{"id":372219,"date":"2018-10-31T15:31:56","date_gmt":"2018-10-31T19:31:56","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=372219\/"},"modified":"2018-10-31T16:16:50","modified_gmt":"2018-10-31T20:16:50","slug":"passion-baroque-le-langage-musical-et-lesthetique-de-lepoque-baroque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/gilles-cantagrel\/passion-baroque-le-langage-musical-et-lesthetique-de-lepoque-baroque\/","title":{"rendered":"Passion baroque &#8211; Le langage musical et l&#8217;esth\u00e9tique de l&#8217;\u00e9poque baroque"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le Suisse Heinrich W\u00f6lfflin, l\u2019esth\u00e9ticien catalan Eugenio d\u2019Ors, th\u00e9orisant le Baroque, le situe entre le b\u00fbcher de Giordano Bruno en 1600 et la mort de Jean-S\u00e9bastien Bach en 1750. [\u2026] L\u2019un des traits g\u00e9n\u00e9raux du Baroque musical \u00e9tant le soutien de la basse continue, il est ais\u00e9 de constater que ce <em>continuo<\/em> appara\u00eet vers 1600 pour dispara\u00eetre peu apr\u00e8s 1750. Et ce si\u00e8cle et demi se subdivise non moins ais\u00e9ment en trois p\u00e9riodes d\u2019un demi-si\u00e8cle chacune, Premier Baroque, Baroque m\u00e9dian et Baroque tardif, p\u00e9riodisation beaucoup moins arbitraire qu\u2019il n\u2019y peut para\u00eetre de prime abord.<\/p>\n<p><strong>Les trois p\u00e9riodes du Baroque<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019origine, ce sont trois grands pays qui vont dominer le d\u00e9veloppement du Baroque europ\u00e9en, l\u2019Italie, bien s\u00fbr, l\u2019Allemagne du Saint-Empire et la France. [\u2026] Autour de Monteverdi et Cavalli en Italie, de Sch\u00fctz en Allemagne, de nouvelles formes naissent, avec une question essentielle\u00a0: comment passer de la concision d\u2019un motet ou d\u2019une chanson polyphonique \u00e0 une \u0153uvre de plus vastes dimensions\u00a0? L\u2019oratorio et l\u2019op\u00e9ra y r\u00e9pondront dans le domaine vocal, la variation et la suite dans le domaine instrumental. Le \u00ab\u00a0Baroque m\u00e9dian\u00a0\u00bb occupe la seconde moiti\u00e9 du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. [\u2026] Les musiciens de ce temps privil\u00e9gient l\u2019expression des \u00e9motions, qu\u2019elles soient d\u2019ordre profane ou spirituel. Les formes elles-m\u00eames se cristallisent dans la suite instrumentale, les pr\u00e9ludes et variations de chorals, les versets de messe et les hymnes, et bien s\u00fbr dans les grands genres du th\u00e9\u00e2tre lyrique, trag\u00e9die lyrique ou op\u00e9ra-ballet. [\u2026] L\u2019ann\u00e9e 1685 voit appara\u00eetre les g\u00e9nies du Baroque finissant [\u2026], Vivaldi, Telemann, Rameau, Haendel, Bach et Scarlatti. Genres et formes acqui\u00e8rent alors leurs structures arch\u00e9typiques\u00a0: la fugue, la sonate et le concerto, <em>grosso<\/em> ou de soliste. Dans le domaine de la musique vocale, ce sont la cantate sacr\u00e9e ou profane, l\u2019<em>opera seria <\/em>et l\u2019<em>opera buffa<\/em>, ainsi que, sur le versant sacr\u00e9, l\u2019oratorio.<\/p>\n<p>La musique de cette grande \u00e9poque se distingue de celle des temps pass\u00e9s et futurs par des traits sp\u00e9cifiques comme le primat de l\u2019harmonie sur le contrepoint jusqu\u2019\u00e0 la cons\u00e9cration de la tonalit\u00e9 triomphante, le d\u00e9veloppement du langage fugu\u00e9 avec l\u2019apoth\u00e9ose du monoth\u00e9matisme, la pens\u00e9e rh\u00e9torique pour ordonner le discours musical, ainsi que la g\u00e9n\u00e9ralisation de la basse continue pour r\u00e9sumer et soutenir l\u2019harmonie de l\u2019\u00e9difice sonore.