{"id":376661,"date":"2019-02-28T11:37:17","date_gmt":"2019-02-28T15:37:17","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=376661"},"modified":"2019-03-01T10:57:35","modified_gmt":"2019-03-01T14:57:35","slug":"lart-nuance-reponse-chronique-louis-cornellier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/benjamin-goron\/lart-nuance-reponse-chronique-louis-cornellier\/","title":{"rendered":"L&#8217;art de la nuance &#8211; R\u00e9ponse \u00e0 la chronique de Louis Cornellier dans Le Devoir"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Les artistes de musique classique passent leur vie \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019art de la nuance, ce qui ne semble pas \u00eatre le cas de Louis Cornellier lorsqu\u2019il en parle, en t\u00e9moigne <a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/opinion\/chroniques\/548378\/besoin-de-classique\">sa chronique pour Le Devoir<\/a> sortie samedi dernier.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En effet, comme le constate Monsieur Cornellier, la place de la musique classique est assez r\u00e9duite dans l\u2019espace m\u00e9diatique. Du cubicule de pratique le plus confin\u00e9 \u00e0 la plus prestigieuse salle de concert, de l\u2019atelier de lutherie au jub\u00e9 de l\u2019\u00e9glise, nombreux sont ceux qui \u0153uvrent \u00e0 la transmission d\u2019un art et d\u2019un savoir-faire mill\u00e9naires et qui, bien souvent, n\u2019ont pas la reconnaissance qu\u2019ils m\u00e9riteraient dans l\u2019espace public. Face \u00e0 ce constat, malheureusement, Monsieur Cornellier fait preuve d\u2019une fermeture d\u2019esprit d\u00e9sarmante en opposant une vision romantique de la musique classique aux autres genres, implicitement pr\u00e9sent\u00e9s comme n\u00e9cessairement inf\u00e9rieurs. <i>La Scena Musicale<\/i>, en sa qualit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de journalisme musical classique, a cru bon de r\u00e9agir afin d\u2019apporter un \u00e9clairage juste et mesur\u00e9 sur le sujet.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Rappelons tout d\u2019abord \u00e0 Monsieur Cornellier que cette \u00ab\u00a0grande musique\u00a0\u00bb dont il parle s\u2019est nourrie durant toute son histoire de l\u2019univers musical populaire qui l\u2019entourait, des danses folkloriques aux rythmes du jazz, des gammes extra-europ\u00e9ennes aux bruits des machines. Son langage s\u2019est enrichi et diversifi\u00e9 au contact de ce qui lui \u00e9tait \u00e9tranger. Cette \u00ab\u00a0grande musique\u00a0\u00bb est donc, par essence, le fruit d\u2019un m\u00e9tissage de plusieurs si\u00e8cles qui se poursuit aujourd\u2019hui fort heureusement. Par ailleurs, et m\u00eame si cela nous semble une \u00e9vidence, rappelons que la pop et la chanson francophone sont des sc\u00e8nes immens\u00e9ment cr\u00e9atives au Qu\u00e9bec, en grande \u00e9bullition, dont la reconnaissance internationale s\u2019affirme de mani\u00e8re grandissante, et nombre d\u2019artistes multiplient d\u2019heureuses collaborations entre classique et pop. \u00c0 cela s\u2019ajoutent une multitude de projets qui rendent les fronti\u00e8res entre ces disciplines de plus en plus poreuses en proposant de nouvelles avenues esth\u00e9tiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019est aussi ce qui rend le travail de critique difficile, dans la mesure o\u00f9 celui-ci doit prendre un soin tout particulier \u00e0 comprendre les chemins pris par les interpr\u00e8tes et cr\u00e9ateurs d\u2019aujourd\u2019hui. Et dans cet exercice d\u00e9licat, il faut savoir laisser son ego \u00e0 sa place, ce qui n\u2019est pas toujours facile pour certains. Avoir une grande culture g\u00e9n\u00e9rale est une chose, en user \u00e0 bon escient en est une autre. Le critique musical est un m\u00e9diateur entre les artistes et le public et doit permettre \u00e0 ce dernier de comprendre la d\u00e9marche entreprise par un chef, un ensemble ou un musicien, tout en laissant au lecteur un espace de r\u00e9flexion personnelle pour aiguiser son propre jugement critique. Sa mission est d\u2019\u00e9duquer le go\u00fbt pour un art, et sa meilleure arme reste, \u00e0 mon sens, une judicieuse combinaison d\u2019humilit\u00e9, d\u2019ouverture d\u2019esprit, de sensibilit\u00e9 artistique, de ma\u00eetrise de la langue et de connaissances approfondies de son art.