{"id":400120,"date":"2022-03-05T18:59:23","date_gmt":"2022-03-05T22:59:23","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/la-scena-musicale-team\/iwan-edwards-une-vie-au-service-de-la-musique\/"},"modified":"2022-03-05T20:44:26","modified_gmt":"2022-03-06T00:44:26","slug":"iwan-edwards-une-vie-au-service-de-la-musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/la-scena-musicale-team\/iwan-edwards-une-vie-au-service-de-la-musique\/","title":{"rendered":"Iwan Edwards : une vie au service de la musique (1937 &#8211; 2022)"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<h4>Mise a jour : 5 mars 2022<\/h4>\n<p>Nous avons la tristesse d&#8217;apprendre le d\u00e9c\u00e8s d&#8217;Iwan Edwards dans la matin\u00e9e du 4 mars 2022 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 84 ans.<\/p>\n<ul>\n<li>Vous trouverez ci-dessous une r\u00e9flexion d&#8217;Iwan sur sa carri\u00e8re.<\/li>\n<li>Marie-Claire Fafard-Blais <a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/marie-claire-fafard-blais\/choeur-st-laurent-50-ans\/\">a interview\u00e9 Iwan<\/a> \u00e0 l&#8217;occasion du 50e anniversaire du Ch\u0153ur Saint-Laurent dans notre num\u00e9ro de f\u00e9vrier\/mars 2022.<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/montrealgazette.com\/entertainment\/music\/obituary-montreal-choir-conductor-iwan-edwardss-passion-was-limitless\">La n\u00e9crologie touchante<\/a> de T&#8217;Cha Dunlevy contenait des souvenirs de certains des \u00e9tudiants d&#8217;Iwan [<em><a href=\"https:\/\/montrealgazette.com\/entertainment\/music\/obituary-montreal-choir-conductor-iwan-edwardss-passion-was-limitless\">Montreal Gazette<\/a><\/em>]<\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.cbc.ca\/music\/iwan-edwards-montreal-choral-conductor-and-teacher-dead-at-84-1.6373261\">N\u00e9crologie<\/a> de Robert Rowat [CBC]<\/li>\n<li>Wah Keung Chan <a href=\"https:\/\/myscena.org\/wah-keung-chan\/the-first-december-6-memorial-concert-2\/\">se souvient du dernier concert d&#8217;Iwan et du Requiem de Mozart d&#8217;Iwan \u00e0 la m\u00e9moire des victimes du 6 d\u00e9cembre<\/a>. (publi\u00e9 le 6 d\u00e9cembre 2014)<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>[Publi\u00e9 \u00e0 l&#8217;origine le 7 novembre 2019]<\/strong> <em>Reconnu autant au Canada qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, Iwan Edwards jouit d\u2019une longue carri\u00e8re \u00e0 titre de fondateur et directeur d\u2019ensembles choraux. Sans lui, le Ch\u0153ur Saint-Laurent n\u2019aurait pas vu le jour, ni les Jeunes chanteurs FACE chorale senior, le Concerto Della Donna et le Ch\u0153ur des Enfants de Montr\u00e9al. La Scena Musicale lui ouvre ses pages pour dresser un bilan de vie, laquelle commence au pays de Galles. C\u2019est l\u00e0, dans sa terre natale, qu\u2019il re\u00e7oit sa formation en musique vocale et, fait peu connu, une autre en violon.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>par Iwan Edwards<\/p>\n<p>Je me compte chanceux d\u2019avoir grandi au pays de Galles, si ce n\u2019est que pour sa tradition musicale. L\u2019\u00e9glise et l\u2019\u00e9cole en sont les deux principaux foyers et j\u2019ai une dette particuli\u00e8re envers les deux.<\/p>\n<h4><strong>\u00c9glise<\/strong><\/h4>\n<p>Dans mes jeunes ann\u00e9es, l\u2019\u00e9glise baptiste Soar Chapel \u00e9tait le principal lieu de culte pour six cents fid\u00e8les. On y c\u00e9l\u00e9brait trois messes dominicales, une le matin, une l\u2019apr\u00e8s-midi, la derni\u00e8re en soir\u00e9e, chacune faisant salle comble. Les hymnes \u00e9taient toujours harmonis\u00e9s en quatre parties. Les mois d\u2019hiver \u00e9taient l\u2019occasion de r\u00e9p\u00e9ter de grands oratorios pour un concert de cl\u00f4ture, tenu annuellement vers la fin mars, et ce, avec le concours de chanteurs professionnels invit\u00e9s et d\u2019un ensemble instrumental semi-professionnel. \u00c0 cette fin, une \u00e9cole \u00e9tait mise sur pied, la Ysol Gan, o\u00f9 l\u2019on pouvait travailler sur ces \u0153uvres, par exemple <em>Elijah<\/em> de Mendelssohn, <em>Judas Maccab\u00e9e<\/em> ou <em>Isra\u00ebl en \u00c9gypte<\/em> de Haendel.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 culturelle locale accueillait chaque lundi soir des conf\u00e9renciers, suivis d\u2019un orchestre de jeunes (<em>Band of Hope)<\/em> le mercredi et la troupe th\u00e9\u00e2trale locale le dimanche. Une autre tradition, l\u2019<em>Eisteddfod<\/em>, se d\u00e9roulait une fois l\u2019an, au premier mars. Quatre groupes, choisis au sein de la congr\u00e9gation, \u00e9taient soumis \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9preuves, une pour voix solo, les autres pour deux voix, des ch\u0153urs (chantants et parlants) et des r\u00e9citants. Les trois \u00e9glises du village se r\u00e9unissaient une fois l\u2019an pour un grand festival vocal, le <em>Cymanfa Ganu<\/em>. Un \u00e9minent chef d\u2019orchestre <em>Cymanfa<\/em> y \u00e9tait invit\u00e9 pour diriger un concert de jeunes chanteurs et deux avec les adultes. Des r\u00e9p\u00e9titions \u00e9taient organis\u00e9es en pr\u00e9vision du festival, question de donner la chance aux participants de ma\u00eetriser les hymnes moins connus et de les chanter plus ais\u00e9ment le grand jour venu.