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par Dino Spaziani et Adrian Rodriguez
Les rues de Montréal s’animent au printemps. De la guitare classique au violon jazz, les sons des musiciens de rue résonnent de nouveau sur les places, aux stations de métro et sur les marches des églises. Il ne s’agit pas d’un simple divertissement, mais d’un élément du rythme de la vie publique.
La figure du musicien de rue n’est pas unique à Montréal. Cette tradition traverse les continents et les siècles. En Amérique latine, par exemple, le joueur d’orgue de Barbarie est connu sous le nom d’organillero, une personne souvent vue avec un instrument à manivelle en bois en bandoulière, jouant des mélodies mécaniques à partir de cylindres à goupilles ou de rouleaux de papier.
L’origine de cette tradition remonte à l’Europe, où ces musiciens étaient appelés Leierkastenmann en Allemagne ou Werkelmann en Autriche. Ces joueurs d’orgues à manivelle, parfois accompagnés de singes danseurs ou de chiens dressés, étaient au 19e siècle les précurseurs des juke-box portables .
Franz Schubert a saisi cet archétype solitaire dans Der Leiermann, le dernier chant de Winterreise. L’homme à la vielle à roue se tient pieds nus dans la neige, manipulant son instrument tandis que les chiens grognent contre lui et que personne ne l’écoute. C’est une image obsédante, symbole d’isolement artistique, d’endurance et de défi silencieux. Ce même esprit s’observe chez les musiciens de rue d’aujourd’hui, qui continuent à jouer même lorsque la ville passe parfois sans les remarquer.
Le rythme des rues
Depuis 2009, je fais partie de la communauté des musiciens de rue de Montréal. Tout a commencé en 1991, lorsque je jouais à la station Pie-IX, devant les partisans des Expos (l’équipe de baseball qui n’existe plus) qui affluaient après les matchs. Certains jours, la foule était avec vous. D’autres jours, il n’y a que vous, le son et le vent. Mon plus gros gain jusqu’à présent a été de 630 $ en 45 minutes, une rare combinaison de synchronisme, d’énergie et de générosité. Mon plus faible a été de 10 cents après deux heures à la Place des Arts.
À mon avis, le busking ne se mesure pas en pièces de monnaie. Il se résume plutôt aux petits moments : un bambin qui s’assoit en tailleur sur le trottoir pour écouter, un touriste qui s’arrête et pleure, un sourire qui illumine le visage de quelqu’un avant qu’il reprenne sa route. Les enfants, en particulier, sont honnêtes dans leurs réactions. S’ils aiment ce qu’ils entendent, ils dansent, applaudissent ou entraînent un parent vers la musique. Parfois, ils tendent eux-mêmes une pièce, les yeux brillants. Parfois, ils froncent les sourcils et s’éloignent. Il n’y a pas de juste milieu.
Laurent
L’un des visages les plus connus de la ville est Laurent, un guitariste classique qui arrange tout, du heavy metal aux hymnes nationaux, style classique sur cordes en nylon. « J’essaie de deviner d’où viennent les touristes, dit-il. Si je réussis et que je joue leur hymne, on le voit : la reconnaissance, la joie. Parfois, ça se transforme en 20 $. Parfois, juste un signe de tête. »
Il joue depuis 1986 et préfère le plein air, surtout devant la basilique Notre-Dame. « Le métro, c’est dur. Les gens sont en mission, écouteurs sur les oreilles, les yeux baissés. Dehors, même à zéro degré, si le vent n’est pas trop fort, je m’installe. » L’hiver, il joue souvent sous l’arche de la Place des Arts, surtout après les concerts. « C’est un bon endroit pour tester du nouveau matériel. J’ai déjà rendu une guitare parce qu’elle sonnait bien en magasin, mais pas dans la rue. Ici, à la PDA, l’acoustique est honnête. » Il voyage aussi, au Québec et au-delà, mais revient toujours. « Ça vous prend aux tripes, dit-il. C’est du travail, certes, mais aussi autre chose. Parfois, en une heure, on peut ressentir de la joie, du rejet, de la surprise. On ne ressent pas ça avec un travail de bureau. »
Regarder vers l’avenir
Cet été, je serai dans la rue avec mon téléphone, pour documenter ces histoires, les nouveaux venus, les vétérans, ceux qui ont trouvé leur son underground et ont fait leur chemin vers la scène. Certains des meilleurs musiciens montréalais ont commencé ainsi. Ils s’entraînaient dans les couloirs du métro, payaient leurs frais de scolarité avec des pièces de monnaie dans un étui à guitare et jouaient devant des inconnus bien avant de se produire dans des salles de concert. Airat Ichmouratov, aujourd’hui chef d’orchestre et compositeur, a passé ses premières années à Montréal à jouer pour les passants afin de joindre les deux bouts. Même Gareth Dicker, violoniste de formation classique, a trouvé la liberté et le contact avec le public grâce au busking lorsqu’il était étudiant à McGill, explorant l’improvisation loin des salles de concert.
La musique qui remplit les rues de Montréal n’est pas seulement un bruit de fond. Pour certains, c’est le premier chapitre d’une longue histoire.
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