{"id":394878,"date":"2019-10-02T15:05:30","date_gmt":"2019-10-02T19:05:30","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/vasyl-pawlowsky\/song-nation-untold-story-canadas-national-anthem\/"},"modified":"2019-10-07T20:37:45","modified_gmt":"2019-10-08T00:37:45","slug":"song-nation-untold-story-canadas-national-anthem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/vasyl-pawlowsky\/song-nation-untold-story-canadas-national-anthem\/","title":{"rendered":"Critique de livre. Song of a Nation: The Untold Story Of Canada&#8217;s National Anthem"},"content":{"rendered":"<p>En grandissant, dans les ann\u00e9es 1970, je pensais que l\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em> \u00e9tait l\u2019hymne officiel de notre pays. Beaucoup d\u2019autres s\u2019y sont m\u00e9pris. <em>Song of a Nation: The Untold Story of Canada\u2019s National Anthem<\/em>, de Robert Harris, est une biographie et un r\u00e9cit historique merveilleusement \u00e9crit qui r\u00e9sonnent et vous touchent au c\u0153ur tout en r\u00e9v\u00e9lant quelques tr\u00e9sors de l\u2019histoire canadienne, que tous les Canadiens et les amateurs de musique pourront probablement appr\u00e9cier.<\/p>\n<p>Cette biographie est celle d\u2019un homme qui \u00ab\u00a0a quitt\u00e9 la maison \u00e0 douze ans, a travaill\u00e9 comme m\u00e9nestrel grim\u00e9 en noir (\u00ab\u00a0blackface\u00a0\u00bb), s\u2019est battu dans la guerre de S\u00e9cession, a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 la bataille d\u2019Antietam, a produit le premier op\u00e9ra au Qu\u00e9bec, est devenu une figure embl\u00e9matique de la musique am\u00e9ricaine, a voyag\u00e9 \u00e0 Paris pour \u00e9tudier pendant deux ans, a tent\u00e9 de cr\u00e9er un conservatoire national qu\u00e9b\u00e9cois et a \u00e9chou\u00e9, a \u00e9crit notre hymne national, et est finalement d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en exil aux \u00c9tats-Unis\u00a0\u00bb, \u00e9crit Harris. Cet homme \u00e9tait le fils d\u2019un certain Augustin Lavall\u00e9e, qui avait aid\u00e9 Joseph Casavant \u00e0 fabriquer ses orgues. Baptis\u00e9 Calixte, Calixa Lavall\u00e9e et sa composition monumentale, <em>\u00d4 Canada,<\/em> sont le sujet de cet excellent \u00e9crit de Harris, connu pour son travail de journaliste et de diffuseur.<\/p>\n<p>Harris construit un r\u00e9cit d\u2019un peu plus de 200 pages, qui rendrait les cours d\u2019histoire du syst\u00e8me d\u2019enseignement secondaire du Canada beaucoup plus int\u00e9ressants. <em>Song of a Nation<\/em> devrait figurer dans toutes les biblioth\u00e8ques des \u00e9coles publiques et des \u00e9tablissements d\u2019enseignement au Canada. Harris raconte la vie du jeune Lavall\u00e9e dans le contexte des \u00e9v\u00e9nements historiques de l\u2019\u00e9poque, qu\u2019il s\u2019agisse de la r\u00e9bellion du Bas-Canada de 1837, de la guerre civile am\u00e9ricaine ou des enjeux de la Conf\u00e9d\u00e9ration. Il enrichit d\u2019une touche d\u2019humanit\u00e9 son discours sur un homme et un hymne qui, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, avaient peu \u00e9t\u00e9 discut\u00e9s dans un m\u00eame ouvrage.<\/p>\n<p>Lavall\u00e9e \u00e9tait l\u2019a\u00een\u00e9 d\u2019une famille de treize enfants, dont la plupart avaient fait de la musique une part de leur vie. Curieusement, peu de gens connaissent l\u2019univers de Lavall\u00e9e et l\u2019ironie de cet hymne, \u00e0 l\u2019origine compos\u00e9 pour le Canada fran\u00e7ais, mais qui est devenu l\u2019hymne d\u2019un pays qui abrite non seulement les \u00ab\u00a0deux solitudes\u00a0\u00bb fondatrices, mais \u00e9galement les peuples autochtones et tous ces autres qui viennent au Canada ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, en qu\u00eate d\u2019un endroit s\u00fbr pour \u00e9lever leurs enfants. Harris d\u00e9voile des faits m\u00e9connus int\u00e9ressants, d\u2019un point de vue musical et historique, sur le p\u00e8re de l\u2019hymne national du Canada.