{"id":373753,"date":"2018-12-07T15:54:15","date_gmt":"2018-12-07T19:54:15","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=373753\/"},"modified":"2018-12-07T21:37:23","modified_gmt":"2018-12-08T01:37:23","slug":"shakespeare-en-musique-pour-lutter-contre-la-violence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/benjamin-goron\/shakespeare-en-musique-pour-lutter-contre-la-violence\/","title":{"rendered":"Shakespeare en musique pour lutter contre la violence"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En pr\u00e9lude \u00e0 ces Songes de Shakespeare, la Maison Symphonique a \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e dans une minute de silence \u00e0 la m\u00e9moire des 14 jeunes femmes tu\u00e9es il y a 29 ans \u00e0 l\u2019\u00c9cole Polytechnique de Montr\u00e9al. Les musiciens de l\u2019Orchestre M\u00e9tropolitain portaient un ruban blanc en lien avec cette journ\u00e9e funeste, devenue depuis la Journ\u00e9e Nationale de comm\u00e9moration et d\u2019action contre la violence faite aux femmes. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s une pr\u00e9sentation du programme, l\u2019orchestre a offert en premi\u00e8re partie deux incontournables du r\u00e9pertoire musical inspir\u00e9 de l\u2019\u0153uvre de Shakespeare, le <i>Songe d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/i> (ouverture et scherzo) de Mendelssohn et <i>Rom\u00e9o et Juliette<\/i> de Tcha\u00efkovsky. Mendelssohn r\u00e9v\u00e8le la transparence et la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de l\u2019orchestre et du chef invit\u00e9 Alexander Shelley, tandis que la \u00ab\u00a0fantaisie-ouverture\u00a0\u00bb de Tcha\u00efkovsky est rendue avec une grande clart\u00e9. Le th\u00e8me d\u2019amour est lent et passionn\u00e9, on lui aurait souhait\u00e9 davantage de fr\u00e9missement.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_373762\" style=\"width: 712px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-373762\" class=\"wp-image-373762 size-large\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg-1024x683.jpeg\" alt=\"\" width=\"702\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg-300x200.jpeg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg-600x400.jpeg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg-768x512.jpeg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/RMnfXHkg.jpeg 1280w\" sizes=\"(max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-373762\" class=\"wp-caption-text\">Le chef invit\u00e9 Alexander Shelley<\/p><\/div>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le <i>Concerto pour clarinette \u00ab\u00a0Peacock Tales\u00a0\u00bb<\/i> de Per Anders Hillborg a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit il y a vingt ans et cr\u00e9\u00e9 par le soliste su\u00e9dois Martin Fr\u00f6st. Il \u00e9tait jou\u00e9 hier soir dans sa version \u00ab\u00a0Millenium\u00a0\u00bb par le clarinettiste de Montr\u00e9al David Dias da Silva. C\u00f4t\u00e9 musique, rien \u00e0 redire. La partition virtuose et \u00e9clat\u00e9e explore les nombreuses possibilit\u00e9s sonores de la clarinette, avec une pr\u00e9occupation orchestrale essentiellement texturale, mais tout \u00e0 fait efficace. Le clarinettiste d\u2019origine portugaise a montr\u00e9 sa grande ma\u00eetrise de l\u2019instrument et son incomparable aisance dans ce concerto qu\u2019il conna\u00eet bien. Ses envol\u00e9es virtuoses, ses crescendos \u00e0 partir du silence ou encore les passages \u00e0 plusieurs voix semblent couler avec une grande facilit\u00e9 et un naturel \u00e9blouissant.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En revanche, la \u00ab\u00a0prestation th\u00e9\u00e2trale\u00a0\u00bb du soliste, voulue par le compositeur et inscrite dans la partition,\u00a0 consistait en des mouvements de jambes, de bras ou de clarinette, qui n\u2019avaient aucun int\u00e9r\u00eat. Elle aurait pu (d\u00fb\u00a0?) \u00eatre \u00e9vit\u00e9e, ayant pour seule cons\u00e9quence de d\u00e9tourner le spectateur de la musique et d\u2019offrir un mauvais num\u00e9ro de mime, d\u00e9cr\u00e9dibilisant une partition pourtant excellente et plus complexe que ne le laissait entendre cette lecture vaudevillesque. Ce genre de prestation peut trouver un \u00e9cho int\u00e9ressant dans un festival en plein air sous un \u00e9clairage ad\u00e9quat, ou avec l\u2019intervention avis\u00e9e de danseurs professionnels pour \u00e9clairer la lecture musicale, mais dans le contexte d\u2019hier, elle desservait la musique.