Critique | Les minimalistes revisités par le Trio Fibonacci

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Avec Les minimalistes revisités, le Trio Fibonacci nous a offert, vendredi 8 avril, un concert de musique de chambre à l’atmosphère intimiste et sensible. En investissant un répertoire minimaliste qui place l’émotion au cœur de l’expérience musicale, les trois musiciens ont su conquérir le public, nombreux et enthousiaste, de la salle Bourgie.

Ce concert nous a permis de découvrir la facette la plus expressive de la musique minimaliste grâce à une programmation d’une grande cohérence esthétique, mêlant plusieurs grandes figures de ce courant musical (Philip Glass, Michael Nyman, ou encore Max Richter)  dans des arrangements inédits et spécialement adaptés pour l’instrumentation du Trio Fibonacci.

Très respectueuses des œuvres originales, ces nouvelles adaptations nous ont donné l’opportunité d’apprécier l’interprétation généreuse et variée de Julie-Anne Derome (violon), Gabriel Prynn (violoncelle) et Meagan Milatz (piano), capables de transporter les auditeurs dans une multitude d’émotions différentes. Parfois douces et mélancoliques, parfois passionnées et lyriques, les six pièces de ce concert ont réussi à conjuguer subtilité d’écriture et accessibilité d’écoute.

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La première partie du concert nous a proposé un voyage à travers l’univers musical de cinq compositeurs. Les trois premières compositions interprétées, écrites originellement pour le cinéma, ont illustré la grande capacité de la musique minimaliste à stimuler l’imaginaire. En ouverture, Castells d’Armand Amar, issue de la bande originale du documentaire Human de Yann-Arthus Bertrand, se construit autour d’une courte cellule mélodique de piano empreinte de nostalgie, avant de monter graduellement en intensité. The heart asks pleasure first de Michael Nyman (écrite pour la bande originale de La leçon de piano de Jane Campion), au caractère plus affirmé, se distingue par une mélodie aux accents traditionnels dialoguant entre le violon et le violoncelle. Enfin, The Hours de Philip Glass, issue du film éponyme, est sublimée par une très belle adaptation pour trio, nous permettant d’apprécier plusieurs changements de textures et de couleurs, depuis les arpèges épurés du piano jusqu’au caractère mécanique et répétitif des pizzicati des cordes.

En présentant, lors de la pièce suivante, un arrangement original de la chanson By this river de Brian Eno, figure importante de la musique pop et de la musique électronique, le Trio Fibonacci nous a offert une interprétation toute en douceur et en délicatesse. Une adaptation d’une grande pureté qui nous laisse entrevoir les rapports étroits qu’entretiennent la musique minimaliste et la musique pop. Pour clore cette première partie du concert, la pièce Petricor de Ludovico Einaudi, dont le titre évoque l’odeur de la végétation après la pluie, constitue une représentation musicale contemplative de cette sensation olfactive souvent évocatrice de souvenirs. Le public, particulièrement sensible à cette pièce d’une grande élégance, a chaleureusement applaudi l’interprétation vivante et habitée du Trio Fibonacci.

La seconde partie du concert a été consacrée au projet ambitieux et colossal de Max Richter : avec Les quatre saisons recomposées, le compositeur allemand a imaginé une version modernisée, mais néanmoins très respectueuse, du chef-d’œuvre de Vivaldi. En gardant intacte la structure de l’œuvre (trois mouvements par saison, soit douze mouvements au total), Richter réussit à exploiter le matériau musical initial d’une manière ingénieuse et radicale. Parfois très proches des Quatre saisons originelles, parfois totalement recomposées, ces douze mouvements permettent aux auditeurs d’apprécier l’étendue des registres expressifs de la musique minimaliste, depuis des paysages musicaux d’une grande douceur (le premier mouvement, très poétique et solaire, du Printemps) jusqu’aux élans lyriques d’une virtuosité exaltée (le troisième mouvement de l’Été, le premier mouvement de l’Hiver). La partition met particulièrement en valeur la maîtrise instrumentale et la totale implication des trois musiciens : le jeu limpide et précis de Meagan Milatz (qui alterne, dans cette pièce, entre le piano et le clavecin) a parfaitement répondu aux interprétations fougueuses et passionnées de Julie-Anne Derome et Gabriel Prynn.

Le Trio Fibonacci, salué par une longue ovation, a offert au public une ultime pièce en interprétant  Dona Nobis Pacem de Max Richter. Une parfaite conclusion à ce concert qui, par sa programmation musicale à la fois sophistiquée et accessible, a su bouleverser un public très à l’écoute, visiblement charmé par cette soirée musicale chargée en émotions.

Prochain concert : Le trio se met en quatre

Avec l’altiste Marina Thibeault

Vendredi 6 mai, 19h 30, Salle Bourgie

Infos : https://www.mbam.qc.ca/fr/activites/trio-fibonacci-le-trio-se-met-en-quatre-1/

 

 

 

 

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