{"id":336569,"date":"2016-12-01T00:00:46","date_gmt":"2016-12-01T05:00:46","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/fr\/?p=336569"},"modified":"2016-12-06T04:01:39","modified_gmt":"2016-12-06T09:01:39","slug":"lecrivaine-primee-madeleine-thien-nous-parle-de-liberte-de-beaute-et-de-douleur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/rebecca-anne-clark\/lecrivaine-primee-madeleine-thien-nous-parle-de-liberte-de-beaute-et-de-douleur\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9crivaine prim\u00e9e Madeleine Thien nous parle de libert\u00e9, de beaut\u00e9 et de douleur"},"content":{"rendered":"<p>Madeleine Thien n\u2019a pas vu le temps passer cet automne : son 4e livre <em>Do Not Say We Have Nothing <\/em>(traduction libre : Ne dites pas que nous n\u2019avons rien) a re\u00e7u des \u00e9loges unanimes depuis sa publication cet \u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s avoir rafl\u00e9 une foule de r\u00e9compenses tout au long de sa carri\u00e8re, l\u2019\u00e9crivaine install\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al a enfin obtenu les plus importants prix litt\u00e9raires au pays gr\u00e2ce \u00e0 ce 4e opus qui, en plus de s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9 parmi les finalistes du Man Booker Prize, a remport\u00e9 le prix du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral et le prix Giller.<\/p>\n<p>Madeleine Thien s\u2019y conna\u00eet en mati\u00e8re de succ\u00e8s. Apr\u00e8s que la Canadian Authors Association l\u2019a nomm\u00e9e en 2001 l\u2019\u00ab \u00e9crivaine canadienne de moins de 30 ans la plus prometteuse \u00bb, son premier ouvrage \u2013 un recueil de nouvelles intitul\u00e9 <em>Simple Recipes<\/em> (<em>Une recette toute simple<\/em>) \u2013 a remport\u00e9 deux prix litt\u00e9raires \u00e0 Vancouver en plus du Ethel Wilson Fiction Prize. Cinq ans plus tard, son premier roman <em>Certainty<\/em> (<em>Certitudes<\/em>) d\u00e9croche le prix Amazon.ca du premier roman et l\u2019Ovid Festival Prize; il est maintenant traduit dans seize langues. Son second roman, <em>Dogs at the Perimeter<\/em> (<em>L\u00e2cher les chiens<\/em>) publi\u00e9 en 2011 r\u00e9colte jusqu\u2019en 2015 plusieurs mentions et prix internationaux et canadiens. En plus d\u2019avoir publi\u00e9 de nombreux essais dans des journaux, revues litt\u00e9raires et anthologies, Mme\u00a0Thien a \u00e9t\u00e9 \u00e9crivaine en r\u00e9sidence \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Simon-Fraser en 2013 et membre de la facult\u00e9 internationale du programme de ma\u00eetrise en cr\u00e9ation litt\u00e9raire de l\u2019Universit\u00e9 municipale de Hong Kong. Paru en 2002, son livre pour enfants <em>The Chinese Violin<\/em> (<em>Le Violon chinois<\/em>) a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 par l\u2019ONF en un court m\u00e9trage d\u2019animation.<\/p>\n<div id=\"attachment_336560\" style=\"width: 304px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/DoNotSayWeHaveNothing-cover-2-copy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-336560\" class=\" wp-image-336560\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/DoNotSayWeHaveNothing-cover-2-copy-206x300.jpg\" alt=\"Madeleine Thien: Do Not Say We Have Nothing\" width=\"294\" height=\"427\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-336560\" class=\"wp-caption-text\">Madeleine Thien: Do Not Say We Have Nothing<\/p><\/div>\n<p>Le sujet de <em>Do Not Say We Have Nothing<\/em> est difficile \u00e0 cerner. S\u2019il est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une description de la vie de trois talentueux musiciens du conservatoire de Shanghai dans les ann\u00e9es\u00a01960, pendant la R\u00e9volution culturelle