Critique | Carmen au Festival Classica : un spectacle amplifié par le son et l’éclairage

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Le 7 juin dernier, le Festival Classica a offert tout un spectacle de sons et lumières à la Cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue. Le rouge de la passion et le blanc éclatant étaient les couleurs dominantes de cette Carmen version concert, avec la très attendue Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre.

De retour sur ses terres natales, la mezzo-soprano a offert au public une immense performance tant sur le plan vocal que scénique. Son attitude dans la peau de la bohémienne sensuelle et son engagement dans l’articulation du texte ont fait une très grande impression. L’enjeu d’une diction impeccable était d’autant plus important que la représentation se tenait dans un lieu saint, avec l’acoustique réverbérant qu’on connaît, et avec des micros à la bouche des solistes. Inutile, dans ces circonstances, de trop donner de la voix et Marie-Nicole Lemieux en a pris tout à fait la mesure. 

Dans « L’amour est un oiseau rebelle », elle a choisi de chanter doucement la ligne mélodique pour faire ressortir soigneusement toutes les syllabes tout en restant fidèle au charme fou de son personnage. Dans les dialogues aussi, elle énonçait ses répliques sur le mode du récitatif grâce à des syllabes consciencieusement timbrées qui assuraient une grande clarté d’élocution. La plupart de ses collègues ont plus parlé que chanté leurs textes, avec certes du rythme et de beaux élans, mais des liaisons qui, à cause de l’amplification et de l’écho, finissaient en amas de sons. 

Avec Étienne Dupuis (Escamillo). Photo : BigJaw

Étienne Dupuis, dans le rôle d’Escamillo, a joué sur le même effet récitatif que Marie-Nicole Lemieux. La douceur mêlée à l’engagement de son phrasé ne pouvait qu’être bénéfique à la compréhension du texte. La brillance de son timbre dans l’aigu, une fois venu le temps de chanter son grand air de l’acte II, et le naturel de son vibrato ont magnifiquement résonné dans l’espace de la cocathédrale. Parlant du chant et de la théâtralité, le ténor Thomas Vinals, en Remendado, a été aussi extrêmement précis et efficace dans ses interventions. S’il fallait retenir un duo, on pencherait toutefois pour celui de Catherine St-Arnand et Florence Bourget (Frasquita et Mercedes), très complices aux côtés de la Carmencita dans « Les tringles des sistres tintaient » (acte II). La voix de Suzanne Taffot (Micaëla), par son timbre riche et son vibrato généreux, aurait été mieux servie sans autant de réverbération, mais elle a habité pleinement son personnage et atteint des sommets de lyrisme qui rivalisaient amplement avec Carmen. 

De son côté, Emmanuel Hasler nous a gratifié d’une interprétation particulièrement sensible et intime de « La fleur que tu m’avais jetée ». Dans le dernier acte, malgré l’usage du micro, il n’a pas suffisamment projeté sa voix face au volume sonore combiné de Carmen et de l’accompagnement orchestral, mais a très bien joué le pathétisme de Don José. 

L’Orchestre du Festival Classica, sous la direction de Jean-Marie Zeitouni, a donné beaucoup de relief aux sonorités exotiques de la partition. La prestation des différents solos de l’orchestre a offert de beaux dialogues avec les chanteurs. Mention spéciale aux cuivres, irréprochables dans leurs attaques. Que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, les membres de l’Ensemble ArtChoral, préparé pour l’occasion par M. Zeitouni lui-même, ont bien projeté au-dessus de l’orchestre, très convaincants dans les numéros de liesse populaire. À noter également la présence de deux grands écrans qui diffusaient en direct un bel enchaînement d’images de l’orchestre et des chanteurs sur scène, pris sous différents plans.   

Carmen. Production : Nouvel Opéra Métropolitain. Direction musicale : Jean-Marie Zeitouni, Orchestre du Festival Classica et Ensemble ArtChoral. Distribution : Marie-Nicole Lemieux (Carmen), Emmanuel Hasler (Don José), Étienne Dupuis (Escamillo), Suzanne Taffot (Micaëla), Catherine St-Arnaud (Frasquita), Florence Bourget (Mercedes), Dominique Côté (Dancaïre), Thomas Vinals (Rememdado), Dion Mazerolle (Zuniga), Pierre Rancourt (Morales)

Le Festival Classica se poursuit jusqu’au 15 juin. Pour voir la programmation, visitez le www.festivalclassica.com

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A propos de l'auteur

Justin Bernard est détenteur d’un doctorat en musique de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la vulgarisation musicale, notamment par le biais des nouveaux outils numériques, ainsi que sur la relation entre opéra et cinéma. En tant que membre de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), il a réalisé une série de capsules vidéo éducatives pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Justin Bernard est également l’auteur de notes de programme pour le compte de la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal et du Festival de Lanaudière. Récemment, il a écrit les notices discographiques pour l'album "Paris Memories" du pianiste Alain Lefèvre (Warner Classics, 2023) et collaboré à la révision d'une édition critique sur l’œuvre du compositeur Camille Saint-Saëns (Bärenreiter, 2022). Ses autres contrats de recherche et de rédaction ont été signés avec des institutions de premier plan telles que l'Université de Montréal, l'Opéra de Montréal, le Domaine Forget et Orford Musique. Par ailleurs, il anime une émission d’opéra et une chronique musicale à Radio VM (91,3 FM).

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