{"id":355950,"date":"2018-02-07T20:45:16","date_gmt":"2018-02-08T00:45:16","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=355950\/"},"modified":"2018-10-25T13:18:20","modified_gmt":"2018-10-25T17:18:20","slug":"la-regle-des-trois-festival-hiems-multiple-chord-music","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/collectif-jazz\/la-regle-des-trois-festival-hiems-multiple-chord-music\/","title":{"rendered":"La r\u00e8gle des trois \u2013 Festival HIEMS \u2013 Multiple Chord Music"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>29 au 31 janvier 2018 (Casa del Popolo, Montr\u00e9al)<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Alors que la ville de Montr\u00e9al a consid\u00e9rablement \u00e9largi son offre culturelle hivernale au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, le milieu du jazz continue malheureusement de concentrer ses activit\u00e9s sur les seuls mois de l\u2019\u00e9t\u00e9. \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, il existe trop peu d\u2019\u00e9v\u00e9nements offrant de r\u00e9elles tribunes aux musiciens dans le reste de l\u2019ann\u00e9e, l\u2019hiver en particulier. L\u2019arriv\u00e9e du MCM Festival Hiems \u2014 organis\u00e9 par la maison de disques coop\u00e9rative Multiple Chord Music \u2014 constitue une excellente nouvelle pour les amateurs de jazz. Con\u00e7ue \u00e0 la fois comme une vitrine pour les artistes de cette \u00e9curie et une collecte de fonds pour financer les productions, l\u2019\u00e9dition inaugurale du MCM Festival Hiems (latin pour \u00ab\u00a0hiver\u00a0\u00bb) a inscrit neuf prestations \u00e0 son programme de trois soirs tenus \u00e0 la Casa del Popolo.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b>Premier soir\u00a0: lundi\u00a029<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">La soir\u00e9e d\u00e9bute en douceur aux sons du trio de Marjorie Fiset, une chanteuse connue du public pour son travail au sein de la formation jazz\/<\/span><span class=\"s2\">hip-hop The JMC Project. <\/span><span class=\"s1\">Accompagn\u00e9 du guitariste Nicolas Ferron et du percussionniste Philippe Beaudin, Fiset livre une prestation intimiste au cours de laquelle elle d\u00e9voile au public un univers musical empreint de nostalgie, aux fronti\u00e8res du jazz, du folk et de la chanson \u00e0 texte. L\u2019accompagnement de guitare est sobre \u2014 dans le style de Joe Pass et de Barry Galbraith \u2014 et contribue \u00e0 ancrer solidement les morceaux dans la tradition jazz. Les percussions, compos\u00e9es, entre autres, d\u2019une calebasse et de bongos, ajoutent pour leur part une touche folklorique qui s\u2019harmonise parfaitement \u00e0 l\u2019ensemble. L\u2019accompagnement d\u00e9pouill\u00e9 ne laisse pourtant pas une impression de vide tant la voix ronde et chaleureuse de Fiset s\u00e9duit l\u2019auditeur. Malheureusement, les quelques impr\u00e9cisions techniques trahissent un manque de pr\u00e9paration et font ombre au tableau d\u2019une prestation assez r\u00e9ussie. Le public aura l\u2019occasion d\u2019entendre \u00e0 nouveau Fiset le 20 mars prochain pour le lancement de son album <i>Brille Brille Brille<\/i>. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Vient ensuite le quartette dirig\u00e9 par le saxophoniste alto Jason Stillman, compos\u00e9 des musiciens chevronn\u00e9s Josh Rager (clavier), Alain Bourgeois (batterie) et Adrian Vedady (contrebasse). D\u00e8s la premi\u00e8re pi\u00e8ce, le groupe revendique sans ambigu\u00eft\u00e9 ses influences musicales\u00a0: le jeu de cymbales, la walking bass et la virtuosit\u00e9 des improvisations rappellent \u00e0 coup s\u00fbr l\u2019esth\u00e9tique bop. Le r\u00e9pertoire est partag\u00e9 entre des standards habilement interpr\u00e9t\u00e9s \u2014 tels que <i>Little Willie Leaps<\/i> de Miles Davis \u2014 et des compositions originales de Stillman. Dans les deux cas, le langage du saxo puise \u00e0 la fois dans la tradition jazz des ann\u00e9es\u00a01950 et d\u2019un son tr\u00e8s soul \u00e0 la Lou Donaldson que d\u2019une certaine modernit\u00e9 faisant \u00e9cho \u00e0 Kenny Garrett. La qualit\u00e9 des \u00e9changes entre musiciens, comme la pratique des trading fours, t\u00e9moigne d\u2019une grande complicit\u00e9 dans l\u2019ensemble. Seul b\u00e9mol, Bourgeois verse parfois dans l\u2019exc\u00e8s et gagnerait parfois \u00e0 all\u00e9ger davantage son jeu afin de laisser plus d\u2019espace \u00e0 ses confr\u00e8res. En fin de parcours, la prestation a abouti sur un temps fort, soit une interpr\u00e9tation fougueuse de <i>Inner Urge<\/i>, c\u00e9l\u00e8bre standard de jazz sign\u00e9 Joe Henderson.