{"id":202095,"date":"2015-09-01T00:00:00","date_gmt":"2015-09-01T05:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/scenadev.info\/double-sens-margaret-atwood-et-pauline-2\/?lang=fr"},"modified":"2016-06-27T19:17:40","modified_gmt":"2016-06-28T00:17:40","slug":"double-sens-margaret-atwood-et-pauline-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/rebecca-anne-clark\/double-sens-margaret-atwood-et-pauline-2\/","title":{"rendered":"Double sens\u00a0: Margaret Atwood et Pauline"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/\/aap6.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/images\/atwood.jpg\" alt=\"Margaret Atwood\" width=\"500\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Po\u00e9tesse. Pr\u00e9curseure. Personnalit\u00e9 canadienne. Ces descriptifs s\u2019appliquent aussi bien \u00e0 Margaret Atwood qu\u2019au sujet de son premier livret, E. Pauline Johnson. Si bon nombre associent instantan\u00e9ment le nom d\u2019Atwood \u00e0 l\u2019actuelle premi\u00e8re dame de la litt\u00e9rature canadienne, c\u2019est seulement depuis les derni\u00e8res d\u00e9cennies que la vie et l\u2019\u0153uvre de Pauline Johnson font l\u2019objet d\u2019un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat sur la sc\u00e8ne culturelle canadienne. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les th\u00e8mes de ses \u00e9crits \u2013 enjeux li\u00e9s aux Premi\u00e8res nations, biculturalisme et multiculturalisme, femmes et sexualit\u00e9, identit\u00e9 canadienne \u2013 sont largement d\u00e9battus, madame Johnson est devenue plus pertinente que jamais.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/\/aap6.myscena.org\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/images\/PaulineJohnson_c1895_Cochran-Library-and-Archives-Canada.jpg\" alt=\"Pauline Johnson c 1895\" width=\"220\" height=\"334\" align=\"left\" hspace=\"4\" \/>N\u00e9e en 1861 d\u2019un chef mohawk et d\u2019une quakeresse anglaise, Pauline Johnson s\u2019illustre en donnant des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales de ses \u0153uvres partout au Canada et en Angleterre. Jouant sur sa double identit\u00e9, elle se pr\u00e9sente au premier acte en princesse mohawk v\u00eatue d\u2019une robe en daim, d\u2019une ceinture wampum et d\u2019un collier en griffes d\u2019ours, pour interpr\u00e9ter des ballades poignantes inspir\u00e9es de la mythologie autochtone. Au second acte, elle revient drap\u00e9e dans une robe en soie, telle la parfaite dame anglaise, pour d\u00e9clamer des vers lyriques. Son public est \u00e9merveill\u00e9 par ses descriptions imag\u00e9es de la vie des Premi\u00e8res nations qu\u2019elle livre dans le style traditionnel de la po\u00e9sie classique anglaise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">En 1883, Johnson commence \u00e0 publier sa po\u00e9sie dans des revues et, en 1892, au terme de sa premi\u00e8re lecture-spectacle publique, elle se lance dans une carri\u00e8re d\u2019interpr\u00e8te. Son premier recueil de po\u00e8mes, <i>The White Wampum<\/i>, est publi\u00e9 en 1895. En 1886, elle a pris le nom de son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u2013 Tekahionwake \u2013 qui, fort \u00e0 propos, signifie \u00ab\u00a0double wampum\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0double vie\u00a0\u00bb (qu\u2019Atwood a brillamment traduit par double-stranded, faisant allusion autant \u00e0 la double rang\u00e9e de fils qui tissent la double ceinture wampum qu\u2019au sentiment qu\u2019elle \u00e9prouve de s\u2019\u00eatre \u00e9chou\u00e9e entre deux cultures). Avant sa mort, elle publie deux autres recueils de po\u00e9sie <i>Canadian Born<\/i> et <i>Flint and Feather<\/i>, de m\u00eame qu\u2019un recueil de nouvelles <i>Legends of Vancouver<\/i>. En 1909, sa sant\u00e9 d\u00e9faillante la contraint \u00e0 se retirer \u00e0 Vancouver. Malgr\u00e9 ses succ\u00e8s, les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie sont marqu\u00e9es par les difficult\u00e9s financi\u00e8res et la maladie, et apr\u00e8s