{"id":1104048,"date":"2025-11-24T15:12:31","date_gmt":"2025-11-24T20:12:31","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1104048"},"modified":"2025-11-24T15:28:17","modified_gmt":"2025-11-24T20:28:17","slug":"critique-jenufa-allez-y-pour-la-musique-de-janacek","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-jenufa-allez-y-pour-la-musique-de-janacek\/","title":{"rendered":"Critique | Jen\u016ffa : allez-y pour la musique de Jan\u00e1\u010dek !"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Le 22 novembre dernier, \u00e0 l\u2019occasion de la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie de trois repr\u00e9sentations \u00e0 la salle Wilfrid-Pelletier, <i><span data-contrast=\"auto\">Jen\u016ffa <\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">faisait son grand retour au programme de l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al. La compagnie n\u2019avait\u00a0plus produit cette \u0153uvre depuis 1997, a rappel\u00e9 le nouveau directeur g\u00e9n\u00e9ral Jean-Pierre Primiani en pr\u00e9ambule de la soir\u00e9e ;\u00a0l\u2019occasion donc, pour beaucoup d\u2019auditeurs, de d\u00e9couvrir la musique de Leo\u0161 Jan\u00e1\u010dek, son sens de la m\u00e9lodie et son \u00e9criture orchestrale.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\"> Dommage que cet op\u00e9ra n&#8217;ait pas fait salle comble, alors qu&#8217;il le m\u00e9rite amplement. <\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Le compositeur tch\u00e8que fait ind\u00e9niablement partie des tr\u00e8s grands \u00e0 s\u2019\u00eatre attel\u00e9 au genre de l\u2019op\u00e9ra.\u00a0Notre m\u00e9connaissance\u00a0de la langue n\u2019a en rien affect\u00e9 notre appr\u00e9ciation des lignes vocales, admirablement fluides. D\u2019\u00e9vidence, la musicalit\u00e9 des mots ont inspir\u00e9 Jan\u00e1\u010dek\u00a0dans son choix\u00a0des rythmes et des contours m\u00e9lodiques. R\u00e9sultat : une \u00e9locution naturelle, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une d\u00e9clamation, qui n\u2019\u00e9tait pas sans rappeler l\u2019approche singuli\u00e8re de Debussy dans <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Pell\u00e9as et M\u00e9lissande<\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">, que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme le parfait \u00e9quivalent fran\u00e7ais sur ce point pr\u00e9cis. Encore fallait-il avoir des chanteurs capables de rendre justice au parler de <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Jen\u016ffa<\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Le t\u00e9nor lituanien Edgaras Montvidas, dans le r\u00f4le de Laca, a \u00e9t\u00e9 exemplaire en termes de diction et de phras\u00e9. Sa voix \u00e9tait puissante, expressive, et son timbre a maintenu son \u00e9clat sans faiblir. Isaiah Bell a, lui aussi, \u00e9t\u00e9 pleinement investi dans son personnage (\u0160teva). Bien que moins brillant dans l\u2019aigu et moins mordant sur les consonnes, il a fait\u00a0une prestation tout \u00e0 fait honorable. Avoir deux t\u00e9nors dans deux r\u00f4les de premier plan est un fait rare,\u00a0alors la comparaison est in\u00e9vitable.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La pr\u00e9sence d\u2019interpr\u00e8tes est-europ\u00e9ens, id\u00e9alement tch\u00e8ques, ou bien aguerris dans les langue slaves, aurait certainement donn\u00e9 meilleure satisfaction.