Indications métronomiques dans les symphonies de Schumann

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Singing Valentines / Valentins chantants

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Amener de la lumière dans la noirceur du cœur des hommes, voilà le rôle de l’artiste. 

Robert Schumann

J’ai passé les 45 dernières années à m’imprégner des symphonies de Schumann. Ayant une affinité particulière pour chacune, je les ai dirigées avec une trentaine d’orchestres à travers le monde. Durant ces années, j’ai fait des recherches et j’ai étudié toutes les sources d’information que j’ai pu trouver à propos de Schumann.

Il ne fait aucun doute que le caractère d’une œuvre musicale est déterminé par le choix de base du tempo. La même musique jouée dans un tempo de base fluide a un effet totalement différent si elle est jouée dans un tempo plus discontinu et lent. Pourquoi alors tant de chefs (et de pianistes et autres interprètes) ignorent-ils tout bonnement les souhaits et les instructions explicites de Schumann ? Nous savons que Schumann avait la particularité d’inscrire des indications métronomiques précises dans la plupart de ses œuvres. Il a aussi revérifié, et parfois modifié, ces indications à quelques reprises dans sa vie.

Nous savons aussi, grâce à des correspondances d’amis, que pendant que sa femme Clara lisait certaines de ses œuvres au piano, Robert se tenait derrière elle, tapotant doucement le bon tempo sur son épaule, pour s’assurer qu’elle ne joue pas trop lentement. Le tempérament nerveux de Schumann est reflété de manière évidente dans ses indications métronomiques agitées.

Puisque mon article concerne principalement les quatre symphonies du compositeur, j’aimerais expliquer la grande importance de ses indications métronomiques pour une meilleure compréhension globale de ces œuvres.

Je sais bien que la validité des indications métronomiques de Schumann (que j’appellerai désormais i.m.) a été contestée (comme celle des i.m. de Beethoven), beaucoup de grands chefs ayant considéré la plupart des tempos comme trop rapides, tandis que d’autres les ont trouvés trop lents. Pour ma part, j’ai acquis la certitude, assez tôt dans ma carrière, que les indications de Schumann sont authentiques et précieuses. Suivies comme prévu, elles confèrent à ses symphonies le caractère vrai, passionnant et exaltant voulu par le compositeur, et leur permettent de se démarquer par rapport aux plus grandes symphonies écrites au XIXe siècle. Il convient de noter que toutes les études modernes prouvent hors de tout doute que les i.m. de Schumann ont été écrites de sa main et n’ont pas été retouchées par d’autres. Il y a (comme je l’indiquerai plus loin) très peu de cas où ses i.m. ont été incorrectement imprimées par l’éditeur, même si dans ces cas, elles sont malheureusement restées incorrectes.

En 1969, alors que j’étais chef au Tanglewood Music Center, j’ai rencontré Leonard Bernstein, venu nous coacher. Comme il ressentait une vive affinité avec la musique de Schumann, nous avons discuté en profondeur de la question des i.m. dans les symphonies de Schumann. À son avis, « les instructions d’un compositeur devraient être suivies selon notre propre intuition ». Même si j’admirais et admire toujours Bernstein, je ne pouvais être d’accord avec ce concept libre et permissif. Je crois de tout cœur qu’en tant que chef (et en tant qu’interprète d’ailleurs), notre mission est avant tout d’adhérer aux souhaits du compositeur et d’essayer de les mettre en œuvre. Nous devons être assez humbles pour nous considérer comme les serviteurs du compositeur et toujours nous efforcer de comprendre son langage et ses intentions.

Au début de ma carrière, à 38 ans, on m’a demandé de diriger toutes les symphonies de Schumann avec l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich, une symphonie différente chaque année. J’étais déjà alors déterminé à les jouer selon les i.m. d’origine. Cependant, à une époque où la plupart des chefs allemands jouaient Schumann aussi lourdement et aussi lentement que du Brahms, je savais que je recevrais sans doute des critiques défavorables. La réaction des chroniqueurs zurichois n’a pas tardé : « Qui est ce jeune chef qui dirige Schumann avec un tempo aussi rapide ? » Ironiquement, une quinzaine d’années plus tard, ce même orchestre, maintenant sous la direction de David Zinman, a interprété et enregistré toutes les symphonies de Beethoven et de Schumann avec leur i.m. d’origine.

