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Cet été, le Festival de Lanaudière se prépare à faire vivre un autre grand moment musical. Aux côtés de Yannick Nézet-Séguin et de l’Orchestre métropolitain, on attend la venue d’une soprano d’exception, Saioa Hernández, qui incarnera Lady Macbeth à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay (2 août).

Photo : WebArt
Originaire de Madrid, l’artiste a passé l’essentiel de sa carrière en Europe. Ce sera pour elle une première au Canada avec Nézet-Séguin, mais des retrouvailles avec son partenaire de scène Etienne Dupuis. En effet, la soprano et le baryton avaient déjà uni leurs voix lors d’un concert post-pandémie au Deutsche Oper de Berlin, dans des airs et duos de Macbeth. Plus récemment, en septembre 2025, ils se sont croisés à l’Opéra national de Paris; elle chantait dans la production d’Aïda et lui, dans La bohème.
Hernández dit avoir eu peu d’occasions de chanter des rôles de vilaines. « En tant que sopranos, on incarne généralement des personnages qui souffrent, qui se battent pour l’amour ou pour une cause héroïque comme la liberté, mais jamais pour le pouvoir. J’ai beaucoup de chance de pouvoir interpréter des rôles comme celui d’Abigaille ou de Lady Macbeth, qui luttent toutes deux pour le pouvoir contre un ennemi, mais aussi contre leur propre famille. J’aime aussi jouer les vilaines parce que ce genre de rôles est souvent mieux développé dans l’opéra, sur le plan tant musical que dramatique. »
Au point de vue vocal et expressif, la reine d’Écosse a toutes les qualités qu’une chanteuse et comédienne comme elle rêve d’interpréter. « Ce rôle est parfait pour ma voix. Je me sens vraiment à l’aise dans le registre dramatique (grave et moyen), mais aussi dans le rôle de Lady Macbeth, plus que dans n’importe quel autre rôle verdien, car il est très théâtral. On peut jouer avec sa voix, avec les nuances, les émotions et avec le sens des mots. C’est le rôle le plus intéressant qui m’ait été présenté. Je l’apprécie de plus en plus chaque fois que je l’interprète. »
Hernández est une soprano résolument atypique, non seulement par la rareté de sa couleur de voix, qui lui permet d’aborder une variété de rôles différents, mais aussi par sa curiosité naturelle et sa propension à explorer un sujet jusqu’au bout. Son parcours en est la preuve éclatante.

Dans le rôle-titre de Turandot, Teatro La Fenice, 2024. Photo : Impallomeni
Trouver sa vocation
Rien n’était tracé d’avance. Contrairement à d’autres qui se trouvent une vocation précoce et plongent à pieds joints dans le monde de l’opéra, la jeune Hernández a pris son temps. « Je voulais trouver ma voie. Je ne voulais pas d’un métier qui me donne l’impression de travailler, mais d’un qui me procure du bonheur et où je peux donner le meilleur de moi-même. J’étais attirée par la vie spirituelle, le service militaire ou policier et les arts. Enfant, j’aimais danser, dessiner et chanter. À l’époque, personne dans mon entourage n’avait exercé ces métiers. J’ai résolu de tous les essayer avant 25 ans. J’ai d’abord fait des études de droit et me suis engagée dans l’armée. Après avoir passé le test psychologique obligatoire, j’ai senti que cette vie n’était pas pour moi. À la même époque, m’étant convertie au catholicisme, j’ai décidé d’entrer au couvent pour mener une vie de religieuse. Après un an et demi, à 22 ans, j’ai compris que ce n’était pas non plus ma vocation. À ma sortie du couvent, la première chose que j’ai faite a été de réintégrer la chorale de mon université. J’étais sûre d’une chose : je voulais continuer à chanter. »
Une tournée estivale en France, où elle faisait partie du chœur dans une production de La traviata, fut une révélation. « C’est à ce moment que j’ai vraiment commencé à chanter l’opéra. C’était la première fois que j’incarnais un rôle, avec un costume et tout le jeu que cela implique. J’ai compris que c’était ce qui comptait le plus pour moi, que je ne voulais plus chanter en suivant une partition comme avec les oratorios. Dès que j’ai mis les pieds sur scène, j’ai su que j’avais trouvé ma voie. »
Après avoir exploré et vécu toutes ces expériences, de 19 à 25 ans, Hernández a connu un tout autre rythme. Entre le moment où elle a commencé ses premiers cours de chant et ses débuts en 2009 dans le rôle de Norma, quatre ans seulement se sont écoulés. Son premier prix à un concours organisé au Théâtre du Liceu, à Barcelone, a conduit à l’une de ses rencontres les plus importantes. Elle raconte : « Carlos Caballé faisait partie du jury. Après ma victoire au concours, il m’a invitée à rencontrer sa sœur, la grande Montserrat, afin qu’elle m’aide à préparer le rôle de Norma. Ma première, en septembre, a rapidement été suivie du rôle-titre dans Il pirata de Bellini, pour lequel elle m’a également formée. C’était un défi de taille, d’autant plus que c’étaient mes premiers rôles sur une grande scène. »
Les jeunes artistes se voient rarement promettre un rôle à la sortie d’un concours de manière aussi inattendue. Là encore, Hernández fait figure d’exception. « C’est simplement parce qu’il a perçu quelque chose dans ma voix pour ce répertoire en particulier, une impression qu’il avait eue auparavant en entendant sa sœur chanter. Il pensait que j’étais faite pour ce genre de rôle de soprano dramatico d’agilità. Quand j’étudiais avec Montserrat, elle me disait qu’elle me voyait interpréter toutes les reines : ‘’Tu dois chanter Anna Bolena, Roberto Devereux… Évidemment, ta voix est très différente de la mienne, plus grave que la mienne. Ce n’est pas bon pour toi de chanter Maria Stuarda, qui exige une voix plus légère’’. Selon elle, je pouvais chanter bien d’autres rôles. Malgré nos différences, on avait quelques similitudes dans la façon d’exprimer l’émotion en chantant le bel canto. C’est peut-être lié à la charge émotionnelle de la voix, ce qu’il faut justement pour interpréter Bellini, ou même les rôles plus anciens de Verdi. »