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Pourtant, ce n\u2019\u00e9tait que le pr\u00e9lude au vrai clou de la soir\u00e9e, soit la prestation endiabl\u00e9e du Andy King Group. En effet, ce dernier set a \u00e9t\u00e9 le point culminant d\u2019une soir\u00e9e qui gagnait constamment en intensit\u00e9. Laur\u00e9at de la bourse Fran\u00e7ois-Marcaurelle de l\u2019OFF Festival de Jazz en 2014, le quintette du trompettiste Andy King est compos\u00e9 de Nicolas Ferron \u00e0 la guitare, de S\u00e9bastien Pellerin \u00e0 la basse, de David Bellemare au saxophone t\u00e9nor et d\u2019Alain Bourgeois \u00e0 la batterie. Le groupe s\u2019attaque \u00e0 son r\u00e9pertoire d\u00e8s le d\u00e9part et encha\u00eene ses pi\u00e8ces (originales pour la plupart) sans interruption, procurant ainsi \u00e0 l\u2019auditeur une exp\u00e9rience musicale immersive aux proportions \u00e9piques. Les transitions sont astucieuses et impr\u00e9visibles, ce qui a pour effet de constamment maintenir les auditeurs aux aguets. Si l\u2019on peut ais\u00e9ment cat\u00e9goriser cette musique en tant que \u00ab\u00a0jazz fusion\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9pith\u00e8te seule ne saurait suffire\u00a0: King d\u00e9ploie dans ses arrangements et ses compositions une large palette d\u2019influences qui vont du jazz au hard rock. D\u2019exaltants passages d\u2019improvisations collectives \u2014 rappelant les exp\u00e9riences de Miles Davis sur l\u2019album Bitches Brew \u2014 succ\u00e8dent \u00e0 de tonitruantes envol\u00e9es m\u00e9lodiques, le tout ex\u00e9cut\u00e9 de mains de ma\u00eetre par des musiciens au sommet de leur art. Pour clore la soir\u00e9e, le groupe a livr\u00e9 un arrangement tr\u00e8s r\u00e9ussi de <i>The Wizard<\/i>, un classique du rock de 1970 du groupe Black Sabbath.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b>Arnaud-G. Veyradier<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b>Deuxi\u00e8me soir\u00a0: mardi\u00a030<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 l\u2019instar de la pr\u00e9c\u00e9dente, cette deuxi\u00e8me soir\u00e9e du HIEMS\u00a0Festival a tenu ses promesses en alliant une belle vari\u00e9t\u00e9 d\u2019artistes et une \u00e9nergie sans cesse grandissante. D\u00e8s 20\u00a0h, le ton est donn\u00e9. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e de la Casa\u00a0del\u00a0Popolo, Alex\u00a0Lefaivre et Gabriel\u00a0Vinuela-Pelletier sont tout sourire. Les deux hommes ont bien failli l\u00e2cher prise il y a deux ans lorsque leur \u00e9tiquette, Multiple Chords Music, cherchait vainement \u00e0 se tailler un nom dans l\u2019univers du jazz. Mais fid\u00e8les \u00e0 leurs valeurs, convaincus de l\u2019importance du potentiel artistique, esth\u00e9tique et pas seulement commercial d\u2019un artiste, ils ont crois\u00e9 la route de nombreux musiciens talentueux et pers\u00e9v\u00e9rants, et repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui 17 artistes ou ensembles dans l\u2019univers jazz et pop, dont certains ont d\u00e9j\u00e0 des carri\u00e8res en pleine expansion\u00a0\u2014 Rachel\u00a0Therrien, Benjamin\u00a0Deschamps.