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Si la venue de Marie-Nicole Lemieux au Canada, et au Québec en particulier, constitue toujours un événement, que dire de ses débuts dans Carmen, dont on fête le 150e anniversaire en 2025 !
Sa toute première prise de rôle remonte à 2017, à Paris, aux côtés du ténor Michael Spyres. « J’étais prête pour chanter Carmen bien avant que je le fasse. J’attendais qu’un chef ait le courage de me confier le rôle et ce fut Michel Franck, directeur général du Théâtre des Champs-Élysées. On ne va pas se le cacher, on donne surtout Carmen à de grandes brunes, ce qui n’est pas mon physique. Je savais que j’avais la voix, mais je ne faisais pas une fixation sur ce rôle en me disant que je ne le ferais peut-être jamais et tant pis. »

Photo: Christophe Agostinis
Le 7 juin, à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue de Longueuil, Marie-Nicole retournera à la formule parisienne : version concert avec mise en espace. Pour celle qui autrefois était cantonnée aux rôles de contraltos, ce sera l’occasion de retrouver une tessiture qui, en vérité, lui est naturelle. « J’en étais presque surprise, au début. Carmen se situe dans le milieu de ma voix. Une soprano, une mezzo-soprano ou une contralto peut chanter ce rôle. La question est plutôt de savoir si on a quelque chose à dire et si on a bien travaillé le sens des paroles. Au fond, c’est bien que j’aie chanté Carmen si tard. Plus on attend, plus on prend de la maturité. Avec le temps, j’apprends que je peux apporter ce quelque chose en étant moi-même. Puisque Carmen est une femme complètement libre, entière, je pense que chaque interprète se doit de prendre le rôle à bras le corps et le faire sien, avec sa vision propre. »
Une interprétation, aussi personnelle soit-elle, ne peut toutefois pas effacer le caractère universel et intemporel de l’œuvre. « Il reste que c’est une histoire qui se répète encore aujourd’hui dans nos vies, car c’est l’histoire d’un féminicide. Cet opéra a quelque chose de plus que les autres, à savoir qu’il comportera toujours une modernité. Sa résonance est encore plus forte depuis le mouvement MoiAussi et la prise de conscience de la violence faite aux femmes. »

Photo: Mirco Magliocca
Marie-Nicole distingue nettement Carmen de Dalila, femme « exotique » et ô combien séductrice, mais animée par le désir de vengeance – totalement absent chez la Sévillane – et surtout soumise à un appareil politique destiné à faire tomber Samson. « Carmen n’est pas sombre, au contraire. Il y a beaucoup d’humour chez elle. “Tu m’aimes ? Je ne t’aime pas. Tu ne m’aimes pas ? Ah, tu m’intéresses.” Elle en rit dans son air de la Habanera. Elle voit cet homme qui n’ose pas la regarder et ça l’attire. C’est le jeu, la séduction. Par ailleurs, quand elle décide une chose, elle l’assume. Elle est très honnête quand elle conseille à Don José de rejoindre sa mère. “Tu n’es pas heureux, je le vois bien.” En même temps, elle sait que c’est un homme dangereux », analyse l’interprète, qui s’est également plongée dans la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée.
Évolution vocale
Sans trahir qui elle était, Marie-Nicole a mis tout en œuvre pour réaliser ses rêves de chanteuse, incluant Carmen. « Au début de ma carrière, j’avais pour but d’améliorer ma voix pour pouvoir chanter les répertoires et surtout faire les couleurs dont j’avais envie, notamment en récital ou en concert. Je travaille encore et encore avec une professeure, docteure de la voix. Celle-ci avait un ambitus très court au début. Elle s’est développée et développée, avec le temps », raconte Marie-Nicole.
La richesse de sa palette vocale lui a ouvert des répertoires encore inexplorés comme son premier rôle wagnérien, Fricka. Dernièrement, elle a été heureuse d’ajouter Erda, autre personnage de la tétralogie, à son catalogue. « Là aussi, j’ai découvert des zones vocales, des endroits où ma voix résonnait de manière complètement différente et nouvelle. C’était grisant. Chaque musique amène l’exploration d’une sonorité différente. Je pense que c’est en partie mon bagage de récitaliste qui m’aide et qui me suit. »
Retour auprès des siens
Le lien entre Marie-Nicole et Marc Boucher, directeur général et artistique du Festival Classica, s’est surtout concrétisé et affirmé pendant la pandémie, autour de l’ambitieuse intégrale des mélodies de Massenet. « J’aime penser qu’on est au début d’une belle collaboration. Marc est un passionné qui aime la voix, les voix, et la musique française. Là-dessus, on se rejoint énormément. Je suis extrêmement reconnaissante qu’il me fasse chanter Carmen au Québec. J’ai dit à ma famille : si vous voulez m’entendre dans Carmen, c’est là que ça se passe ! »
Carmen de Bizet. 7 juin, cocathéâtrale Saint-Antoine-de-Padoue, Longueuil. Production : Nouvel Opéra Métropolitain. Distribution : Marie-Nicole Lemieux (Carmen), Emmanuel Hasler (Don José), Suzanne Taffot (Micaëla), Étienne Dupuis (Escamillo); Orchestre du Festival Classica, Ensemble ArtChoral; Jean-Marie Zeitouni, chef. www.festivalclassica.com
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