\u00a0Si la soprano fran\u00e7aise Marie-Adeline Henry (Jen\u016ffa) a cherch\u00e9 \u00e0 restituer la langue le plus fid\u00e8lement possible, elle est rest\u00e9e n\u00e9anmoins en surface, au niveau purement phon\u00e9tique. \u00c0 la fin du deuxi\u00e8me acte, lorsque son personnage apprend la mort de son b\u00e9b\u00e9,\u00a0on n\u2019a senti aucun changement de ton, aucun tressaillement int\u00e9rieur. Sa voix poss\u00e9dait une belle rondeur, son legato \u00e9tait\u00a0g\u00e9n\u00e9reux, mais il n\u2019y avait pas de vraie concordance avec le drame qu\u2019elle \u00e9tait\u00a0en train de vivre (la faute aux sur-titres, car on comprenait tout ce dont il \u00e9tait\u00a0question). De son c\u00f4t\u00e9, Katarina Karn\u00e9us <\/span><span data-contrast=\"auto\">(Kostelni\u010dka) a souffert\u00a0des m\u00eames lacunes.\u00a0Son annonce de la mort de l\u2019enfant \u00e0 sa belle-fille\u00a0est pass\u00e9 presque inaper\u00e7u tant les paroles \u00e9taient \u00e9nonc\u00e9es sans conviction et sans relief. Or, le style d\u00e9clam\u00e9 ne laisse pas de place aux approximations. La mezzo-soprano su\u00e9doise a eu une bonne pr\u00e9sence sc\u00e9nique, la tessiture du r\u00f4le convenait bien \u00e0 son profil, mais l\u2019ex\u00e9cution de la plupart des aigus a manqu\u00e9 de finesse.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_1104069\" style=\"width: 712px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-jenufa-allez-y-pour-la-musique-de-janacek\/jenufa_generale_viviengaumand_172\/\" rel=\"attachment wp-att-1104069\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1104069\" class=\"wp-image-1104069 size-large\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"702\" height=\"468\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-768x512.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-2048x1366.jpg 2048w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_GENERALE_\u00a9VivienGaumand_172-600x400.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1104069\" class=\"wp-caption-text\">Marie-Adeline Henry (Jen\u016ffa) et Katarina Karm\u00e9us (Kostelni\u010dka). Photo: Vivien Gaumond<\/p><\/div>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Dans <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Jen\u016ffa<\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">,\u00a0Jan\u00e1\u010dek a le don de faire r\u00e9agir\u00a0l\u2019orchestre aux moindres fluctuations dramatiques, ce qui rend la partition tr\u00e8s vivante\u00a0et pleine de rebondissements. On s\u2019est donc r\u00e9gal\u00e9e de cette musique inventive, orchestralement plus proche de Wagner que de Debussy, en r\u00e9alit\u00e9, et en aucun cas consensuelle ou\u00a0automatique comme certaines formules bien rod\u00e9es de l\u2019\u00e9criture op\u00e9ratique. Elle exigeait ainsi de l\u2019Orchestre m\u00e9tropolitain un travail de pr\u00e9cision, une attention particuli\u00e8re au d\u00e9tail, ce qui fut le cas \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s (les violons et les cuivres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 tout le temps irr\u00e9prochables quant \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 sonore de\u00a0leur section respective). Nicole Paiement a dirig\u00e9 les musiciens d\u2019une main ferme, mais les grands gestes, certes utiles\u00a0pour les choristes recul\u00e9s sur la sc\u00e8ne, ont \u00e9t\u00e9 une source de distraction du point de vue du parterre.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">L\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al avait longuement insist\u00e9 sur\u00a0la mise en sc\u00e8ne du r\u00e9alisateur Atom Egoyan, dont le regard allait pouvoir \u00e9clairer le sujet de l\u2019op\u00e9ra. Un sujet suppos\u00e9ment \u00ab intemporel \u00bb qui reste quand m\u00eame\u00a0tr\u00e8s connot\u00e9 \u00e0 la culture traditionnelle slave : l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 du mariage, le choix d\u2019un bon parti, l\u2019amour souvent absent de l\u2019\u00e9quation, l\u2019honneur de la famille, auxquels il faut ajouter la souffrance et la mis\u00e8re&#8230;<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La vision du cin\u00e9aste ne nous a pas aid\u00e9 \u00e0 