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Au programme ce mardi, Lucie Martel, Annie Dominique et Rachel Therrien. Une soir\u00e9e de leaders 100% f\u00e9minins, c\u2019est une raret\u00e9 \u00e0 souligner dans le domaine du jazz, mais aussi une fiert\u00e9 pour le cofondateur de MCM Alex Lefaivre, qui confiait la semaine derni\u00e8re au journaliste Claude Thibault\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne veux pas avoir l\u2019air trop politique, mais je suis fier que quatre des neuf artistes soient des femmes\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 un vent de fra\u00eecheur qui fait du bien\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Sans plus attendre, la chanteuse Lucie\u00a0Martel entame le premier set, bien en place derri\u00e8re le clavier Nord Stage, accompagn\u00e9e de Vincent\u00a0Lachaine \u00e0 la guitare et de Gabriel\u00a0Forget \u00e0 la basse; effectif r\u00e9duit pour un concert intime o\u00f9 coule pendant une petite heure une pop bilingue rafra\u00eechissante aux formes recherch\u00e9es, aux directions impr\u00e9visibles ponctu\u00e9es de sourires et d\u2019une complicit\u00e9 captivante. De quoi distiller mille \u00e9tincelles de neige hivernale dans les c\u0153urs environnants.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Changement d\u2019acteurs, et on monte en intensit\u00e9 avec le Annie Dominique Quintet venu pr\u00e9senter des pi\u00e8ces du dernier album <i>Rue\u00a0Langevin<\/i> sorti en septembre 2017. Mettant en lumi\u00e8re Annie\u00a0Dominique (saxo t\u00e9nor) et Jean-Nicolas\u00a0Trottier (trb.), on y entend une \u00e9criture contrast\u00e9e o\u00f9 la section rythmique s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9construire le temps tandis que les solistes dialoguent au milieu de ce d\u00e9cor sans cesse en changement. La section rythmique (Jonathan\u00a0Cayer, p. ; S\u00e9bastien\u00a0Pellerin, c. ; Alain\u00a0Bourgeois, btr.) est tr\u00e8s compl\u00e9mentaire et coh\u00e9sive; le piano apporte un caract\u00e8re exploratoire tr\u00e8s solide, assum\u00e9 et r\u00e9jouissant qui fait vite oublier certaines impr\u00e9cisions du c\u00f4t\u00e9 des vents dominants. Somme toute, une belle prestation de la part des cinq musiciens qui ont laiss\u00e9 une sc\u00e8ne bien r\u00e9chauff\u00e9e pour accueillir le Rachel Therrien Quintet.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Native de Rimouski, naviguant aujourd\u2019hui entre Montr\u00e9al et New York, cette derni\u00e8re nous a gratifi\u00e9 d\u2019un set plein d\u2019explosivit\u00e9. Au fil des pi\u00e8ces puis\u00e9es dans le dernier album du quintette <i>Why Don\u2019t You Try<\/i>, on voit se d\u00e9gager une \u00e9criture virtuose, ex\u00e9cut\u00e9e avec une grande ma\u00eetrise et une belle libert\u00e9 dans les improvisations. Si le traitement instrumental reste assez conventionnel, la basse \u00e9lectrique de Simon\u00a0Pag\u00e9 ajoute un brin de folie, parfois d\u2019humour, \u00e0 la section rythmique compl\u00e9t\u00e9e par les complices Charles\u00a0Trudel (p.) et Alain\u00a0Bourgeois (btr.). L\u2019\u00e9criture entre la trompette et le saxophone (Benjamin\u00a0Deschamps) est \u00e9prouv\u00e9e et laisse place \u00e0 une interpr\u00e9tation pleine d\u2019assurance et de puissance qui s\u2019impose \u00e0 travers la salle. La prestation nous laisse d\u00e9couvrir des compositions de chacun des musiciens au fil d\u2019un set qui fait monter l\u2019intensit\u00e9 sur sc\u00e8ne et l\u2019adr\u00e9naline dans les veines des auditeurs.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 travers cette soir\u00e9e, et sans doute durant les trois jours de ce festival qui n\u2019avait de latin que le nom (hiems signifie \u00abhiver\u00bb en latin), MCM a montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait rien \u00e0 envier aux maisons de disque de renom en mati\u00e8re de qualit\u00e9 artistique. On esp\u00e8re vivement que cet \u00e9v\u00e9nement sera un tremplin vers des lendemains toujours plus m\u00e9morables et que les grands acteurs de l\u2019industrie sauront entendre le cri c\u00e9rul\u00e9en de ces amoureux du jazz d\u2019ici. Si les r\u00e9sultats sont \u00e0 la hauteur de leurs vis\u00e9es, il se pourrait bien que les organisateurs nous donnent rendez-vous au printemps pour le \u00ab\u00a0VER\u00a0Festival\u00a0\u00bb\u00a0! <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b>Benjamin Goron<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\"><b>Troisi\u00e8me soir\u00a0: mercredi\u00a031<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 l\u2019instar des soir\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, trois ensembles se sont une fois de plus succ\u00e9d\u00e9 pour cl\u00f4turer le tour de piste de l\u2019\u00e9curie\u00a0MCM. S\u2019il y eut un degr\u00e9 de vari\u00e9t\u00e9 dans les six pr\u00e9sentations musicales ant\u00e9rieures, le dernier volet, lui, \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9 par une certaine uniformit\u00e9, pour ne pas dire une uniformit\u00e9 certaine. D\u2019embl\u00e9e, les formations \u00e9taient identiques \u00e0 une exception pr\u00e8s, le tromboniste Jean-Nicolas Trottier participant au dernier set, les deux pr\u00e9c\u00e9dents assur\u00e9s par les trompettistes Nicolas Boulay et David Carbonneau respectivement. Outre ce petit \u00e9cart, l\u2019auditeur \u00e9tait en pr\u00e9sence de quintettes de jazz en bonne et due forme, en l\u2019occurrence deux vents, le saxo alto se divisant les honneurs de l\u2019avant-sc\u00e8ne avec le cuivre, et une section rythmique traditionnelle, assur\u00e9e par le m\u00eame triumvirat pour toute la soir\u00e9e, soit Charles Trudel (pno), S\u00e9bastien Pellerin (b.) et Alain Bourgeois (btr.). Notons en passant que ce dernier avait pr\u00eat\u00e9 ses baguettes et tambours \u00e0 sept des neuf groupes de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, un exploit en soi.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">\u00c0 la lumi\u00e8re de ces points communs, un d\u00e9fi se posait ici, soit d\u2019offrir un programme suffisamment vari\u00e9 pour \u00e9chapper \u00e0 cette instrumentation uniforme. Le crit\u00e8re d\u00e9cisif \u00e9tait donc l\u2019empreinte musicale que chacun des chefs donnerait \u00e0 sa propre musique, assur\u00e9e \u00e0 tour de r\u00f4le par Charles Trudel, Mario Allard et Benjamin Deschamps. <\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Des trois prestations, la premi\u00e8re \u00e9tait certainement la plus convenue. Apr\u00e8s la pi\u00e8ce titre de son disque de l\u2019automne dernier (Fruit), le pianiste a rejou\u00e9 trois autres titres de l\u2019album durant son spectacle, ceux-ci donnant l\u2019impression d\u2019exercices de style model\u00e9s sur des formes traditionnelles bien connues, le blues mineur, la ballade et la pi\u00e8ce modale typique des ann\u00e9es\u00a01970 (pensez ici \u00e0 Woody Shaw). Ses accompagnateurs, pour leur part, voguaient ais\u00e9ment dans les formes bien arr\u00eat\u00e9es, si bien qu\u2019ils ne se sentaient nullement mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par celles-ci, ou que personne ne semblait vraiment incit\u00e9 \u00e0 mettre le feu aux poudres, pour ainsi dire. Un set de r\u00e9chauffement, ou de r\u00e9chauff\u00e9, dira-t-on.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Ins\u00e9rez Mario Allard \u00e0 la place de Deschamps dans la distribution pr\u00e9c\u00e9dente et la donne changea du tout au tout. En effet, ce premier saxo a d\u00e9marr\u00e9 en trombe d\u00e8s son premier num\u00e9ro (<i>Snowden<\/i> \u2013 pi\u00e8ce d\u2019entr\u00e9e de son disque \u00e9galement), entra\u00eenant ses sbires dans une cavalcade au grand galop, sans toutefois arriver aux grands coups. Suivent alors une ballade, un genre de morceau modal aux odeurs de souk oriental et un funk \u00e9pic\u00e9 d\u2019un ostinato de basse \u00e9lectrique. \u00c0 l\u2019instar de son album convaincant de l\u2019automne dernier (<i>Diaporama<\/i>), Allard a livr\u00e9 la marchandise de nouveau, l\u2019insufflant d\u2019un sens d\u2019urgence qui fit justement la marque des meilleures formations classiques du hard bop d\u2019antan. On appr\u00e9cie aussi les formes compositionnelles plus \u00e9largies et les fragmentations du groupe en sous-ensembles qui permettent de d\u00e9roger un peu aux poncifs du genre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p2\"><span class=\"s1\">Pendant le dernier des trois quarts d\u2019heure, le saxo Deschamps remontait sur sc\u00e8ne pour livrer deux pi\u00e8ces de son dernier disque (<i>Demi-Nuit<\/i>) ainsi que deux nouveaux num\u00e9ros, la ballade <i>R\u00e9conciliation<\/i> et <i>No, I have Not<\/i> \u2014 variante du standard <i>Have You Met Miss Jones\u2009?