<\/p>\n<p>\u00c0 son retour des \u00c9tats-Unis apr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession, Lavall\u00e9e entretenait le myst\u00e8re sur sa vie l\u00e0-bas. Il ne mentionnait jamais ses activit\u00e9s en tant que com\u00e9dien \u00ab\u00a0noirci\u00a0\u00bb avec les m\u00e9nestrels ambulants de La Nouvelle-Orl\u00e9ans (qui \u00e9taient en fait \u00e9tablis \u00e0 Providence, dans le Rhode Island) et mentait pareillement sur son pass\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ses ann\u00e9es \u00e0 Paris<\/p>\n<p>L\u2019historien nous apprend que Lavall\u00e9e avait quitt\u00e9 son foyer \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans avec le soutien de L\u00e9on Derome, un boucher qui \u00e9tait aussi un adepte et un connaisseur d\u2019art, un m\u00e9c\u00e8ne et un chercheur de talents hautement d\u00e9vou\u00e9. Le m\u00eame homme aurait financ\u00e9 les deux ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes appliqu\u00e9es de Lavall\u00e9e \u00e0 Paris. Depuis son arriv\u00e9e dans la ville \u00e0 l\u2019automne 1873 jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9part au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 1875, Lavall\u00e9e eut une fantastique occasion de devenir un musicien digne de ce nom. \u00ab\u00a0Il a laiss\u00e9 son pass\u00e9 de m\u00e9nestrel s\u2019enfoncer profond\u00e9ment dans la Seine pour ne plus jamais le ramener.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Durant son s\u00e9jour \u00e0 Paris, Lavall\u00e9e a \u00e9tudi\u00e9 le piano aupr\u00e8s d\u2019Antoine-Fran\u00e7ois Marmontel, \u00ab\u00a0la ressource incontournable pour les \u00e9tudiants s\u00e9rieux\u00a0\u00bb. Marmontel avait enseign\u00e9 \u00e0 Bizet dans les ann\u00e9es 1850 et comptait Vincent d\u2019Indy, Issac Alb\u00e9niz et Claude Debussy parmi ses \u00e9tudiants les plus jeunes.<\/p>\n<p>C\u2019est sous la direction de Marmontel que Lavall\u00e9e a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 \u00e0 la musique de Fr\u00e9d\u00e9ric Chopin et de Robert Schumann. Tout en perfectionnant ses habilet\u00e9s au clavier, Lavall\u00e9e, alors sous la supervision des m\u00eamement c\u00e9l\u00e8bres Fran\u00e7ois Bazin et Adrien Louis Victor Boieldieu, am\u00e9liorait ses aptitudes en composition. Harris brosse avec brio un tableau historique autour du compositeur canadien-fran\u00e7ais, sur un fond plus complexe. \u00ab\u00a0M\u00eame s\u2019il existe moins d\u2019information sur la nature des \u00e9tudes de Lavall\u00e9e avec eux [Bazin et Boieldieu], \u00e9crit Harris, ce n\u2019est sans doute pas un hasard s\u2019il a \u00e9crit lui-m\u00eame deux op\u00e9ras au cours des dix ann\u00e9es qui suivirent et mont\u00e9 les productions de deux autres op\u00e9ras dans sa province d\u2019origine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En avance sur son temps<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience parisienne de Lavall\u00e9e lui avait permis de se faire une id\u00e9e du r\u00f4le de la musique et de d\u00e9velopper une approche philosophique tr\u00e8s diff\u00e9rente de l\u2019ultramontanisme auquel il \u00e9tait confront\u00e9 au Qu\u00e9bec. Lavall\u00e9e ne jouait plus son r\u00e9pertoire traditionnel, mais des \u0153uvres de \u00ab\u00a0Chopin, Schumann, Beethoven, Mendelssohn et Weber qu\u2019il avait \u00e9tudi\u00e9es avec Marmontel \u00e0 Paris\u00a0\u00bb. Joseph Marmette, ami et critique, d\u00e9clarait \u00e0 propos d\u2019un concert de Lavall\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Sa musique me donnait l\u2019impression que je n\u2019\u00e9tais pas vraiment au Canada, mais plut\u00f4t dans un salon europ\u00e9en. La fa\u00e7on dont M.\u00a0Lavall\u00e9e a jou\u00e9 nous a prouv\u00e9 que son talent n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sur\u00e9valu\u00e9 et qu\u2019il fait partie de nos gloires nationales.