<\/p>\n<p><strong>L\u2019ivresse des sons<\/strong><\/p>\n<p>En un seul et m\u00eame mouvement se d\u00e9veloppent donc la facture instrumentale et les techniques de jeu \u00e0 mesure plus virtuoses que permettent les nouveaux instruments. [\u2026] C\u2019est en Italie, plus particuli\u00e8rement \u00e0 Cr\u00e9mone, que la lutherie du violon conna\u00eet son apog\u00e9e, dans les ann\u00e9es 1690-1720, [avec]la dynastie des Amati, le g\u00e9nial Stradivari, la famille Guarneri\u2026 \u00c0 Venise, Matteo Goffriller se sp\u00e9cialise dans les violoncelles. Sous influence italienne, l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise de lutherie se d\u00e9veloppe \u00e0 Mirecourt au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. [\u2026] Trouvant ais\u00e9ment sa place dans les maisons, le clavecin permet \u00e0 un seul musicien de faire entendre une polyphonie et de soutenir harmoniquement voix et instruments. C\u2019est l\u2019une des raisons de son extraordinaire \u00e9panouissement en cette p\u00e9riode dans l\u2019Europe enti\u00e8re. [\u2026] La facture d\u2019orgue se d\u00e9veloppe consid\u00e9rablement en France, aux Pays-Bas et dans le Saint-Empire, qui en deviennent autant de centres majeurs. De tous, le plus grand ma\u00eetre est assur\u00e9ment Arp Schnitger, \u00e9tabli \u00e0 Hambourg et auteur de pr\u00e8s de 160 instruments g\u00e9n\u00e9ralement de grandes dimensions.<\/p>\n<div id=\"attachment_372223\" style=\"width: 565px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-372223\" class=\"wp-image-372223\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-1024x1018.jpg\" alt=\"\" width=\"555\" height=\"552\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-1024x1018.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-300x298.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-100x100.jpg 100w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-600x596.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-150x150.jpg 150w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/St._Jakobi_Hamburg_Arp-Schnitger-Orgel-768x763.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 555px) 100vw, 555px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-372223\" class=\"wp-caption-text\">Orgue de l&#8217;\u00e9glise Saint-Jacques de Hambourg, construit par Arp Schnitger<\/p><\/div>\n<p><strong>Une histoire de temp\u00e9rament<\/strong><\/p>\n<p>La question du temp\u00e9rament, ou plut\u00f4t des temp\u00e9raments, traverse tout l\u2019\u00e2ge baroque. Avec le d\u00e9veloppement des instruments \u00e0 clavier [\u2026], il a bien fallu constater que l\u2019accord d\u2019un instrument \u00e0 notes fixes pose des difficult\u00e9s insolubles autrement que par des compromis. En effet, en accordant toutes les quintes parfaitement justes, on voudrait retomber exactement sur la note de d\u00e9part. Or il n\u2019en est pas ainsi, on arrive trop haut. [\u2026] En 1618, Michael Praetorius, reprenant les travaux de Zarlino, propose un temp\u00e9rament m\u00e9sotonique qui maintient certaines tierces justes mais abaisse des quintes, ce qui permet de jouer parfaitement juste quoique dans un petit nombre de tonalit\u00e9s seulement. [\u2026] Avec le <em>Clavier bien temp\u00e9r\u00e9<\/em> en 1722, Bach ira beaucoup plus loin. [\u2026] En adoptant le \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb temp\u00e9rament qu\u2019il avait mis au point (et non un temp\u00e9rament \u00e9gal comme on le lit encore parfois aujourd\u2019hui), Bach compose pour chacune des tonalit\u00e9s majeures et mineures un bin\u00f4me pr\u00e9lude et fugue d\u00e9crivant mieux que les mots l\u2019affect de chaque tonalit\u00e9, avec ses zones d\u2019ombre et de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Douleur, solitude et lamentations<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019airs de po\u00e9sie bucolique ou de stances heureuses, la solitude et les plaintes du deuil amoureux, face \u00e0 l\u2019absence et \u00e0 la mort, forment la toile de fond de la po\u00e9sie et de la musique de