{"id":394930,"date":"2019-10-08T14:34:31","date_gmt":"2019-10-08T18:34:31","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/pat-donnelly\/le-blues-des-bas-bleues\/"},"modified":"2019-10-08T14:34:31","modified_gmt":"2019-10-08T18:34:31","slug":"le-blues-des-bas-bleues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/pat-donnelly\/le-blues-des-bas-bleues\/","title":{"rendered":"Le blues des bas-bleues"},"content":{"rendered":"<p>En 2019, les Canadiennes tiennent le droit de fr\u00e9quenter l\u2019universit\u00e9 pour acquis. Il n\u2019y a pas si longtemps, cependant, les universit\u00e9s \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux hommes. L\u2019Universit\u00e9 McGill a admis ses premi\u00e8res \u00e9tudiantes en 1884. Marie Sirois fut la premi\u00e8re femme \u00e0 recevoir un dipl\u00f4me d\u2019une universit\u00e9 francophone \u2013 l\u2019Universit\u00e9 Laval \u2013 en 1904.<\/p>\n<p>La nature \u00e9trange des raisons invoqu\u00e9es au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour interdire une \u00e9ducation sup\u00e9rieure aux femmes est soulign\u00e9e dans <em>Blue Stockings<\/em>, de la dramaturge britannique Jessica Swale, qui sera pr\u00e9sent\u00e9e bient\u00f4t au Studio Jean Valcourt gr\u00e2ce aux Persephone Productions. Dans cette pi\u00e8ce, qui se d\u00e9roule en 1896, un psychiatre pontifiant de Cambridge affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Un homme qui laboure les champs toute la journ\u00e9e n\u2019a pas la capacit\u00e9 de faire un effort mental. De m\u00eame, une femme qui d\u00e9pense son \u00e9nergie \u00e0 exercer son cerveau le fait aux d\u00e9pens d\u2019autres organes vitaux. Les centres nerveux des femmes sont fragiles et la pression peut les affaiblir, les laissant impropres \u00e0 la maternit\u00e9.\u00a0\u00bb (Suivant cette m\u00eame logique, les activit\u00e9s intellectuelles pourraient tout aussi bien mettre les p\u00e9nis en p\u00e9ril.)<\/p>\n<p>Swale a d\u00e9di\u00e9 <em>Blue Stockings<\/em>, sa premi\u00e8re pi\u00e8ce tr\u00e8s applaudie, \u00e0 la championne de l\u2019\u00e9ducation et Prix Nobel Malala Yousafzai, qui a surv\u00e9cu \u00e0 une tentative d\u2019assassinat par les talibans au Pakistan en 2012. <em>Blue Stockings<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au Globe Theatre \u00e0 Londres en 2013. Gabrielle Soskin signera la mise en sc\u00e8ne de la production de Persephone. Elle a r\u00e9cemment repris la direction de la compagnie qu\u2019elle a fond\u00e9e il y a vingt ans, apr\u00e8s une interruption de six ans pendant laquelle Christopher Moore a agi comme directeur artistique. Persephone demeure une compagnie de th\u00e9\u00e2tre inscrite comme soci\u00e9t\u00e9 sans capital et ne re\u00e7oit aucune subvention des gouvernements; ainsi l\u2019\u00e9quilibre du budget est un souci constant. Sauf que la compagnie peut compter sur une base fid\u00e8le d\u2019amateurs et de donateurs.<\/p>\n<p>Lorsque j\u2019ai rencontr\u00e9 Soskin dans un caf\u00e9 de Westmount cet \u00e9t\u00e9, elle d\u00e9bordait d\u2019enthousiasme pour <em>Blue Stockings<\/em>. Nous nous sommes rapidement lanc\u00e9es dans une discussion sur le sens que repr\u00e9sentait pour chacune l\u2019expression \u00ab\u00a0bas-bleu\u00a0\u00bb (bluestocking). Pour Soskin, cela a signifi\u00e9 se faire dire par sa m\u00e8re, \u00e0 Londres, dans les ann\u00e9es 1950\u00a0: \u00ab\u00a0Ch\u00e9rie, je ne veux pas que tu sois un bas-bleu\u00a0\u00bb. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait qu\u2019un dipl\u00f4me universitaire allait nuire \u00e0 ses chances de mariage.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9e d\u2019apprendre que le terme bas-bleu avait pu persister jusque dans les ann\u00e9es 1950. Je croyais qu\u2019il appartenait au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quand on s\u2019en servait pour insulter des femmes comme ma grand-m\u00e8re maternelle Beatrice Legge, une jeune po\u00e8te. Alors qu\u2019elle enseignait dans le nord-est de l\u2019Ontario, elle arrondissait ses fins de mois en vendant des nouvelles et des po\u00e8mes aux journaux locaux. (\u00c0 l\u2019\u00e9poque, les journaux publiaient avec autant de fiert\u00e9 de la litt\u00e9rature et les actualit\u00e9s.)