<\/p>\n<h4><strong>\u00c9cole<\/strong><\/h4>\n<p>Le programme de musique de l\u2019\u00e9cole de gar\u00e7ons Gowerton \u00e9tait merveilleux. Il comptait deux ensembles, un vocal, l\u2019autre instrumental. Des professeurs itin\u00e9rants y donnaient des cours particuliers sur une base ou bien hebdomadaire ou bien bimensuelle. Je jouais du violon et mes parents ont cru bon m\u2019y inscrire. Comme mon p\u00e8re \u00e9tait ouvrier dans une sid\u00e9rurgie et que ma m\u00e8re restait foyer, ils ont fait bien des sacrifices pour moi. M.\u00a0Watkins, le professeur de musique, \u00e9tait tout un p\u00e9dagogue et nombre d\u2019entre nous, \u00e0 qui il a transmis son savoir, se sont joints \u00e0 l\u2019orchestre r\u00e9gional de jeunesse du pays de Galles, certains atteignant m\u00eame l\u2019ensemble national. On r\u00e9p\u00e9tait quotidiennement sur l\u2019heure du d\u00eener ou en fin de journ\u00e9e apr\u00e8s les cours, puis on jouait les matins lors des assembl\u00e9es \u00e9tudiantes. L\u2019<em>Eisteddfod<\/em>, ce tournoi entre les quatre groupes de la congr\u00e9gation, m\u2019a permis de faire mes premi\u00e8res directions d\u2019ensemble, mais je n\u2019avais aucune connaissance en la mati\u00e8re.<\/p>\n<p>Les trois premi\u00e8res ann\u00e9es du programme de musique \u00e0 Gowerton \u00e9taient uniquement ax\u00e9es sur l\u2019enseignement des rudiments de la th\u00e9orie musicale et de l\u2019\u00e9coute. En quatri\u00e8me ann\u00e9e, les \u00e9tudiants devaient faire leurs premiers choix importants en choisissant entre un cursus en arts ou en sciences. En classe de sixi\u00e8me, nous devions \u00e9tudier trois domaines pr\u00e9cis pour nos deux derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00c0 la fin de mes \u00e9tudes, j\u2019\u00e9tais en possession d\u2019un solide bagage en harmonie, en contrepoint du 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, en analyse musicale, en lecture et en formation auditive.<\/p>\n<p>Par la suite, j\u2019ai poursuivi des \u00e9tudes de premier cycle \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Pays de Galles pendant trois ans. J\u2019ai jou\u00e9 dans l\u2019orchestre ainsi que dans le quatuor \u00e0 cordes du d\u00e9partement jusqu\u2019au moment o\u00f9 mon professeur a \u00e9t\u00e9 contraint de se retirer pour raisons de sant\u00e9. En parall\u00e8le, j\u2019ai chant\u00e9 dans la chorale \u00e9tudiante en plus d\u2019\u00eatre violon solo de l\u2019orchestre. J\u2019ai fait mes premi\u00e8res armes en direction d\u2019ensemble pour le compte de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tudiante, le coup d\u2019envoi \u00e9tant la com\u00e9die musicale <em>H.M.S. Pinafore<\/em>. En derni\u00e8re ann\u00e9e, j\u2019ai dirig\u00e9 avec grand bonheur le ch\u0153ur masculin, ses prestations \u00e9tant tout simplement merveilleuses. Pourtant, ma seule formation se r\u00e9sumait \u00e0 une le\u00e7on de 15 minutes sur la battue des mesures \u00e0 deux, trois et quatre temps. Apr\u00e8s coup, j\u2019ai mis un an pour obtenir mon dipl\u00f4me en enseignement, lequel m\u2019a permis de d\u00e9crocher le poste de responsable du d\u00e9partement de musique \u00e0 l\u2019\u00e9cole secondaire du comt\u00e9 Holyhead \u00e0 North Anglesey dans le nord du pays de Galles. Comme j\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans un milieu familial heureux et que je ch\u00e9rissais les enfants, ma mission de p\u00e9dagogue \u00e9tait \u00e9vidente, soit de transmettre ma passion pour la musique \u00e0 eux et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, aux adultes.<\/p>\n<p>D\u00e8s mon entr\u00e9e en fonction, je me suis aper\u00e7u que la chorale de l\u2019\u00e9cole Holyhead \u00e9tait assez bonne, son orchestre meilleur encore. Son directeur avait une attitude favorable envers le programme de musique. Il s\u2019adonnait que le cursus \u00e9tait exactement le m\u00eame que celui de Gowerton; j\u2019en \u00e9tais fort aise et tr\u00e8s heureux de ma situation. Pourtant, la retraite du directeur apr\u00e8s ma troisi\u00e8me ann\u00e9e a vu l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un successeur bien moins r\u00e9ceptif. Pour ma part, j\u2019avais un peu le diable au corps, parce que j\u2019avais des ambitions de chef d\u2019orchestre d\u00e9passant le cadre scolaire; pour ce faire, il me fallait soit attendre la retraite de l\u2019un d\u2019eux, soit mettre sur pied un nouvel ensemble vocal, chose qui aurait pu provoquer des rivalit\u00e9s et beaucoup d\u2019animosit\u00e9 dans la communaut\u00e9.<\/p>\n<h4><strong><em>Eisteddfod <\/em><\/strong><strong>et Montr\u00e9al<\/strong><\/h4>\n<p><em>L\u2019Eisteddfod<\/em> \u00e9tait une composante essentielle de la culture galloise. D\u2019une part, il y en avait partout sur le territoire et, d\u2019autre part, cet \u00e9v\u00e9nement battait son plein pendant une semaine compl\u00e8te au mois d\u2019ao\u00fbt. Les concurrents participaient \u00e0 titre individuel dans une foule d\u2019\u00e9preuves de musique et de po\u00e9sie trop nombreuses \u00e0 \u00e9num\u00e9rer ici, le tout menant au tournoi de cl\u00f4ture des chorales du samedi, la plus imposante \u00e9tant le ch\u0153ur masculin. J\u2019y reviendrai plus tard en parlant d\u2019une \u00e9preuve en particulier.