{"id":374179,"date":"2018-12-31T13:55:01","date_gmt":"2018-12-31T17:55:01","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=374179\/"},"modified":"2018-12-31T13:55:01","modified_gmt":"2018-12-31T17:55:01","slug":"deces-du-critique-musical-claude-gingras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/newswire\/deces-du-critique-musical-claude-gingras\/","title":{"rendered":"D\u00e9c\u00e8s du critique musical Claude Gingras"},"content":{"rendered":"<p>Le journaliste et critique musical Claude Gingras s&#8217;est \u00e9teint hier \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 87 ans. Pour comm\u00e9morer sa carri\u00e8re au service de la musique, nous avons choisi de partager un extrait <span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">de\u00a0<i>Notes<\/i>, souvenirs d&#8217;un critique musical ayant travaill\u00e9 plus de 60 ans pour le journal La Presse.<\/span><\/p>\n<p>____<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Il existe entre Prokofiev et le Qu\u00e9bec un lien inconnu de la quasi-totalit\u00e9 de nos m\u00e9lomanes. Le compositeur russe, l\u2019un des plus c\u00e9l\u00e8bres du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle \u2013 \u00e0 qui l\u2019on doit bien davantage que\u00a0<i>Pierre et le Loup<\/i>, soit dit en passant\u00a0! \u2013, s\u00e9journa \u00e0 Montr\u00e9al pendant une semaine, en 1920 \u2013 plus pr\u00e9cis\u00e9ment du 24 janvier au 1er f\u00e9vrier, selon les dates du journal qu\u2019il tenait et que la Cornell University Press d\u2019Ithaca, N. Y. a publi\u00e9 en traduction anglaise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">S\u2019\u00e9tant fix\u00e9 \u00e0 New York en septembre 1918, apr\u00e8s la r\u00e9volution bolchevique, et connu principalement comme pianiste, Prokofiev, qui n\u2019avait alors que 27 ans, vint donner un r\u00e9cital de musique russe (Moussorgsky, Rachmaninov, Scriabine et lui-m\u00eame) le 25 janvier au His Majesty\u2019s (concernant ce th\u00e9\u00e2tre, voir Cooper). Prokofiev alla reprendre ce programme \u00e0 Qu\u00e9bec le 27 au Columbus Hall.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le visiteur raconte en d\u00e9tail son s\u00e9jour ici. Il \u00e9tait heureux de quitter New York, o\u00f9 s\u00e9vissait une \u00e9pid\u00e9mie d\u2019influenza. Un ami, qu\u2019il nomme simplement Stahl, l\u2019avait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un couple de Montr\u00e9al, les Fortier, qui l\u2019invit\u00e8rent chez eux, avenue Beloeil, \u00e0 Outremont. Chaque fois que je passe par l\u00e0, j\u2019imagine Prokofiev admirant lui aussi ces grands arbres qui apportent ombre et fra\u00eecheur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Il y a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, on me mit en contact avec une dame, anglophone d\u2019un certain \u00e2ge, qui se d\u00e9partissait de disques, livres et partitions ayant appartenu \u00e0 sa famille. J\u2019achetai d\u2019elle quelques partitions chant-piano dont une, de\u00a0<i>Tristan und Isolde<\/i>, portant la d\u00e9dicace\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 mon cher Marcel. No\u00ebl 1932. Florestine Fortier\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Devenue anglophone par son mariage, cette dame avait \u00e9t\u00e9, dans son enfance, une petite Fortier parlant fran\u00e7ais. Elle me confirma que Prokofiev avait habit\u00e9 \u00e0 la maison, mais ne se souvenait de rien d\u2019autre. \u00ab\u00a0I was then a little girl. My mother could inform you better\u2026 but she is dead.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Jean Vallerand (voir Cooper) me dit un jour que Prokofiev compl\u00e9ta ici l\u2019orchestration de son op\u00e9ra\u00a0<i>L\u2019Amour des trois oranges<\/i>, dont la cr\u00e9ation mondiale allait avoir lieu \u00e0 Chicago en 1921, soit l\u2019ann\u00e9e qui suivit son bref s\u00e9jour ici. On aime le penser\u2026 mais on n\u2019en a pas la certitude. D\u2019une part, les ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s indiquent que c\u2019est \u00e0 New York, le 1er octobre 1919, que Prokofiev compl\u00e9ta cet op\u00e9ra dont il avait lui-m\u00eame \u00e9crit le livret, en fran\u00e7ais. D\u2019autre part, la semaine qu\u2019il passa ici ne lui laissa certainement pas beaucoup de loisir pour se pencher sur l\u2019une