{"id":988986,"date":"2021-07-15T11:00:40","date_gmt":"2021-07-15T15:00:40","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=988986"},"modified":"2021-07-15T00:07:37","modified_gmt":"2021-07-15T04:07:37","slug":"erlkonig-de-franz-schubert-les-enregistrements-marquants-du-roi-des-aulnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/pierre-chenier\/erlkonig-de-franz-schubert-les-enregistrements-marquants-du-roi-des-aulnes\/","title":{"rendered":"Erlk\u00f6nig de Franz Schubert\u00a0: les enregistrements marquants du Roi des Aulnes"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"font-size: 18px;\">L\u2019ann\u00e9e 2021 est le 200e anniversaire de la premi\u00e8re interpr\u00e9tation en public du <em>Roi des Aulnes<\/em> (<em>Erlk\u00f6nig<\/em>) de Franz Schubert, m\u00e9lodie pour voix et piano sur un po\u00e8me de Johann Wolfgang von Goethe, universellement consid\u00e9r\u00e9 comme un des plus grands exemples du lied allemand du 19e si\u00e8cle. Schubert l\u2019a compos\u00e9 en 1815 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans, un an apr\u00e8s avoir compos\u00e9 <em>Marguerite au rouet<\/em> (<em>Gretchen am Spinnrade<\/em>), aussi sur un po\u00e8me de Goethe, tir\u00e9 de la premi\u00e8re partie de son <em>Faust<\/em>. Le dramatisme d\u2019<em>Erlk\u00f6nig<\/em> est saisissant et exige beaucoup des interpr\u00e8tes. La partie vocale met en sc\u00e8ne tour \u00e0 tour le narrateur, l\u2019enfant, le p\u00e8re de l\u2019enfant et le Roi des Aulnes lui-m\u00eame, une cr\u00e9ature mal\u00e9fique qui entra\u00eene les voyageurs vers la mort, dans ce cas-ci l\u2019enfant chevauchant avec son p\u00e8re dans une sombre for\u00eat et mourant dans ses bras. Le drame saisissant et \u00e9vocateur impr\u00e8gne aussi la partie de piano, par un jeu de main droite aux accords saccad\u00e9s et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui \u00e9voquent le galop d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 du cheval fuyant la mort, pendant que les figures de la main gauche \u00e9voquent la for\u00eat myst\u00e9rieuse agit\u00e9e par une nuit d\u2019orage.<\/p>\r\n<p>Les plus grands artistes, hommes et femmes, ont enregistr\u00e9 l\u2019<em>Erlk\u00f6nig<\/em>. Le probl\u00e8me pos\u00e9 \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te est celui de l\u2019\u00e9quilibre entre la diff\u00e9renciation dramatique, les personnages et le narrateur devant avoir leur caract\u00e9risation propre, et la ligne lyrique de l\u2019ensemble.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/DFD_411BT4TDDPL.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-989124 alignleft\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/DFD_411BT4TDDPL.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/DFD_411BT4TDDPL.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/DFD_411BT4TDDPL-100x100.jpg 100w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/DFD_411BT4TDDPL-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>L\u2019interpr\u00e8te le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u0153uvre est Dietrich Fischer-Dieskau, qui l\u2019a enregistr\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises et qui est aussi l\u2019interpr\u00e8te le plus c\u00e9l\u00e8bre des m\u00e9lodies de Schubert. Son interpr\u00e9tation est d\u2019un dramatisme extr\u00eame. Dans les parties o\u00f9 il repr\u00e9sente l\u2019enfant, il adopte une voix d\u2019enfant, qui devient de plus en plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e lorsqu\u2019il supplie son p\u00e8re de le sauver de la mort, alors qu\u2019il adopte un ton faussement suave dans les appels \u00e0 l\u2019enfant du Roi des Aulnes pour l\u2019entra\u00eener \u00e0 sa perte. L\u2019effet est saisissant, le style est parfois proche du style parl\u00e9, mais la beaut\u00e9 du timbre demeure et l\u2019auditeur est satisfait du point de vue dramatique et lyrique. Je recommande en particulier l\u2019enregistrement de 1958, avec Gerald Moore au piano, qui est un mod\u00e8le de clart\u00e9 et d\u2019intensit\u00e9.<\/p>\r\n<p>On comparera avec int\u00e9r\u00eat l\u2019interpr\u00e9tation de Fischer-Dieskau avec celle de Thomas Quasthoff qui est d\u2019une beaut\u00e9 vocale exceptionnelle. La dynamique, l\u2019\u00e9cart de volume entre le son le plus doux et le son le plus fort, est moins marqu\u00e9e que chez Fischer-Dieskau, la diff\u00e9renciation entre les voix est moins prononc\u00e9e, mais le dramatisme est l\u00e0, comme une impression d\u2019ensemble. L\u2019accompagnement de Charles Spencer va dans le m\u00eame sens que la prestation vocale.<\/p>\r\n<p>Remarquable aussi est l\u2019enregistrement de Matthias Goerne, avec Andreas Haefliger au piano. Ici le dramatisme est saisissant, reposant surtout sur la voix riche, sombre et profonde de Goerne et l\u2019extr\u00eame vigueur du jeu de Haefliger. La diff\u00e9renciation dramatique entre la voix des personnages et du narrateur n\u2019est pas tr\u00e8s accentu\u00e9e. C\u2019est le ton sombre et tragique de l\u2019ensemble qui nous frappe, gr\u00e2ce \u00e0 cette voix qui a de grandes r\u00e9serves de puissance et \u00e0 laquelle Goerne donne libre cours \u00e0 mesure qu\u2019on avance vers la fin tragique.