{"id":395239,"date":"2019-10-15T12:44:39","date_gmt":"2019-10-15T16:44:39","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=395239"},"modified":"2019-10-17T11:12:46","modified_gmt":"2019-10-17T15:12:46","slug":"marie-brassard-eclipse-la-beat-generation-au-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/nathalie-de-han\/marie-brassard-eclipse-la-beat-generation-au-feminin\/","title":{"rendered":"Marie Brassard \u2013 \u00c9clipse\u00a0: la Beat generation au f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 la faveur d\u2019<em>\u00c9clipse,<\/em> sa prochaine cr\u00e9ation, Marie Brassard se penche sur les femmes po\u00e8tes de la <em>Beat Generation<\/em>, des intellectuelles aventuri\u00e8res qui ont pav\u00e9 la voie de notre contemporan\u00e9it\u00e9 \u2013 souvent sans en retirer la moindre gloire. Entrevue.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir mis en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9criture tortur\u00e9e de Nelly Arcan dans le succ\u00e8s international <em>La fureur de ce que je pense<\/em> (2013) puis engendr\u00e9 <em>La vie utile<\/em> (2018) \u00e0 partir du trouble chantier d\u2019\u00e9criture d\u2019\u00c9velyne de la Cheneli\u00e8re, Marie Brassard s\u2019int\u00e9resse cette fois aux \u0153uvres et aux vies des femmes po\u00e8tes qui ont fait partie de la <em>Beat Generation<\/em>, une mouvance d\u2019artistes qui allait \u00e9branler la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine dans ses convictions. Les mouvements d\u2019opposition \u00e0 la guerre du Vietnam, au nucl\u00e9aire et m\u00eame les hippies de Woodstock en sont les descendants directs.<\/p>\n<p>La magnifique anthologie <em>Beat Attitude, Femmes po\u00e8tes de la Beat Generation<\/em>, \u00e9tablie par Annalisa Mar\u00ed Pegrum et S\u00e9bastien Gavignet (\u00e9ditions Bruno Doucey \u2013 2018) a \u00e9t\u00e9 un vrai d\u00e9clencheur pour Marie Brassard. Cet ouvrage m\u2019a donn\u00e9 comme un coup de poing : j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que moi, qui suis pourtant depuis toujours f\u00e9rue de d\u00e9marches f\u00e9minines et f\u00e9ministes, je n\u2019avais jamais soup\u00e7onn\u00e9 ni l\u2019existence ni l\u2019importance de leur travail, s\u2019\u00e9tonne la cr\u00e9atrice qu\u00e9b\u00e9coise. Il n\u2019est pas nouveau que la pr\u00e9sence des femmes soit oblit\u00e9r\u00e9e par celle de leurs compagnons. Les r\u00e9cits historiques et toutes les perceptions qui en d\u00e9coulent sont donc filtr\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, au tamis du point de vue masculin. \u00ab J\u2019ai pris la mesure de mon aveuglement et j\u2019ai ressenti une r\u00e9elle urgence \u00e0 mettre en avant le travail de ces cr\u00e9atrices de talent, en utilisant le superbe v\u00e9hicule de leur litt\u00e9rature \u00bb. L\u2019\u00e9criture est mon mat\u00e9riau d\u2019\u00e9lection, r\u00e9sume la metteure en sc\u00e8ne, avec une sorte de gourmandise.<\/p>\n<p>\u00ab<em>\u00c9clipse<\/em>, c\u2019est la face cach\u00e9e de la lune, le pan f\u00e9minin de la <em>Beat generation<\/em> \u00bb. On parle beaucoup de la lib\u00e9ration des femmes dans les ann\u00e9es 60, mais il ne faut pas ignorer la p\u00e9riode f\u00e9conde qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette d\u00e9cennie et vu la naissance des mouvements du Black Power, du Red Power et bien entendu, du f\u00e9minisme. En remettant radicalement en cause la place assign\u00e9e aux femmes et en assumant au quotidien leurs d\u00e9sirs de cr\u00e9ativit\u00e9 et de sexualit\u00e9, les po\u00e8tes de la Beat Generation ont men\u00e9 des vies hors normes. \u00ab Je veux rendre hommage aux Hettie Jones, Anne Waldman, Lenore Kandel, Denise Levertov, Janine Pommy Vega, Diane di Prima et Mary Norbert K\u00f6rte\u2026 Qu\u2019elles sortent de l\u2019ombre et rejoignent enfin Allen Ginsberg et Jack Kerouac sous les projecteurs, lance Marie Brassard, revancharde. Avec un petit rire, la metteure en sc\u00e8ne ajoute : \u00ab Mettre les femmes en avant, c\u2019est toujours un projet sous-jacent quand on est une femme f\u00e9ministe! \u00bb.<\/p>\n<h4>Des actrices cr\u00e9atrices<\/h4>\n<p>Pour <em>\u00c9clipse<\/em>, Marie Brassard a choisi Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, \u00c8ve Duranceau et Johanne Haberlin. Ces actrices cr\u00e9atrices, intelligentes et int\u00e9ressantes sont cruciales dans ma d\u00e9marche, je souhaite r\u00e9v\u00e9ler la complexit\u00e9 de leurs personnalit\u00e9s dans leur enti\u00e8ret\u00e9, surtout pas les effacer, reprend la metteure en sc\u00e8ne. Le premier souci des membres de l\u2019\u00e9quipe est de s\u2019inscrire ensemble, avec int\u00e9grit\u00e9, dans une vision du travail. La d\u00e9marche de cr\u00e9ation doit \u00eatre une exp\u00e9rience transformatrice, pour les cr\u00e9ateurs comme pour les spectateurs et elle