{"id":347994,"date":"2017-09-01T00:00:48","date_gmt":"2017-09-01T05:00:48","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=347994\/"},"modified":"2017-10-13T21:52:54","modified_gmt":"2017-10-14T01:52:54","slug":"magda-legende-de-lopera","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/denis-robert\/magda-legende-de-lopera\/","title":{"rendered":"Magda, l\u00e9gende de l&#8217;op\u00e9ra"},"content":{"rendered":"<p><em>1<sup>e<\/sup> partie<\/em><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 60, au moment o\u00f9 Maria Callas et Renata Tebaldi, les deux grandes sopranos de l\u2019\u00e9poque, br\u00fblaient encore les planches, j\u2019ai eu le bonheur \u2013 m\u00eame si elles avaient atteint leur apog\u00e9e \u2013 de voir l\u2019une et l\u2019autre sur sc\u00e8ne. Ces deux divas, gr\u00e2ce aux vinyles, nous avaient d\u00e9j\u00e0 laiss\u00e9 de fabuleux t\u00e9moignages grav\u00e9s au sommet de leur carri\u00e8re. Ces enregistrements m\u00e9morables, tout en faisant le bonheur des fans, les dressaient en deux clans rivaux impitoyables. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019avais dans mon entourage, entre autres, le callassien Georges Nicholson et le t\u00e9baldien Michel Beaulac. Chacun dans sa tranch\u00e9e d\u00e9fendait fermement les m\u00e9rites de son idole. Le premier vantait le jeu th\u00e9\u00e2tral et les prouesses vocales de la Callas, le second admirait la beaut\u00e9 vocale et physique de la Tebaldi., et moi pr\u00e9f\u00e9rant la voix ang\u00e9lique de l\u2019une et l\u2019intelligence sc\u00e9nique de l\u2019autre, je n\u2019avais pas vraiment encore trouv\u00e9 l\u2019interpr\u00e8te qui me satisfasse pleinement.<\/p>\n<p>Notre petit c\u00e9nacle d\u2019<em>aficionados<\/em> nouvellement adepte de repr\u00e9sentations \u201c<em>live<\/em>\u201d cherchait par tous les moyens \u00e0 s\u2019en procurer. Un jour, je rencontre un vrai collectionneur d\u2019enregistrements \u00ab\u00a0pirates\u00a0\u00bb, John Codner, qui me lance: \u00ab\u00a0You, who collects Tebaldi and Callas, have you ever heard of Magda Olivero?\u00a0\u00bb Je lui r\u00e9pondis que non. Ce \u00e0 quoi il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Then brace yourself and listen to this voice.\u00a0\u00bb D\u00e8s le premier air, <em>In quelle trine morbide <\/em>de <em>Manon Lescaut<\/em> de Puccini, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tout de suite s\u00e9duit par la beaut\u00e9 du phras\u00e9 et l\u2019aisance avec laquelle la voix pouvait filer de sublimes pianissimi. Son interpr\u00e9tation charg\u00e9e d\u2019\u00e9motion donnait \u00e0 cet air une volupt\u00e9, une intensit\u00e9, une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, bref une authenticit\u00e9 que je n\u2019avais trouv\u00e9e chez aucune autre soprano.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Adriana-acte1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-347997 alignright\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Adriana-acte1-767x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"289\" height=\"386\" \/><\/a><\/p>\n<p>La suite de ce concert enregistr\u00e9 \u00e0 Amsterdam en 1964 n\u2019a fait que confirmer mon enthousiasme. J\u2019\u00e9tais conquis et tellement emball\u00e9 que le lendemain, je d\u00e9cide de t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 Magda Olivero. Je tente ma chance et j\u2019appelle la standardiste de Milan et lui demande le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de Magda Olivero. Elle le trouve sans probl\u00e8me et le signale pour moi.<\/p>\n<p>Pronto\u00a0 ? \u2013 Madame Olivero\u00a0?