Afin de comprendre pourquoi Schumann a revérifié les i.m. dans ses symphonies, il faut d’abord reconnaître les circonstances extraordinaires de sa santé : Schumann a contracté la syphilis à l’âge de 21 ans et a vécu avec la maladie à son stade secondaire pendant la majeure partie de sa vie adulte. En 1854, cependant, la maladie est entrée dans son terrifiant et fatal stade « tertiaire », attaquant son cerveau, provoquant des symptômes qui ont longtemps été diagnostiqués à tort comme de la folie. (Des années plus tard, sa maladie mentale est devenue une gêne pour le régime nazi, dont les lois obligeaient la stérilisation en série des schizophrènes et des maniaco-dépressifs. Pour éviter d’assombrir la réputation de Schumann, qui était la fierté de la race aryenne, ils ont réglé l’affaire en affirmant qu’il souffrait « d’hypertension menant à une démence vasculaire ».)

Dans son journal, Schumann lui-même écrivait en toutes lettres : « En 1831, j’étais syphilitique et traité à l’arsenic. » On a postulé qu’il était probablement déjà infecté par la maladie quand il était étudiant. L’un des effets de cette maladie est le ralentissement du métabolisme du corps. Par conséquent, ses mouvements physiques tels que la direction sont devenus progressivement plus lourds. Cela peut expliquer qu’il soit revenu plus tard réviser ses anciennes i.m., dont il a trouvé certains des tempos originaux trop rapides.

Dans cet article, je n’aborderai pas la question de l’orchestration de Schumann, car ce sujet nécessite une discussion distincte et approfondie. Il suffit de dire qu’à mon humble avis, la seule faiblesse de Schumann réside parfois dans son orchestration. Les chefs d’orchestre pourraient bénéficier d’un accompagnement bien informé pour interpréter la partition tel que souhaité par le compositeur. Cependant, de tels petits remaniements dans son orchestration doivent être faits le plus discrètement avec une ample connaissance et avec goût.

Presque tous les grands chefs, passés et présents, ont reconnu la valeur immense de Schumann et ont souvent interprété et enregistré pour la postérité ses symphonies : de Mahler, Furtwängler, Klemperer, Bruno Walter et Toscanini à Karajan, Bernstein, Szell, Solti, Kubelik et Haitink, pour n’en nommer que quelques-uns. De nos jours, il existe des enregistrements modernes de ses symphonies par David Zinman, John Eliot Gardiner et d’autres, qui collent le plus possible à ses i.m. d’origine et dépeignent le caractère musical authentique de Schumann.

En conclusion, je suggère fortement aux chefs, jeunes ou expérimentés, de jeter un regard nouveau et plus attentif sur les i.m. de Schumann. Cela ne fera pas de mal de jouer sa musique (pianistes et autres instrumentistes inclus) pendant que le métronome bat. Cela obligerait à se rapprocher des tempos de base voulus par ce merveilleux compositeur.

Ne vous voyez jamais au-dessus du compositeur et ne pensez pas que vos sentiments sont plus importants que les siens. Ceux qui choisissent d’ignorer les désirs du compositeur s’engagent sur une voie dangereuse pouvant mener à des distorsions : ils se permettent de changer les tempos, la dynamique et l’orchestration et, en cours de route, le caractère authentique de la composition est faussement représenté.

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Analyse des tempos dans les quatre symphonies de Schumann
L’analyse détaillée suivante est destinée principalement aux étudiants en direction d’orchestre et aux chefs professionnels.

* Le Centre de recherche Robert Schumann-Forschungsstelle de Düsseldorf a rassemblé toutes les notes métronomiques de Schumann et les rend disponibles pour permettre un aperçu utile.

