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Pour l’artiste multidisciplinaire Mélanie Demers, l’antiracisme et le féminisme sont des évidences, un geste politique qui naît d’une intuition esthétique. Afin de mieux nommer le vivre-ensemble, elle choisit depuis dix ans des distributions inclusives, mettant en avant des femmes et des artistes issus de la diversité qui auparavant demeuraient invisibles.
La chorégraphe et metteure en scène travaille donc dorénavant avec des interprètes telles que Stacey Désilier, Frannie Holder, Briana Lombardo, Chi Long, Angélique Willkie. Ces choix de cœur répondent à ce que le public a besoin de voir et d’entendre et il apprécie cette féminité sur scène. Les distributions ne sont pas des cases à cocher en vue de subventions, mais de vraies rencontres qui transforment l’œuvre, comme lors de la genèse de L’amour ou rien (2025) ou du Cabaret noir (2022), repris en février.
Inspiré par la mort de George Floyd, Cabaret noir est une célébration païenne, pop et intense du concept de la négritude, nourrie par des œuvres qui ont construit cette notion chez Mélanie Demers. James Baldwin, Aimé Césaire, Boukar Diouf, Frantz Fanon, Dany Laferrière, Toni Morrison côtoient Nina Simone, Spike Lee, Hergé et son Tintin au Congo. Les interprètes collaborateurs prennent un ouvrage et lisent une page ouverte au hasard, qu’ils tombent sur quelque chose d’important ou de complètement trivial. L’ordre des tableaux varie aussi, selon l’éclairage, la musique ou le DJ set du moment. Le spectacle n’est donc jamais le même.
Une parole décomplexée
La structure aléatoire du cabaret littéraire révèle l’amplitude de ces contrastes, crée une parole décomplexée qui se décline en français, en anglais et en créole, se réinventant chaque soir en ajoutant de nouvelles couches de sens. Mélanie Demers croit en l’accident comme acte créateur. Le philosophe afro-américain Fred Moten pense que l’improvisation est au cœur même de l’existence des personnes noires, que celles-ci usent de fugitivité, de fugacité comme moyen de résistance et d’adaptabilité – d’où le jazz, la danse, l’intelligence sportive. Mélanie Demers adhère à cette explication théorique.
Le meurtre de George Floyd est symbolique du racisme systémique et des brutalités policières envers les Afrodescendants, aux États-Unis et ailleurs. La violence est liée à leur histoire, qu’elle soit institutionnelle ou internalisée. Chaque interprète de Cabaret noir en porte des traces, même si les expériences diffèrent. Le spectacle montre des situations de violence. Certains numéros sont subtils, d’autres difficiles à livrer – ou à recevoir.
En attendant une société postraciste et postféministe, Mélanie Demers expérimente, afin de dépasser les revendications et plonger dans la splendeur et l’ampleur de ce que l’âme humaine a à offrir.
Cabaret noir, au Théâtre Outremont et dans les Maisons de la culture.
www.maydaydanse.ca; www.fondationconservatoire.org
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