<\/p>\n<p>Ce sont ces <em>Eisteddfod <\/em>locaux ainsi que celui de l\u2019\u00e9cole, tenu annuellement au premier jour de mars, qui m\u2019ont ouvert la porte \u00e0 la direction de ch\u0153urs, les ensembles \u00e9tant toutefois de taille r\u00e9duite. Durant l\u2019hiver de 1965, je suis tomb\u00e9 un matin sur une annonce d\u2019offre d\u2019emploi d\u2019enseignants dans le journal local, offre \u00e9mise par la commission scolaire protestante du Grand-Montr\u00e9al. Suite \u00e0 des discussions avec mon \u00e9pouse Undeg et nos familles respectives, j\u2019ai pos\u00e9 ma candidature. On m\u2019a alors convoqu\u00e9 \u00e0 une entrevue \u00e0 Manchester et, quelques semaines plus tard, un poste m\u2019a \u00e9t\u00e9 offert \u00e0 l\u2019\u00e9cole secondaire de Lachine. J\u2019ai accept\u00e9 sur-le-champ et ma vie en a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e du tout au tout.<\/p>\n<h4><strong>Lachine<\/strong><\/h4>\n<p>Avant mon arriv\u00e9e, j\u2019avais appris qu\u2019une tradition de musique chorale \u00e9tait bien ancr\u00e9e dans cette \u00e9cole. Pourtant, quand j\u2019ai voulu recruter des chanteurs, \u00e0 peine une poign\u00e9e d\u2019\u00e9tudiants ont r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel. Mon d\u00e9sir de partager ma passion pour la musique \u00e9tait si fort que cette situation m\u2019affligeait. Fort heureusement, on m\u2019a offert la direction des Lachine High School Singers, formation compos\u00e9e d\u2019anciens de l\u2019\u00e9cole qui, par la suite, s\u2019est fait conna\u00eetre sous le nom gallois de Glallyn Singers ou encore celui des Lakeshore Singers.<\/p>\n<p>\u00c0 ma surprise, il fallait commencer les r\u00e9p\u00e9titions avec des exercices d\u2019\u00e9chauffement, ce qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le cas chez moi o\u00f9 on se lan\u00e7ait imm\u00e9diatement dans le r\u00e9pertoire. En fait, je ne savais aucunement comment m\u2019y prendre, mais j\u2019ai fini par comprendre en les int\u00e9grant d\u2019office dans toutes mes r\u00e9p\u00e9titions. Peu \u00e0 peu, d\u2019autres occasions de direction de ch\u0153urs se sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 moi et j\u2019en \u00e9tais bien reconnaissant, d\u2019autant plus que je recevais ces offres sans avoir \u00e0 les solliciter.<\/p>\n<p>Deux coll\u00e8gues de l\u2019\u00e9cole secondaire, Philippe Baugniet et David Paterson, m\u2019ont approch\u00e9 un jour pour me faire part de leur int\u00e9r\u00eat pour le th\u00e9\u00e2tre musical. En quatre ans, nous avons mont\u00e9 des productions de <em>H.M.S Pinafore<\/em>, <em>Oklahoma<\/em>, <em>Oliver<\/em> et <em>My Fair Lady<\/em>. Le directeur de l\u2019\u00e9cole, de son c\u00f4t\u00e9, \u00e9tait un mordu de musique d\u2019orchestre et il m\u2019a convaincu, malgr\u00e9 mes lacunes dans le domaine, de cr\u00e9er un programme. Celui-ci commen\u00e7a \u00e0 prendre forme et la chorale ne cessa de grossir. Ce faisant, cent de nos \u00e9tudiants se sont rendus au pays de Galles en 1972 dans le cadre d\u2019un programme d\u2019\u00e9change pour collaborer avec le ch\u0153ur masculin Pontarddulais, ensemble avec lequel j\u2019avais chant\u00e9 durant mes \u00e9tudes.<\/p>\n<h4><strong>Ch\u0153ur Saint-Laurent et \u00e9cole FACE<\/strong><\/h4>\n<p>Comme par enchantement, la musique animait de nouveau ma vie. En mai 1972, un groupe d\u2019amateurs de musique chorale me proposa de cr\u00e9er un grand ensemble vocal. Bien qu\u2019on en trouvait \u00e0 Montr\u00e9al, ceux-ci \u00e9taient tous actifs dans le centre-ville; l\u2019id\u00e9e ici \u00e9tait d\u2019en avoir un pour le West Island afin de ne plus avoir \u00e0 se d\u00e9placer. Quatre mois plus tard, le Ch\u0153ur Saint-Laurent voyait le jour, groupe dont j\u2019ai assum\u00e9 la direction pendant 36 ans et qui a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans ma vie.<\/p>\n<p>Le programme en musique de l\u2019\u00e9cole secondaire gagnait toujours en ampleur et les ensembles instrumentaux et vocaux ont eu la chance de se produire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, entre autres, au Danemark, en Su\u00e8de et m\u00eame en Allemagne de l\u2019Est. Un jour en 1978, tout a \u00e9t\u00e9 chamboul\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9cision des professeurs de la commission scolaire de r\u00e9duire leur charge d\u2019enseignement d\u2019une classe, soit de sept \u00e0 six\u2009; d\u00e8s lors, les \u00e9tudiants n\u2019avaient plus le m\u00eame acc\u00e8s aux cours compl\u00e9mentaires en musique, arts plastiques, arts dramatiques et gestion familiale.<\/p>\n<p>Autrefois tr\u00e8s engag\u00e9 en musique, mais enseignant d\u00e9sormais les arts plastiques, David Paterson avait choisi, comme moi, de trouver un autre emploi en 1979, d\u2019o\u00f9 notre embauche \u00e0 l\u2019\u00e9cole FACE. Notre d\u00e9cision \u00e9tait motiv\u00e9e par le fait que M.\u00a0Baugniet, notre ancien metteur en sc\u00e8ne des productions musicales, en \u00e9tait le directeur. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te donc. Une fois de plus, mes efforts de recrutement de chanteurs pour une chorale n\u2019aboutissent pas, h\u00e9las\u00a0! J\u2019ai alors propos\u00e9 \u00e0 M.\u00a0Baugniet de l\u2019inscrire dans le curriculum des sept premi\u00e8res ann\u00e9es et il y a donn\u00e9 suite. (\u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019\u00e9cole \u00e9tendait son programme scolaire jusqu\u2019\u00e0 une onzi\u00e8me ann\u00e9e.) Quatre ans plus tard, en 1983, la musique chorale \u00e9tait offerte \u00e0 tous les niveaux, les \u00e9tudiants profitant pleinement du programme complet en musique ainsi que de ceux en arts visuels et dramatiques.