de Mao Zedong, sa force r\u00e9side en grande partie dans sa dimension \u00e9pique. L\u2019histoire relate les points de vue de plusieurs personnages \u00e0 travers le temps et l\u2019espace \u2013 des artistes et r\u00eaveurs qui traversent la guerre civile chinoise jusqu\u2019\u00e0 la famille endeuill\u00e9e de Vancouver en 1990, aux prises avec les cons\u00e9quences de l\u2019insurrection de la place Tiananmen. Ces destin\u00e9es entrem\u00eal\u00e9es \u00ads\u2019accomplissent par le biais de la musique \u00adclassique occidentale autant que par la langue, la litt\u00e9rature, la calligraphie, la chronique, la chanson et la po\u00e9sie, \u00e0 la fois traditionnelles et r\u00e9volutionnaires. Nullement chronologique, ce roman est un r\u00e9cit \u00e0 tiroirs, un album de souvenirs. Le disant \u00ab semblable \u00e0 une fugue \u00bb, le jury du prix du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral ajoute que \u00ab cette \u0153uvre ambitieuse explore la persistance du pass\u00e9 et le pouvoir de l\u2019art, posant des questions pleines de sens pour notre temps \u00bb. Pour le jury du prix Giller, il s\u2019agit d\u2019une \u00ab magnifique ode \u00e0 la musique et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 [\u2026] une interpr\u00e9tation \u00e0 la fois triste et r\u00e9jouissante de la perte et de la r\u00e9silience en Chine et au Canada \u00bb.<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Vancouver, Madeleine Thien est une lectrice passionn\u00e9e depuis sa plus tendre enfance. \u00ab J\u2019avais soif de lire tout ce qui me \u00adpassait par la main et en m\u00eame temps de m\u2019\u00e9vader. En fait, la lecture r\u00e9pondait \u00e0 mon besoin d\u2019\u00e9vasion. Tr\u00e8s t\u00f4t, j\u2019ai eu un rapport de d\u00e9pendance avec les livres, explique-t-elle. J\u2019imagine que c\u2019est la m\u00eame chose pour les musiciens qui se tournent vers la musique \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge afin d\u2019y trouver un sens que le monde environnant ne peut leur donner. \u00bb Pourtant, elle a d\u2019abord \u00e9tudi\u00e9 la danse, pas la litt\u00e9rature. \u00ab J\u2019ai \u00adconsacr\u00e9 la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence au ballet, confie-t-elle. Puis, \u00e0 l\u2019universit\u00e9, j\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 la danse contemporaine. Or, tout ce temps-l\u00e0, je n\u2019avais cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire; \u00e0 un moment donn\u00e9, j\u2019ai abandonn\u00e9 la danse pour me concentrer sur l\u2019\u00e9criture. \u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_336566\" style=\"width: 304px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/M-Thien_012-modified2-copy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-336566\" class=\" wp-image-336566\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/M-Thien_012-modified2-copy-200x300.jpg\" alt=\"Photo: Marc Bourgeois\" width=\"294\" height=\"439\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-336566\" class=\"wp-caption-text\">Photo: Marc Bourgeois<\/p><\/div>\n<p>L\u2019inspiration pour <em>Do Not Say We Have Nothing<\/em> lui est venue de son roman <em>L\u00e2cher les chiens<\/em>, dans lequel elle aborde le g\u00e9nocide \u00adcambodgien de Pol Pot. \u00ab C\u2019est un ouvrage qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s difficile pour moi, explique-t-elle. Je sentais que je voulais vivre diff\u00e9remment et, par cons\u00e9quent, \u00e9crire autrement. Mais je devais encore r\u00e9soudre \u00adcertaines questions soulev\u00e9es dans ce livre. \u00bb Le r\u00e9gime de Pol Pot, \u00e0 l\u2019instar de la R\u00e9volution culturelle de Mao, se distingue par la