un long et p\u00e9nible combat contre le cancer du sein, elle s\u2019\u00e9teint \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 51 ans. Or, si \u00e0 cette \u00e9poque, ses livres se vendent plus rapidement qu\u2019ils ne peuvent \u00eatre imprim\u00e9s, l\u2019essor de la po\u00e9sie moderniste sonne le glas de son \u0153uvre. Pendant un certain temps, les \u00e9diteurs canadiens l\u2019ont presque oubli\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Aujourd\u2019hui, son \u0153uvre continue de susciter la controverse et les critiques litt\u00e9raires ne parviennent pas \u00e0 s\u2019entendre sur ce qui m\u00e9rite reconnaissance chez elle\u00a0: sa po\u00e9sie ou ses performances. \u00ab\u00a0Pourquoi pas les deux\u00a0? demande Atwood. C\u2019est une pr\u00e9curseure. Une femme courageuse qui a men\u00e9 une vie fascinante qu\u2019aucune autre \u00e9crivaine au pays n\u2019avait jusqu\u2019alors entreprise.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">En fait, Atwood admire Johnson depuis qu\u2019elle l\u2019a d\u00e9couverte lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant. \u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9cole publique vers la fin des ann\u00e9es\u00a01940, croyez-le ou non, \u201cThe Pilot of the Plains\u201d \u00e9tait au programme. C\u2019est une histoire de fant\u00f4me, alors pour une enfant de mon \u00e2ge (moi), d\u2019autant plus int\u00e9ressante\u00a0!\u00a0\u00bb Au fil des ann\u00e9es, sa passion pour la po\u00e9sie dramatique de Johnson ne s\u2019est jamais d\u00e9mentie. \u00ab\u00a0Je l\u2019ai remise \u00e0 l\u2019honneur dans le <i>New Oxford Book of Canadian Verse in English<\/i> en 1983\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise-t-elle. Elle y a fait entrer \u00ab\u00a0Ojistoh\u00a0\u00bb qu\u2019elle d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0une histoire terrifiante de viol et de meurtre\u00a0\u00bb, de m\u00eame que le po\u00e8me pastoral \u00ab\u00a0Marshlands\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0J\u2019avais entendu toutes ces histoires sur son talent qu\u2019on jugeait inf\u00e9rieur \u00e0 celui de [Archibald] Lampman, confie-t-elle; pourtant, Johnson est une po\u00e9tesse du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de plein droit, dont l\u2019\u0153uvre lyrique est parfaitement honorable. Son \u0153uvre dramatique est souvent comparable \u00e0 celle de Longfellow, par exemple.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">La r\u00e9int\u00e9gration de l\u2019\u0153uvre de Johnson par Margaret Atwood dans l\u2019anthologie de 1983 marque le d\u00e9but de sa r\u00e9insertion au sein du panth\u00e9on litt\u00e9raire canadien, mais les progr\u00e8s restent lents. Atwood a commenc\u00e9 l\u2019\u00e9criture de son livret pour la COC en 1999, mais elle a d\u00fb le laisser en plan lorsque le compositeur s\u2019est retir\u00e9. Le directeur artistique du City Opera Vancouver Charles Barber lui a donn\u00e9 une seconde chance en lui commandant une \u0153uvre avec un r\u00f4le pour la mezzo Judith Forst en 2006. Atwood a donc retravaill\u00e9 son livret pour l\u2019adapter \u00e0 la compagnie d\u2019op\u00e9ra de chambre, mais en raison d\u2019engagements ant\u00e9rieurs et d\u2019ententes non respect\u00e9es, sa cr\u00e9ation pr\u00e9vue en 2010 a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9e. En d\u00e9finitive, Tobin Stokes a \u00e9t\u00e9 choisi comme compositeur en 2012 et Rose-Ellen Nichols s\u2019est vu confier le r\u00f4le-titre en 2013. L\u2019op\u00e9ra <i>Pauline<\/i> a enfin \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en mai 2014 au York Theatre de Vancouver.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le livret saura ravir les admirateurs d\u2019Atwood comme ceux de Johnson. Le don embl\u00e9matique d\u2019Atwood pour les jeux de mots atteint de nouveaux sommets dans un texte riche en humour pince-sans-rire et niveaux de sens multiples, mais la voix de Johnson se fait aussi entendre. \u00ab\u00a0J\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 un certain nombre de [mes po\u00e8mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s]dans l\u2019op\u00e9ra\u00a0\u00bb, confie Atwood. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Retra\u00e7ant les derniers jours de la vie de Johnson aux prises avec les douleurs caus\u00e9es par son cancer et l\u2019\u00e9tat second qu\u2019entra\u00eene la morphine, l\u2019op\u00e9ra s\u2019inspire librement des \u00e9tapes de sa vie. Dans la premi\u00e8re sc\u00e8ne, grand-p\u00e8re Smoke chante la vie apr\u00e8s la mort telle une rivi\u00e8re, \u00e9voquant la demeure Cheifswood aux abords de la rivi\u00e8re Grand o\u00f9 Johnson est n\u00e9e et o\u00f9 elle a grandi en \u00e9coutant les l\u00e9gendes que son grand-p\u00e8re John \u00ab\u00a0Smoke\u00a0\u00bb Johnson lui racontait. Apr\u00e8s ce pr\u00e9lude, l\u2019op\u00e9ra adopte son \u00ab\u00a0v\u00e9ritable\u00a0\u00bb d\u00e9cor\u00a0: la maison de Johnson en 1913, alors qu\u2019elle est plong\u00e9e dans le d\u00e9lire de la douleur et des m\u00e9dicaments, entour\u00e9e de soignants et de sympathisants. Tout en s\u2019inqui\u00e9tant de son identit\u00e9 et de sa mort imminente, elle hallucine et se rappelle des moments marquants de sa vie, qu\u2019Atwood \u00e9voque par l\u2019utilisation judicieuse d\u2019une s\u00e9lection de ses po\u00e8mes\u00a0: l\u2019amant myst\u00e9rieux de sa jeunesse dans le po\u00e8me \u00e9rotique \u00ab\u00a0The Lost Lagoon\u00a0\u00bb, la cr\u00e9ation de son personnage de sc\u00e8ne avec le provocant\u00a0\u00ab\u00a0Ojistoh\u00a0\u00bb et les aventures qui jalonnent sa carri\u00e8re dans \u00ab\u00a0The Train Dogs\u00a0\u00bb. Jamais publi\u00e9 de son vivant, le po\u00e8me \u00ab\u00a0Song\u00a0\u00bb fait allusion \u00e0 un autre \u00e9pisode romantique et \u00ab\u00a0The Pilot of the Plains\u00a0\u00bb acquiert une nouvelle dimension dans l\u2019imagination de la jeune Atwood qui d\u00e9plore les difficult\u00e9s d\u2019une relation interculturelle. Tout au long de l\u2019op\u00e9ra, des vers du dernier po\u00e8me de Johnson mettent en \u00e9vidence son rude combat pour la vie \u2013 sa propre vie men\u00e9e \u00e0 sa fa\u00e7on, et ce, malgr\u00e9 la pluralit\u00e9 de ses identit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Les autres personnages de l\u2019op\u00e9ra incarnent les normes sociales auxquelles elle \u00e9tait cens\u00e9e se conformer et les cons\u00e9quences in\u00e9vitables en cas de contestation. Sa s\u0153ur Eva en particulier exprime son inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019identit\u00e9 et de la biens\u00e9ance. Trois \u00ab\u00a0dames de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb tour \u00e0 tour adorent Johnson et m\u00e9disent sur son compte, tandis que des images projet\u00e9es sur deux \u00e9crans au-dessus de la sc\u00e8ne mettent \u00e9galement en relief le th\u00e8me de la dualit\u00e9. Le festival litt\u00e9raire Qu\u00e9bec en toutes lettres accueille la premi\u00e8re reprise de <i>Pauline<\/i> et sa cr\u00e9ation au Qu\u00e9bec avec les membres de la distribution originale. L\u2019ensemble de musique actuelle Erreur de type\u00a027 assure l\u2019accompagnement instrumental.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><b>Traduction\u00a0: V\u00e9ronique Frenette<\/b><\/span><\/p>\n<hr width=\"50%\" \/>\n<p><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le 16 octobre, au Grand Th\u00e9\u00e2tre de Qu\u00e9bec. <a href=\"http:\/\/www.quebecentouteslettres.com\/programmation\/pauline\" target=\"_blank\">www.quebecentouteslettres.com\/programmation\/pauline<\/a><br \/>\nToutes les \u0153uvres de Johnson sont tomb\u00e9es dans le domaine public et sont accessibles gratuitement en ligne, notamment par le biais du projet Gutenberg\u00a0: <a href=\"http:\/\/bit.ly\/EPJT-LSM\" target=\"_blank\">www.bit.ly\/EPJT-LSM<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e9tesse. Pr\u00e9curseure. Personnalit\u00e9 canadienne. 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