<\/p>\r\n<p><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-989120 size-medium\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_-300x300.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_-100x100.jpg 100w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_-150x150.jpg 150w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Ludwig-CD-71K7L7FpsZL._SS500_.jpg 500w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>De nombreuses et grandes chanteuses ont enregistr\u00e9 <em>Erlk\u00f6nig<\/em>. Qu\u2019on pense \u00e0 Christa Ludwig, qui demeure un mod\u00e8le de dignit\u00e9 et de lyrisme, au legato magnifique, avec un timbre \u00e9galement tr\u00e8s riche. Elle ne cherche pas \u00e0 produire une grande diff\u00e9renciation vocale des personnages et de l\u2019orateur. C\u2019est la ligne de l\u2019ensemble qui est privil\u00e9gi\u00e9e, comme dans tout ce que Ludwig faisait. C\u2019est le ton de la voix et le phras\u00e9 qui \u00e9voque le tragique. Elle est tr\u00e8s bien accompagn\u00e9e par Geoffrey Parsons, lui-m\u00eame un mod\u00e8le de clart\u00e9 et d\u2019\u00e9l\u00e9gance.<\/p>\r\n<p>L\u2019impression est diff\u00e9rente lorsqu\u2019on \u00e9coute Elisabeth Schwarzkopf, elle aussi accompagn\u00e9e par Geoffrey Parsons. Ici, comme dans toute interpr\u00e9tation de Schwarzkopf, c\u2019est la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 qui domine. La voix est magnifique, le timbre demeure somptueux et riche en tout temps, mais elle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 modifier sa voix pour les besoins de la trag\u00e9die. Elle adopte clairement une voix d\u2019enfant lorsque le fils supplie son p\u00e8re de le prot\u00e9ger, et ses accents deviennent extr\u00eamement dramatiques vers la fin. Elle change son timbre \u00e9galement pour \u00e9voquer la fausse suavit\u00e9 de la voix du Roi des Aulnes appelant l\u2019enfant \u00e0 le rejoindre dans ce qui sera sa fin. C\u2019est fait avec beaucoup d\u2019art, jamais au d\u00e9triment de la ligne vocale, mais ce sera mati\u00e8re de go\u00fbt pour l\u2019auditeur s\u2019il pr\u00e9f\u00e8re ce type d\u2019interpr\u00e9tation ou une interpr\u00e9tation plus classique comme celle de Christa Ludwig.<\/p>\r\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation d\u2019Elisabeth S\u00f6derstr\u00f6m, avec Paul Badura-Skoda au pianoforte, est \u00e9galement tr\u00e8s saisissante. C\u2019est l\u2019enregistrement que je connais qui comprend la plus grande diff\u00e9renciation dramatique en ce qui concerne la voix des personnages et du narrateur. Quand elle repr\u00e9sente l\u2019enfant suppliant son p\u00e8re, on a l\u2019impression que c\u2019est un enfant qui chante tant le timbre et la diction sont transform\u00e9s. La voix de S\u00f6derstr\u00f6m est magnifique, sa sensibilit\u00e9 au texte est grande, elle montre une grande musicalit\u00e9. Elle a fait le choix esth\u00e9tique de mettre en valeur la caract\u00e9risation propre \u00e0 chaque voix et elle le fait tr\u00e8s bien. Aussi, il est tr\u00e8s int\u00e9ressant que la partie de piano soit assum\u00e9e par Badura-Skoda au pianoforte. Cela donne une bonne id\u00e9e du son de cette musique \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa cr\u00e9ation.<\/p>\r\n<p>En ce qui concerne les interpr\u00e8tes canadiens, l\u2019interpr\u00e9tation de Gerald Finley, avec Julius Drake au piano, est fort int\u00e9ressante. Je pense \u00e0 cette interpr\u00e9tation qu\u2019on retrouve sur YouTube qui fait partie d\u2019un r\u00e9cital donn\u00e9 en 2018 par les deux artistes \u00e0 la Library of Congress \u00e0 Washington. La voix chaude de Finley, l\u2019intense caract\u00e9risation dramatique dont il fait preuve, y compris par le geste, et l\u2019interpr\u00e9tation solide de Julius Drake au piano font merveille.<\/p>\r\n<p>On \u00e9coutera avec int\u00e9r\u00eat aussi l\u2019interpr\u00e9tation de Philippe Sly dans son disque de lieder de Schubert sur Analekta, accompagn\u00e9 \u00e0 la guitare par John Charles Britton. L\u2019atmosph\u00e8re est sobre et intime, tr\u00e8s diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle est avec accompagnement au piano. On peut aussi visionner sur YouTube une interpr\u00e9tation d\u2019<em>Erlk\u00f6nig<\/em> par Philippe Sly avec Maria Fuller au piano. Interpr\u00e9tation digne de mention, avec le tr\u00e8s beau timbre de Sly, une belle gestuelle dramatique nuanc\u00e9e et la prestation tr\u00e8s intense de Maria Fuller.<\/p>\r\n<p>J\u2019esp\u00e8re vous avoir donn\u00e9 le go\u00fbt d\u2019\u00e9couter ce chef-d\u2019\u0153uvre de Schubert \u00e0 l\u2019occasion du 200<sup>e<\/sup> anniversaire de sa cr\u00e9ation.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\r\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ann\u00e9e 2021 est le 200e anniversaire de la premi\u00e8re interpr\u00e9tation en public du Roi des Aulnes (Erlk\u00f6nig) de Franz Schubert, m\u00e9lodie pour voix et piano sur un po\u00e8me de Johann Wolfgang von Goethe, universellement consid\u00e9r\u00e9 comme un des plus grands exemples du lied allemand du 19e si\u00e8cle. 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