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Tout le monde n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eat pour cette musique novatrice, ni \u00e0 accepter que le gouvernement du Qu\u00e9bec finance un conservatoire national. Lavall\u00e9e \u00e9tait manifestement en avance sur son \u00e9poque avec son id\u00e9e de promouvoir les arts par le biais de formations institutionnelles. Non seulement les politiciens \u00e9taient ferm\u00e9s aux id\u00e9es du compositeur, mais la toute puissante et conservatrice \u00c9glise catholique romaine de la province faisait preuve d\u2019intol\u00e9rance envers lui, qui avait une approche plus la\u00efque. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9glise et la cr\u00e9ativit\u00e9 artistique \u00e9taient ind\u00e9niablement en froid\u00a0\u00bb, \u00e9crit Harris.<\/p>\n<p>En 1877, le dioc\u00e8se de Montr\u00e9al d\u00e9cida, pour une raison quelconque, d\u2019interdire les ch\u0153urs mixtes dans les \u00e9glises de la ville. Lavall\u00e9e eut du mal \u00e0 \u00e9viter d\u2019attiser la col\u00e8re de l\u2019\u00c9glise. Comment l\u2019\u00c9glise pouvait-elle s\u2019opposer \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em>, \u00ab\u00a0accompagn\u00e9e par une musique de Charles Gounod, qui avait fait tant de bruit lorsqu\u2019il avait fait ses d\u00e9buts lors du s\u00e9jour de Lavall\u00e9e \u00e0 Paris\u00a0\u00bb? Les efforts de celui-ci pour attirer l\u2019attention des influenceurs et des d\u00e9cideurs sont tomb\u00e9s dans l\u2019oreille d\u2019un sourd. Les rebondissements politiques qui ont suivi ont finalement permis \u00e0 Lavall\u00e9e de planifier la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em> le 24 juin 1880 dans le cadre d\u2019une immense messe \u00e0 ciel ouvert sur les plaines d\u2019Abraham. Pour une raison qu\u2019on s\u2019explique mal, cette pr\u00e9sentation publique n\u2019a jamais eu lieu \u2013 bien que plus tard dans la journ\u00e9e, lors d\u2019un banquet, une version instrumentale ait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e pour les membres des autorit\u00e9s et du pouvoir pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Lavall\u00e9e avait plusieurs ennemis, en particulier ceux qui s\u2019opposaient \u00e0 l\u2019adoption formelle de l\u2019\u00e9ducation musicale. D\u2019autres esprits \u00e9taient \u00e9galement concern\u00e9s. Le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Lorne, pour qui Lavall\u00e9e avait jou\u00e9 pour la premi\u00e8re fois <em>\u00d4 Canada<\/em>, avait ses propres desseins. \u00ab\u00a0Il souhaitait que l\u2019hymne national du Canada soit \u00e9crit par sir Arthur Sullivan, alors \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de sa renomm\u00e9e avec son partenaire William S. Gilbert.\u00a0\u00bb Lord Lorne a demand\u00e9 \u00e0 Sullivan d\u2019\u00e9crire <em>Dominion Hymn <\/em>alors qu\u2019il \u00e9tait de passage au Rideau Hall en mars 1880, il y a 140 ans. Qui a d\u00e9j\u00e0 entendu parler du <em>Dominion Hymn\u00a0<\/em>? \u00ab\u00a0Rares sont les Canadiens qui savent qu\u2019Arthur Sullivan a \u00e9crit un hymne national pour le Canada\u00a0\u00bb, d\u00e9clare Harris.<\/p>\n<p>Beaucoup ne connaissent pas non plus l\u2019origine patriotique franco-canadienne de la chanson. \u00ab\u00a0En 1980, \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation, le regrett\u00e9 Peter Gzowski et moi avons parl\u00e9 de l\u2019hymne \u00e0 son \u00e9mission <em>Morningside<\/em> sur CBC, \u00e9crit Harris dans son introduction. Peter, fier Canadien qu\u2019il \u00e9tait, a fait remarquer \u00e0 quel point il \u00e9tait ironique qu\u2019<em>\u00d4 Canada <\/em>ait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la Saint-Jean-Baptiste, f\u00eate nationale du Qu\u00e9bec.\u00a0\u00bb Gzowski avait raison de souligner l\u2019ironie. Harris r\u00e9v\u00e8le m\u00eame une partie du subterfuge politique qui a eu lieu pour que la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-Jean-Baptiste accepte l\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em>.