{"id":372222,"date":"2018-10-31T16:49:37","date_gmt":"2018-10-31T20:49:37","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=372222\/"},"modified":"2018-10-31T16:55:15","modified_gmt":"2018-10-31T20:55:15","slug":"nous-nentendons-pas-ce-quils-entendent-accord-et-temperament-a-travers-les-ages-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/carol-xiong\/nous-nentendons-pas-ce-quils-entendent-accord-et-temperament-a-travers-les-ages-partie-1\/","title":{"rendered":"Nous n&#8217;entendons pas ce qu&#8217;ils entendaient &#8211; Accord et temp\u00e9rament \u00e0 travers les \u00e2ges (partie 1)"},"content":{"rendered":"<p>La pratique consistant \u00e0 utiliser des instruments d\u2019\u00e9poque dans la musique ancienne a permis de mieux faire comprendre que le baroque est un demi-ton plus bas que la hauteur moderne. Les d\u00e9veloppements de temp\u00e9rament, d\u2019accord et de ton sont moins connus. Leurs implications vont au-del\u00e0 de l\u2019exp\u00e9rience en concert. De plusieurs fa\u00e7ons profondes et surprenantes, cela a influenc\u00e9 les compositeurs et la musique qu\u2019ils ont \u00e9crite.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9finitions<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019<em>accord<\/em>, le <em>temp\u00e9rament<\/em> et la <em>hauteur<\/em> ne sont pas interchangeables.<\/p>\n<p>La <em>hauteur<\/em> est la notion la plus simple \u00e0 comprendre. C\u2019est la <em>fr\u00e9quence<\/em> \u00e0 laquelle les ondes sonores se d\u00e9placent, lorsque mentionn\u00e9 dans un contexte musical. La hauteur peut \u00eatre mesur\u00e9e dans l\u2019unit\u00e9 SI Hertz (Hz). La d\u00e9finition moderne du <em>la<\/em> est d\u00e9finie \u00e0 440\u00a0Hz.<\/p>\n<p>L\u2019accord peut faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un sch\u00e9ma ou \u00e0 un syst\u00e8me de syntonisation sp\u00e9cifique ou, secondairement, \u00e0 deux ou plusieurs hauteurs parfaitement synchronis\u00e9es. \u00ab\u00a0Lorsque cela se produit, explique Robert Kerner, conservateur de clavier \u00e0 la retraite de l\u2019Eastman School of Music, tous les temps d\u00e9saccord\u00e9s discernables sont \u00e9limin\u00e9s.\u00a0\u00bb Le <em>temp\u00e9rament<\/em> est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019accord. Lorsque les intervalles sont volontairement d\u00e9saccord\u00e9s, ils sont \u00ab\u00a0temp\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 partir de leur forme pure.<\/p>\n<p><strong>Accord pythagoricien<\/strong><\/p>\n<p>Le premier syst\u00e8me d\u2019accord majeur utilis\u00e9 dans la musique occidentale, l\u2019accord pythagoricien, est bas\u00e9 sur des ratios math\u00e9matiques trouv\u00e9s dans le monde naturel. Les quintes parfaites sonnent d\u2019une puret\u00e9 glorieuse, car elles constituent <em>l\u2019intervalle d\u2019accord<\/em> privil\u00e9gi\u00e9 (seul intervalle utilis\u00e9 lors de l\u2019accord). Les triades ne sont toutefois possibles qu\u2019avec quelques notes. Au-del\u00e0 de ces quelques notes, les tierces r\u00e9sultant de l\u2019accord des quintes contigu\u00ebs qui composent l\u2019octave deviennent insupportablement fausses.<\/p>\n<p>L\u2019accord pythagoricien ne fonctionne que dans la musique compos\u00e9e d\u2019une m\u00e9lodie unique, de quintes parall\u00e8les et de quelques triades compos\u00e9es d\u2019un nombre limit\u00e9 de notes. Le chant d\u2019accompagnement, \u00e9galement appel\u00e9 monodie, va comme un gant \u00e0 cet accord.