Ce n’est pas si souvent qu’on a la chance d’entendre l’Orchestre symphonique de Montréal dans du répertoire baroque. En ce mois de décembre, Raphael Payare a choisi de programmer Le Messie de Haendel, une œuvre emblématique non seulement du 18e siècle, mais de la période du temps des fêtes, dans la pure tradition anglophone. Pour l’occasion, la Maison symphonique était pleine à craquer.
Le choix des solistes invités s’est avéré gagnant. La basse britannique Roderick Williams a été impressionnante en tous points : un confort autant dans l’aigu que dans le grave, une virtuosité infaillible, une expressivité bien songée, et une diction des plus élégantes dans la langue de Shakespeare qui a été bien mise en valeur au moment des récitatifs. Aucun air du Messie n’a semblé lui résister, de l’inquiétant The People that Walked in Darkness au lumineux The trumpet shall sound en passant par Why do the nations, d’habitude redouté pour ses nombreux mélismes.
De son côté, le ténor sud-africain Levy Sekgapane s’est montré très fringuant dans le registre supérieur. Il a aussi fait preuve d’un contrôle vocal impeccable tout au long de la soirée. Dans Thou Shall Break Them, par exemple, il a exécuté une cadence particulièrement aigue avec succès et n’a jamais manqué de souffle ou d’énergie face aux difficultés. Sa couleur de voix n’était pas celle d’un ténor typique du répertoire sacré, mais était tournée plutôt vers le style opératique, ce qui est assez rare pour être souligné dans ce genre de concerts.
Lucy Crowe, soprano. Photo : Antoine Saito
La soprano britannique Lucy Crowe a un don naturel pour le chant. Son timbre velouté enveloppait bien la salle et a grandement contribué au caractère expressif de ses interprétations. Toutefois, elle a laissé passer un peu trop de souffle, perdant ainsi de brillance dans des passages censés être dramatiques ou pleins de ferveur.
La voix de l’alto chilienne-suédoise Luciana Mancini, quant à elle, possédait un beau métal, mais elle est parue moins juste sur certaines notes dans le registre médian. De plus, ses graves avaient une couleur sombre et n’étaient pas assez connectés au reste.
La fluidité et la justesse des lignes ont été des points forts du chœur de l’OSM. Les ténors se sont merveilleusement bien illustrés, tant par la cohésion sonore du groupe que par l’exécution des mélismes, sans parler de la qualité intrinsèque des voix individuelles. Les altos ont fait une prestation tout aussi convaincante. Les deux autres pupitres n’ont pas connu la même forme. Chez les basses, on a constaté une perte de définition dans les passages rapides, tandis que les sopranos ont fait ressortir des voix aux aigus pas suffisamment aériens qui ont heurté le son de l’ensemble.
Enfin, honneur au maestro Payare, dynamique dans un style qu’on lui connaissait moins. Ce dernier a opté pour une direction contemporaine, c’est-à-dire non teintée de considérations historiques. Conséquence : des mouvements musicaux plus ronds, rarement saccadés, et des sons amples. Dans ces moments-là, les violons ont presque trop bien joué. Chaque note était généreusement timbrée, donnant lieu à une interprétation lisse. Or, en musique baroque, il existe une plus grande hiérarchie dans la manière dont les sons produits. Des aspérités au fil du discours musical auraient aussi mérité d’être entendus.
Bref, un concert que le public peut s’estimer content d’avoir vu et qui incluait, de plus, des numéros plus rarement joués. Compte tenu de l’affluence dans la salle, un retour annuel, à l’image des concerts de Noël avec Fred Pellerin, est tout à fait envisageable.
Photo : Antoine Saito
Prochaine représentation, le 11 décembre à 19h30, toujours à la Maison symponique. Pour des billets : https://www.osm.ca/fr/concert/le-messie-alleluia/