\u00a0 \u2013 Oui, me r\u00e9pond-elle en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>\u00c9mu de l\u2019entendre au bout du fil, h\u00e9sitant un peu, je lui d\u00e9clare ma profonde admiration et lui demande si elle pr\u00e9voit chanter prochainement en Am\u00e9rique. Elle me r\u00e9pond qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e pour chanter <em>Adriana Lecouvreur<\/em> de Cil\u00e8a dans trois mois \u00e0 Hartford au Connecticut. R\u00e9joui de la nouvelle, je lui dis que je serai l\u00e0 et elle d\u2019ajouter gentiment\u00a0: \u00ab\u00a0Ce sera un plaisir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le 18 octobre 1969, je suis l\u00e0, assis dans l\u2019immense salle du Bushnell Memorial Auditorium, attendant le lever de rideau sur le premier acte. D\u00e8s son entr\u00e9e, Adriana doit chanter le fameux <em>Io son l\u2019umile ancella<\/em>. Encore belle et \u00e9l\u00e9gante dans son costume de s\u00e9rail, la trag\u00e9dienne, d\u2019une voix grave et sonore, captive la salle aux premi\u00e8res paroles du r\u00e9citatif. Puis elle devient l\u2019humble servante du g\u00e9nie cr\u00e9ateur et termine le grand air sur une note fil\u00e9e \u00e0 peine audible qu\u2019elle nourrit, crescendo, en un tr\u00e8s long fortissimo d\u2019une puissance telle et si inattendue que toute la salle se l\u00e8ve \u00e9lectris\u00e9e, stup\u00e9fi\u00e9e. La voix est \u00e9clatante et elle, resplendissante. Magda Olivero avait alors 59 ans.<\/p>\n<p>N\u00e9e le 25 mars 1910 \u00e0 Saluzzo, un petit village dans le nord de l\u2019Italie, Maria Maddalena Olivero a commenc\u00e9 \u00e0 chanter \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 2 ans. \u00c2g\u00e9e de 8 ans seulement, elle chantait d\u00e9j\u00e0 les grands airs de <em>Manon Lescaut<\/em> et de <em>La Wally <\/em>et, avant m\u00eame d\u2019avoir atteint sa 24<sup>e<\/sup> ann\u00e9e, elle avait fait ses d\u00e9buts \u00e0 La Scala. Les t\u00e9nors avec qui elle a partag\u00e9 la sc\u00e8ne pendant sa tr\u00e8s longue carri\u00e8re englobent trois g\u00e9n\u00e9rations\u00a0: au cours des ann\u00e9es 30 et 40, Gigli, Pertile, Schipa; durant les ann\u00e9es 50 et 60, Tagliavini, Di Stefano, Bergonzi, Del Monaco, Kraus et Corelli; et au cours des ann\u00e9es 70, Domingo et Pavarotti, le premier dans <em>Adriana Lecouvreur<\/em> et <em>Manon Lescaut<\/em>, le second dans <em>Tosca<\/em>.<\/p>\n<div id=\"attachment_347999\" style=\"width: 302px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Magda-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-347999\" class=\"wp-image-347999\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Magda-2-788x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"292\" height=\"379\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-347999\" class=\"wp-caption-text\">Magda Olivero et Denis Robert, Solda, 1990<\/p><\/div>\n<p>\u00c0 Rome en 1939, Magda Olivero incarne pour la premi\u00e8re fois Adriana aupr\u00e8s du c\u00e9l\u00e8bre t\u00e9nor Beniamino Gigli. Il a 49 ans, elle en a 29. Au mois d\u2019ao\u00fbt 1950, Cil\u00e8a, l\u2019auteur d\u2019<em>Adriana Lecouvreur<\/em>, supplie Magda de lui accorder une ultime faveur avant de mourir\u00a0: le plaisir de la revoir dans le r\u00f4le de la grande trag\u00e9dienne, car pour lui, Magda est la seule interpr\u00e8te qui ait su aller au-del\u00e0 de ce qu\u2019il avait \u00e9crit. En acceptant, elle mettait fin \u00e0 10 ans de silence et lan\u00e7ait ce qui allait \u00eatre une seconde carri\u00e8re de 30 ans. Durant sa vie, Magda aura incarn\u00e9 Adriana plus que toute autre soprano. Elle a chant\u00e9 le r\u00f4le 13 ans avant Tebaldi et, curieusement, elle a fait ses d\u00e9buts en Am\u00e9rique \u00e0 Dallas en 1967 dans la <em>Medea<\/em> de Cherubini 14 ans apr\u00e8s Callas et dans la m\u00eame production.<\/p>\n<p>Au cours de sa double carri\u00e8re, elle a donn\u00e9 pr\u00e8s de 1200 repr\u00e9sentations de plus de 80 r\u00f4les dont une vingtaine de cr\u00e9ations, du jamais vu dans les annales de l\u2019op\u00e9ra. Callas\u00a0: 49 r\u00f4les! Tebaldi\u00a0: 45 r\u00f4les! Elle pr\u00eatera sa voix \u00e0 des personnages aussi vari\u00e9s que Violetta, Gilda, Francesca, Fedora, Santuzza, Wally, Iris, le deux Marguerite (Gounod et Boito), la Manon de Massenet, Charlotte dans <em>Werther<\/em>, Elsa dans <em>Lohengrin<\/em>, la Comtesse dans <em>La Dame de pique<\/em>, Kostelni\u010dka dans <em>Jen<\/em>\u016f<em>fa<\/em>, la femme dans <em>La Voix humaine<\/em> de Poulenc et toutes les grandes h\u00e9ro\u00efnes de Puccini\u00a0: Manon, Mimi, Tosca, Cio-Cio San, Minnie, Giorgetta, Suor Angelica, Lauretta et Li\u00f9. Le 4 novembre 1991, Magda Olivero, \u00e2g\u00e9e de 81 ans, donne \u00e0 Milan un r\u00e9cital d\u2019adieux devant un public profond\u00e9ment \u00e9mu, compos\u00e9 de m\u00e9lomanes et d\u2019amis; parmi eux, Renata Tebaldi que j\u2019ai entendue murmurer apr\u00e8s le r\u00e9cital\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c8 una grande lezione di canto.