriam Fournier incarne Chloé, la mère de famille. Crédit photo : Marie-Andrée Lemire.
Une maquilleuse professionnelle se matérialise ensuite sur scène, leur proposant une leçon de mise en beauté – au grand dam d’Ève, qui n’a aucune envie d’y participer. Le texte explore alors l’image de la femme, telle qu’elle est renvoyée par l’industrie de la mode, des cosmétiques ou par la publicité et les magazines. Les dialogues sont drôles tout en invitant à une authentique réflexion.
Les personnages de Chloé et d’Ève, merveilleusement incarnés par Myriam Fournier et Elisabeth Sirois, qui sont aussi coproductrices du spectacle, semblent aux antipodes. L’une est en relation, a deux enfants mais se pose à l’évidence quelques questions sur sa vie parfaitement réglée. L’autre est libre, sans filtre et questionne sans relâche les structures imposées. Elles symbolisent la dualité féminine qui coexiste en chaque femme – la vulnérabilité et la force, le désir de plaire et l’envie de se rebeller. Il faut aussi nommer Sharon James, dont le personnage recommande avec un aplomb et une logique imparable l’utilisation de tout articles pouvant être utilisé pour améliorer ou embellir l’apparence du visage, comme du fond de teint ou de la poudre, utilisés ici avec un succès très relatif.

Elisabeth Sirois joue Ève, la rebelle. Crédit photo : Marie-Andrée Lemire.
Olivier Morin (Théâtre du Futur) signe une mise en scène remarquable. On y retrouve l’humour et la fantaisie un peu absurde qui font la signature de cet acteur-metteur en scène polyvalent. Fidèle collaborateur du Théâtre de l’Opsis, qui présente le spectacle en collaboration avec l’Espace Go et qui poursuit avec Nomme-moé le cycle des territoires féminins amorcé en 2019, il a réussi à placer, avec l’équipe de création, les comédiennes au cœur même d’une mise en scène à la fois harmonieuse et décalée.
La pièce Nomme-moé est un vrai bijou. On ne peut que souhaiter une reprise et une tournée pour cette merveilleuse production.

Sharon James personnifie la maquilleuse de façon très crédible. Crédit photo : Marie-Andrée Lemire.
Avec Myriam Fournier, Sharon James, Elisabeth Sirois
Équipe de création : Elisabeth Sirois (Texte), Olivier Morin (Mise en scène), Ariane Lamarre (Assistance à la mise en scène) Anne-Sara Gendron (Scénographie, accessoires et peinture scénique), Marie-Aube St-Amant Duplessis (Lumières), Julia Patkos (Costumes), Navet Confit (Musique), Dominique Hawry (Vidéo), Marilyne Spénard (Régie), Suzanne Crocker (Direction de production et de création), Alex Gendron (Direction technique -Opsis), Cello Ponce (Direction technique -GO), Marie-Ève Charbonneau (Coordonnatrice de production), Hemjy Bizier Messier (Stagiaire et régie plateau), Camille Picher (Peinture scénique), Myriam Fournier & Elisabeth Sirois (Coproduction), Théâtre de l’Opsis, (Coproduction), Espace go (Collaboration)