r\u00e9pression de plusieurs expressions culturelles. \u00ab Je m\u2019\u00e9tais impr\u00e9gn\u00e9e de rock and roll psych\u00e9d\u00e9lique cambodgien \u2013 un genre qui avait fait fureur avant la guerre, affirme-t-elle. Une fusion musicale unique, incroyablement joyeuse, qui a men\u00e9 \u00e0 la mort la plupart de ses \u00adcr\u00e9ateurs pendant le g\u00e9nocide. \u00bb Mme\u00a0Thien continue en d\u00e9crivant comment certaines des bandes sonores d\u00e9truites en masse avaient surv\u00e9cu en secret, s\u2019\u00e9tant multipli\u00e9es sous forme de cassettes r\u00e9enregistr\u00e9es \u00e0 partir des albums. \u00ab Je me suis mise \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur ce qui faisait que la musique, dans un \u00e9tat totalitaire, voire r\u00e9volutionnaire, pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une menace terrible \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie en place, puis j\u2019ai appliqu\u00e9 cette logique aux musiciens chinois et \u00e0 leur situation dans les ann\u00e9es\u00a01960 : qu\u2019est-ce qui a fait que la musique \u00e9tait une source de danger pendant la R\u00e9volution culturelle autant qu\u2019un moyen de survie des musiciens. \u00bb<\/p>\n<p>Madeleine Thien explique que la musique classique occidentale a une longue et importante tradition en Chine. \u00ab Le premier piano \u2013 le clavicorde \u2013 a \u00e9t\u00e9 introduit [en 1601]par des missionnaires j\u00e9suites qui voulaient l\u2019offrir en cadeau \u00e0 l\u2019empereur, raconte-t-elle. Apr\u00e8s la R\u00e9volution russe, parmi les r\u00e9fugi\u00e9s qui se sont install\u00e9s en Chine, bon nombre se sont consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement de la musique. De m\u00eame \u00e0 la suite de la Seconde Guerre mondiale, des r\u00e9fugi\u00e9s juifs sont arriv\u00e9s \u00e0 Shanghai parce qu\u2019ils n\u2019avaient pas besoin de passeport et certains ont gagn\u00e9 leur vie en enseignant la musique. La longue histoire de la musique en Chine est donc \u00e9troitement li\u00e9e aux situations politiques et aux catastrophes mondiales. Du reste, le fait d\u2019adopter ce genre musical \u00e9tait une fa\u00e7on pour le pays de prouver qu\u2019il faisait partie du monde. \u00bb La R\u00e9volution culturelle constitue une rupture relativement courte avec cet \u00e9tat d\u2019esprit, alors que seulement treize \u00e0 vingt pi\u00e8ces \u00ab approuv\u00e9es \u00bb pouvaient l\u00e9galement \u00eatre jou\u00e9es, tandis que huit et plus tard dix-huit \u0153uvres mod\u00e8les (op\u00e9ras, ballets, pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et cantates) accaparaient l\u2019attention au d\u00e9triment de toutes les autres, tourn\u00e9es en d\u00e9rision en raison de leur origine \u00ab bourgeoise \u00bb. La mort de Mao en 1976 a sonn\u00e9 le glas de la R\u00e9volution \u00adculturelle et, aujourd\u2019hui, la Chine est le plus grand producteur et consommateur de pianos au monde. \u00ab En Chine, la musique classique occidentale, encore \u00adconsid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des plus grands domaines artistiques, fait partie int\u00e9grante de la formation d\u2019une identit\u00e9 moderne \u00bb, d\u00e9clare-t-elle.<\/p>\n<div id=\"attachment_336562\" style=\"width: 517px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Thien-Giller-colour-copy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-336562\" class=\" wp-image-336562\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Thien-Giller-colour-copy-300x211.jpg\" alt=\"Scotiabank's John Doig, Madeleine Thien, Lawrence Hill, Jack Rabinovitch\" width=\"507\" height=\"358\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Thien-Giller-colour-copy-300x211.