{"id":352056,"date":"2017-11-22T12:30:10","date_gmt":"2017-11-22T16:30:10","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=352056\/"},"modified":"2017-11-23T00:37:05","modified_gmt":"2017-11-23T04:37:05","slug":"hommage-dmitri-hvorostosvky","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/newswire\/hommage-dmitri-hvorostosvky\/","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Dmitri Hvorostosvky"},"content":{"rendered":"<h5>* Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1998 et re-\u00e9dit\u00e9 aujourd&#8217;hui pour rendre homage \u00e0\u00a0Dmitri Hvorostosvky.<\/h5>\n<p>Par Philip Anson<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>L<\/strong>a premi\u00e8re question que tout le monde se pose au sujet du baryton russe Hvorostovsky : \u00abEst-il aussi beau en personne?\u00bb Oui, le tigre de Sib\u00e9rie est \u00e0 la hauteur de sa r\u00e9putation de baryton le plus sexy du monde. Le jour de notre entrevue, lorsqu&#8217;il a fait son entr\u00e9e dans le caf\u00e9 tr\u00e8s chic du Stanhope Hotel de New York, portant des lunettes fum\u00e9es et une veste de cuir noir, il d\u00e9gageait une aura d&#8217;\u00e9toile de cin\u00e9ma. Que l&#8217;on appelle cela du charisme ou du magn\u00e9tisme animal, il est ind\u00e9niable que son physique fait de Hvorostovsky un aristocrate de la nature. Ces l\u00e8vres d&#8217;une sensualit\u00e9 sardonique, cette chevelure argent\u00e9e reconnaissable entre toutes, et ces yeux l\u00e9g\u00e8rement brid\u00e9s o\u00f9 un soup\u00e7on de cruaut\u00e9 tartare se m\u00eale \u00e0 l&#8217;atavisme slave &#8211; cet homme est un paradoxe vivant : \u00e0 la fois toute chaleur et froid comme de la glace.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mais, comme je m&#8217;en suis rendu compte lors de notre entrevue en avril dernier, Hvorostovsky est plus qu&#8217;un autre beau visage. C&#8217;est un artiste serieux, qui s&#8217;efforce d&#8217;atteindre \u00e0 un \u00e9quilibre entre les exigences artistiques et les pressions commerciales \u00e0 une \u00e9poque \u00abtr\u00e8s difficile pour la musique classique, une \u00e9poque ou m\u00eame d&#8217;excellents musiciens sont d\u00e9laiss\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;enregistrement\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dima, comme l&#8217;appellent ses intimes, est n\u00e9 en 1962, dans la \u00abgrande, mais provinciale\u00bb ville sib\u00e9rienne de Krasnoyarsk. Son p\u00e8re m\u00e9lomane veilla \u00e0 le faire inscrire dans un coll\u00e8ge des arts de la sc\u00e8ne. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque, il s&#8217;int\u00e9ressait principalement \u00e0 la boxe, au soccer et aux filles. En 1976, il d\u00e9butait \u00e0 l&#8217;Op\u00e9ra de Krasnoyarsk, o\u00f9 il faisait la connaissance de sa future \u00e9pouse Svetlana, une ballerine. La direction chorale, l&#8217;enseignement de la musique et les concours l&#8217;occup\u00e8rent pendant plusieurs ann\u00e9es. Apr\u00e8s qu&#8217;il e\u00fbt remport\u00e9 les honneurs du Concours Glinka, la pr\u00e9sidente du jury, le l\u00e9gendaire mezzo russe Irina Arkhipova, lui sugg\u00e9ra de tenter sa chance \u00e0 la Cardiff Singer of the World Competition. Il devait d\u00e9crocher le grand prix de l&#8217;\u00e9dition de 1989 de ce concours, ce qui lan\u00e7a sa carri\u00e8re internationale. Il fait remarquer que, comme les finales de ce concours sont t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es \u00e0 travers le monde, \u00abmon apparence physique ne m&#8217;a pas nui.