<\/p>\n<h4><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-394578 alignleft\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-263x300.jpg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-263x300.jpg 263w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-300x342.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-600x683.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-768x875.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3-899x1024.jpg 899w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/BM1-5P1180-3.jpg 922w\" sizes=\"(max-width: 263px) 100vw, 263px\" \/><\/a>Le parcours du p\u00e8re de l\u2019hymne<\/h4>\n<p><em>Hymn of a Nation<\/em> de Harris raconte \u00e0 merveille et de mani\u00e8re convaincante l\u2019histoire nationale de l\u2019hymne du Canada et donne un aper\u00e7u de la vie d\u2019un grand homme que tr\u00e8s peu de gens connaissent. Calixa Lavall\u00e9e \u00e9tait non seulement le compositeur d\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em>; il a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation musicale formelle en Am\u00e9rique du Nord. La situation au Canada ne lui permettait pas de mener \u00e0 bien les r\u00e9formes auxquelles il tenait. Il rentra \u00e0 Boston quelques mois seulement apr\u00e8s la cr\u00e9ation d\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em>, sans jamais revenir au pays (son corps, cependant, fut enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re Notre-Dame-des-Neiges, sur le Mont-Royal, en 1933, le jour de la f\u00eate nationale du pays qui avait fait son \u00e9ducation musicale, la France.) Mais avant son d\u00e9c\u00e8s, en 1891, quelques semaines apr\u00e8s son 48<sup>e<\/sup> anniversaire, Lavall\u00e9e avait mis en branle le processus de r\u00e9forme de l\u2019\u00e9ducation musicale en Am\u00e9rique du Nord. M\u00eame si beaucoup d\u2019Am\u00e9ricains n\u2019avaient pas entendu parler de l\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em>, \u00ab\u00a0Calixa Lavall\u00e9e est devenu l\u2019une des figures les plus importantes de l\u2019histoire de la musique am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb, selon Harris.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il n\u2019ait jamais r\u00e9ussi \u00e0 former un conservatoire national au Qu\u00e9bec, les perc\u00e9es qu\u2019il a faites aux \u00c9tats-Unis ont chang\u00e9 le visage de la musique am\u00e9ricaine. Deux ans apr\u00e8s son d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 Boston, Lavall\u00e9e assista \u00e0 une r\u00e9union de la Music Teachers National Association. Ce qui y \u00e9tait discut\u00e9 semblait correspondre \u00e0 tous les objectifs de Lavall\u00e9e en mati\u00e8re de p\u00e9dagogie musicale depuis son retour de Paris quelques ann\u00e9es auparavant. Je pourrais r\u00e9v\u00e9ler les mesures qu\u2019il a prises pour r\u00e9former l\u2019\u00e9ducation musicale et transformer le visage de la musique am\u00e9ricaine, mais mes propos ne sauraient se mesurer \u00e0 la mani\u00e8re extraordinaire dont Harris raconte, notamment, un concert lors d\u2019une r\u00e9union du MTNA \u00e0 Cleveland en 1884. Lavall\u00e9e \u00ab\u00a0montra qu\u2019il y avait des compositeurs am\u00e9ricains d\u2019excellence dont le travail m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre le plus fr\u00e9quemment pr\u00e9sent\u00e9 devant un public national et interpr\u00e9t\u00e9 par des professionnels chevronn\u00e9s.\u00a0\u00bb Non seulement Lavall\u00e9e fut-il le compositeur de l\u2019hymne national du Canada, mais il contribua \u00e9galement \u00e0 ce que les Am\u00e9ricains soient fiers de leurs talents musicaux.