<\/p>\n<p>La double carri\u00e8re de ma grand-m\u00e8re a pris fin lorsqu\u2019elle a \u00e9pous\u00e9 mon grand-p\u00e8re en 1905, les femmes mari\u00e9es n\u2019\u00e9tant pas autoris\u00e9es \u00e0 enseigner. Ses cinq enfants ont rapidement r\u00e9duit son temps consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture, mettant fin \u00e0 ses jours de bas-bleu. Mais elle a v\u00e9cu longtemps, pr\u00e9f\u00e9rant la lecture \u00e0 la cuisine, et racontait des histoires d\u00e9licieusement effrayantes \u00e0 ses petits-enfants.<\/p>\n<p>Historiquement, le terme \u00ab\u00a0bluestocking\u00a0\u00bb vient du nom d\u2019un salon litt\u00e9raire en Grande-Bretagne tenu par lady Elizabeth Montagu dans les ann\u00e9es 1750. Au d\u00e9but, les hommes \u00e9taient admis. Un jour, un \u00e9diteur masculin s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 en portant des bas bleus peu distingu\u00e9s. On s\u2019est empar\u00e9 de son faux pas pour former un nom\u00a0: la Soci\u00e9t\u00e9 des bas-bleus. En 1811, ces premi\u00e8res f\u00e9ministes ont fait l\u2019objet d\u2019une satire dans un op\u00e9ra-comique intitul\u00e9 <em>M.P., or The Blue Stocking<\/em>, sur un livret du po\u00e8te irlandais Thomas Moore (auteur de <em>The Last Rose of Summer<\/em>).<\/p>\n<p>Le terme a vite travers\u00e9 la Manche pour devenir le p\u00e9joratif bas-bleu. Gustave Flaubert en donne une d\u00e9finition dans son <em>Dictionnaire des id\u00e9es re\u00e7ues\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Bas-bleu\u00a0: Terme de m\u00e9pris pour d\u00e9signer toute femme qui s\u2019int\u00e9resse aux choses intellectuelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bient\u00f4t, la Blue Stocking Society devint un mouvement de promotion du droit \u00e0 une \u00e9ducation postsecondaire, ouvrant la voie aux suffragettes \u2013 et aux femmes qui voulaient simplement gagner leur vie de fa\u00e7on autonome. (L\u2019invention de la machine \u00e0 \u00e9crire, brevet\u00e9e en 1868, fut un autre facteur de lib\u00e9ration \u00e9conomique.) Dans la pi\u00e8ce <em>Blue Stockings<\/em>, Swale a situ\u00e9 l\u2019action \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Cambridge, au moment o\u00f9 le coll\u00e8ge Girton autorise pour la premi\u00e8re fois des femmes \u00e0 \u00e9tudier aux c\u00f4t\u00e9s des hommes, bien qu\u2019elles n\u2019aient pas encore le droit d\u2019obtenir un dipl\u00f4me. Une jeune femme veut devenir scientifique, une autre, m\u00e9decin. La directrice des \u00e9tudes leur conseille la discr\u00e9tion et la diplomatie pour faire avancer leur cause alors qu\u2019une employ\u00e9e pr\u00f4ne l\u2019action politique.<\/p>\n<p>Soskin est une ancienne professeure d\u2019art dramatique au coll\u00e8ge John Abbott et elle a fond\u00e9 Persephone Productions en vue d\u2019am\u00e9liorer les chances d\u2019emploi de ses \u00e9tudiants apr\u00e8s leurs \u00e9tudes. Ce qui l\u2019a attir\u00e9e vers cette pi\u00e8ce est la parit\u00e9 entre les sexes. Il y a plusieurs premiers r\u00f4les autant masculins que f\u00e9minins. \u00ab\u00a0Swale tient \u00e0 souligner que les hommes ne sont pas des monstres, seulement de jeunes hommes de leur temps, dit Soskin. Ils se sentent extr\u00eamement menac\u00e9s par ces \u00e9tudiantes, craignant qu\u2019elles les supplantent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-394736 size-medium alignleft\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/1Camila-Fitzgibbon-2-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/1Camila-Fitzgibbon-2-200x300.jpg 200w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/1Camila-Fitzgibbon-2-300x450.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/1Camila-Fitzgibbon-2.jpg 427w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Le r\u00f4le de la globetrotteuse Carolyn est jou\u00e9 par Camila Fitzgibbon, une r\u00e9cente dipl\u00f4m\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre de John Abbott. Elle a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019informatique et les affaires et elle est la fondatrice et r\u00e9dactrice en chef de la publication en ligne <em>Montreal Theatre Hub<\/em>. Elle fait aussi des reportages sur le th\u00e9\u00e2tre dans le bulletin de nouvelles du matin de Global TV. Fitzgibbon jure qu\u2019elle n\u2019avait jamais entendu le terme <em>bluestocking<\/em> avant de se joindre \u00e0 la production, mais on pourrait la d\u00e9crire comme un bas-bleu moderne, repoussant sans cesse les limites de ses r\u00e9alisations intellectuelles. N\u00e9e et \u00e9lev\u00e9e au Br\u00e9sil, elle se f\u00e9licite de toutes les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation qu\u2019elle a trouv\u00e9es ici.