<\/p>\n<p><strong>Passons aux temp\u00e9raments<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de d\u00e9saccorder d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un peu les intervalles ici et l\u00e0 est devenue plus attrayante lorsque les musiciens ont essay\u00e9 de transcender les contraintes de l\u2019accord pythagoricien. Kerner explique\u00a0: \u00ab\u00a0Les musiciens et les th\u00e9oriciens ont commenc\u00e9 \u00e0 exp\u00e9rimenter des syst\u00e8mes d\u2019accord n\u00e9cessitant le temp\u00e9rage d\u2019un ou de plusieurs quintes pures du sch\u00e9ma d\u2019accord afin d\u2019augmenter la plage d\u2019harmonie du syst\u00e8me et de permettre \u00e0 la musique de se moduler en des tons plus utilisables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Temp\u00e9rament m\u00e9sotonique<\/strong><\/p>\n<p>Le premier temp\u00e9rament historiquement significatif est le temp\u00e9rament m\u00e9sotonique. Au cours de ses trois si\u00e8cles d\u2019existence, il a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 dans d\u2019innombrables versions. Son utilisation chevauche m\u00eame des temp\u00e9raments ult\u00e9rieurs jusqu\u2019au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le temp\u00e9rament m\u00e9sotonique favorisait les tierces pures aux d\u00e9pens des quintes parfaites. Chaque triade utilisable a donc le m\u00eame son. En se concentrant sur les tierces, cependant, un autre intervalle est devenu insupportable\u00a0: modifier toutes ces quintes a cr\u00e9\u00e9 des intervalles appel\u00e9s \u00ab\u00a0sons de loups\u00a0\u00bb, ainsi nomm\u00e9s parce que les sons d\u00e9saccord\u00e9s \u00e9voquaient le hurlement des loups. De plus, comme auparavant, toutes les notes n\u2019\u00e9taient pas utilisables.<\/p>\n<p>De nombreux morceaux pour clavier de la Renaissance et du d\u00e9but du baroque ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us avec ce temp\u00e9rament. L\u2019approche centr\u00e9e sur les tierces a directement influenc\u00e9 la mont\u00e9e des tierces et des sixi\u00e8mes \u00e0 la place des quintes parall\u00e8les qui pr\u00e9valaient davantage dans la musique de l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente. Les auditeurs modernes peuvent avoir un aper\u00e7u des temp\u00e9raments m\u00e9sotoniques gr\u00e2ce aux enregistrements de Buxtehude ou de musique italienne sur des orgues d\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>Temp\u00e9rament in\u00e9gal<\/strong><\/p>\n<p>De nombreux musiciens et th\u00e9oriciens ont essay\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer le temp\u00e9rament m\u00e9sotonique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce que nous appelons le temp\u00e9rament in\u00e9gal de nos jours \u00e9tait mieux connu sous le nom de \u201cnouveau temp\u00e9rament\u201d, dont il existait de nombreux [types], dit Kerner. C\u2019est une phrase g\u00e9n\u00e9rique qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tous les temp\u00e9raments irr\u00e9guliers de la fin de l\u2019\u00e8re baroque et classique sans restriction.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans ces syst\u00e8mes, le cercle des quintes est \u201cferm\u00e9\u201d [toutes les quintes sont utilisables et pures ou l\u00e9g\u00e8rement temp\u00e9r\u00e9es], et les tierces majeures des diff\u00e9rentes notes sont de tailles diff\u00e9rentes \u2013 certaines sont pures et d\u2019autres beaucoup plus larges que pures. En cons\u00e9quence, aucune triade au temp\u00e9rament in\u00e9gal n\u2019est identique. C\u2019est ce qui donne \u00e0 chaque note son caract\u00e8re distinct.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous savons aussi que Bach et d\u2019autres connaissaient bien le syst\u00e8me du temp\u00e9rament \u00e9gal [le temp\u00e9rament commun du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 nos jours]et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait <em>pas<\/em> pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, probablement parce que toutes ses tierces majeures \u00e9taient \u00e9galement larges ou pures et qu\u2019aucune triade particuli\u00e8re n\u2019avait un caract\u00e8re distinctif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Toute la musique de la p\u00e9riode du haut baroque favorisait un temp\u00e9rament \u00e9gal. Les lecteurs int\u00e9ress\u00e9s peuvent entendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans la plupart des enregistrements de musique baroque sur clavecin. Les notes du livret indiquent g\u00e9n\u00e9ralement quel