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Nommé directeur musical de l’Orchestre du Centre national des Arts du Canada (OCNA) en 2015, Alexander Shelley était alors le plus jeune titulaire à ce poste dans l’histoire de l’institution. Onze ans plus tard, il se rappelle s’être réjoui à l’idée de collaborer avec « un ensemble de renom regroupant des artistes aussi talentueux et avec un orchestre aussi évolué. Je savais qu’il me faudrait relever un double défi : conserver les qualités que ces personnes avaient acquises au fil des années et explorer avec elles de nouveaux horizons. »
Lorsque Shelley prit les rênes de l’OCNA, la planification des célébrations du 150e anniversaire du Canada en était à ses débuts. Selon le maestro, se jouait alors une question existentielle, « la question d’un orchestre national ». Il passa alors de nouvelles commandes, convaincu que « si l’on utilise l’argent du Trésor (public) pour réaliser quelque chose, alors on se doit de prendre des risques que d’autres organisations ne peuvent pas nécessairement se permettre ».
Résultat ? Plus de 50 nouvelles œuvres de compositeurs canadiens. Shelley compare le mandat de directeur musical à celui d’un premier ministre ou d’un président. Un chef d’orchestre doit « idéalement entrevoir un horizon plus lointain que la durée de son engagement dans l’organisation ». Ce regard tourné vers l’avenir a donné lieu à un succès retentissant, à une programmation créative et à l’expansion de projets de tournées et d’enregistrements tout au long des onze années de Shelley à la tête de l’OCNA.
La perspective d’un orchestre national a motivé de nombreuses tournées de l’OCNA à l’échelle locale et internationale. En 2017, l’OCNA s’est produit dans toutes les provinces et tous les territoires canadiens. L’orchestre retournera ce printemps dans la Première Nation d’Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, sur l’île du Cap-Breton, où, il y a dix ans, il a été le premier orchestre symphonique à se produire dans une réserve. Shelley raconte que l’OCNA a joué dans l’enceinte d’une patinoire de hockey, puis a été invité à un festin et à un spectacle donné par des artistes de la Première Nation d’Eskasoni.
« C’était la plus belle des expériences », avoue-t-il. Dans ce premier concert, l’OCNA avait interprété I Lost My Talk, une commande inspirée de l’œuvre de la défunte poétesse et aînée mi’kmaq Rita Joe, dans le cadre d’un programme rendant hommage aux femmes canadiennes. Cette année, lors de son retour sur la côte est, l’orchestre mettra à l’honneur le ténor et compositeur de la nation Wolastoqiyik Jeremy Dutcher. Le renforcement du maillage communautaire par l’orchestre constitue une priorité pour Shelley. « Un orchestre n’est qu’un moyen d’exprimer quelque chose de cette expérience commune que nous vivons au cours de notre vie », déclare-t-il.

Photo : Curtis Perry
Shelley a mené l’OCNA dans une tournée monumentale, d’abord en Europe, puis au Carnegie Hall, au Japon (marquant un premier retour en 40 ans) et en Corée, une première. Shelley résume le rôle d’ambassadeur de l’OCNA en ces mots : « L’orchestre symphonique est magnifique, car il regroupe des personnes qui collaborent au plus haut niveau pour tenter d’exprimer les pensées les plus intimes et des sentiments profondément humains qui transcendent le temps, les cultures et les langues. »
Shelley a accru la notoriété de l’orchestre grâce à ses enregistrements, notamment des symphonies de Schumann et de Brahms, d’œuvres de Clara Schumann et, plus récemment, des poèmes symphoniques de Richard Strauss. Il ajoute : « Je considère que le rôle d’un chef d’orchestre consiste principalement à servir le compositeur, à être son porte-parole sur le podium. » Son souci du détail et sa recherche de l’excellence se manifestent dans les enregistrements. Il recherche toujours plus. « Une fois que nous avons atteint le 95e centile, comment se hisser au 96e, puis au 97e ? »
En tant que chef et meneur, Shelley accorde une grande importance à la préparation, au respect et à l’efficacité dans son travail. Il dit vouloir « ressentir la vitalité, l’instantanéité et le dynamisme de la musique » pour créer un lien humain. Il cite Herbert von Karajan, Claudio Abbado et Carlos Kleiber comme ses premiers grands modèles et dit vouer aujourd’hui une admiration à des maestros comme Valery Gergiev, Gustavo Dudamel, Yannick Nézet-Séguin et Marin Alsop.
Même si Shelley quitte ses fonctions à l’OCNA, il assumera la direction de plusieurs autres organisations. Directeur musical du Pacific Symphony dans le comté d’Orange, en Californie, directeur artistique et musical d’ArtisNaples en Floride, il est aussi le premier chef associé du Royal Philharmonic Orchestra de Londres et chef principal désigné du National Symphony Orchestra d’Irlande. Le Canada occupe toutefois une place de choix dans son cœur, d’autant plus que ses deux fils y sont nés. « Je reviendrai assurément, affirme-t-il, sachant toutefois que je clos ce chapitre de ma vie avec un sourire aux lèvres et le cœur empli de gratitude. »
Pour connaître les derniers concerts de Shelley en tant que directeur musical de l’Orchestre du CNA, consultez le www.nac-cna.ca
Traduction : Lina Scarpellini
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