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En concluant avec <i>Macbeth<\/i> de Richard Strauss, l\u2019Orchestre M\u00e9tropolitain a montr\u00e9 sa grande compr\u00e9hension du langage post-romantique, aid\u00e9 en cela par maints Bruckner et Mahler habillant leur r\u00e9pertoire. Macbeth est un peu le mouton noir des po\u00e8mes symphoniques de Strauss, d\u00e9cri\u00e9 pour son manque de raffinement expressif. Sorti de son contexte litt\u00e9raire, l\u2019\u0153uvre est pourtant d\u2019une beaut\u00e9 majestueuse et puissante, un bloc monolithique o\u00f9 la tension est sous-jacente jusqu\u2019\u00e0 l\u2019issue finale. Alexander Shelley, expansif et communicatif, trouve un bel \u00e9quilibre entre la gravit\u00e9 de l\u2019intrigue et la luxuriance de la musique, pour proposer une lecture qui rend justice \u00e0 ce po\u00e8me symphonique. V\u00e9ritable d\u00e9ferlante d\u2019\u00e9motions contrast\u00e9es, cette \u0153uvre aux accents de <i>Sturm und Drang<\/i> \u2013\u00a0m\u00eame si l\u2019\u00e9poque est alors r\u00e9volue\u00a0\u2013 est rendue avec une pr\u00e9cision d\u00e9licieuse et un son enveloppant par l\u2019Orchestre M\u00e9tropolitain. La cerise sur&#8230; la colline de Dunsinane, pour clore ce concert.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-373760\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ-1024x683.jpeg\" alt=\"\" width=\"702\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ-1024x683.jpeg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ-300x200.jpeg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ-600x400.jpeg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ-768x512.jpeg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/pZ37i6MQ.jpeg 1280w\" sizes=\"(max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Si la violence reste pr\u00e9sente dans nos vies et nos souvenirs, la meilleure r\u00e9ponse \u00e0 celle-ci reste l\u2019art et la cr\u00e9ativit\u00e9, ce qu\u2019a d\u00e9montr\u00e9 l\u2019OM hier soir avec la fougue qu\u2019on lui conna\u00eet. L\u2019art a ce pouvoir de canaliser le d\u00e9sordre en lui donnant du sens, de dire ce que la parole ne peut pas dire, d\u2019apprendre \u00e0 se conna\u00eetre soi-m\u00eame et \u00e0 conna\u00eetre l\u2019autre. Je laisserai l\u2019\u00e9crivain et penseur fran\u00e7ais Jacques Attali conclure sur le sujet\u00a0: \u00ab\u00a0On luttera plus efficacement contre ces barbaries par des biblioth\u00e8ques ouvertes sept jours sur sept jusqu\u2019\u00e0 minuit, des conservatoires de musique dans tous les quartiers, des cours de peinture un peu partout, des animateurs sociaux pour y guider les jeunes les plus \u00e9loign\u00e9s de cet univers. Pour leur faire prendre conscience qu\u2019ils peuvent devenir eux-m\u00eames en cr\u00e9ant, en apprenant, en se trouvant, dans des arts multiformes, qui se nourrissent de toutes les traditions, de toutes les cultures de tous les instruments, de toutes les pratiques, de toutes les fois.\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013<\/p>\n<p>Lire l&#8217;article de Jacques Attali, <a href=\"http:\/\/www.attali.com\/art-et-culture\/lart-quelque-chose-contre-violence\/\">L&#8217;art peut-il quelque chose contre la violence ?<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En pr\u00e9lude \u00e0 ces Songes de Shakespeare, la Maison Symphonique a \u00e9t\u00e9 plong\u00e9e dans une minute de silence \u00e0 la m\u00e9moire des 14 jeunes femmes tu\u00e9es il y a 29 ans \u00e0 l\u2019\u00c9cole Polytechnique de Montr\u00e9al. 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