<\/p>\n<p>Moi qui ai longtemps pens\u00e9 qu\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em> avait \u00e9t\u00e9 l\u2019hymne national du Canada d\u00e8s le d\u00e9part\u2026 Harris m\u2019a fait comprendre que c\u2019\u00e9tait uniquement avec le r\u00e9f\u00e9rendum organis\u00e9 au Qu\u00e9bec le 20 mai 1980, et en r\u00e9action directe au <em>Gens du pays<\/em> de Gilles Vigneault, que le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral a finalement adopt\u00e9 l\u2019hymne national du Canada. Cela s\u2019est pass\u00e9 dans un cadre politique tr\u00e8s int\u00e9ressant, comme le d\u00e9crit Harris. \u00ab\u00a0Le 27 juin 1980, quatre jours seulement avant la f\u00eate du Canada, une sc\u00e8ne remarquable se d\u00e9roulait sur la Colline du Parlement. Un projet de loi d\u00e9battu depuis des ann\u00e9es, qui avait suscit\u00e9 l\u2019opposition la plus f\u00e9roce, \u00e9tait pass\u00e9 en deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me lectures \u00e0 la Chambre et au S\u00e9nat et recevait l\u2019assentiment royal \u2013 le tout en une seule journ\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Un petit air de magie<\/h4>\n<p>Harris explique la musicalit\u00e9, la simplicit\u00e9 et la puissance d\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em> par sa partition originale. Mon \u00e9ducation musicale se limite \u00e0 la facult\u00e9 d\u2019appr\u00e9ciation que j\u2019ai acquise avec Iwan Edwards durant mes \u00e9tudes, puis en c\u00f4toyant professionnellement des compositeurs en Ukraine et en vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Entendre ce que Calixa Lavall\u00e9e a compos\u00e9 pour le Canada fran\u00e7ais ou me tenir sur le podium en tant qu\u2019athl\u00e8te ou dans la cour de l\u2019ambassade du Canada en Ukraine \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate du Canada, cela m\u2019a toujours procur\u00e9 une grande fiert\u00e9 en tant que Canadien. Nous devons essayer de nous rappeler que notre hymne a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 pour la premi\u00e8re fois comme chant national du Canada fran\u00e7ais et qu\u2019un si\u00e8cle s\u2019\u00e9coula avant qu\u2019il devienne officiellement celui du Canada entier. Alors que Lavall\u00e9e a compos\u00e9 la musique, c\u2019est Adolphe-Basile Routhier, un juge, qui a \u00e9crit les mots en fran\u00e7ais en collant \u00e0 la construction musicale de Lavall\u00e9e. C\u2019est un autre juge et po\u00e8te, Robert Stanley Weir, qui, en 1908, a \u00e9crit les premi\u00e8res paroles en langue anglaise. Il les a modifi\u00e9es trois fois \u2013 en 1909, 1913 et 1916 \u2013 avant qu\u2019elles ne finissent par constituer la version anglaise g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e de l\u2019hymne, note Harris.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019amoureux de musique, les lecteurs de <em>La Scena Musicale <\/em>trouveront des perles dans ce texte que Harris tisse comme une belle grande tapisserie de l\u2019histoire de notre pays. J\u2019ai particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 la d\u00e9construction de l\u2019<em>\u00d4 Canada<\/em> qu\u2019effectue Harris aux deux tiers environ de son ouvrage\u00a0: \u00ab\u00a0La structure de la chanson est importante, car elle compose l\u2019arc qui donne sa forme et son impact \u00e9motionnel \u00e0 la musique et que notre inconscient suit comme une all\u00e9gorie sonore. Plus que tout, c\u2019est cette structure qui cr\u00e9e la force de l\u2019hymne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Harris explique comment Lavall\u00e9e fait op\u00e9rer la magie dans la composition d\u2019<em>\u00d4 Canada <\/em>et comment nous ne nous arr\u00eatons jamais aux trois sections de l\u2019hymne \u00ab\u00a0car g\u00e9n\u00e9ralement, une fanfare \u00e9clate \u00e0 quelques centim\u00e8tres de nos tympans\u00a0\u00bb. Les sections articul\u00e9es ensemble \u00e9voquent quelque chose de tr\u00e8s visc\u00e9ral.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re section, \u00ab\u00a0\u00d4 Canada\u00a0! Terre de nos a\u00efeux\u00a0!