<\/p>\n<h4><strong>Passage \u00e0 McGill<\/strong><\/h4>\n<p>En 1981, l\u2019OSM me demande si je suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 mettre sur pied une chorale d\u2019enfants de l\u2019\u00e9cole pour une repr\u00e9sentation de la <em>Dante<\/em>&#8211;<em>Symphonie <\/em>de Liszt. Cette invitation marque la naissance des Jeunes chanteurs FACE chorale senior dont j\u2019assumerai la direction pour les vingt prochaines ann\u00e9es. En 1986, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 chef de la chorale de l\u2019OSM, laquelle comprenait les membres du ch\u0153ur amateur Saint-Laurent et de celui des jeunes de l\u2019\u00e9cole FACE \u2013 sujet trait\u00e9 plus en d\u00e9tail dans un autre de mes \u00e9crits.<\/p>\n<p>En 1999, je d\u00e9cide de prendre une ann\u00e9e sabbatique, me sentant un peu br\u00fbl\u00e9 par mon train d\u2019activit\u00e9s scolaires. Au mois d\u2019ao\u00fbt, l\u2019\u00e9cole de musique de l\u2019Universit\u00e9 McGill me propose de diriger son ch\u0153ur, les McGill University Singers, mon entr\u00e9e en poste me conduisant finalement vers une chaire professorale. Toutefois, mon seul regret fut de perdre ce contact privil\u00e9gi\u00e9 avec les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole FACE. Imaginez donc mon bonheur d\u2019avoir re\u00e7u la proposition de mettre ce Ch\u0153ur des Enfants de Montr\u00e9al sur les rails\u00a0!<\/p>\n<h4><strong>Une chorale \u00e0 la port\u00e9e de tous<\/strong><\/h4>\n<p>En regardant dans mon r\u00e9troviseur, je me rends compte de la port\u00e9e de mon \u00e9migration au Canada. En d\u00e9pit des premi\u00e8res frustrations, je suis devenu plus sensible aux occasions qui se sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 moi pour partager mes int\u00e9r\u00eats avec des chanteurs et chanteuses de tous \u00e2ges. Je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 comme un entremetteur souhaitant stimuler le d\u00e9sir de participer chez les chanteurs. Je n\u2019ai jamais voulu exclure qui que ce soit, alors j\u2019ai con\u00e7u des tests d\u2019audition de mani\u00e8re \u00e0 classer les gens par type de voix.<\/p>\n<p>Dans toutes mes ann\u00e9es de travail, je n\u2019ai rencontr\u00e9 qu\u2019un seul enfant atteint d\u2019un probl\u00e8me irr\u00e9m\u00e9diable de la voix. De temps \u00e0 autre, il y en avait qui \u00e9prouvaient des probl\u00e8mes de justesse, mais je trouvais un moment pour travailler seul avec eux ou je les pla\u00e7ais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un autre chanteur dou\u00e9 d\u2019une belle voix. En aucun cas n\u2019en ai-je plac\u00e9 un \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la classe en lui disant de faire semblant. En ce qui concerne les adultes, je n\u2019ai crois\u00e9 que deux personnes n\u2019ayant aucune oreille. Par ailleurs, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 souvent amus\u00e9 par des musiciens de jazz \u00e0 McGill rebut\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de devoir chanter en ch\u0153ur pour obtenir des cr\u00e9dits, s\u2019estimant incapables de le faire, ce qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le cas. Les ch\u0153urs adultes, pour leur part, \u00e9taient contingent\u00e9s de par la n\u00e9cessit\u00e9 de former des sections \u00e9quilibr\u00e9es.<\/p>\n<h4><strong>Recherche de r\u00e9pertoire<\/strong><\/h4>\n<p>Dans mes travaux pr\u00e9paratoires, j\u2019accorde une attention particuli\u00e8re \u00e0 la mise en place du r\u00e9pertoire. Il m\u2019arrivait souvent de visiter Toronto pour la cause, Montr\u00e9al n\u2019ayant pas de magasins de musique bien garnis en partitions vocales. Peu importe o\u00f9 je me trouvais au Canada, aux \u00c9tats-Unis ou en Europe, je cherchais toujours un magasin de musique. Plus r\u00e9cemment, je me suis mis \u00e0 fouiller dans Internet ou encore \u00e0 fr\u00e9quenter des ateliers et des congr\u00e8s comme Podium, l\u2019ACDEA et le Symposium de musique chorale, ce dernier \u00e9tant le th\u00e9\u00e2tre de prestations de tout premier ordre pour les cr\u00e9ations. La diversit\u00e9 m\u00eame de mes int\u00e9r\u00eats musicaux pour tous genres d\u2019ensembles (ch\u0153urs mixtes, d\u2019enfants et d\u2019hommes) m\u2019a permis de monter une vaste biblioth\u00e8que de partitions, celles-ci n\u00e9cessitant des mises \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8res et du catalogage constant.<\/p>\n<p>Je choisis toujours de la musique qui r\u00e9pond aux besoins des chanteurs avec lesquels je travaille tout en exigeant d\u2019eux de quitter leur zone de confort pour stimuler davantage leurs \u00e9motions et leur imaginaire. Les textes sont essentiels pour moi\u00a0: je me fixe d\u2019abord sur les mots avec les chanteurs, ceux-ci se montrant par la suite plus r\u00e9ceptifs et d\u00e9sireux de s\u2019attaquer aux probl\u00e8mes pratiques concernant les notes et les rythmes. Pour les auditeurs, une articulation claire des paroles est indispensable. Si on m\u2019interroge \u00e0 ce sujet, je renvoie la balle avec des questions comme\u00a0: \u00ab\u00a0Lequel des deux est venu en premier\u00a0: les mots ou la musique\u00a0?\u00a0\u00bb Ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi le compositeur a-t-il \u00e9crit un <em>forte<\/em> ici\u00a0?