ce si\u00e8cle. Qu\u2019elle soit d\u00e9sir\u00e9e ou subie, la solitude est l\u2019un des grands motifs du premier Baroque, litt\u00e9raire comme musical, [et se cristallise notamment dans]l\u2019art subtil de l\u2019air de cour. [\u2026] L\u2019\u00e9l\u00e9gie, po\u00e8me chantant les plaintes, la douleur et principalement la mort, devient en musique, au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le genre musical du \u00ab\u00a0lamento\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0tombeau\u00a0\u00bb, lorsqu\u2019il exhale une plainte sur la disparition d\u2019un \u00eatre cher. Le premier des grands lamentos est assur\u00e9ment celui de l\u2019op\u00e9ra <em>Arianna<\/em> de Monteverdi, en 1608. [\u2026] La d\u00e9ploration en musique peut se passer des mots. Clavecinistes et luthistes ont cultiv\u00e9 cet art de l\u2019\u00e9vocation des affects, des \u00ab\u00a0passions\u00a0\u00bb, par des moyens strictement sonores, tonalit\u00e9s mineures, glas stylis\u00e9, tempos lents, g\u00e9n\u00e9ralement en mouvement d\u2019allemande.<\/p>\n<div id=\"attachment_372227\" style=\"width: 469px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-372227\" class=\"wp-image-372227\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04.jpg\" alt=\"\" width=\"459\" height=\"321\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04.jpg 800w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04-300x210.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04-600x419.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/lamento_04-768x537.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 459px) 100vw, 459px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-372227\" class=\"wp-caption-text\">En d\u00e9cidant d&#8217;extraire le Lamento de son op\u00e9ra Arianna pour le publier s\u00e9par\u00e9ment, Monteverdi a sauv\u00e9 cette aria de l&#8217;oubli. Il s&#8217;agit de la seule partie qui reste de l&#8217;op\u00e9ra. Cette couverture est celle de l&#8217;\u00e9dition de 1623.<\/p><\/div>\n<p><strong>Geste, mouvement, couleur et ornement<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9mouvoir, c\u2019est, litt\u00e9ralement parlant, mettre en mouvement. Les \u00eatres et les choses. Ce mouvement volontaire se manifeste dans la diversit\u00e9, et m\u00eame jusque dans un apparent d\u00e9sordre. Dans les contrastes, en tout cas. Tout le courant intellectuel et artistique du Baroque se nourrit de cette id\u00e9e. Le th\u00e9\u00e2tre lyrique est un lieu privil\u00e9gi\u00e9 des manifestations des \u00e2mes, des c\u0153urs et des corps. [\u2026] Tr\u00e8s rapidement, la virtuosit\u00e9 vocale aussi bien qu\u2019instrumentale repr\u00e9sentera une apoth\u00e9ose du mouvement corporel et sonore, principalement dans la griserie des morceaux rapides. Dans la musique vocale, les oppositions entre air et r\u00e9citatif, entre soliste et ch\u0153ur, entre homophonie et polyphonie en sont un reflet imm\u00e9diat. Et par-dessus tout, la danse est l\u2019expression privil\u00e9gi\u00e9e des gestes anim\u00e9s du corps humain. [\u2026] Il est de tradition au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que les ex\u00e9cutants violonistes ou chanteurs improvisent eux-m\u00eames l\u2019ornementation laiss\u00e9e \u00e0 leur choix, \u00e0 leur personnalit\u00e9 et \u00e0 leur talent. Mais les plus grandes folies improvis\u00e9es dans ces <em>colorature<\/em> ne font que tourbillonner sur des sch\u00e9mas simples, \u00e0 l\u2019image du foisonnement des d\u00e9corations de l\u2019architecture s\u2019adossant sur la rigueur des piliers ou des architraves. [\u2026] Le Baroque se nourrit de l\u2019ornement, amplifiant parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exub\u00e9rance les mouvements des lignes. L\u2019ornementation contribue \u00e0 cr\u00e9er l\u2019illusion du mouvement, au m\u00eame titre que le d\u00e9cor de l\u2019op\u00e9ra et les machineries, elle est la substance des artifices du discours.