Symphonie n° 1 en si bémol majeur, op. 38 (« Printemps »)

Écrite en 1841 alors que le compositeur avait 31 ans. Née du bonheur printanier de son récent mariage avec Clara, cette œuvre impulsive injecte le printemps et le bonheur dans nos cœurs. Elle a été créée le 31 mars 1841, par Felix Mendelssohn à la tête de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, et a été reçue avec beaucoup d’enthousiasme.

  1.   Andante un poco maestoso [4/4]

Dans la partition publiée par Breitkopf en 1853 : une noire = 66

Le tempo de 66 de Schumann devrait être respecté. Ceux qui veulent mettre l’accent sur le « Maestoso » peuvent réduire à 60-63, mais pas plus.

[Il faut se rappeler que dans sa première édition pour piano à quatre mains de 1842, l’i.m. était une noire = 76. La même i.m. a été trouvée dans les manuscrits de la partition au British Museum et au Musikfreunde de Vienne].

Allegro molto vivace [2/4]

Breitkopf, 1853 : une noire = 120    L’i.m. de 120 correspond à un battement assez lent et ne représente pas très bien le titre Molto vivace. Cependant, dans la première édition pour piano à quatre mains de 1842, Schumann prescrit : une noire = 152 battements. Plus tard, dans le manuscrit de la partition trouvée au Musikfreunde, il avait modifié l’indication à 132.     Ainsi, entre les trois ensembles de tempos, je choisis celui du milieu : une noire = 132.

  1.  Larghetto [3/8]

Breitkopf, 1853 : une croche = 66. L’i.m. de 66 est excellente et doit être observée. Schumann n’a pas changé l’i.m. dans sa vérification ultérieure.

III. Scherzo (Molto Vivace) [3/4]

Breitkopf, 1853 : une noire pointée = 88Les premières éditions pour duo de piano de 1842 ainsi que les partitions complètes au British Museum et au Musikfreunde donnent l’étonnante i.m. blanche pointée = 138. Il s’agit clairement d’une erreur qui s’est répétée automatiquement. Les chercheurs pensent que Schumann avait l’intention d’écrire 108 (ce qui est encore trop rapide), mais certainement pas 138. En 1853, Schumann l’a modifiée à 88 et cela correspond bien à la description de Molto vivace. Les chefs qui estiment que même 88 est trop rapide peuvent le ramener à 80-84, se rapprochant ainsi beaucoup des intentions du compositeur.

Trio I [2/4]

Breitkopf (1853) : une blanche = 108Les premières éditions pour piano à quatre mains de 1842 ainsi que les partitions complètes au British Museum et au Musikfreunde de Vienne montrent une i.m. extrêmement rapide : une blanche = 144. La modification que Schumann apporta onze ans plus tard introduit beaucoup plus de lenteur.Je recommande donc dans ce cas un tempo entre les deux : une blanche = 132.

Trio II [3/4]

Schumann a laissé le deuxième Trio sans i.m. Est-ce à dire que le chef doit continuer à le diriger dans le tempo du Scherzo (blanche = 88, plutôt lent pour le Trio) ? Je crois que telle était l’intention du compositeur lorsqu’il a initialement prescrit 108 pour le Scherzo. Lorsqu’il a modifié le tempo de base du Scherzo à 88, il a omis de modifier aussi le Trio no 2. Par conséquent, le Trio no 2 devrait suivre le tempo d’une blanche = 108 comme prévu au départ. En d’autres termes, les deux Trios doivent être exécutés à un rythme plus rapide que le scherzo.

  1. Allegro animato e grazioso [2/2]

Breitkopf, 1853 : une blanche = 100La première édition pour piano à quatre mains de 1842 ainsi que les partitions complètes qu’on trouve au British Museum et au Musikfreunde donnent l’i.m. plus rapide d’une blanche = 116.Je crois que dans ce mouvement, le tempo original que Schumann a écrit en 1842 (blanche = 116) est celui qui donne à ce mouvement un caractère grazioso approprié.  Je recommanderais donc vivement d’utiliser ce tempo.