\u00a0\u00bb Le texte donne toujours la r\u00e9ponse. Une autre question, \u00e0 savoir pourquoi le compositeur a mis un double piano au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, suscite une r\u00e9ponse de tout le monde\u00a0: pour cr\u00e9er une illusion de distance. Invariablement, si je sens que la musique ne refl\u00e8te pas l\u2019esprit du texte, je l\u2019\u00e9carte.<\/p>\n<p>L\u2019une des \u00e9preuves tenues durant les <em>Eisteddfod<\/em> \u00e9tait la r\u00e9citation chorale. \u00c0 tour de r\u00f4le, des groupes de quatre, huit ou seize voix masculines et f\u00e9minines devaient livrer un texte impos\u00e9 (de source biblique, de la po\u00e9sie ou de la prose) dans ses moindres nuances, inflexions ou silences, et ce, de mani\u00e8re \u00e0 sonner comme une seule voix. C\u2019\u00e9tait un merveilleux exercice d\u2019interpr\u00e9tation de texte dans un contexte de concert.<\/p>\n<h4><strong>Programmation des concerts<\/strong><\/h4>\n<p>Il y a autant de plaisir \u00e0 cr\u00e9er un programme de concert que de d\u00e9fis \u00e0 relever. Il faut d\u2019abord offrir des contrastes dans les ambiances et varier les tempos, deux consid\u00e9rations importantes pour les chanteurs et le public. L\u2019un des aspects essentiels dans cette qu\u00eate m\u2019a \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9 par mon professeur de l\u2019\u00e9cole Gowerton, en l\u2019occurrence le s\u00e9quen\u00e7age des morceaux en fonction de leurs tons. Peu importe tous les autres conseils donn\u00e9s, il revenait toujours \u00e0 celui-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Les contrastes de tempos, de tonalit\u00e9s et de styles sont tous importants, mais il ne faut jamais oublier les tons des morceaux\u00a0!\u00a0\u00bb \u00c0 cet effet, il pr\u00e9conisait toujours de commencer par des tons di\u00e9s\u00e9s pour progresser vers des tons b\u00e9molis\u00e9s, l\u2019explication \u00e9tant que cela taxe beaucoup moins la voix de chanteurs. Pour nous en convaincre, il offrait l\u2019analogie suivante\u00a0: \u00ab\u00a0Il est plus facile de descendre une pente que de la grimper.\u00a0\u00bb Illustrons ce propos par l\u2019exemple suivant\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re partie<\/strong><\/p>\n<p><strong>Premier morceau\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>tempo vif, en la majeur (3 di\u00e8ses)<\/p>\n<p><strong>Second morceau\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>tempo lent, en r\u00e9 majeur (2 di\u00e8ses) ou r\u00e9 mineur (1 b\u00e9mol)<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me morceau\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>plus vif, en sol majeur (1 di\u00e8se) ou sol mineur (2 b\u00e9mols)<\/p>\n<p><strong>Quatri\u00e8me morceau\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>plus lent, en do majeur ou en si b\u00e9mol majeur (2 b\u00e9mols)<\/p>\n<p><strong>Cinqui\u00e8me morceau\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>rapide, en mi b\u00e9mol majeur (3 b\u00e9mols)<\/p>\n<p>Dans cet exemple, arriv\u00e9s \u00e0 la fin, nous sommes d\u00e9j\u00e0 bien camp\u00e9s dans les tons en b\u00e9mol. La logique veut que le prochain morceau soit en do mineur ou la b\u00e9mol majeur, mais que faire alors si on doit revenir aux di\u00e8ses\u00a0? Il suffit alors de choisir un ton qui est une quarte augment\u00e9e au-dessus, soit la majeur (ou mineur) et de recommencer. Cela est l\u2019une des astuces que l\u2019on apprend au fil de ses exp\u00e9riences. Cela ajoute \u00e0 la complexit\u00e9 d\u2019un programme musical, mais j\u2019ai utilis\u00e9 ce syst\u00e8me et, m\u00eame si cela exige plus de temps pour y arriver, je me suis rendu compte que les chanteurs ne se fatiguent pas, ils conservent leur fra\u00eecheur et leur \u00e9nergie tout en restant dans le diapason.<\/p>\n<h4><strong>Le travail avec les jeunes<\/strong><\/h4>\n<p>Peu apr\u00e8s mon arriv\u00e9e \u00e0 Lachine en 1965, j\u2019avais remarqu\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise \u00e9tait tout autre que la mienne au pays de Galles. Je devais, entre autres choses, m\u2019y prendre bien autrement pour susciter l\u2019envie des \u00e9tudiants de s\u2019inscrire au programme de musique chorale. Au bout de ma deuxi\u00e8me ann\u00e9e, j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 recruter un nombre suffisant de chanteurs pour amorcer les r\u00e9p\u00e9titions de la production <em>H.M.S. Pinafore<\/em>. Mieux que cela, d\u2019autres chanteurs se sont peu \u00e0 peu greff\u00e9s \u00e0 la distribution. Par apr\u00e8s, dans notre production de <em>My Fair Lady<\/em>, des membres de l\u2019\u00e9quipe de football ont pr\u00eat\u00e9 leur concours pour la sc\u00e8ne de danse dans la salle de bal \u00e0 l\u2019hippodrome d\u2019Ascot. En 2001, pour attirer des jeunes dans le tout nouveau Ch\u0153ur d\u2019Enfants de Montr\u00e9al David Paterson m\u2019a pr\u00eat\u00e9 main-forte pendant trois ans en m\u2019aidant \u00e0 produire des mises en sc\u00e8ne simplifi\u00e9es de com\u00e9dies musicales pour les enfants dans le cadre du programme. Autre astuce, nouvelle r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>Pour tous les ensembles avec lesquels j\u2019ai eu le privil\u00e8ge de travailler, la question du r\u00e9pertoire a \u00e9t\u00e9 centrale pour moi, celle-ci \u00e9tant le meilleur moyen d\u2019assurer leur d\u00e9veloppement. Quand M.