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En premi\u00e8re page de son livre <em>Divines et Divas<\/em> paru en 1989, Philippe Godefroid rend un brillant hommage \u00e0 Magda Olivero. \u00ab\u00a0Ce livre abonde, par vocation, en destins exceptionnels, en performances uniques\u2026 Aussi aimerait-on, pour son regard encore neuf, \u00e9crire que Magda Olivero fut la plus grande actrice lyrique du si\u00e8cle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comment expliquer qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 autant acclam\u00e9e et adul\u00e9e par les <em>cognoscenti<\/em> comme une l\u00e9gende de son vivant, une artiste de cette envergure ne soit pas plus connue\u00a0? Et pourquoi n\u2019a-t-elle pas fait plus d\u2019enregistrements\u00a0? Serait-ce \u00e0 cause d\u2019une personnalit\u00e9 plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9e qui l\u2019aurait incit\u00e9e \u00e0 se tenir loin des feux de la rampe une fois le spectacle termin\u00e9\u00a0? Serait-ce son retrait de 10 ans de la sc\u00e8ne juste au moment o\u00f9 sa carri\u00e8re prenait son essor\u00a0? Ou son retour discret \u00e0 la sc\u00e8ne quand deux jeunes et ambitieuses divas, Callas et Tebaldi, se disputaient La Scala\u00a0? Est-ce d\u00fb au fait qu\u2019au d\u00e9but de cette seconde carri\u00e8re, elle n\u2019ait pas senti le besoin d\u2019avoir recours \u00e0 un impr\u00e9sario qui aurait pu lui assurer une carri\u00e8re internationale\u00a0? Apr\u00e8s avoir discut\u00e9 avec elle ces diverses hypoth\u00e8ses, elle me r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Toutes sont valables et elles ont certainement contribu\u00e9 \u00e0 influencer ma vie artistique, mais avant tout, mon r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 de chanter peu importe o\u00f9, peu importe pour qui. J\u2019ai toujours, dans les moments importants de ma vie, \u00e9cout\u00e9 cette petite voix int\u00e9rieure qui me r\u00e9p\u00e9tait \u201ctu dois chanter, tu dois chanter\u201d et toujours j\u2019ai ob\u00e9i avec amour et humilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote><p>Lisez la <a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/denis-robert\/magda-olivero-la-verissima-2e-partie\/\">2e partie:\u00a0Magda Olivero \u2013 La Verissima<\/a><\/p>\n<p>Pour ceux qui seraient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 entendre Magda Olivero dans des airs d\u2019op\u00e9ra, taper sur Google: <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=pL15SDLT9yc\">YouTube, The Magda Olivero Archives, 1969 San Jacopino Concert<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"702\" height=\"395\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pL15SDLT9yc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<blockquote class=\"modern-quote full\"><p>\u00ab J\u2019ai toujours, dans les moments importants de ma vie, \u00e9cout\u00e9 cette petite voix int\u00e9rieure qui me r\u00e9p\u00e9tait \u201ctu dois chanter, tu dois chanter\u201d et toujours j\u2019ai ob\u00e9i avec amour et humilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1e partie Dans les ann\u00e9es 60, au moment o\u00f9 Maria Callas et Renata Tebaldi, les deux grandes sopranos de l\u2019\u00e9poque, br\u00fblaient encore les planches, j\u2019ai eu le bonheur \u2013 m\u00eame si elles avaient atteint leur apog\u00e9e \u2013 de voir l\u2019une et l\u2019autre sur sc\u00e8ne. 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