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Symphonie n° 2 en do majeur, op. 61

Écrite en 1846 alors que le compositeur avait 36 ans.
La Symphonie no 2, considérée par beaucoup comme la plus grande des quatre, est la première œuvre à grande échelle de Schumann après son épuisement extrême en 1842 et sa grave dépression en 1844. Suivant l’exemple de la Symphonie no 9 de Beethoven, Schumann inscrivit le Scherzo comme deuxième mouvement et l’Adagio espressivo, avec sa profondeur et sa beauté rares, comme troisième mouvement. Schumann a écrit toute la symphonie en un mois, mais l’orchestration a pris beaucoup plus de temps. Il l’a achevé le 19 octobre 1946, à peine trois semaines avant sa première, sous la direction de Felix Mendelssohn.

  1. Sostenuto assai [6/4]

Breitkopf, 1847 : une noire = 76

Dans sa nouvelle vérification de 1856, Schumann laissa l’i.m. inchangée.L’i.m. prescrite est excellente et doit être observée. Malheureusement, dans le passé les chefs ont souvent dirigé cette lente introduction en noire = 52 ou plus lentement encore. Cependant, le titre correspond à un tempo « très soutenu », et non à un molto adagio !

Allegro ma non troppo [3/4]

Breitkopf, 1847 : une noire = 144

Dans sa nouvelle vérification de 1856, Schumann a modifié l’i.m. pour l’amener à une noire = 120.L’i.m. prescrite de 144 est excellente et doit être observée. La modification à 120 a été faite alors que Schumann était déjà entré dans le stade « tertiaire » de sa syphilis, ce qui a considérablement ralenti son métabolisme.

  1. Scherzo (Allegro vivace) [2/4]

Breitkopf, 1847 : une noire = 144

Dans sa nouvelle vérification de 1856, Schumann laissa l’i.m. inchangée. L’i.m. prescrite est excellente et doit être observée. Contrairement à sa première symphonie, ici les deux Trios n’ont pas de changement de tempo et doivent donc être dirigés avec le même tempo, bien qu’avec les rubatos typiques de Schumann.

III. Adagio espressivo [2/4]

Breitkopf, 1847 : une croche = 76 (une noire = 38)

Dans sa nouvelle révision de 1856, Schumann laissa l’i.m. telle quelle.La plupart des chefs dans le passé ont donné à ce mouvement un tempo beaucoup plus lent – certains même, comme George Szell, deux fois plus lent −, affirmant que c’était l’erreur de Schumann et qu’il avait eu l’intention d’inscrire une double-croche = 76 (donc une croche = 38). Je crois que même quand on bat ce mouvement en quatre, on doit l’entendre en deux (Schumann écrit 2/4 et non 4/8), puis une noire = 38 donne bien un effet Adagio. Ceux qui croient fermement que le tempo d’une croche = 76 est trop rapide pour eux pourraient la réduire légèrement à 66-68 afin de rester aussi proche que possible de l’intention du compositeur.

  1. Allegro molto vivace [2/2]

Breitkopf, 1847 : blanche = 170 (ronde = 85)

Dans sa nouvelle vérification de 1856, Schumann l’a modifié en blanche = 150 (ronde = 75).Le tempo d’origine est en effet si rapide qu’il est difficile à jouer; les sections avec des croches de 48-75 et de 95-105 semblent assez floues dans ce tempo et perdent en clarté de la texture. Je recommande donc de suivre la révision de Schumann, blanche = 150, ou quelque part entre les deux, blanche = 160.Veuillez noter que dans la section commençant à la mesure 140, Schumann a écrit au départ Stringendo, mais l’a changé par la suite pour Marcato.