y voir plus clair, malheureusement. Sur le plan visuel, la production a \u00e9t\u00e9 encombr\u00e9e d\u2019une plateforme plus petite que la sc\u00e8ne, comme une sorte de sc\u00e8ne sur la sc\u00e8ne, qui r\u00e9duisait d\u2019autant l\u2019espace et les d\u00e9placements des chanteurs, contraints dans leurs mouvements. On ne saurait comprendre le motif de cette plateforme, bien honn\u00eatement. De plus, l\u2019amplification ostentoire (du jamais-vu, \u00e0 ce niveau-l\u00e0) incitait les solistes \u00e0 prendre place sur un point pr\u00e9d\u00e9fini, l\u00e9g\u00e8rement sur la gauche, o\u00f9 ils ou elles savaient que leur voix allait le mieux \u00eatre diffus\u00e9e. \u00c7a a non seulement rendu la disposition des personnages tr\u00e8s pr\u00e9dictible, comme attir\u00e9s vers cette zone de pr\u00e9dilection, mais aussi cr\u00e9\u00e9 de fortes disparit\u00e9s de volumes entre chanteurs qui, parfois, \u00e9taient mal orient\u00e9s par rapport aux micros. Dans le dernier acte, l\u2019aveu du meurtre de l\u2019enfant par Kostelni\u010dka devant une assembl\u00e9e de villageois n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 bien pr\u00e9par\u00e9 visuellement en amont. Certes, l\u2019encha\u00eenement des p\u00e9rip\u00e9ties para\u00eet abrupt et le livret de Jan\u00e1\u010dek, mal ficel\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0, mais toute mise en sc\u00e8ne devrait pouvoir att\u00e9nuer les \u00e9ventuelles maladresses du librettiste.<\/span><\/p>\n<div id=\"attachment_1104052\" style=\"width: 712px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/jenufa_pre-generale_viviengaumand_138-2\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1104052\" class=\"wp-image-1104052 size-large\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/JENUFA_PRE-GENERALE_\u00a9VivienGaumand_138-1024x683.jpg\" alt=\"\" width=\"702\" height=\"468\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1104052\" class=\"wp-caption-text\">Photo : Vivien Gaumond<\/p><\/div>\n<p><span data-contrast=\"auto\">\u00a0 <\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><span data-contrast=\"auto\">Les d\u00e9cors sombres avaient plus en commun avec des films de science-fiction que le monde rural dans lequel est cens\u00e9e se d\u00e9rouler l\u2019action. Le fameux moulin dont la famille Buryja\u00a0est propri\u00e9taire avait compl\u00e8tement disparu. \u00c0 la place, il y avait une moiti\u00e9 de sph\u00e8re, qui ressemblait \u00e9trangement \u00e0 un bagel g\u00e9ant qu\u2019on aurait d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9. Les costumes de Debra Hanson, bien confectionn\u00e9s, nous ont au moins donn\u00e9 le sentiment que nous \u00e9tions \u00e0 la campagne.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Le lecteur l\u2019aura compris, la musique de Jan\u00e1\u010dek vaut assur\u00e9ment le d\u00e9tour. Et c\u2019est ce que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re retenir. Le r\u00f4le de l\u2019Orchestre m\u00e9tropolitain, ainsi que la rigueur du texte original n\u2019auront jamais paru aussi essentiels que sur cette production.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<blockquote><p>Prochaines repr\u00e9sentations, les 27 et 30 novembre, \u00e0 la salle Wilfrid-Pelletier. Billets disponibles sur le site web <a href=\"https:\/\/operademontreal.com\/programmes\/jenufa\">https:\/\/operademontreal.com\/programmes\/jenufa<\/a><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 22 novembre dernier, \u00e0 l\u2019occasion de la premi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie de trois repr\u00e9sentations \u00e0 la salle Wilfrid-Pelletier, Jen\u016ffa faisait son grand retour au programme de l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al. 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