<\/p>\n<p><strong>La naissance du \u00ab\u00a0discours musical\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge baroque est le temps de la rh\u00e9torique. La musique prend la parole, \u00e0 la premi\u00e8re personne. On parle d\u00e9sormais de \u00ab\u00a0discours musical\u00a0\u00bb. Syst\u00e9matis\u00e9e depuis le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une rh\u00e9torique musicale se d\u00e9veloppe \u00e9videmment avec l\u2019\u00e8re nouvelle ouverte par l\u2019op\u00e9ra florentin, l\u2019oratorio romain et le madrigal. [\u2026] On r\u00e9\u00e9dite et l\u2019on commente les grands ouvrages de l\u2019Antiquit\u00e9 toujours consid\u00e9r\u00e9s comme des r\u00e9f\u00e9rences, Platon ou Cic\u00e9ron. Puisque l\u2019art de la composition est d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 au m\u00eame titre que l\u2019art oratoire, il faut que les \u00e9l\u00e9ments m\u00eames de son langage se voient codifi\u00e9s et fond\u00e9s sur les r\u00e8gles de la rh\u00e9torique. \u00c9crits et trait\u00e9s se multiplient rapidement. Penseurs [italiens], allemands et fran\u00e7ais vont surench\u00e9rir sur les proc\u00e9d\u00e9s de l\u2019\u00e9criture musicale, avec le seul objectif de bien dire pour \u00e9veiller les passions de l\u2019\u00e2me. L\u2019Europe baroque enti\u00e8re s\u2019enflamme.<\/p>\n<div id=\"attachment_372225\" style=\"width: 415px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-372225\" class=\"wp-image-372225\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-673x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"616\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-673x1024.jpg 673w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-300x456.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-600x913.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-197x300.jpg 197w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque-768x1168.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Gilles-Cantagrel-Passion-BAroque.jpg 1400w\" sizes=\"(max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-372225\" class=\"wp-caption-text\">L&#8217;ouvrage de Gilles Cantagrel est disponible en librairie.<\/p><\/div>\n<p><strong>Musique, ordre et circularit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Sym\u00e9trie et ordre sont les ma\u00eetres mots de toute organisation musicale\u00a0; et avec la naissance des grandes formes, la chaconne comme le concerto, les musiciens du Baroque y seront particuli\u00e8rement sensibles, quitte \u00e0 les subvertir. La disposition des diverses sections d\u2019une \u0153uvre, l\u2019agencement en recueils, le plan tonal, de m\u00eame que les structures closes proc\u00e8dent \u00e0 l\u2019image de ces cycles dont on d\u00e9couvre alors l\u2019existence, reflets d\u2019une organisation sup\u00e9rieure. [\u2026] Cette notion nouvelle de cycle ou de circularit\u00e9 anime la pens\u00e9e scientifique naissante au d\u00e9but du Baroque. Ainsi, la structure \u00e0 <em>da capo <\/em>(A-B-A) est l\u2019\u00e9bauche d\u2019un mouvement perp\u00e9tuel. Autre image du cercle, le canon repr\u00e9sente le niveau d\u2019organisation musicale le plus condens\u00e9 qui soit. Il offre \u00e0 l\u2019auditeur l\u2019image d\u2019un univers enti\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9 par une matrice sonore originelle, image d\u2019un monde cr\u00e9\u00e9 par une id\u00e9e pr\u00e9alable. La musique la plus abstraite et la plus \u00ab\u00a0profane\u00a0\u00bb a pris la parole pour parler de la Cr\u00e9ation et de Dieu.