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Steven Osborne veut faire voyager son public par la musique. Le pianiste écossais sera à Montréal le 1er mars pour un récital présenté par le Ladies’ Morning Musical Club (LMMC). Au cours de ce premier récital en solo avec le LMMC, il interprétera des œuvres de Schubert et de Beethoven.
« J’aime beaucoup les programmes qui font voyager, confie-t-il. Lorsque j’ai une histoire à raconter, je sens que je peux mieux fusionner avec le public. »
Nommé en 1922 officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour sa contribution à la musique, M. Osborne s’est produit dans plusieurs salles prestigieuses, notamment le Wiener Konzerthaus, le Concertgebouw d’Amsterdam et le Suntory Hall de Tokyo. Il a aussi été musicien en résidence du Wigmore Hall de Londres, du Royal Scottish National Orchestra et du City of Birmingham Symphony Orchestra. Avant de venir à Montréal, il donnera un concert au Barbican Hall. « J’essaie de m’immerger dans la musique pour éviter de trop réfléchir, explique-t-il, mais mes pensées me guident malgré tout. »
Natif d’Écosse, Steven Osborne a étudié avec Richard Beauchamp à la St. Mary’s Music School d’Édimbourg et Renna Kellaway au Royal Northern College of Music de Manchester. Dès le début de sa carrière, il a remporté le premier prix du Concours international de piano Clara Haskil en 1991 et celui du Naumburg International Piano Competition en 1997 avant d’être nommé instrumentiste de l’année par la Royal Philharmonic Society et de se voir décerner deux BBC Music Magazine Awards et deux prix Gramophone.
« Mon obsession pour le piano a commencé dès que j’ai pu atteindre les touches, se souvient-il, et je ne sais pas pourquoi. Dès que je me réveillais le matin, j’allais directement au piano. » À l’école, Steven a aussi fait du violoncelle. « Avec l’archet, on ressent le mouvement de la ligne, ajoute-t-il, alors j’essaie de trouver une façon de bouger [au piano]qui me permet, en quelque sorte, de ressentir dans mon corps la façon dont la musique avance. »
La ligne et le mouvement sont des éléments essentiels de son enseignement à la Royal Academy of Music et au Royal Conservatoire of Scotland à titre de professeur invité. Sur son site Web, il partage une foule d’idées et d’expériences personnelles, y compris cette réflexion de 2012 intitulée simplement « Teaching » où il déclare sans détour : « Il ne suffit pas pour l’enseignant de ressentir fortement la musique, il doit collaborer avec ceux qui pourraient la ressentir d’une tout autre manière ». En réfléchissant à cette affirmation faite il y a plus d’une décennie, il explique que « le plus difficile pour un professeur est de ne pas dire à ses élèves comment jouer. Je passe beaucoup de temps à tenter de leur faire reprendre contact avec leurs instincts. Parfois, ils ne pensent même pas qu’ils devraient essayer quelque chose – vous savez, c’est l’obéissance, la suppression de ses propres émotions pour reproduire exactement ce qui est écrit. L’une de mes tâches principales est d’essayer de les amener à croire que, s’ils suivent véritablement leurs instincts, ils feraient ce que personne d’autre ne pourrait faire. »
La discographie de M. Osborne témoigne de la sagesse de cette conviction. Grâce à son contrat d’exclusivité avec Hyperion depuis 1998, il a enregistré près de trois douzaines d’albums d’œuvres de Messiaen, Debussy, Ravel, Rachmaninov, Moussorgski, Beethoven, Liszt et Tippett, en plus de duos avec le pianiste anglais Paul Lewis. En 2016, son album d’œuvres des compositeurs américains Morton Feldman et George Crumb a été encensé, notamment par Kate Molleson qui a écrit dans le Guardian que « ce pianiste qui a récemment enregistré des œuvres de Schubert et Moussorgski a réussi à insuffler leur chant et leurs nuances vigoureuses même aux lignes les plus assourdies et abstraites de Feldman ». Dix ans plus tard, celui-ci est toujours « aussi fier » de cet album. « J’ai travaillé très fort. La sensation de la musique de Feldman se situe dans les variations subtiles, mais très précises du mouvement musical. »

Photo: Ben Ealovega
Osborne cite le célèbre pianiste Alfred Brendel (décédé l’an dernier à l’âge de 94 ans) comme source d’inspiration sans précédent pour ses interprétations des œuvres de Feldman et bien plus. « Sa maîtrise du tempo est remarquable et il en fait un usage très précis. C’est curieux comment sa méthode d’enseignement était très littérale, mais son jeu comme musicien ne l’était pas du tout. C’est une question de caractère. » En plus de Dinu Lipatti et de Clara Haskil, il mentionne « l’influence considérable » du pianiste et compositeur américain Keith Jarrett qui « m’a amené à beaucoup improviser au fil des ans. Et ce que j’ai fait est en grande partie grâce à lui – à sa grande liberté et son ouverture d’esprit ».
« J’aime les extrêmes, admet-il. Je pense à des moments très paisibles, puis à des moments très sonores. J’aime ce qui est sincère, mais je suis allergique au plus haut point au tapage – qui me semble tellement prétentieux. Tout ça se reflète dans le type de musique qui m’attire. » Sa relation avec la musique, y compris les œuvres de Beethoven et de Schubert qu’il interprétera à Montréal, a évolué avec les années. « Ce qui a changé le plus, c’est ma capacité à me fier à mes instincts – j’ai davantage confiance en ce que j’ai envie d’exprimer avec la musique. »
Le Ladies’ Morning Musical Club présente Steven Osborne en récital à la salle Oscar Peterson de Montréal le 1er mars. www.lmmc.ca
Traduction : Véronique Frenette
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