est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec sans authenticit\u00e9. La construction d\u2019une \u0153uvre, c\u2019est aussi une exp\u00e9rience de vie, un partage\u00a0\u2013\u00a0de lectures, de films, de bons repas bien arros\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut cr\u00e9er un chaos, une d\u00e9bauche d\u2019id\u00e9es que l\u2019on va ensuite devoir faire vivre <strong>\u2013<\/strong> c\u2019est un plaisir de travailler avec des interpr\u00e8tes aussi allum\u00e9es et talentueuses;\u00a0l\u2019\u0153uvre est autant la-leur que la-mienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_395245\" style=\"width: 355px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-395245\" class=\" wp-image-395245\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle-300x200.jpeg\" alt=\"\" width=\"345\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle-300x200.jpeg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle-600x400.jpeg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle-768x512.jpeg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/QuatSous_Lancement_0011_IMG_0063_belisle.jpeg 800w\" sizes=\"(max-width: 345px) 100vw, 345px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-395245\" class=\"wp-caption-text\">De gauche \u00e0 droite: \u00c8ve Duranceau, Larissa Corriveau, Marie Brassard, Laurence Dauphinais et Johanne Haberlin &#8211; Cr\u00e9dit photo: Charles B\u00e9lisle<\/p><\/div>\n<p>Ensemble, les cinq femmes r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 l\u2019int\u00e9ressant mais \u00e9trange m\u00e9tier d\u2019acteur.\u00a0L\u2019art de la performance, le jeu, c\u2019est aussi un \u00e9tat, que Marie Brassard veut les inviter \u00e0 d\u00e9poser, comme le font les danseurs et les musiciens, pour ensuite explorer d\u2019autres avenues. Elle s\u2019\u00e9merveille devant le talent des interpr\u00e8tes de la distribution et la subtilit\u00e9 et de l\u2019intelligence f\u00e9minine, comme lors de la cr\u00e9ation de <em>La vie utile<\/em>, un spectacle tout en couches et en transparence, ou encore celle de la version japonaise de <em>La fureur de ce que je pense<\/em> (2017), traduite en japonais par Iwakiri Shoichiro. Ces notions de sororit\u00e9, de complicit\u00e9, d&#8217;entraide et de transmission, vont par\u2013del\u00e0 les exp\u00e9riences artistiques\u00a0: \u00ab Revisiter au Japon les pr\u00e9occupations d\u2019une jeune auteure qu\u00e9b\u00e9coise et r\u00e9aliser qu\u2019elles sont partag\u00e9es dans une autre culture a \u00e9t\u00e9 un moment tr\u00e8s fort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chez Marie Brassard, la forme est toujours en accord avec le fond et la cr\u00e9atrice se ravit de travailler au corps les \u00e9crits des po\u00e8tes femmes de la <em>Beat generation<\/em> : \u00ab Je veux mettre en valeur ces \u00e9critures immenses et totales, mener une d\u00e9marche comparable \u00e0 celle entreprise avec l\u2019\u00e9criture d\u2019\u00c9velyne ou de Nelly Arcand \u00bb. Le destin des femmes po\u00e8tes de la <em>Beat generation<\/em> est extraordinaire; leurs \u0153uvres abondantes regorgent d\u2019images visuelles et de potentiel dramatique, des aspirations mystiques aux exp\u00e9riences narcosensorielles ou sexuelles. Un d\u00e9sir d\u2019aventures et de voyage parcourt leurs r\u00e9cits, dont le style rappelle parfois l\u2019\u00e9criture automatique ou sous influence. Stone de libert\u00e9, elles \u00e9voquent l\u2019emprise consciente de cette aspiration sur leurs propres vies et sur leurs \u00e9crits. \u00ab\u00a0Je m\u2019amuse \u00e0 plonger dans leurs univers; c\u2019est un moment fantastique \u2013 tout est possible, la voie est libre, les choix douloureux viendront plus tard \u00bb.<\/p>\n<p>Difficile pour l\u2019instant d\u2019en savoir plus sur <em>\u00c9clipse<\/em>. La coproduction du Th\u00e9\u00e2tre de Quat\u2019Sous et d\u2019Infrarouge, la compagnie de Marie Brassard, se r\u00e9v\u00e8lera au fil des prochaines semaines. Car la metteure en sc\u00e8ne travaille jusqu\u2019au dernier moment et garde son \u00e9quipe sur la br\u00e8che, dans un \u00e9tat d\u2019exploration. \u00ab\u00a0Je ne me fais pas toujours confiance, mais je crois en la m\u00e9canique du processus, aux surprises et aux co\u00efncidences qui donnent le vertige \u00bb. Avec Larissa Corriveau, Laurence Dauphinais, \u00c8ve Duranceau et Johanne Haberlin, du 21 janvier au 15 f\u00e9vrier 2020. <u><a href=\"https:\/\/www.quatsous.com\/\">https:\/\/www.quatsous.com<\/a>. <\/u><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la faveur d\u2019\u00c9clipse, sa prochaine cr\u00e9ation, Marie Brassard se penche sur les femmes po\u00e8tes de la Beat Generation, des intellectuelles aventuri\u00e8res qui ont pav\u00e9 la voie de notre contemporan\u00e9it\u00e9 \u2013 souvent sans en retirer la moindre gloire. Entrevue. 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