<\/p>\n<p>Le portrait dans la pi\u00e8ce de femmes oblig\u00e9es de choisir entre l\u2019amour et la connaissance fait vibrer en elle une corde sensible. \u00ab\u00a0La plupart d\u2019entre nous avons le choix aujourd\u2019hui, dit-elle, mais c\u2019est encore une lutte.\u00a0\u00bb Elle souligne que tous les personnages de la pi\u00e8ce sont \u00ab\u00a0complexes et multidimensionnels\u00a0\u00bb, y compris les hommes. Quant aux femmes, \u00ab\u00a0tout ce qu\u2019elles d\u00e9sirent, c\u2019est d\u2019\u00eatre reconnues comme des \u00e9gales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bien que le combat pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans les institutions de haut savoir men\u00e9 par les \u00ab\u00a0bas-bleus\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es 1890 ait au d\u00e9part profit\u00e9 aux classes relativement privil\u00e9gi\u00e9es, les r\u00e9percussions se sont fait sentir dans l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. De nos jours, les femmes peuvent devenir des astronautes, des m\u00e9decins, des directrices de th\u00e9\u00e2tre ou des professeures d\u2019universit\u00e9. Mais 125 ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des femmes \u00e0 McGill, les \u00e9carts salariaux entre les hommes et les femmes demeurent substantiels dans certaines universit\u00e9s canadiennes, tant anglophones que francophones, y compris l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. Les femmes universitaires ont toujours raison de chanter le blues des bas-bleus,<\/p>\n<blockquote><p>La pi\u00e8ce <strong><em>Blue Stockings<\/em><\/strong> de Jessica Swale est pr\u00e9sent\u00e9e du 17 au 27 octobre, du mercredi au samedi, \u00e0 20\u00a0h. Des repr\u00e9sentations ont lieu \u00e0 14\u00a0h les dimanches 20 et 27 octobre et le mercredi 23 octobre. Studio Jean Valcourt, 4750, rue Henri Julien. Billets\u00a0: 30\u00a0$, \u00e9tudiant\/a\u00een\u00e9 25\u00a0$, groupes d\u2019\u00e9tudiants (10 ou plus) 14\u00a0$. T\u00e9l.\u00a0: 514-873-4031, poste 313.<\/p>\n<p>Courriel\u00a0: billetterie@conservatoire.gouv.ca<\/p>\n<p>www.conservatoire-montreal.tuxedobillet.com<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Traduction par Alain Cavenne<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 2019, les Canadiennes tiennent le droit de fr\u00e9quenter l\u2019universit\u00e9 pour acquis. Il n\u2019y a pas si longtemps, cependant, les universit\u00e9s \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es aux hommes. L\u2019Universit\u00e9 McGill a admis ses premi\u00e8res \u00e9tudiantes en 1884. Marie Sirois fut la premi\u00e8re femme \u00e0 recevoir un dipl\u00f4me d\u2019une universit\u00e9 francophone \u2013 l\u2019Universit\u00e9 Laval \u2013 en 1904. La nature<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/pat-donnelly\/le-blues-des-bas-bleues\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":3430,"featured_media":389671,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[401],"tags":[41301,41300,41296,41303,41299,41298,41297,41302],"class_list":{"0":"post-394930","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-theatre-fr","8":"tag-blue-stockings-fr","9":"tag-camila-fitzgibbon-fr","10":"tag-education-fr","11":"tag-equity-fr","12":"tag-gabrielle-soskin-fr","13":"tag-jessica-swale-fr","14":"tag-persephone-productions-fr","15":"tag-thomas-moore-fr","16":"type-article-fr","17":"volume-volume-25","18":"issue-vol-25-issue-2-fr","19":"section-la-scena-arts-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/La-Scena-RSS-square-blue.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/La-Scena-RSS-square-blue-300x144.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/La-Scena-RSS-square-blue.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/394930"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3430"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=394930"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/394930\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/389671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=394930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=394930"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=394930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}