<\/p>\n<p><strong>Dieu, l\u2019homme et la musique<\/strong><\/p>\n<p>Autour de 1600, Kepler a remis en cause les conclusions de Tycho Brahe sur les orbites de plan\u00e8tes. Un \u00e2ge nouveau commence\u00a0: \u00e0 la pens\u00e9e th\u00e9ologique succ\u00e8de la pens\u00e9e scientifique. [Mais m\u00eame] si la divine perfection est remise en question, les compositeurs catholiques \u00e9crivent <em>Ad majorem Dei gloriam<\/em>, \u00ab\u00a0\u00c0 la plus grande gloire de Dieu\u00a0\u00bb, et les luth\u00e9riens, la nuance est d\u2019importance, <em>Soli Deo gloria<\/em>, \u00ab\u00a0\u00c0 Dieu seul la gloire\u00a0\u00bb, au point de sceller leurs \u0153uvres de l\u2019acronyme SDG. [\u2026] Si l\u2019homme n\u2019est plus au c\u0153ur de l\u2019univers, il n\u2019en est pas moins le centre des pr\u00e9occupations, de l\u2019introspection, de l\u2019expression des sentiments et des id\u00e9es. Mais il demeure la cr\u00e9ature de Dieu. La musique du Baroque est ainsi repr\u00e9sentation du monde, th\u00e9\u00e2tre des passions de l\u2019homme et op\u00e9ra de l\u2019esprit.<\/p>\n<div id=\"attachment_372231\" style=\"width: 594px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-372231\" class=\"wp-image-372231\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria-1024x417.jpg\" alt=\"\" width=\"584\" height=\"238\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria-1024x417.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria-300x122.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria-600x244.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria-768x313.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/Bach_Noten_Soli_Deo_Gloria.jpg 1078w\" sizes=\"(max-width: 584px) 100vw, 584px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-372231\" class=\"wp-caption-text\">Manuscrit de Bach avec l&#8217;inscription Soli Deo Gloria<\/p><\/div>\n<p>Ces passages sont extraits de l\u2019ouvrage du musicologue Gilles Cantagrel, <em>Passion baroque, Cent cinquante ans de musique en Europe<\/em> publi\u00e9 chez Fayard en 2015 et disponible en librairie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le Suisse Heinrich W\u00f6lfflin, l\u2019esth\u00e9ticien catalan Eugenio d\u2019Ors, th\u00e9orisant le Baroque, le situe entre le b\u00fbcher de Giordano Bruno en 1600 et la mort de Jean-S\u00e9bastien Bach en 1750. [\u2026] L\u2019un des traits g\u00e9n\u00e9raux du Baroque musical \u00e9tant le soutien de la basse continue, il est ais\u00e9 de constater que ce continuo appara\u00eet vers<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/gilles-cantagrel\/passion-baroque-le-langage-musical-et-lesthetique-de-lepoque-baroque\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":4830,"featured_media":372233,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17259],"tags":[37768,37764,37767,3216,37765,37766],"class_list":{"0":"post-372219","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-ancienne-et-baroque","8":"tag-arp-schnitger","9":"tag-gilles-cantagrel","10":"tag-lamento-darianna","11":"tag-musicologie","12":"tag-musique-baroque","13":"tag-soli-deo-gloria","14":"type-article-fr","15":"volume-volume-24","16":"issue-vol-24-issue-3-fr","17":"section-baroque-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cover-Passion-baroque.png","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cover-Passion-baroque-300x223.png","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/10\/cover-Passion-baroque.png"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372219"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4830"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=372219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372219\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/372233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=372219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=372219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=372219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}