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Thien-Giller-colour-copy-600x422.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Thien-Giller-colour-copy.jpg 1500w\" sizes=\"(max-width: 507px) 100vw, 507px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-336562\" class=\"wp-caption-text\">Scotiabank&#8217;s John Doig, Madeleine Thien, Lawrence Hill, Jack Rabinovitch<\/p><\/div>\n<p>\u00ab Selon moi, lorsque les musiciens chinois des ann\u00e9es\u00a01960 \u2013 mes musiciens \u2013 tombent sous le charme de ce genre musical, c\u2019est que celui-ci ne leur parle ni d\u2019une \u00e9poque lointaine ni de l\u2019Ouest ni de l\u2019au-del\u00e0, mais bien du moment pr\u00e9sent, plus que tout ce qui les entoure. Lorsqu\u2019ils \u00e9coutent Beethoven en particulier, ils entendent une voix singuli\u00e8re dans un contexte r\u00e9volutionnaire. De la musique avant-\u00adgardiste, riche de dissonances et de changements de cl\u00e9s \u2013 des \u00ad\u00e9l\u00e9ments peut-\u00eatre inacceptables aux contemporains du maestro \u00adallemand, mais qui osaient refl\u00e9ter une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 en devenir. \u00bb<\/p>\n<p>Beethoven et son concerto \u00ab L\u2019Empereur \u00bb ne sont que deux des th\u00e8mes musicaux du roman <em>Do Not Say We Have Nothing<\/em>. \u00ab Les <em>Variations Goldberg<\/em> en constituent le th\u00e8me principal \u00bb, confirme l\u2019\u00e9crivaine qui a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9couter l\u2019\u0153uvre majeure de Bach afin d\u2019\u00e9touffer les bruits dans le caf\u00e9 berlinois o\u00f9 elle travaillait. \u00ab Le d\u00e9but est d\u2019une grande simplicit\u00e9, le motif \u00e9tant jou\u00e9 par la ligne de basse. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re m\u00e9lodie qui vous accrochera. Au fil des \u00adinnombrables formes que lui font prendre les variations et les canons, vos sensations se succ\u00e8dent, tout aussi vari\u00e9es, passant d\u2019une incroyable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019esprit \u00e0 la tristesse la plus profonde, parfois les deux en m\u00eame temps. \u00c0 la fin, malgr\u00e9 le retour au motif du d\u00e9but, votre m\u00e9tamorphose est compl\u00e8te. Quelle structure magnifique pour un roman ! Une ouverture toute simple \u2013 une petite fille et sa m\u00e8re, un p\u00e8re disparu \u2013, puis la mise en place de modulations toujours plus complexes de sorte qu\u2019au moment du retour \u00e0 la protagoniste du d\u00e9but, apr\u00e8s quelques d\u00e9tours par l\u2019univers tout entier, nous ne sommes plus les m\u00eames. \u00bb<\/p>\n<p>Une autre \u0153uvre importante du roman est la <em>5e Symphonie<\/em> de Chostakovitch, compos\u00e9e sous le r\u00e9gime de terreur de Staline et \u00adsoumise \u00e0 l\u2019examen minutieux des censeurs qui avaient exig\u00e9 du \u00adcompositeur qu\u2019il simplifie son \u00e9criture. \u00ab Impatients de critiquer Chostakovitch, les comit\u00e9s communistes responsables de l\u2019approbation des \u0153uvres ont heureusement entendu ce qu\u2019ils voulaient entendre \u2013 un Chostakovitch mat\u00e9 rendant hommage \u00e0 la r\u00e9volution \u2013 alors que le peuple percevait le malheur, la perte et le d\u00e9sastre. Les deux r\u00e9alit\u00e9s se c\u00f4toient en m\u00eame temps. [La <em>Cinqui\u00e8me<\/em>] d\u00e9marre simplement. Vous pensez savoir de quel type de symphonie r\u00e9volutionnaire il s\u2019agit, mais de l\u00e0 jusqu\u2019au troisi\u00e8me mouvement, les motifs se r\u00e9p\u00e8tent inlassablement, en une lamentation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e\u2026 \u00bb Madeleine Thien s\u2019interrompt, envahie par l\u2019\u00e9motion : \u00ab