de ses oeuvres\u00a0: il joua deux fois, \u00e0 Montr\u00e9al et \u00e0 Qu\u00e9bec, il alla \u00e9couter Alfred Cortot l\u2019apr\u00e8s-midi du 1er f\u00e9vrier et assista \u00e0 des r\u00e9ceptions, en plus de travailler le Concerto de Rimsky-Korsakov pour d\u2019imminentes ex\u00e9cutions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Prokofiev raconte qu\u2019il arriva de New York par le train, t\u00f4t le matin du 24 janvier, \u00ab\u00a0aveugl\u00e9 par le spectacle de la neige miroitant au soleil\u00a0\u00bb, dit-il en substance, et que les Fortier l\u2019habill\u00e8rent pour l\u2019hiver\u00a0: bottes, bonnet, foulard. Le Majesty\u2019s n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas \u00e0 moiti\u00e9 rempli pour son r\u00e9cital. Une r\u00e9ception suivit chez les Fortier, o\u00f9 il rencontra l\u2019\u00e9lite culturelle locale. \u00c0 Qu\u00e9bec, raconte-t-il encore, son h\u00f4tel \u00ab\u00a0ressemblait de l\u2019ext\u00e9rieur \u00e0 un ch\u00e2teau\u00a0\u00bb \u2013 il s\u2019agissait \u00e9videmment du Ch\u00e2teau Frontenac \u2013 et il y vit des tra\u00eeneaux pour la premi\u00e8re fois depuis son d\u00e9part de Russie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">On apprend aussi que l\u2019impr\u00e9sario r\u00e9duisit son cachet de 600\u00a0$ \u00e0 500\u00a0$, sous pr\u00e9texte que le r\u00e9cital de Montr\u00e9al lui avait fait perdre de l\u2019argent. Le lendemain, on l\u2019emmena \u00e0 une s\u00e9ance du Parlement, et des gens le suivirent \u00e0 son h\u00f4tel pour un r\u00e9cital impromptu dans sa chambre, o\u00f9 ils trouv\u00e8rent place sur le lit, tout simplement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">La cr\u00e9ation de\u00a0<i>L\u2019Amour des trois oranges<\/i>, le 30 d\u00e9cembre 1921, s\u2019augmente d\u2019int\u00e9ressants d\u00e9tails historiques. Elle fut facilit\u00e9e par Mary Garden qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 en 1902 la premi\u00e8re M\u00e9lisande \u2013 du c\u00e9l\u00e8bre op\u00e9ra de Debussy, faut-il le pr\u00e9ciser\u00a0! \u2013, \u00e9tait devenue directrice g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Op\u00e9ra de Chicago. Auteur \u00e0 la fois de la musique et du livret, Prokofiev \u00e9tait au pupitre \u00e0 cette occasion. L\u2019un des premiers r\u00f4les, la Princesse Clarice, \u00e9tait chant\u00e9 par une femme de Saint-Jean-d\u2019Iberville, Irene Pavloska. N\u00e9e L\u00e9vi en 1889, morte \u00e0 Chicago en 1962, elle avait \u00e9t\u00e9 attach\u00e9e \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de la ville de 1919 \u00e0 1934.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Prokofiev revint \u00e0 Montr\u00e9al en 1930, cette fois pour une seule journ\u00e9e, le 20 mars, le temps d\u2019un r\u00e9cital et d\u2019une r\u00e9ception tardive chez les Fortier, o\u00f9 il coucha, rapporte-t-il, dans le lit de Medtner, que la famille avait re\u00e7u pr\u00e9c\u00e9demment. Il donna son r\u00e9cital \u00ab\u00a0in the Music University\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il. Il s\u2019agit tr\u00e8s certainement du Moyse Hall, petite salle perdue au bout de la grande all\u00e9e centrale du campus McGill. Mon coll\u00e8gue Eric McLean m\u2019avait racont\u00e9 que, \u00e9l\u00e8ve en piano, on l\u2019avait emmen\u00e9 entendre Prokofiev dans cette salle et qu\u2019on l\u2019avait m\u00eame assis sur les genoux de l\u2019illustre visiteur. McLean avait alors 10 ans.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Enfin, on peut rappeler que Pauline Donalda, l\u2019intr\u00e9pide directrice de l\u2019Opera Guild, monta\u00a0<i>L\u2019Amour des trois oranges\u00a0<\/i>en 1952, \u00e0 ce m\u00eame His (devenu Her) Majesty\u2019s, o\u00f9 Prokofiev s\u2019\u00e9tait produit comme pianiste 32 ans plus t\u00f4t.<\/span><\/p>\n<hr width=\"50%\" \/>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Ce texte est extrait de\u00a0<i>Notes<\/i><em>, 60 ans de vie musicale. Confidences et anecdotes<\/em>. Les \u00c9ditions La Presse, Montr\u00e9al, 2014, 216 pages, ISBN 978-2-89705-190-7<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journaliste et critique musical Claude Gingras s&#8217;est \u00e9teint hier \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 87 ans. 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