<\/i>, que le saxo offrait en guise de r\u00e9ponse \u00e0 la question pos\u00e9e par la pi\u00e8ce d\u2019origine. \u00c0 la diff\u00e9rence de son coll\u00e8gue altiste, Deschamps offre une musique plus r\u00e9fl\u00e9chie, plus contenue dans ses formes, mais laissant une part de libert\u00e9 aux improvisations. La pr\u00e9sence de Jean-Nicolas Trottier ne pouvait que rehausser la valeur du tout et il y eut m\u00eame des solos crois\u00e9s entre lui et Deschamps qui marquaient un des points forts de la soir\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Bien qu\u2019il faut reconna\u00eetre les comp\u00e9tences des musiciens en cause et leur sens irr\u00e9prochable d\u2019ex\u00e9cutants, tous sont si bien moul\u00e9s dans le continuum du jazz mainstream traditionnel que personne ne semble enclin \u00e0 faire vaciller son socle. Le jazz, faut-il le dire, est le son de la surprise \u2014 si l\u2019on est de l\u2019avis du journaliste Whitney Balliett \u2014 mais on peine \u00e0 \u00eatre surpris ici. Si vous voulez entendre ce son de la surprise, soyez au rendez-vous d\u2019un autre spectacle en quintette le 12 f\u00e9vrier prochain, soit le groupe su\u00e9dois Atomic \u00e0 la Sala Rossa. On en reparlera.<\/span><\/p>\n<p class=\"p5\"><span class=\"s1\">Par del\u00e0 ces conjectures, signalons un fait particuli\u00e8rement aga\u00e7ant durant cette soir\u00e9e, soit l\u2019emploi d\u2019un piano \u00e9lectrique au son terriblement d\u00e9lav\u00e9. \u00c0 lui seul, ce son nous renvoie aux ann\u00e9es\u00a01970 et 1980, \u00e9poque o\u00f9 le jazz mainstream avait troqu\u00e9 le clavier acoustique pour l\u2019\u00e9lectrique. Entendre ce dernier dans le contexte de ces concerts donne \u00e0 la musique un air surann\u00e9, celle de Trudel en particulier. Fort heureusement, il y a les disques o\u00f9 la pr\u00e9sence du bon vieux piano de concert rend davantage justice \u00e0 la musique. Pri\u00e8re de noter, messieurs les organisateurs, pour votre prochain \u00e9v\u00e9nement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p5\"><span class=\"s1\"><b>Marc Ch\u00e9nard<\/b><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>29 au 31 janvier 2018 (Casa del Popolo, Montr\u00e9al) Alors que la ville de Montr\u00e9al a consid\u00e9rablement \u00e9largi son offre culturelle hivernale au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, le milieu du jazz continue malheureusement de concentrer ses activit\u00e9s sur les seuls mois de l\u2019\u00e9t\u00e9. \u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, il existe trop peu d\u2019\u00e9v\u00e9nements offrant de r\u00e9elles<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/collectif-jazz\/la-regle-des-trois-festival-hiems-multiple-chord-music\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":3585,"featured_media":371788,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17281,404],"tags":[35137,21505,35136,450],"class_list":{"0":"post-355950","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-mainstream-fr","8":"category-scena-jazz-fr","9":"tag-casa-del-popolo","10":"tag-festival-fr-15","11":"tag-mcm","12":"tag-montreal","13":"type-critique","14":"section-critiques","15":"section-jazz-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/o22095.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/o22095-300x232.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/o22095.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355950"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3585"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=355950"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/355950\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/371788"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=355950"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=355950"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=355950"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}