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Symphonie no 3 en mi bémol majeur, op. 97 (« Rhénane ») 

Écrite en 1850 lorsque le compositeur avait 40 ans.
La Symphonie no 3, également connue sous le nom de « Rhénane », est la dernière symphonie composée par Schumann et la seule en cinq mouvements. Elle a été écrite au moment de son arrivée en tant que nouveau chef à Düsseldorf. Inspirée du célèbre Rhin (d’où son nom), elle est un témoignage vibrant de ce qui devait être la dernière période vraiment heureuse de sa vie. Dans cette composition, ainsi que dans sa Symphonie no 4, Schumann a commencé à écrire les titres de tempo de ses mouvements en allemand (plutôt qu’en italien). Le 6 février 1851, deux mois après avoir achevé la symphonie, Schumann dirige lui-même la première à Düsseldorf.

  1. Lebhaft [3/4]

Breitkopf, 1851 : une noire = 66

L’ i.m. prescrite est excellente et doit être observée. Elle permet une pleine expression de l’énergie contenue dans ce mouvement et de sa vitalité.

  1. Scherzo (Sehr mässig) [3/4]

Breitkopf, 1851 : une noire = 100

L’i.m. une noire = 100 est assez rapide et ne correspond pas vraiment à la description Sehr mässig (très modéré), surtout au commencement de la section de seize notes (mesure 17). Je recommanderais donc de prendre un tempo légèrement plus modéré d’une noire = 84-88. Le trio en la mineur doit suivre exactement le même tempo.

III.    Nicht schnell [4/4]

Breitkopf, 1851 : une croche = 116

Puisque que Schumann a placé le mouvement véritablement lent en quatrième position, il a introduit un mouvement de type intermezzo en troisième position sous le titre Nicht schnell (pas rapide). S’il l’avait voulu vraiment lent, il aurait écrit Langsam ou Ziemlich langsam. Néanmoins, certains chefs dans le passé l’ont dirigé avec un tempo d’une croche = 64 : presque deux fois plus lent que le compositeur l’avait prévu ! Je conviens cependant que cette musique d’Eusebius sublime et féminine a besoin de temps pour libérer sa remarquable tendresse. J’admettrais donc ici une i.m. d’une croche = 88-92, les noires − et non les croches ! − entendues comme le rythme de base.

  1. Feierlich [4/4]

Breitkopf, 1851 : une noire = 54

Le mouvement portait à l’origine le titre de tempo : « À la manière d’un accompagnement de cérémonie » que Schumann changea plus tard en un simple Feierlich (« Solennellement »). Le fait que l’histoire ait été inspirée par la visite de Schumann à la magistrale cathédrale de Cologne n’est apparemment attesté dans aucun document écrit. Mais ce mouvement très unique en mi bémol mineur (malgré la tonalité à trois bémols) confère une inspiration religieuse à la musique avec un style de contrepoint quasi-Palestrina.L’i.m. une noire = 54 est assez rapide et ne permet pas l’atmosphère solennelle souhaitée par Schumann. Je recommanderais de la modifier légèrement à une noire = 46-48.

  1. Lebhaft [2/2]

Breitkopf, 1851 : une blanche = 120

L’i.m. une blanche = 120 est tout simplement parfaite et doit être conservée.Sous les portées de tous les instruments, Schumann a écrit la combinaison inhabituelle « forte et dolce » (fort et doux). Peut-être aurait-il dû écrire « forte ma dolce » (fort mais doux), car il voulait clairement que le forte soit plutôt délicat et non agressif. Le mouvement dans l’ensemble dégage un mélange particulier d’énergie joyeuse et de délicatesse.Vers la fin, dans la mesure 299, Schumann a indiqué le titre Schneller (plus rapide). Je recommanderais une i.m. d’une blanche = 138.

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Symphonie no 4 en ré mineur, op. 120

L’écriture a commencé en 1841 (avant la Symphonie no 1) mais a été révisée une décennie plus tard, en 1851. Cette symphonie fait place à une nouvelle approche radicale de la forme symphonique : la symphonie entière dans un seul arc sans intervalles entre les quatre mouvements. C’est la seule symphonie de Schumann écrite dans une tonalité mineure, ce qui valide davantage les tempos agités et angoissés. Bien que Schumann ait passé seulement une semaine à réviser et à réorchestrer cette symphonie, les changements furent extrêmement importants et efficaces. La première exécution de la symphonie révisée le 30 décembre 1852 fut l’un des derniers grands triomphes publics et critiques de la carrière de Schumann.