\u00bb Imm\u00e9diatement apr\u00e8s avoir remport\u00e9 Cardiff, Dima retenait les services d&#8217;un agent et concluait un contrat exclusif de cinq ans avec Philips Classics.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le fait que, \u00e0 Cardiff, Hvorostovsky l&#8217;a emport\u00e9 sur le baryton gallois Bryn Terfel a donn\u00e9 lieu \u00e0 une controverse. Il se souvient : \u00abJe ne savais pas qui \u00e9tait Terfel jusqu&#8217;aux derni\u00e8res \u00e9liminatoires, lorsque je l&#8217;ai entendu chanter Wagner. C&#8217;est seulement \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&#8217;ai eu des doutes quant \u00e0 mes chances de gagner le concours.\u00bb Terfel a d\u00e9croch\u00e9 le prix d&#8217;interpr\u00e9tation de\u00a0<em>Lieder<\/em>\u00a0&#8211; une distinction que Hvorostovsky, dans son anglais un peu approximatif, caracterise comme \u00abl&#8217;un de ces prix qui servent \u00e0 calmer les perdants.\u00bb Ce qui n&#8217;a pas emp\u00each\u00e9 Terfel, maintenant reconnu comme l&#8217;un des plus grands chanteurs vivants, de se faire offrir un contrat par Deutsche Grammophon&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La carri\u00e8re de Hvorostovsky a pris un envol spectaculaire avec ses d\u00e9buts, en r\u00e9cital, \u00e0 Londres (Wigmore Hall, 1989) et \u00e0 New York (Alice Tully Hall, 1990), et \u00e0 l&#8217;op\u00e9ra, \u00e0 la Fenice (<em>Eug\u00e8ne On\u00e9guine<\/em>, 1991), \u00e0 Covent Garden (<em>I Puritani<\/em>, 1992), au Ch\u00e2telet (<em>Eug\u00e8ne On\u00e9guine<\/em>, 1992), \u00e0 la Scala (<em>Don Carlo<\/em>, 1992), \u00e0 Chicago (<em>La Traviata<\/em>, 1993) et au Metropolitan Opera (<em>La Dame de Pique<\/em>, 1995). Entre 1990 et 1997, il a particip\u00e9 \u00e0 15 enregistrements, dont 9 de r\u00e9citals en soliste, un nombre important pour n&#8217;importe quel chanteur. Plusieurs des enregistrements de Hvorostovsky ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9s par une image publicitaire de \u00abbeefcake baritone\u00bb qui a bien failli lui co\u00fbter sa cr\u00e9dibilit\u00e9 artistique. \u00abCe n&#8217;\u00e9tait pas mon id\u00e9e, mais cette publicit\u00e9 \u00e9chappait \u00e0 mon contr\u00f4le. J&#8217;\u00e9tais encore si inexp\u00e9riment\u00e9 il y a huit ans, je ne connaissais rien de la gestion artistique. Je me suis donc laiss\u00e9 emporter.\u00bb M\u00eame s&#8217;il se f\u00e9licite du fait que son image ait contribu\u00e9 \u00e0 le faire connaitre, il est quelque peu g\u00ean\u00e9 de se faire rappeler l&#8217;article du magazine\u00a0<em>Elle<\/em>\u00a0paru en 1996 qui le sacrait \u00abl&#8217;Elvis de l&#8217;op\u00e9ra\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Malgr\u00e9 tout cela, Hvorostovsky n&#8217;est pas un snob. Il pense que des spectacles du type \u00ables Trois t\u00e9nors\u00bb contribuent \u00e0 diffuser la musique classique dans le grand public et il a lui-m\u00eame donn\u00e9 un concert bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 dans un stade, en Islande. N\u00e9anmoins, \u00e0 36 ans, la priorit\u00e9 de Dima est de se faire reconna\u00eetre comme un artiste s\u00e9rieux. Il fait valoir qu&#8217;il est un p\u00e8re de famille dont l&#8217;\u00e9pouse affectueuse lui a donn\u00e9 des jumeaux, Daniel et Alexandra, maintenant \u00e2g\u00e9s de deux ans. Il se donne beaucoup de peine pour apprendre des cycles de m\u00e9lodies de Moussorgsky, de Mahler, de Glinka et de Chostakovich. Et, au moins jusqu&#8217;\u00e0 maintenant, il a r\u00e9sist\u00e9 aux app\u00e2ts financiers de projets qui lui feraient pr\u00eater sa voix \u00e0 des r\u00e9pertoires plus populaires.