En Lady Macbeth, Bayerische Staatsoper, 2026. Photo : Geoffroy Schied
Hernández se réjouit d’avoir commencé par le bel canto. « Pour moi, c’est la base pour interpréter les autres rôles à venir, car cela nous apprend à chanter en suivant le souffle ou ‘’sul fiato’’ comme disent les Italiens (la sensation que la voix coule dans un flux d’air régulier et ininterrompu, plutôt que de forcer le son). Une fois qu’on a cette base, on chante de mieux en mieux. Je recommanderais aux jeunes artistes de ne jamais abandonner le bel canto pour continuer à garder la maîtrise de leur voix. »
Parmi ses inspirations, l’interprète mentionne aussi bien des sopranos du passé comme Caballé, Maria Callas, Virginia Zeani, Rosa Ponselle ou encore la mezzo-soprano Elena Obraztsova que des chanteuses actuelles comme Anna Netrebko et Lisette Oropesa. « Mes collègues sont une source d’inspiration. On ne peut jamais tout à fait élucider la manière dont l’art se fait. Je choisis de continuer à apprendre de mes expériences et des autres. »
Hernández se souvient de ses toutes premières expérimentations vocales, durant son adolescence. « Je ne connaissais évidemment rien à l’opéra. Pour moi, tout était question d’écoute. J’étais très curieuse. J’aimais imiter les gens – pas seulement les chanteurs –, leur façon de parler et leurs accents. Dans ma famille, personne ne connaissait l’opéra. Ma mère a commencé à collectionner des disques et livrets d’opéra grâce à un abonnement à un journal. L’idée était de nous y initier petit à petit. Vers l’âge de 16 ans, quand il n’y avait personne à la maison, je me pratiquais sur la musique à plein volume. J’ai commencé avec Céline Dion, Mariah Carey, Laura Pausini… Je m’enregistrais avec un système de karaoké et j’essayais de les imiter. J’ai fait de nombreux essais, toujours dans le but de m’améliorer. Je n’étudiais pas la technique à proprement parler, bien sûr. J’ai encore des enregistrements de cette époque. »
« Una voce poco fa », du Barbier de Séville de Rossini, est le premier air qu’elle a entendu en concert, avec ses parents. Aussitôt chez elle, Hernández a fouillé dans la collection de sa mère pour retrouver cette mélodie qui lui était déjà familière et essayer de la chanter. « Ce type de chant m’a ouvert de nouveaux horizons. Je chantais de la soul ou de la pop. J’ai pris conscience que je pouvais chanter plus haut et avec davantage de puissance. Des années plus tard, j’ai compris que si je voulais chanter en tant que soliste, je devais trouver et respecter ma propre voix. On peut essayer d’imiter la technique, le mécanisme, mais pas la couleur de la voix des autres ni leurs qualités. »

Dans le rôle-titre de La Gioconda, Teatre del Liceu, 2026. Photo : David Ruano
Leçons pour la vie
De jeune chanteuse autodidacte, Saiao est passée au rang d’apprentie et, finalement, à celui de professeure. « Ce n’est pas tant une question de notes que d’expérience de vie. Plus on en a, mieux on peut incarner un personnage et s’exprimer au-delà des mots et de la musique. J’ai dit un jour à l’une de mes élèves qui répétait la scène du somnambulisme de Lady Macbeth : ‘’Tu dois chanter moins. Ici, le personnage est inconscient, cela doit se ressentir dans ta façon de chanter. Tu dois créer cette atmosphère et être capable de passer d’une idée musicale à l’autre.’’ Seule l’expérience peut nous apprendre cela. »
Malgré le succès, Hernández reste humble. Elle confie même être timide lors de la première générale d’une production, en présence de ses collègues et du pianiste accompagnateur. « Quand je joue un rôle, il ne s’agit pas de moi. C’est pour cette raison que je me sens plus à l’aise (en costumes) qu’en concert. »
Fidèle à sa personnalité, la soprano espagnole ne cessera jamais d’apprendre sur elle-même et sur son art. Il lui reste notamment à approfondir le répertoire allemand. « En fait, deux rôles m’attendent dans un avenir proche. En 2030, au Teatro Real de Madrid, je chanterai dans un opéra de Richard Strauss. J’en suis très heureuse, et je pense que cela convient très bien à ma voix. En attendant, je vais devoir étudier l’allemand… L’idée me plaît. En m’y plongeant physiquement et en écoutant de multiples versions et interprètes, je me rends compte que c’est une manière complètement différente d’exprimer les émotions. Ce n’est pas seulement la langue qui est différente, mais aussi le langage musical, surtout par rapport au répertoire italien.
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