  1. Ziemlich langsam [3/4]

Breitkopf, 1853 : une noire = 52

Schumann a écrit Ziemlich langsam (plutôt lent), pas Sehr langsam (très lent). Des interprétations antérieures, telles que celles de Furtwängler ou de Solti, interprètent cette introduction aussi lentement que l’i.m. une noire = 32. Cela est clairement très éloigné des intentions du compositeur dans les deux i.m. et dans le titre. Si l’i.m. une noire = 52 semble trop accéléré, efforcez-vous de vous rapprocher des souhaits de Schumann en commandant une noire = 42-44.

Lebhaft (vivement) [2/2]

Breitkopf, 1853 : une noire = 92

L’i.m. de Schumann est excellente et doit être conservée. Elle dépeint exactement l’ambiance orageuse qu’il souhaitait créer.Dans la mesure 285, Schumann introduit le motif qui deviendra plus tard le quatrième mouvement. Je recommande de l’amener à un tempo légèrement plus rapide (noire = 112) et encore plus quand il passe en majeur dans la mesure 315 (noire = 126).

  1. Romanze, Ziemlich langsam (plutôt lentement) [3/4]

Breitkopf, 1853 : une noire = 66

Cette Romance est une simple chanson d’amour qui doit être jouée (en imitant les pizzicatos d’une guitare ou d’un accompagnement de luth) dans un tempo plutôt lent, et non dans un Molto adagio comme tant d’interprétations le proposent. Si le tempo une noire = 66 semble trop rapide, efforcez-vous de rester plus près du souhait de Schumann en commandant une noire = 52-54.

III.    Scherzo, Lebhaft (vivement) [3/4]

Breitkopf, 1853 : une blanche pointée = 92

Tant de chefs présentent ce mouvement comme un menuet lourd et manquent totalement le caractère orageux de ce Scherzo. L’i.m. blanche pointée = 92 est en effet rapide, mais jouable. Le tempo pourrait être très légèrement réduit à une blanche pointée = 84-88.

Trio

Schumann n’a pas spécifié de changement dans le tempo du Trio, mais le changement brusque du Floristan masculin au tendre Eusebius permet une approche Piú tranquillo et une légère réduction du tempo.Le thème est dérivé du violon solo de la section centrale du deuxième mouvement.À la fin du mouvement (mesure 530), la remarque Etwas zurükhaltend signifie Poco a poco rallentando et non pas un soudain Meno mosso. À savoir : un léger ralentissement pendant 15 mesures, jusqu’au Langsam.

Langsam (lentement)

Breitkopf, 1853 : une noire = 52

Cette section lente et profonde relie les 3e et 4e mouvements. Le tempo Langsam du titre nous permet de démarrer légèrement plus lentement que le prescrit l’i.m. Je recommanderais une noire = 40-42

  1. Lebhaft (vivement) [4/4]

Breitkopf, 1853 : une noire = 126

L’i.m. une noire = 126 est excellente et ne doit pas être plus lente. Dans mes propres interprétations, j’ai remarqué que je l’ai dirigé un peu plus rapidement (une noire = 130-132), ce qui a ajouté à l’excitation et à l’exaltation de ce finale.

Schneller (plus accéléré) [2/2]

Breitkopf, 1853 : pas d’i.m.

Je recommanderais une noire = 112 pour cette courte section plus rapide.

Presto [2/2]

Breitkopf, 1853 : pas d’i.m.

Il est impératif que ces 26 dernières mesures soient jouées vraiment presto. Je recommande donc l’i.m. une blanche = 152. Le grand chef George Szell a écrit : « Les symphonies de Schumann peuvent être une expérience vraiment passionnante pour les artistes et le public, à condition qu’elles soient jouées avec le bon tempo, avec enthousiasme et une compréhension de leur grandeur. » Je suis entièrement d’accord.

 

Copyright : Yoav Talmi

Traduction par Andréanne Venne

 

 

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