Critique | Gala Talent 2025 : Un aperçu de l’avenir de l’opéra

0

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Le 11 novembre, l’Opéra de Montréal a présenté son deuxième Gala Talent annuel à la Salle Wilfrid-Pelletier, mettant en vedette les finalistes des auditions nationales de l’Atelier lyrique. Accompagnés par les pianistes Jérôme de los Santos et Brian Cho, les jeunes voix prometteuses se sont faites entendre devant un parterre composé de nombreuses personnalités du milieu philanthropique montréalais, la salle étant bien remplie malgré la tempête de neige, à laquelle s’ajoutait la grève du réseau de transport en commun.

Le jury était formé de Michel Beaulac (directeur artistique de l’Opéra de Montréal), Jennifer Szeto (directrice de l’Atelier lyrique), Adrianne Pieczonka (soprano et directrice des études vocales à l’École Glenn Gould), Matthew Horner (vice-président, division vocale, IMG Artists) et Royce Vavrek (librettiste et directeur artistique du Théâtre Against the Grain).

Michel Beaulac, Jennifer Szeto, Royce Vavrek, Matthew Horner, Adrianne Pieczonka
Photo : Tam Photography

La soirée a également été marqué par un passage de flambeau : l’ancien directeur général de l’OdM, Patrick Corrigan, a été chaleureusement remercié pour ses dix années à la tête de la compagnie, par l’actuel directeur et « ami » Jean-Pierre Primiani.

Adrian Rodriguez et Justin Bernard, de La Scena Musicale, étaient présents pour donner leur avis sur le concours de cette année. 

Le baryton Gennady Grebenchuk a ouvert le bal avec « Ah ! per sempre io ti perdei » extrait de I Puritani de Bellini. Ayant étudié à l’Université de Toronto et au Mediterranean Opera Studio en Sicile, où il a travaillé notamment avec Jack Livigni. 

Adrian : « Grebenchuk a impressionné par la finesse de sa voix, la qualité de son articulation et l’homogénéité de son registre. Son interprétation, à la fois posée et intelligente, laisse présager un chanteur en voie d’atteindre sa pleine maturité professionnelle. »

Justin : « Ce chanteur possède d’excellentes bases techniques, il apporte un grand soin aux lignes vocales, mais il n’a pas fait suffisamment preuve d’intention expressive et d’incarnation dramatique. » 

Alessia Francesca Vitali, mezzo-soprano montréalaise et titulaire d’une maîtrise en interprétation lyrique de l’Université de Toronto, a interprété avec chaleur et élégance « Sein wir wieder gut » extrait d’Ariadne auf Naxos de Strauss.

Adrian : « Son interprétation lyrique, d’une grande richesse, était captivante, même si la brièveté de l’aria nous a laissés sur notre faim. Chanter Strauss avec piano était un choix audacieux ; on sentait les couleurs orchestrales planer, presque à portée de main. »

Justin : « Un piano ne saurait retranscrire toutes les couleurs de l’orchestration du compositeur. La mezzo-soprano a démontré un fort potentiel, tant technique qu’expressif, mais elle s’est elle-même sanctionnée par un choix de pièce trop courte et méconnue du répertoire. »

Nikan Ingabire Kanate
Photo : Tam Photography

Nikan Ingabire Kanate, soprano aux origines ivoiriennes et rwandaises, poursuit actuellement des études supérieures à l’Institut Curtis. Elle a offert un lumineux « Depuis le jour » de Louise de Charpentier.

Adrian : « Elle a fait preuve à la fois de raffinement et d’une grande profondeur d’émotion. Son phrasé nuancé et sa palette expressive lui ont valu le Prix du public (Prix Stingray). »

Justin : « Elle a reçu sans surprise le Prix du public, comme en témoignait l’enthousiasme de ses partisans. Et à raison! Elle a été l’une des meilleures interprètes de la soirée, chantant avec ses tripes, mais aussi capable de retenue. »

Onur Hilaloglu, basse d’origine turc, est diplômé du programme de l’Université de Toronto. Il a interprété « Oh chi piange? Del futuro nel buio discerno » de Nabucco de Verdi.