Je me dis \u00adparfois que la symphonie survit \u00e0 peine \u00e0 ce troisi\u00e8me mouvement. Sa beaut\u00e9, sa douleur, sa beaut\u00e9 \u2013 je ne cesse de parler de beaut\u00e9, mais c\u2019est un morceau tellement magnifique. \u00bb<\/p>\n<p>Nombreux sont ceux qui ont voulu percevoir l\u2019art comme une planche de salut dans ce roman, mais l\u2019auteure n\u2019en est pas certaine. \u00ab Je crois que [ces personnages]entretiennent une relation, une sorte d\u2019amour. On pourrait dire que l\u2019amour, en ce qu\u2019il symbolise la \u00adfid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque de trahison constante, leur propose une fa\u00e7on de penser qui les aide \u00e0 s\u2019en sortir, \u00e0 trouver un semblant de vie priv\u00e9e. Mais c\u2019est \u00e0 eux que revient le choix de se sauver eux-m\u00eames ou d\u2019abdiquer; je ne crois pas que l\u2019art puisse les sauver. \u00bb<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Book-Covers.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-336564 aligncenter\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Book-Covers-300x105.jpg\" alt=\"madeleine-thien-book-covers\" width=\"700\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Book-Covers-300x105.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Book-Covers-600x210.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Book-Covers.jpg 689w\" sizes=\"(max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Selon l\u2019\u00e9crivaine, cr\u00e9er ou consommer une \u0153uvre d\u2019art est un acte \u00e9minemment politique et transformateur. \u00ab [L\u2019art] ouvre un espace int\u00e9rieur o\u00f9, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imagination, il est possible de vivre d\u2019autres \u00adexistences, d\u2019\u00e9couter d\u2019autres sons, de d\u00e9couvrir des exp\u00e9riences, \u00adparfois sonores, pas toujours agr\u00e9ables \u2013 pleine de dissonances et \u00add\u2019incoh\u00e9rences. Et m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment harmonieux, qui nous est familier et r\u00e9confortant, il faut y faire attention. Nous devons \u00adpr\u00eater l\u2019oreille \u00e0 ses motifs, en silence. Se taire \u2013 \u00e7a aussi, c\u2019est un acte \u00adpolitique. \u00bb Cr\u00e9er nous permet de saisir nos contradictions. \u00ab M\u00eame nos propos peuvent \u00eatre amoindris par des \u00e9l\u00e9ments dont nous, en tant qu\u2019artistes, n\u2019avons pas conscience, mais qui font partie \u00adint\u00e9grante de notre univers romanesque. Or, en se donnant enti\u00e8rement \u00e0 son \u0153uvre, on peut lui faire dire des choses que nous-m\u00eames ne comprenons pas tout \u00e0 fait, qui sont souvent en d\u00e9saccord avec l\u2019\u00e9poque. Mais c\u2019est ce qui fait sa valeur. \u00bb<\/p>\n<p>Compte tenu des r\u00e9alit\u00e9s politiques changeantes du monde occidental, le roman et sa romanci\u00e8re ont beaucoup \u00e0 dire sur le dialogue entre la politique et l\u2019art. \u00ab Nous tenons [la libert\u00e9]pour acquise et l\u2019art est, selon moi, beaucoup plus individualiste en Am\u00e9rique du Nord que soci\u00e9tal. Je crois que l\u00e0 o\u00f9 la libert\u00e9 ne tient qu\u2019\u00e0 un fil, les artistes r\u00e9fl\u00e9chissent davantage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019insignifiance de leur voix et de leur existence dans un contexte politique et historique plus vaste. