{"id":1108522,"date":"2026-02-02T08:00:52","date_gmt":"2026-02-02T13:00:52","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/john-gilks\/critique-de-disque-nadia-boulanger-la-ville-morte\/"},"modified":"2026-01-30T16:05:34","modified_gmt":"2026-01-30T21:05:34","slug":"critique-de-disque-nadia-boulanger-la-ville-morte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/john-gilks\/critique-de-disque-nadia-boulanger-la-ville-morte\/","title":{"rendered":"Critique de disque | Nadia Boulanger, <em>La ville morte<\/em>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><b>Boulanger\/Pugno\u00a0: <\/b><b><i>La ville morte<\/i><\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Melissa Harvey, soprano; Laurie Rubin, mezzo-soprano; Joshua Dennis, t\u00e9nor; Jorell Williams, baryton; Talea Ensemble; Neil Goren, direction<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pentatone, 2025<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">La ville morte<span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e9tait une collaboration entre <a href=\"https:\/\/myscena.org\/norman-lebrecht\/lebrecht-weekly-nadia-boulanger-works-delosswr-music\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Nadia Boulanger<\/a> et Raoul Pugno. Sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation \u00e9tait programm\u00e9e pour l\u2019\u00e9t\u00e9 1914. Cette repr\u00e9sentation n\u2019eut jamais lieu, pour des raisons \u00e9videntes, et comme cons\u00e9quence des perturbations li\u00e9es \u00e0 la guerre, l\u2019orchestration fut perdue, ne laissant qu\u2019une partition pour piano. Le ton de l\u2019\u0153uvre est on ne peut plus clair\u00a0: la d\u00e9cadence de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">fin de si\u00e8cle<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. On peut facilement voir pourquoi il ne sembla pas appropri\u00e9 apr\u00e8s 1918.<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">La ville morte<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> a d\u00e9sormais \u00e9t\u00e9 ranim\u00e9e par Catapult Opera de New York en partenariat avec l\u2019Op\u00e9ra national de Gr\u00e8ce. Des repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales de l\u2019op\u00e9ra ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es \u2013 et sont d\u00e9sormais enregistr\u00e9es. L\u2019orchestration \u00ab\u00a0recr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00bb par Joseph Stilwell et Stephen Cwik a recours \u00e0 un ensemble de musique de chambre constitu\u00e9 de deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, une fl\u00fbte, un hautbois, une clarinette, un basson, un cor et un piano.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre en quatre actes, durant un peu plus d\u2019une heure et demie. L\u2019intrigue prend place \u00e0 Myc\u00e8nes, fin du 19<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle. L\u00e9onard dirige une fouille arch\u00e9ologique accompagn\u00e9 de sa s\u0153ur H\u00e9b\u00e9, son ami Alexandre et sa femme aveugle, Anne. Alexandre n\u2019est plus amoureux de sa femme et souhaite s\u00e9duire H\u00e9b\u00e9. L\u00e9onard, qui ressent une attirance incestueuse envers sa s\u0153ur, devient jaloux. Anne pense que sa fin est proche et encourage H\u00e9b\u00e9 \u00e0 se marier avec Alexandre lorsqu\u2019elle sera partie. Malheureusement, elle explique tout \u00e0 L\u00e9onard, ne soup\u00e7onnant pas son attirance envers sa s\u0153ur. Par cons\u00e9quent, L\u00e9onard perd son sang-froid et tue H\u00e9b\u00e9 afin de pr\u00e9server sa \u00ab\u00a0puret\u00e9\u00a0\u00bb. En chemin, les femmes deviennent obs\u00e9d\u00e9es par les restes et les objets fun\u00e9raires de Cassandre et Antigone. Et voil\u00e0, la mort, l\u2019inceste. Des tropes assez courants \u00e0 la fin du 19<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">e<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> dans une certaine partie du monde artistique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La musique est \u00e0 peu pr\u00e8s ce \u00e0 quoi on pourrait s\u2019attendre. Souvent luxuriante, parfois un peu trop m\u00fbre, avec des \u00e9chos du monde sonore \u00ab\u00a0myst\u00e9rieux\u00a0\u00bb que l\u2019on retrouve dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de Debussy. Les orchestrateurs ont fait du bon travail en r\u00e9ussissant \u00e0 \u00e9voquer cette p\u00e9riode \u00e0 travers les couleurs instrumentales, sans jamais prendre le pas sur les chanteurs. L\u2019op\u00e9ra est enti\u00e8rement chant\u00e9 et ne comporte pas vraiment ce que l\u2019on