\u00a0\u00bb, est une invocation presque religieuse du pays m\u00eame. Vient ensuite un crescendo menant \u00e0 ce qui se trouve juste au-dessus de la colline. Lavall\u00e9e utilise \u00ab\u00a0toutes sortes de marqueurs rythmiques et m\u00e9lodiques\u00a0\u00bb tout au long de la pi\u00e8ce. La deuxi\u00e8me section s\u2019encha\u00eene, passant d\u2019un ton de supplication \u00e0 \u00ab\u00a0un rythme de marche, de tension croissante\u00a0\u00bb. L\u2019auteur explique ensuite\u00a0: \u00ab\u00a0La cl\u00e9 de cet air que Lavall\u00e9e a compos\u00e9 pour la main gauche du piano d\u2019accompagnement est une s\u00e9rie d\u2019octaves sur une seule note \u2013 un <em>r\u00e9<\/em> grave \u2013 qui bat sans cesse, de mani\u00e8re insistante, sans variation\u00a0: <em>boom<\/em>, <em>boom<\/em>, <em>boom<\/em>, <em>boom<\/em>, comme un r\u00eave enfi\u00e9vr\u00e9. De la nature douce, presque divine de la premi\u00e8re partie, il voulait nous plonger dans l\u2019angoisse trouble et stimulante de la seconde. Dans la troisi\u00e8me partie, Lavall\u00e9e utilise un autre outil rythmique pour \u00ab\u00a0raviver les \u00e9motions\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0le puissant rythme d\u2019ouverture se r\u00e9p\u00e8te, sans sources d\u2019apaisement\u00a0: d\u2019abord dans \u2018\u2019Dieu prot\u00e8ge notre terre\u2019\u2019, puis dans \u2018\u2019glorieuse et libre\u2019\u2019, et enfin, dans le triomphant \u201c\u00d4 Canada\u201d, qui se r\u00e9p\u00e8te jusqu\u2019\u00e0 l\u2019apog\u00e9e de la pi\u00e8ce.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En tant que biblioth\u00e9caire et sp\u00e9cialiste de l\u2019information ayant contribu\u00e9, dans le cadre de ma profession, au d\u00e9veloppement de collections, je recommande vivement l\u2019ajout de ce livre \u00e0 toute collection de biblioth\u00e8que de musique ou d\u2019histoire. De ses recherches, Harris nous a rapport\u00e9 un joyau de notre histoire musicale canadienne, tout en offrant une repr\u00e9sentation historique des al\u00e9as de la formation d\u2019un pays, ici appel\u00e9 le Canada.<\/p>\n<p>Traduction\u00a0: Andr\u00e9anne Venne<\/p>\n<blockquote><p><em>Song of a Nation: The Untold Story of Canada\u2019s National Anthem,<\/em> de Robert Harris, Toronto: McClelland &amp; Stewart. ISBN\u00a0: 9780771050923<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En grandissant, dans les ann\u00e9es 1970, je pensais que l\u2019\u00d4 Canada \u00e9tait l\u2019hymne officiel de notre pays. Beaucoup d\u2019autres s\u2019y sont m\u00e9pris. Song of a Nation: The Untold Story of Canada\u2019s National Anthem, de Robert Harris, est une biographie et un r\u00e9cit historique merveilleusement \u00e9crit qui r\u00e9sonnent et vous touchent au c\u0153ur tout en r\u00e9v\u00e9lant<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/vasyl-pawlowsky\/song-nation-untold-story-canadas-national-anthem\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":4861,"featured_media":394575,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17277],"tags":[41265,41266,41267,41269,41270,41271,39415,41272],"class_list":{"0":"post-394878","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-musique-canadienne","8":"tag-adolphe-basile-routhier-fr","9":"tag-antoine-francois-marmontel-fr","10":"tag-gilles-vigneault-fr","11":"tag-leon-derome-fr","12":"tag-music-teachers-national-association-fr","13":"tag-new-orleans-minstrels-fr","14":"tag-robert-harris-fr","15":"tag-robert-stanley-weir-fr","16":"type-critique-de-livre","17":"volume-volume-2","18":"issue-vol-25-issue-2-fr","19":"section-critiques"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/songofanation_CMYK.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/songofanation_CMYK-300x207.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/songofanation_CMYK.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/394878"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4861"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=394878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/394878\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/394575"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=394878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=394878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=394878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}