temp\u00e9rament est utilis\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Temp\u00e9rament \u00e9gal<\/strong><\/p>\n<p>Beaucoup plus de temp\u00e9raments ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us \u00e0 travers les \u00e2ges, menant finalement \u00e0 un temp\u00e9rament \u00e9gal \u00e0 la fin du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ce temp\u00e9rament est peut-\u00eatre le plus facile \u00e0 comprendre. Prenez simplement une octave pure et divisez-la en douze parties \u00e9gales. Alors que les temp\u00e9raments les plus anciens \u00e9taient bas\u00e9s sur un accord pur qui \u00e9tait ensuite ajust\u00e9 ici et l\u00e0, le temp\u00e9rament \u00e9gal jette tout par la fen\u00eatre. Il n\u2019a pas de fondement dans les harmoniques naturelles et ne n\u00e9cessite aucun ajustement des anciens mod\u00e8les. Au lieu de cela, il calcule tout \u00e0 froid.<\/p>\n<p>Les compositions r\u00e9sultant du temp\u00e9rament \u00e9gal n\u2019ont plus de tendance de tonalit\u00e9, les compositeurs peuvent donc composer de mani\u00e8re \u00e9gale dans n\u2019importe quel ton. L\u2019atonalit\u00e9, qui n\u2019aurait pas fonctionn\u00e9 avec des temp\u00e9raments ant\u00e9rieurs, surgit. Pour entendre ce que ce temp\u00e9rament a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour faciliter, \u00e9coutez \u00e0 quel point les gammes de tons enti\u00e8res sont langoureuses et ambigu\u00ebs, comme dans les \u0153uvres pour piano de Debussy.<\/p>\n<p><strong>Futur<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019avenir sera passionnant puisque la musique et les syst\u00e8mes d\u2019accordage \u00e0 travers le monde s\u2019engagent dans une pollinisation crois\u00e9e avec les mod\u00e8les occidentaux. Quoi qu\u2019il arrive, il est important de garder \u00e0 l\u2019esprit que les temp\u00e9raments modernes que nous tenons pour acquis sont en fait tr\u00e8s jeunes et encore ouverts au changement, tout comme de nombreux syst\u00e8mes de r\u00e9glage ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s \u00e0 travers les \u00e2ges. Ce n\u2019est pas aussi absolu qu\u2019on pourrait le penser\u00a0!<\/p>\n<p>Traduction par M\u00e9lissa Brien<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pratique consistant \u00e0 utiliser des instruments d\u2019\u00e9poque dans la musique ancienne a permis de mieux faire comprendre que le baroque est un demi-ton plus bas que la hauteur moderne. Les d\u00e9veloppements de temp\u00e9rament, d\u2019accord et de ton sont moins connus. Leurs implications vont au-del\u00e0 de l\u2019exp\u00e9rience en concert. De plusieurs fa\u00e7ons profondes et surprenantes,<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/carol-xiong\/nous-nentendons-pas-ce-quils-entendent-accord-et-temperament-a-travers-les-ages-partie-1\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":4821,"featured_media":372257,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17259],"tags":[37781,37780],"class_list":{"0":"post-372222","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-ancienne-et-baroque","8":"tag-accord","9":"tag-temperament","10":"type-article-fr","11":"volume-volume-24","12":"issue-vol-24-issue-3-fr","13":"section-baroque-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/banner-3043585_1920-CMYK-1024x305.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/banner-3043585_1920-CMYK-300x89.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/banner-3043585_1920-CMYK-1024x305.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372222"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4821"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=372222"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372222\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/372257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=372222"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=372222"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=372222"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}