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">M\u00eame si Philips Classics a essay\u00e9 d&#8217;en faire \u00abLa jeune voix \u00e9lectrisante de la Russie nouvelle\u00bb, Hvorostovsky, en fait, vit \u00e0 Londres depuis 1994. Il est all\u00e9 chanter au Kirov a deux reprises, en 1988 et en 1991, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la compagnie en avait encore les moyens, et il demeure un admirateur de la \u00abdirection d&#8217;orchestre palpitante\u00bb de Valery Gergiev. Bien que ses parents vivent encore \u00e0 Krasnoyarsk, il ne retourne en Russie que trois ou quatre fois par ann\u00e9e. Il y compte de nombreux fans, mais aussi des critiques, qui lui reprochent d&#8217;abandonner la Russie pour les gros cachets des capitales occidentales. L&#8217;\u00e9tat actuel de la musique russe ne peut que le chagriner \u00ables subventions gouvernementales se sont taries apr\u00e8s la Perestro\u00efka, de sorte que le rythme des activit\u00e9s a beaucoup ralenti\u00bb, mais c&#8217;est avec enthousiasme qu&#8217;il envisage la perspective de sa premi\u00e8re tourn\u00e9e russe, qui le m\u00e8nera en Bi\u00e9lorussie, dans les r\u00e9publiques baltes et en Ukraine au cours de l&#8217;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au plan du r\u00e9pertoire, Hvorostovsky n&#8217;a jamais d\u00e9laiss\u00e9 ses racines slaves. La musique russe demeure la plus proche de son coeur et elle convient \u00e0 merveille \u00e0 sa voix riche et profonde. Sa discographie comprend des enregistrements de nombreux airs d&#8217;op\u00e9ra, de musique chorale et de chansons folkloriques russes. Curieusement, ce n&#8217;est pas lui qui a eu l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;album de folklore\u00a0<em>Dark Eyes<\/em>\u00a0dont la diffusion, en 1991, a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e de succ\u00e8s. Dans son adolescence, quand il jouait dans un groupe rock et idol\u00e2trait Led Zeppelin, Deep Purple et Queen, il ne s&#8217;int\u00e9ressait gu\u00e8re aux chansons d\u00e9mod\u00e9es que chantait sa grand-m\u00e8re. C&#8217;est Philips Classics qui a insist\u00e9 pour mettre en oeuvre ce projet et le r\u00e9sultat est l&#8217;un de ses enregistrements les plus satisfaisants. Plus r\u00e9cemment, Dima s&#8217;est enthousiasm\u00e9 pour divers cycles de m\u00e9lodies de son ami, le regrett\u00e9 composeur Gy\u00f6rgy Sviridov, qu&#8217;il consid\u00e8re comme \u00able meilleur \u00e9l\u00e8ve de Chostakovich\u00bb. Il a enregistr\u00e9\u00a0<em>Russia Cast Adrift<\/em>\u00abla Russie \u00e0 la d\u00e9rive\u00bb en 1994 et d\u00e9clare sans ambages que, \u00absi Philips Classics refuse d&#8217;enregistrer le nouveau cycle de m\u00e9lodies \u00abP\u00e9tersbourg\u00bb, qui m&#8217;est d\u00e9di\u00e9, je suis certain qu&#8217;une autre \u00e9tiquette le fera.\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<h6>Traduction par Pierre M. Bellemare<\/h6>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>* Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1998 et re-\u00e9dit\u00e9 aujourd&#8217;hui pour rendre homage \u00e0\u00a0Dmitri Hvorostosvky. 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