Adrian : « Le chanteur d’origine turque a montré un grand potentiel dans le registre aigu, où son « i » résonnait avec aisance. On pouvait percevoir le potentiel d’une voix sombre et ample qui trouvera peut-être un jour sa véritable place entre basse et baryton. »

Justin : « Artiste très mature vocalement pour son âge, mais avec un vibrato proéminent et inhabituellement lent dans le medium et le grave. Il gagnerait à étendre davantage ses couleurs brillantes, bien présentes dans l’aigu. » 

La mezzo-soprano Daria Tereshchenko a charmé le public avec « Nobles seigneurs, salut » des Huguenots de Meyerbeer. Diplômée de l’École de musique Mannes, cette artiste née à Kyiv possède une musicalité naturelle et un timbre enveloppant et velouté. 

Adrian : « Son chant exhalait assurance et grâce, son timbre apaisant et assuré. »

Justin : « Une candidate qui a toutes ses chances de rejoindre l’Atelier lyrique. Elle a brillé dès l’entame de son air, non seulement par l’aisance, mais par le lyrisme de sa voix en totale maîtrise. On ne l’a toutefois pas senti aussi endurante vers la fin, notamment au niveau de la justesse. »

La soprano Natacha Demers est une fière Québécoise, formée au Conservatoire de musique de Montréal et lauréate des Jeunes Ambassadeurs Lyriques, apportant brillance et espièglerie à « Chacun le sait » de La Fille du régiment de Donizetti.

Adrian : « Mme Demers a incarné la vivacité et l’éclat de la tradition colorature française, chaque note aiguë résonnant avec confiance et joie. » 

Justin : « La voix témoigne d’une bonne formation et d’une saine technique. Le timbre nous est cependant apparu quelque peu strident, comparé à ses collègues. Tous étaient amplifiés par des micros discrets, une approche qui a fini par desservir Natacha Demers en particulier. »

Photo : Tam Photography

Emma Gélineau-Cloutier, originaire de Sherbrooke et diplômée de l’Université McGill, a interprété « Come scoglio » de Così fan tutte de Mozart.

Adrian : « Elle a révélé un timbre fascinant aux reflets métalliques, à mi-chemin entre une jeune soprano dramatique et une mezzo-soprano. Son évolution sera intéressante à suivre. »

Justin : « La voix de Mme Gélineau-Cloutier a semblé la plus jeune de toutes celles de la soirée, ce qui en dit long sur son potentiel de progression. Quelques accrocs dans la fluidité des lignes ornementales, au piano, ont nui à l’appréciation générale. »

Jeremy Scinocca, ténor basé à Toronto et ancien participant du programme Yulanda M. Farris pour jeunes artistes de l’Opéra de Vancouver, a interprété « Che gelida manina » de La Bohème de Puccini. Son pari audacieux s’est avéré payant puisqu’il a remporté le Grand Prix.

Adrian : « Il a fait preuve d’une justesse remarquable et d’une grande audace face aux défis posés par Puccini. Son timbre, encore en formation, trouvera sans doute sa plus belle expression dans le répertoire du bel canto. »

Justin : « La grande surprise est venue de ce ténor. L’audace d’offrir un air adoré des amateurs d’opéra aura certainement joué dans l’attribution du prix, en sachant que l’interprète n’a pas faibli et assuré une justesse constante. Cela dit, la voix était trop exposée sur les voyelles ouvertes. Elle a donné l’impression d’une technique sans base solide, au mieux d’une technique hybride type crossover, ce qui constitue un cas isolé chez l’ensemble des concurrents. »   

Grace Budoloski, soprano de Winnipeg et lauréate du prix Annamaria Bamji de l’Opéra du Pacifique de Victoria, a clôturé la soirée avec « Les oiseaux dans la charmille » des Contes d’Hoffmann d’Offenbach.

Adrian : « Sa voix brillante et agile, ainsi que son sens du comique, ont conquis le public. »

Justin : « Mme Budoloski s’est illustrée par son art de la communication, par son rythme comique, et par son aisance décomplexée dans le suraigu. On peut seulement regretter une perte de justesse sur certaines notes de passage. »

Le Gala Talent a une fois de plus confirmé l’engagement de l’Opéra de Montréal envers la relève artistique. La nouvelle cohorte de l’Atelier lyrique sera annoncée en février.

Pour en savoir plus sur l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, rendez-vous sur www.operademontreal.com/atelier-lyrique

This page is also available in / Cette page est également disponible en: English (Anglais)

Partager:

A propos de l'auteur

Les commentaires sont fermés.