Entretien et réparation des bois : Dans les coulisses des techniciens

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Afin de réussir leur vie d’artiste, les musiciens doivent trouver chaussure à leur pied (en d’autres termes, le bon instrument). Leur fibre artistique et leurs compétences techniques vont de pair avec celles de leurs homologues, travaillant souvent dans l’ombre : lumière sur les techniciens qui dévouent leur carrière à fabriquer, entretenir et réparer les instruments qui créent la musique.

Selon la technicienne Julie Dubreuil, le fonctionnement interne d’un bois est un puzzle fascinant à résoudre. Ayant travaillé 15 ans dans le domaine, Julie Dubreuil s’est taillé une réputation : celle de la technicienne à impérativement aller voir au Québec pour les professionnels des bois.

Julie Dubreuil at Twigg Musique

Elle affirme que son travail est « un mélange étrange de travail manuel, d’acoustique et de puzzle ». Forte également d’une brève incursion en sciences informatiques, son expérience de musicienne lui confère ce mélange éclectique de compétences qui semble attirer autant de techniciens dans le domaine de la musique.

Jeff Willis, directeur de l’atelier de réparation Long & McQuade’s à Vancouver, travaille comme technicien pour les bois depuis 1998. Néanmoins, son intérêt était là bien avant, lors de ses études primaires où il a commencé à collectionner et démonter des instruments. Il se rappelle affectueusement : « J’ai joué du saxophone et de la flûte traversière à l’école. J’ai acheté et réparé de nombreux instruments de la famille des vents pour m’entraîner, au point d’être le propriétaire d’instruments fantaisistes comme une clarinette basse et un saxophone sopranino. »

Ces instruments loufoques – y compris le saxophone sopranino peu commun, qui a vu sa notoriété grandir en musique rock – sont un point de départ de la plus grande part du travail quotidien de Willis. Il passe le plus clair de son temps à entretenir des instruments utilisés dans des groupes scolaires, assurant que ces instruments appartenant aux écoles sont les plus adaptés aux jeunes qui continuent d’apprendre à jouer. Julie Dubreuil souligne elle aussi la place prépondérante des techniciens dans l’éducation musicale : « Nous sommes ici pour enseigner dès le départ aux élèves que leur instrument est leur outil. »

Même pour les professionnels, les techniciens peuvent constituer une source de soutien social et émotionnel. « J’ai tellement de clients qui viennent me voir avant les auditions pour calmer leurs angoisses, explique Dubreuil. Mon travail consiste à leur faciliter la vie et à faire en sorte qu’ils s’expriment librement sans que rien ne les gêne. » C’est avec tendresse qu’elle évoque ses relations avec les musiciens professionnels comme avec les débutants, décrivant comment la place du technicien en musique va bien au-delà d’une simple réparation.

Woodwind technician Mark Rotenberry of Musical Instrument Repair Facility
Photo: Christopher Brecht

Bien que le monde de la musique classique reconnaisse de plus en plus la place importante des techniciens, aucune école au Canada n’enseigne ce métier. Par conséquent, les compétences de Jeff Willis se sont lentement développées grâce à une combinaison d’apprentissages, d’études personnelles et d’une bonne part d’expérimentation. De même, Julie Dubreuil a travaillé comme apprentie pendant qu’elle trouvait sa place. Tous deux sont d’avis que, dans ce domaine, ils n’ont jamais fini d’apprendre. Pour les bois, le processus de réparation peut s’avérer particulièrement intimidant. « Il y a tellement de pièces qu’il est fort possible de déformer ou d’endommager l’instrument », explique Willis.

Il arrive que des musiciens demandent à Willis de restaurer, voire de réviser des instruments de collection. Ce dernier déclare que « ce travail requiert un temps monstre et une concentration extrême ». Pour que les instruments puissent « jouer et sentir le neuf de nouveau », Willis peut remplacer les matériaux dégradés, effectuer un travail complet sur le corps de l’instrument ou remettre en état des clés.

Flûte traversière, piccolo, clarinette et clarinette basse sont le dada de Julie Dubreuil. Elle compte en outre sur sa capacité à maintenir sa concentration. « Parfois, on est comme un moine. On pourrait croire que c’est un instrument facile, juste un tube parsemé de clés, blague-t-elle, mais il est difficile de réparer un tel mécanisme pourtant simple ! » Les techniciens doivent souvent désassembler de grands segments des bois, même pour des changements mineurs. Le plus petit ajustement peut faire une énorme différence dans les mécanismes.

Billy Turner, technician with Musical Instrument Repair Facility
Photo: Douglas Parker

Les deux techniciens partagent quelques astuces pour bien prendre soin des bois. D’après eux, l’instrument doit être nettoyé à l’intérieur à l’aide d’un chiffon après chaque utilisation. Aussi, les musiciens doivent se fier à leur intuition, à la manière dont ils sentent l’instrument et le jouent pour repérer rapidement les problèmes.

Tous les ans, les artistes devraient aussi chercher une routine d’entretien, notamment pour les bois. « Il s’agit d’une petite machine faite de nombreux mécanismes complexes. Telle une voiture, vous devez les faire vérifier », rappelle Dubreuil.

Entretenir son instrument activement plutôt que d’attendre que les problèmes surviennent peut aider à garder votre instrument chéri au chaud et hors des magasins de réparation, ajoute Willis. « N’attendez pas qu’il y ait une urgence, sinon il risque d’y avoir plusieurs problèmes et vous pourriez avoir besoin de votre instrument plus rapidement qu’un atelier de réparation ne peut vous le rendre ! »

Voici le fait le plus rassurant : Julie Dubreuil encourage les musiciens à chercher l’aide d’un technicien s’ils sentent un déclin dans leur capacité à jouer. « Parfois, les musiciens arrivent, des doutes plein la tête. Lorsque je leur rends leur instrument, je vois leur regard s’illuminer : en effet, ils réalisent que ce n’est pas eux le problème, mais que leur instrument avait juste besoin d’un petit coup de pouce ! En tant que technicienne, je suis là pour leur faciliter la vie. »

Traduction : Mathilde Wahl

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A propos de l'auteur

Hal Kowalewski is an editorial assistant for La Scena Musicale. They have a BA in Sociology from the University of British Columbia, where they researched queer and social economic theory. They are a resident of Vancouver and edit La Scena West.

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