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Aussi, les amateurs de musique classique qui recherchent une vitrine renvoyant une image fid\u00e8le, instructive et humaine de la sc\u00e8ne \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb ont encore plusieurs choix face \u00e0 eux\u00a0: les publications papier et web de <i>La Scena Musicale<\/i> couvrent depuis 23 ans un large \u00e9ventail allant de la musique ancienne aux cr\u00e9ations d\u2019aujourd\u2019hui (en t\u00e9moignent notre dernier num\u00e9ro d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la musique contemporaine) en passant par le jazz, avec des publications de musicologues et de sp\u00e9cialistes de ces sc\u00e8nes (Wah Keung Chan, Arthur Kaptainis, Philippe Gervais, Richard Turp, \u00c9ric Champagne, Marc Ch\u00e9nard et moi-m\u00eame, entre autres). Forts d\u2019un tirage \u00e0 25\u00a0000 copies, nous ne boudons pas les petits ensembles, les jeunes artistes ni les sc\u00e8nes plus marginales, \u00e9tant bien conscients qu\u2019ils participent autant \u00e0 l\u2019excellence musicale qu\u00e9b\u00e9coise que les grands orchestres et les grandes institutions. D\u2019autres m\u00e9dias de presse \u00e9crite et critiques font un travail remarquable, tant du c\u00f4t\u00e9 francophone qu\u2019anglophone, pensons \u00e0 Arthur Kaptainis de La Gazette, R\u00e9jean Beaucage, Jean-Jacques Nattiez, la revue <i>Circuits<\/i>, \u00c9ric Sabourin avec Les ArtsZ\u00e9, Alain Brunet, le site web Ludwig Van, Christophe Rodriguez du Journal de Montr\u00e9al, la revue <i>L\u2019op\u00e9ra<\/i> ou encore le blog de musique contemporaine <i>Cette ville \u00e9trange<\/i>, pour ne citer qu&#8217;eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Fort heureusement donc, il n\u2019existe pas qu\u2019un seul \u00ab\u00a0gardien expert de ce monde pr\u00e9cieux.\u00a0\u00bb Certes, on ne peut qu\u2019esp\u00e9rer un retour de la musique classique (dans son acception la plus large) dans les grands m\u00e9dias afin d\u2019op\u00e9rer un r\u00e9\u00e9quilibrage, mais le pouvoir reste dans les mains de chacun. En faisant confiance \u00e0 des publications qui conjuguent excellence et souci de la nuance, chacun peut contribuer \u00e0 faire rayonner cette sc\u00e8ne et convaincre les grand subventionneurs de ramener les concerts de musique classique \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 ou les commandes publiques d\u2019\u0153uvres de cr\u00e9ation.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Cette bulle herm\u00e9tique dans laquelle le chroniqueur du Devoir cherche \u00e0 placer la musique classique n\u2019existe pas. Elle n\u2019a jamais exist\u00e9. Cette tradition de musique savante occidentale est un joyau qu\u2019il faut pr\u00e9server car il a pleinement sa place dans les pr\u00e9occupations profondes de nos soci\u00e9t\u00e9s actuelles; or, c\u2019est en s\u2019ouvrant et en dialoguant avec ce qui l\u2019entoure, ce qu\u2019il l\u2019a toujours fait, qu\u2019il conserve au fil des ann\u00e9es son \u00e9clat le plus vif.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les artistes de musique classique passent leur vie \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019art de la nuance, ce qui ne semble pas \u00eatre le cas de Louis Cornellier lorsqu\u2019il en parle, en t\u00e9moigne sa chronique pour Le Devoir sortie samedi dernier. 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