\u00a0Baugniet a mis sur pied le programme de musique chorale \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de toute l\u2019\u00e9cole, je me suis retrouv\u00e9 seul la premi\u00e8re ann\u00e9e, en 1979, avec des classes d\u2019une centaine d\u2019\u00e9l\u00e8ves et plus, tant francophones qu\u2019anglophones. Il me fallait donc trouver du r\u00e9pertoire convenable pour chaque groupe linguistique pour des classes de quatri\u00e8me jusqu\u2019\u00e0 la septi\u00e8me ann\u00e9e, sans perdre de vue mon d\u00e9sir premier de transmettre toute ma passion pour la musique. Dans des classes de cette taille, il \u00e9tait in\u00e9vitable d\u2019avoir des r\u00e9calcitrants. Je me tenais dans l\u2019embrasure de la porte en \u00e9valuant leur \u00e9tat d\u2019esprit \u00e0 leur arriv\u00e9e, devinant lesquels sortaient d\u2019une classe avec un professeur substitut ou tout droit du gymnase. Pour les amadouer, je commen\u00e7ais par les exercices d\u2019\u00e9chauffement, mes pr\u00e9paratifs de r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tant suffisamment flexibles pour pouvoir \u00e9liminer tout morceau susceptible de ne pas convenir. La salle de chant devait \u00eatre un lieu invitant et convivial, o\u00f9 les jeunes auraient du plaisir, leurs tracas laiss\u00e9s derri\u00e8re eux au seuil de la porte. Je n\u2019ai jamais hauss\u00e9 le ton et s\u2019il y avait un fauteur de trouble, je le pla\u00e7ais droit devant la classe.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 travailler \u00e0 l\u2019\u00e9cole FACE, mais en juin 1999, je me sentais vid\u00e9. Mon acceptation du poste \u00e0 temps partiel \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 McGill durant cette ann\u00e9e sabbatique \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une certaine crainte de perdre contact avec les jeunes. C\u2019est pourquoi j\u2019ai saut\u00e9 \u00e0 pieds joints quand j\u2019ai re\u00e7u l\u2019offre de cr\u00e9er une nouvelle chorale de jeunes.<\/p>\n<h4><strong>R\u00e9pertoires sur mesure<\/strong><\/h4>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de mon travail avec les jeunes, les choix de r\u00e9pertoire sont une consid\u00e9ration importante pour les chorales adultes. Au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a01970, peu apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, la Chorale Saint-Laurent affichait un certain potentiel, je pensais m\u00eame qu\u2019elle pouvait se mesurer \u00e0 quelques oratorios de substance. Pour y arriver, je devais b\u00e2tir l\u2019ensemble pas \u00e0 pas en choisissant des \u0153uvres chorales importantes qui soient \u00e0 la port\u00e9e de l\u2019effectif du groupe et compatibles avec nos moyens p\u00e9cuniaires. Les choix, provenant de r\u00e9pertoires des plus vari\u00e9s, misaient toutefois sur des \u0153uvres moins ambitieuses. Au-del\u00e0 de cette question de r\u00e9pertoire, il \u00e9tait essentiel pour moi de maintenir un climat de respect mutuel dans le groupe, sans oublier une bonne humeur et une volont\u00e9 de travailler. Quand j\u2019ai dirig\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 chorale d\u2019Ottawa, j\u2019ai pu travailler avec un ensemble \u00e9tabli, ce qui m\u2019a donn\u00e9 la chance de choisir un r\u00e9pertoire en fonction de son histoire et ses traditions.<\/p>\n<p>Chaque ch\u0153ur ou ensemble avec lequel j\u2019ai pu travailler avait son propre caract\u00e8re. De ceux-ci, les Jeunes chanteurs FACE chorale senior diff\u00e9rait un peu des autres du fait qu\u2019ils me posaient constamment des d\u00e9fis. Je me souviens de la r\u00e9action des choristes quand je leur ai pr\u00e9sent\u00e9 <em>Miniwanka<\/em> de R. Murray Schafer. J\u2019ai travaill\u00e9 minutieusement avec eux, leur expliquant d\u2019abord le texte, son imagerie et ses symboles ainsi que les diagrammes et la fa\u00e7on dont ils devaient imaginer le tout pour en venir \u00e0 bout. Ils ont tous trouv\u00e9 cela tr\u00e8s <em>cool<\/em>. En 1985, nous avons interpr\u00e9t\u00e9 <em>Miniwanka<\/em> au pays de Galles et tous les concerts ont fait un tabac. Pendant des ann\u00e9es apr\u00e8s, quand je visitais de la famille dans ma terre natale, on voulait savoir si nous chantions toujours cette musique \u00ab\u00a0aquatique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h4><strong>Concerto Della Donna<\/strong><\/h4>\n<p>Apr\u00e8s mon d\u00e9part de l\u2019\u00e9cole FACE, quelques-unes des chanteuses plus matures m\u2019ont approch\u00e9 pour savoir si je voulais diriger un ensemble vocal tout f\u00e9minin, groupe connu de nos jours sous le nom de Concerto Bella Donna. Ces dames font preuve d\u2019autant d\u2019\u00e9nergie et de d\u00e9termination que de musicalit\u00e9 et de sensibilit\u00e9 artistique. Elles ont atteint un haut niveau d\u2019excellence en s\u2019appuyant sur mon travail et mon engagement aupr\u00e8s des jeunes.<\/p>\n<p>Cela dit, je ne puis affirmer en toute certitude que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 partager ma passion pour la musique avec tous mes compagnons de route, chanteurs et instrumentistes. En revanche, le jeu a certainement valu la chandelle. Je suis fort reconnaissant au Canada, sans lequel je n\u2019aurais jamais pu conna\u00eetre toutes ces belles occasions, et fier de mes deux fils, Aled et Owain, tous deux \u00e9tant des chercheurs scientifiques accomplis. Je ne saurais passer sous silence tous les appuis re\u00e7us d\u2019administrateurs et de coll\u00e8gues enseignants. J\u2019aimerais aussi rendre hommage \u00e0 tous les parents qui ont soutenu les programmes, comme \u00e0 tous les chanteurs et toutes les chanteuses, jeunes et moins jeunes, qui ont rendu l\u2019exp\u00e9rience si agr\u00e9able. Derni\u00e8re, mais non la moindre, mon \u00e9pouse Undeg qui a \u00e9t\u00e9 une in\u00e9puisable source d\u2019\u00e9nergie depuis le d\u00e9but\u00a0: sans elle, il m\u2019aurait \u00e9t\u00e9 impossible de r\u00e9aliser toutes ces choses.