pourrait appeler des arias, bien que la musique refl\u00e8te les humeurs des personnages. On le remarque notamment dans l\u2019effondrement psychologique \u00e9vident de L\u00e9onard, lorsqu\u2019il essaie d\u2019accepter sa jalousie. En somme, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La ville morte<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> est tr\u00e8s bien travaill\u00e9e, mais on comprend facilement pourquoi personne n\u2019en voulait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La distribution pour l\u2019enregistrement est celle de Catapult Opera, soutenue par le Talea Ensemble et dirig\u00e9e par Neal Goren. C\u2019est du solide. La voix brillante de soprano de Melissa Harvey est id\u00e9ale pour H\u00e9b\u00e9 et elle est particuli\u00e8rement convaincante lorsqu\u2019elle invoque les esprits de Cassandre et d\u2019Antigone. Laurie Rubin, qui interpr\u00e8te Anne, sera famili\u00e8re \u00e0 certains lecteurs puisqu\u2019elle a jou\u00e9 dans <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">The Way I See It<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> de l&#8217;Amplified Opera \u00e0 Toronto il y a quelques ann\u00e9es. Tout comme son personnage, elle est aveugle. Elle poss\u00e8de \u00e9galement une voix de mezzo plut\u00f4t agr\u00e9able et sait tr\u00e8s bien transmettre le sentiment que les aveugles captent des choses que les voyants ne per\u00e7oivent pas. Elle a sans aucun doute la meilleure (et derni\u00e8re) r\u00e9plique de l\u2019op\u00e9ra. Alors qu\u2019elle tr\u00e9buche sur le cadavre d\u2019H\u00e9b\u00e9, elle s\u2019exclame \u00ab\u00a0Je vois\u00a0! Je vois\u00a0!\u00a0\u00bb, mais dans quel sens, nous ne le saurons jamais.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u00e9onard est interpr\u00e9t\u00e9 par le t\u00e9nor Joshua Dennis. Au d\u00e9but, je me demandais pourquoi ce r\u00f4le avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour un t\u00e9nor, mais \u00e0 mesure qu\u2019il se d\u00e9sagr\u00e8ge mentalement, sa voix devient beaucoup plus aigu\u00eb. Il joue tr\u00e8s bien. Finalement, Alexandre est chant\u00e9 par le baryton canadien <a href=\"https:\/\/www.jorellwilliams.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Jorell Williams<\/a>. D\u2019une certaine mani\u00e8re, il sert de faire-valoir aux autres personnages et ne prend vraiment vie que lorsqu\u2019il fait des avances passionn\u00e9es \u00e0 H\u00e9b\u00e9. Sa prestation est exceptionnelle. Le jeu de l\u2019ensemble est pr\u00e9cis et d\u00e9taill\u00e9 et Goren veille \u00e0 ce qu\u2019il ne couvre jamais les chanteurs. Si votre fran\u00e7ais est au niveau, vous n\u2019aurez pas besoin du livret et de la traduction y figurant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019enregistrement a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 au Skirball Center for the Performing Arts de l\u2019Universit\u00e9 de New York en 2024. Il est bien \u00e9quilibr\u00e9, d\u00e9taill\u00e9 et solide, du moins dans la version haute r\u00e9solution que j\u2019ai \u00e9cout\u00e9e. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La ville morte<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> sortira sous forme d\u2019un coffret de 2 CD et en version num\u00e9rique aux r\u00e9solutions 96 kHz\/24 bits et 44,1 kHz\/16 bits ainsi qu\u2019en Dolby ATMOS. Il est possible de se procurer un livret tr\u00e8s utile contenant d\u2019excellentes notes, des biographies, un r\u00e9sum\u00e9, le texte int\u00e9gral et une traduction.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans l\u2019ensemble, il s\u2019agit d\u2019une red\u00e9couverte int\u00e9ressante qui a \u00e9t\u00e9 habilement recr\u00e9\u00e9e et qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une repr\u00e9sentation et un enregistrement excellents.<\/span><\/p>\n<p><strong>Traduction\u00a0: Mathilde Wahl<\/strong><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"N. Boulanger: La ville morte - He\u0301be\u0301&#039;s Aria (Act 3 Finale)\" width=\"702\" height=\"395\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8DGTRake9JU?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Boulanger\/Pugno\u00a0: La ville morte\u00a0 Melissa Harvey, soprano; Laurie Rubin, mezzo-soprano; Joshua Dennis, t\u00e9nor; Jorell Williams, baryton; Talea Ensemble; Neil Goren, direction Pentatone, 2025 La ville morte \u00e9tait une collaboration entre Nadia Boulanger et Raoul Pugno. Sa premi\u00e8re repr\u00e9sentation \u00e9tait programm\u00e9e pour l\u2019\u00e9t\u00e9 1914. 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