Soundstreams : Créer une ouverture

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Lawrence Cherney, directeur artistique fondateur de Soundstreams, reconnaît que la saison en cours de l’ensemble aborde son lot de « grands thèmes », tout en se disant tout aussi enthousiaste à l’égard de la musique qui les inspire. Établie à Toronto, la compagnie propose une série de concerts printaniers ambitieux, alliant grandes idées et profonde musicalité.

Fondée en 1982, Soundstreams s’est donné pour mandat de « favoriser l’engagement du public envers la nouvelle musique canadienne ainsi que le théâtre musical et l’opéra en commandant, en élaborant, en produisant et en diffusant ces œuvres ». Au fil de son histoire, l’organisation a permis au public de découvrir une diversité de nouvelles voix, mettant en lumière des compositeurs et des interprètes canadiens dans des contextes innovants et souvent inspirants. Beaucoup de ces contextes découlent de choix réfléchis et de ce que Cherney appelle une « programmation thématique qui intègre généralement des références à des éléments et à des événements extérieurs à la musique ».

Soundstreams interprète Mass for the Endangered
Photo : Cylla von Tiedemann

Le concert d’ouverture de la saison, présenté en novembre et intitulé Mass for the Endangered, explorait des enjeux et des thématiques environnementales. Prévu en mai, In Terra Pax s’articule autour de ce que Cherney qualifie de « thème important et on ne peut plus actuel : la guerre et la paix », en résonance, bien sûr, avec les événements en Ukraine. « La musique possède cette capacité singulière de rendre compte de ce qui se passe dans notre monde, comme presque aucune autre discipline. »

En complément de ces concerts, l’ensemble propose des événements que Cherney qualifie de « purement musicaux – nous avons toujours cultivé l’éclectisme ».

Arvo Pärt (2011)
Photo : Eric Marinitsch

À la croisée de la thématique et de la musicalité, deux concerts présentés en février célèbrent le 90e anniversaire d’Arvo Pärt. Le compositeur, qui a quitté son Estonie natale en 1980, est reconnu pour la critique discrète mais percutante qu’il adresse à l’idéologie soviétique. Cette démarche s’incarne dans son style tintinnabuli que l’on retrouve notamment dans Spiegel im Spiegel (1978), composée peu avant son départ, ainsi que dans Fratres (1977).

Le 9 février, Rencontres TD : Another Side of Arvo Pärt mettra à l’honneur la célèbre Fratres au Hugh’s Room de Toronto, ainsi que des pièces du compositeur canadien Omar Daniel et de l’artiste multimédia ukraino-canadienne Anna Pidgorna. « Notre objectif est de mettre régulièrement en relation des compositeurs et des interprètes canadiens avec leurs homologues internationaux, explique Cherney, et la meilleure façon d’y parvenir consiste à demander aux ensembles étrangers, lorsqu’ils se produisent ici, d’interpréter des œuvres canadiennes. » Plusieurs de ces ensembles font ensuite rayonner le répertoire que nous avions commandé dans leur pays d’origine. « Pour un compositeur, il n’y a pas de plus grand hommage que de voir son œuvre portée par un ensemble étranger. »

Arvo Pärt at 90, présentée le 14 février (à la Yorkminster Park Baptist Church de Toronto), mettra en vedette le dirigé par Tõnu Kaljuste, chef et directeur artistique de l’ensemble et lauréat d’un prix Grammy. Le programme réunit, en première partie, une diversité de compositeurs, avec des œuvres de Lucio Berio et de Philip Glass, ainsi que de la compositrice estonienne Evelin Seppar et une création mondiale du compositeur torontois Esko Maimets. La seconde partie du concert présente des œuvres de Pärt, notamment le Magnificat (1989) et The Deer’s Cry (2007).

« Sa musique entretient, bien sûr, un lien avec le passé – elle en évoque la sonorité médiévale, sans pour autant relever de la musique médiévale, souligne Cherney à propos de l’œuvre de Pärt. Sa musique touche également des personnes sans appartenance religieuse particulière. Il n’est pas nécessaire d’adhérer au christianisme ni à un autre système de croyances spirituelles : c’est une musique qui crée des liens. »

Quatuor Bozzini

Le Quatuor Bozzini prolongera et approfondira ce sentiment de connexion musicale au mois d’avril. Le quatuor à cordes montréalais présentera en création trois nouvelles œuvres de compositeurs canadiens – Taylor Brook, Zosha Di Castri et Cassandra Miller – dans le cadre d’un concert intitulé With Strings Attached au Jane Mallett Theatre de Toronto. Ces œuvres ont été commandées par Soundstreams, le festival Time:Spans de New York et Le Vivier de Montréal. « Chaque œuvre se distingue par son style propre, une voix véritablement singulière et personnelle », souligne Cherney à propos des nouvelles pièces et de leurs compositeurs. Six courtes œuvres inédites, signées par des participants du programme Soundstreams Bridges Emerging Composers développé sous le mentorat de Miller et de Di Castri, seront également présentées à ce concert.

« Ce n’est pas souvent que nous avons l’occasion de présenter, si l’on peut dire, une formation “standard”, précise-t-il. Généralement, les nouvelles œuvres font appel à des formations instrumentales mixtes. Nous avons toutefois vu là une occasion idéale de mettre à l’honneur trois compositeurs canadiens exceptionnels, interprétés par un remarquable quatuor à cordes spécialisé dans ce répertoire. »

I Want to Tell You Everything: An Anthology of Love Songs (9 avril) tire son titre d’une nouvelle œuvre du compositeur franco-ontarien Thierry Tidrow, créée à cette occasion. « La chanson d’amour est évidemment un genre populaire, note Cherney, mais nous avons estimé qu’il y avait là des pistes particulièrement intéressantes à explorer. » Figurent également au programme Dring, Dring, de la compositrice montréalaise Ana Sokolović, une œuvre pleine d’esprit qui commente avec humour l’obsession contemporaine pour les téléphones cellulaires, ainsi que trois œuvres de la compositrice canadienne Nicole Lizée. Deux œuvres du célèbre compositeur québécois du XXe siècle Claude Vivier, Love Songs et Shiraz (1977), font office de véritable point d’ancrage pour l’ensemble du programme.

« En matière de programmation, je cherche toujours à trouver comment nous pouvons aider le public à trouver une ouverture, explique Cherney, et cela ne signifie nullement qu’on doive édulcorer ce que nous faisons. Il s’agit plutôt de fournir le contexte nécessaire. »

www.soundstreams.ca

Traduction : Anne Marie Babkine

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