<\/p>\n<h4>Pr\u00e9parer un ch\u0153ur pour maestro Dutoit<\/h4>\n<p>La t\u00e2che de chef de ch\u0153ur ne m\u2019\u00e9tait pas \u00e9trang\u00e8re au moment d\u2019assumer cette fonction pour l\u2019OSM en 1986. Quinze ans plus t\u00f4t, j\u2019avais pr\u00e9par\u00e9 le Ch\u0153ur Elgar de Montr\u00e9al pour une prestation du <em>Messie<\/em> de Haendel avec l\u2019OSM et son chef Franz-Paul Decker. En 1981, c\u2019\u00e9tait au tour des Jeunes chanteurs FACE chorale senior de se produire avec l\u2019orchestre dans la <em>Dante-Symphonie<\/em> de Liszt; trois ans plus tard, j\u2019avais pr\u00e9par\u00e9 le Ch\u0153ur Saint-Laurent pour une prestation conjointe avec une autre chorale et son chef Jean-Fran\u00e7ois S\u00e9nart dans la <em>Huiti\u00e8me Symphonie<\/em> de Gustav Mahler, dirig\u00e9e par Charles Dutoit.<\/p>\n<p>L\u2019une de mes premi\u00e8res collaborations avec maestro Dutoit \u00e9tait pour le <em>Messie<\/em>. Deux ou trois ans auparavant, je l\u2019avais entendu diriger cette \u0153uvre et son approche somme toute assez europ\u00e9enne m\u2019avait frapp\u00e9 \u00e0 cause des tempos plus lents. Je ne savais pas comment pr\u00e9parer le ch\u0153ur, m\u00eame apr\u00e8s m\u2019\u00eatre entretenu avec lui bri\u00e8vement sur le sujet.<\/p>\n<p>Un an plus t\u00f4t, j\u2019avais travaill\u00e9 cette \u0153uvre pour un concert dirig\u00e9 par Christopher Hogwood. Je me suis donc tenu aux articulations de cette interpr\u00e9tation ant\u00e9rieure, variant toutefois les tempos en r\u00e9p\u00e9tition pour que le chef ait un ensemble plus mall\u00e9able \u00e0 sa disposition. Maestro Dutoit n\u2019a jamais assist\u00e9 \u00e0 une de nos r\u00e9p\u00e9titions, ce qui m\u2019a laiss\u00e9 dans un \u00e9tat constant d\u2019incertitude jusqu\u2019au jour de la g\u00e9n\u00e9rale. Le soir venu, tout s\u2019est pass\u00e9 sans accroc.<\/p>\n<p>Durant notre longue collaboration, le maestro ne s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 qu\u2019\u00e0 une seule r\u00e9p\u00e9tition du ch\u0153ur, l\u2019\u0153uvre en question \u00e9tant <em>Harmonium<\/em> de John Adams. En aucun temps n\u2019avons-nous discut\u00e9 de r\u00e9pertoire au pr\u00e9alable. Tr\u00e8s rapidement, je me suis rendu compte qu\u2019une bonne pr\u00e9paration \u00e9tait la cl\u00e9 du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Le ch\u0153ur de l\u2019OSM \u00e9tait constitu\u00e9 d\u2019une cinquantaine de chanteurs professionnels (selon le r\u00e8glement \u00e9tabli par l\u2019Union des artistes) et d\u2019un ensemble vocal amateur, ce dernier \u00e9tant, dans mon cas, le Ch\u0153ur Saint-Laurent. Toute pr\u00e9paration doit passer par les cinq \u00e9tapes suivantes, soit\u00a0:<\/p>\n<p>1 \u2013 R\u00e9p\u00e9titions de l\u2019\u0153uvre par le\u00a0ch\u0153ur non professionnel\u2009.<\/p>\n<p>2 \u2013 R\u00e9p\u00e9tition conjointe avec les\u00a0professionnels.<\/p>\n<p>3 \u2013 Maestro Dutoit dirige les ch\u0153urs rassembl\u00e9s.<\/p>\n<p>4 \u2013 Deux ou trois r\u00e9p\u00e9titions suppl\u00e9mentaires avec les\u00a0solistes, incluant la g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>5 \u2013 Concert.<\/p>\n<p>Le ch\u0153ur complet est soumis \u00e0 des auditions par intervalles r\u00e9guliers. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019exige que les professionnels soient fin pr\u00eats au moment de la premi\u00e8re r\u00e9p\u00e9tition conjointe et je tiens \u00e0 cela parce les deux ensembles doivent \u00eatre sur le m\u00eame pied. Mon r\u00f4le se r\u00e9sume \u00e0 peaufiner le tout en veillant \u00e0 une ex\u00e9cution impeccable et expressive de tous les param\u00e8tres musicaux (notes, dynamiques, justesse, sonorit\u00e9 d\u2019ensemble et diction). Au besoin, je m\u2019attarde sur les mots en plus de varier constamment les tempos. Je maintenais ce proc\u00e9d\u00e9 avec des chefs d\u2019orchestre invit\u00e9s, bien que ceux-ci demandaient toujours d\u2019assister \u00e0 une r\u00e9p\u00e9tition du ch\u0153ur, question de faire sa connaissance.<\/p>\n<p>Ce fut un r\u00e9el privil\u00e8ge pour moi de collaborer avec tous ces chefs invit\u00e9s, ne serait-ce que pour leurs styles individuels et leurs visions des \u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es. Si l\u2019un d\u2019eux \u00e9tait, disons, moins inspirant, l\u2019ensemble et moi tentions de sauver la donne d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre.<\/p>\n<p>J\u2019ai une dette particuli\u00e8re envers maestro Dutoit pour toute la confiance accord\u00e9e au ch\u0153ur de l\u2019OSM, aux Jeunes Chanteurs FACE chorale senior et \u00e0 moi-m\u00eame. Nos collaborations nous ont men\u00e9s \u00e0 New York au Carnegie Hall et au Avery Fisher Hall, au centre des arts de la sc\u00e8ne \u00e0 Saratoga Springs dans l\u2019\u00c9tat de New York ainsi qu\u2019au Centre Mann \u00e0 Philadelphie, et ce, en pr\u00e9sence de son orchestre symphonique. Comme chef, Dutoit avait ses exigences, soit, mais en aucun cas n\u2019\u00e9tait-il injuste. Si un probl\u00e8me se pr\u00e9sentait dans un passage vocal et que le temps de r\u00e9p\u00e9tition manquait pour le corriger, il s\u2019en remettait \u00e0 moi pour le r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Un cas extr\u00eame me revient ici en t\u00eate. Nous avions particip\u00e9 au printemps d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 un concert \u00e0 la Place des Arts o\u00f9 le po\u00e8me symphonique <em>Les Plan\u00e8tes <\/em>de Holst \u00e9tait au programme. J\u2019avais travaill\u00e9 fort pour cr\u00e9er une esp\u00e8ce d\u2019illusion de distance dans le passage en pianissimo cl\u00f4turant l\u2019\u0153uvre. Quelques mois plus tard, en plein \u00e9t\u00e9, nous nous sommes rendus \u00e0 Saratoga pour jouer cette \u0153uvre dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre en plein air. Toutefois, le maestro n\u2019arrivait pas \u00e0 cr\u00e9er l\u2019effet d\u00e9sir\u00e9 dans cette conclusion et m\u2019a pri\u00e9 de trouver une solution. Il m\u2019a pris de court. Je suis rentr\u00e9 dans ma loge pour r\u00e9fl\u00e9chir. Je savais qu\u2019il n\u2019y avait plus de temps pour une autre r\u00e9p\u00e9tition, alors je me suis rendu tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la console de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre pour m\u2019entretenir avec le preneur de son. Malgr\u00e9 son premier refus cat\u00e9gorique, je suis arriv\u00e9 \u00e0 le convaincre d\u2019\u00e9loigner les micros de six pouces du ch\u0153ur et de contr\u00f4ler le son de son pupitre.<\/p>\n<p>Au moment voulu, maestro Dutoit donna son signal en se fiant au moniteur hors sc\u00e8ne et j\u2019ai vu son visage se crisper d\u2019horreur. Une fois le concert termin\u00e9 et me pla\u00e7ant \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s pour saluer, il s\u2019est tourn\u00e9 vers moi en me demandant o\u00f9 \u00e9tait le ch\u0153ur. \u00ab\u00a0Ils ont chant\u00e9\u00a0\u00bb, ai-je r\u00e9pondu. Il m\u2019a pri\u00e9 de le suivre \u00e0 sa loge. Avant m\u00eame que je puisse m\u2019expliquer, trois membres de l\u2019orchestre sont entr\u00e9s pour le f\u00e9liciter, chacun voulant tout de m\u00eame savoir o\u00f9 le ch\u0153ur \u00e9tait. Il leur a r\u00e9pondu ce que je venais de lui dire. Les trois sont partis avec des regards perplexes. Les organisateurs du festival et des gens du Philadelphia Orchestra sont ensuite venus nous retrouver et nous ont f\u00e9licit\u00e9s de l\u2019interpr\u00e9tation exceptionnelle du ch\u0153ur. Dutoit a gliss\u00e9 un sourire sans plus. J\u2019ai quitt\u00e9 la loge sans jamais en reparler avec lui. Ce n\u2019est que plus tard que j\u2019ai fini par comprendre que la sonorisation du ch\u0153ur avait \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre, mais pas dans le moniteur du chef.<\/p>\n<p>Maestro Dutoit a quitt\u00e9 l\u2019orchestre en mars 2002 dans des circonstances plut\u00f4t d\u00e9solantes. J\u2019ai d\u2019abord pens\u00e9 \u00e0 tirer ma r\u00e9v\u00e9rence pour ensuite me raviser. Par souci de loyaut\u00e9 au ch\u0153ur, je suis rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Kent Nagano en 2006 pour enfin c\u00e9der ma place deux ans plus tard \u00e0 mon successeur. Ce n\u2019est pas sans regret que j\u2019ai quitt\u00e9 la direction du Ch\u0153ur Saint-Laurent apr\u00e8s 36 ans, mais il en \u00e9tait mieux ainsi en raison des circonstances. N\u00e9anmoins, les souvenirs de maestro Dutoit, de l\u2019orchestre et de son ch\u0153ur sont imp\u00e9rissables.<\/p>\n<p>Traduction par Marc Ch\u00e9nard<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise a jour : 5 mars 2022 Nous avons la tristesse d&#8217;apprendre le d\u00e9c\u00e8s d&#8217;Iwan Edwards dans la matin\u00e9e du 4 mars 2022 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 84 ans. Vous trouverez ci-dessous une r\u00e9flexion d&#8217;Iwan sur sa carri\u00e8re. Marie-Claire Fafard-Blais a interview\u00e9 Iwan \u00e0 l&#8217;occasion du 50e anniversaire du Ch\u0153ur Saint-Laurent dans notre num\u00e9ro de f\u00e9vrier\/mars<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/la-scena-musicale-team\/iwan-edwards-une-vie-au-service-de-la-musique\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":2814,"featured_media":400118,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17255],"tags":[41268,41987,41988],"class_list":{"0":"post-400120","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-musique-chorale","8":"tag-iwan-edwards-fr","9":"tag-soar-chapel-fr","10":"tag-ysol-gan-fr","11":"volume-volume-25","12":"issue-vol-25-issue-3-fr","13":"section-chorale"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IE_04-785x1024.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IE_04-230x300.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/IE_04-785x1024.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/400120"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2814"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=400120"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/400120\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/400118"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=400120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=400120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=400120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}