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Marc Boucher, fondateur et directeur artistique du Festival Classica, a toujours les oreilles grandes ouvertes. « Un directeur artistique doit écouter beaucoup de musique, dit-il. J’écoute même du heavy métal. » La diversité des goûts musicaux de Boucher se reflète dans la programmation du Festival Classica. Cette année, les concerts comprennent des arrangements symphoniques de chansons des Beatles, des tangos nouvellement composés pour violoncelle et bandonéon (instrument de type concertina) ainsi qu’une variété d’opéras classiques et contemporains.
Les éditions précédentes du Festival Classica ont eu lieu à Montréal ainsi que dans la région de la Montérégie, au Québec. Cette année, la priorité sera donnée à la Montérégie. Le seul concert qui aura lieu à Montréal sera le concert-bénéfice du Festival à la Place des Arts, soit une adaptation de la comédie musicale Starmania de Michel Berger en opéra.
Priorité aux talents locaux

Photo: Jeremy Dion
Bien que le Festival Classica organise des concerts depuis 2010, les talents locaux n’ont pas toujours été priorisés. « Avant, nous engagions davantage d’artistes étrangers, mais nous avons décidé petit à petit d’embaucher des artistes du Québec et du Canada », explique Boucher. D’une part, le directeur estime que la difficulté de gagner sa vie en tant qu’artiste aujourd’hui le motive à engager davantage de musiciens et de musiciennes à l’échelle locale, et ce, sans devoir faire de compromis sur le plan artistique. « Nous avons ici un bassin de talents extraordinaire », poursuit-il.
Le violoncelliste Stéphane Tétreault, l’une des étoiles locales, se produit avec le Festival Classica depuis le début. Boucher explique qu’il l’a d’abord invité pour interpréter les suites pour violoncelle de Bach. Il l’a ensuite réinvité dix ans plus tard pour aborder un répertoire entièrement différent : les suites de tango. Le directeur a eu l’idée de ce projet lors d’un voyage aux Îles-de-la-Madeleine en 2019 où il a rencontré le bandonéoniste Denis Plante et lui a demandé d’écrire une série de suites de tango pour bandonéon et violoncelle. « Je voulais quelque chose qui ne soit pas le Piazzola habituel », explique-t-il. Cette année, Plante et Tétreault joueront des morceaux de Piazzola, de Villoldo et de Pugliese, mais l’essentiel du concert Stradivatango consistera en compositions de Plante.
Stéphane Tétreault se produira également au sein d’un quatuor à cordes dans The Köln Concert de Keith Jarret. Comme pour Stradivatango, l’idée du concert est venue à Marc Boucher par hasard. Il se rendait en voiture à Québec et écoutait l’album The Köln Concert, une performance improvisée légendaire du pianiste de jazz Keith Jarret à l’opéra de Cologne, en Allemagne. Remarquant que le concert avait été enregistré le 24 janvier 1975, il a fait le calcul. « En 2025, c’est le 50e anniversaire de cette œuvre ! Comme j’adore cette musique, j’ai décidé de commander l’arrangement immédiatement. »
Boucher voulait célébrer l’anniversaire de cet enregistrement emblématique. « Si j’avais engagé un pianiste, dit-il, ça n’aurait pas été pareil. » L’album de Keith Jarret est unique; la magie de cet enregistrement improvisé, l’album pour piano solo le plus vendu de tous les temps, ne pouvait être surpassée. C’est pourquoi le directeur a opté pour une approche différente. S’inspirant de l’arrangement de Bernard Labadie des Variations Goldberg de Bach pour cordes et continuo, il a décidé de commander à François Vallières l’arrangement de l’album de jazz de Keith Jarret pour quatuor à cordes.
Une toute nouvelle écoute
Boucher explique que l’écoute de musique non classique interprétée par des instruments d’orchestre est un excellent moyen, pour les gens qui n’écoutent pas souvent de la musique classique, de se familiariser avec les sonorités et les timbres caractéristiques de ce style musical. Chaque année, le Festival Classica propose une version symphonique d’un album emblématique du rock classique. Il y a dix ans, Dark Side of the Moon de Pink Floyd a été joué en plein air, au parc de la Cité de Longueuil. Marc Boucher était dans la foule ce soir-là. Pendant que le violon solo jouait, il a entendu une jeune fille dire à son père qu’elle voulait apprendre à jouer de cet instrument. Lorsque les gens sont inspirés comme l’était cette fille ce soir-là, « nous avons atteint notre objectif », estime le directeur.
Cette année, l’album Abbey Road des Beatles sera interprété par un orchestre symphonique. Boucher a découvert l’Abbey Road Concerto grâce à une critique parue dans Le Devoir. « Christophe Huss a écrit une critique très favorable de l’album, alors j’ai décidé de commander l’arrangement. J’ai tout de suite su que je voulais l’intégrer à un concert. » Abbey Road Concerto est un arrangement unique du violoniste et compositeur israélo-américain Guy Braunstein. La musique de Braunstein met en vedette des doubles cordes difficiles et différentes techniques d’archet que l’on retrouve dans les cadences classiques les plus virtuoses.
C’est l’un des seuls concerts du festival à mettre en vedette un musicien non local. Braunstein interprétera lui-même son Abbey Road Concerto avec Alain Trudel à la tête de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières dans deux suites de chansons adorées des Beatles.
Pour Boucher, les versions symphoniques de Pink Floyd et des Beatles ne sont que le début. Étant ouvert à tous les styles musicaux, il voit des possibilités illimitées de faire des adaptations symphoniques de différents styles. « Je rêve de voir Jacob Collier se produire avec un orchestre, et d’avoir une version symphonique de The Dirty Loops, de Sophia Stephens, de Joni Mitchell », conclut-il.
Traduction : Nathalie Généreux
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