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019art n\u2019est jamais d\u00e9connect\u00e9 de l\u2019histoire ou de la politique, parler, c\u2019est faire de la politique. Et je crois qu\u2019ici aussi, nous en sommes rendus l\u00e0, car une fois accul\u00e9 au mur, il faut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que signifie la capacit\u00e9 de choisir ses mots, la libert\u00e9 de les prononcer et l\u2019obligation de parler lorsque ses concitoyens ne peuvent le faire. Je crois que cette r\u00e9alit\u00e9 est en train de faire partie de notre pr\u00e9sent. Je l\u2019esp\u00e8re bien ! \u00bb<\/p>\n<p>Madeleine Thien est d\u00e9j\u00e0 attel\u00e9e \u00e0 son prochain roman. \u00ab Il s\u2019agira d\u2019un ouvrage \u00e9crit diff\u00e9remment. D\u2019une envergure r\u00e9duite, plus intime. Je suis convaincue qu\u2019il traitera de la vie de femmes et il se pourrait que je m\u2019inspire de la danse, un art qui m\u2019a habit\u00e9e si \u00adlongtemps. Mais c\u2019est un tout autre genre de livre, assez terrifiant. C\u2019est de bon augure ! \u00bb<\/p>\n<p><em><strong>Traduction : V\u00e9ronique Frenette<\/strong><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<ul>\n<li><em>Do Not Say We Have Nothing <\/em>est publi\u00e9 par Alfred A. Knopf Canada \/ Penguin \u00adRandom House Canada. <a href=\"http:\/\/www.penguinrandomhouse.ca\" target=\"_blank\">penguinrandomhouse.ca<\/a><\/li>\n<li>Pour consulter les articles portant sur l\u2019\u0153uvre de Madeleine Thien, rendez-vous sur le site Web de l\u2019auteure\u00a0: <a href=\"http:\/\/\u00admadeleinethien.com\" target=\"_blank\">\u00admadeleinethien.com<\/a><\/li>\n<li>Madeleine Thien pr\u00e9sentera un r\u00e9cital litt\u00e9raire avec le quatuor \u00e0 cordes de l\u2019Orchestre philharmonique de Hamilton le 6 d\u00e9cembre au Hamilton Place \u00e0 \u00adHamilton, Ontario.\u00a0<a href=\"http:\/\/hpo.org\/concert\/madeleinethien\" target=\"_blank\">hpo.org\/concert\/madeleinethien<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Madeleine Thien n\u2019a pas vu le temps passer cet automne : son 4e livre Do Not Say We Have Nothing (traduction libre : Ne dites pas que nous n\u2019avons rien) a re\u00e7u des \u00e9loges unanimes depuis sa publication cet \u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s avoir rafl\u00e9 une foule de r\u00e9compenses tout au long de sa carri\u00e8re, l\u2019\u00e9crivaine install\u00e9e<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/rebecca-anne-clark\/lecrivaine-primee-madeleine-thien-nous-parle-de-liberte-de-beaute-et-de-douleur\/\" title=\"Read More\">Read More<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":2763,"featured_media":336559,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17039,398,394],"tags":[29753,18621,29754,17118,29755],"class_list":{"0":"post-336569","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-entrevues","8":"category-litterature","9":"category-musique-classique","10":"tag-do-not-say-we-have-nothing","11":"tag-giller-prize","12":"tag-governor-generals-award","13":"tag-madeleine-thien","14":"tag-man-booker-prize","15":"type-article-fr","16":"type-entrevue","17":"type-profil","18":"volume-volume-22","19":"issue-vol-22-issue-4-fr","20":"section-en-couverture"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Header-Photo-Marc-Bourgeois.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Header-Photo-Marc-Bourgeois.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/Madeleine-Thien-Header-Photo-Marc-Bourgeois.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/336569"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2763"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=336569"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/336569\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/336559"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=336569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=336569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=336569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}