{"id":1078763,"date":"2025-03-01T17:28:29","date_gmt":"2025-03-01T22:28:29","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1078763"},"modified":"2025-03-05T12:14:52","modified_gmt":"2025-03-05T17:14:52","slug":"critique-projet-44-quand-la-projection-sur-ecran-change-tout-de-la-musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-projet-44-quand-la-projection-sur-ecran-change-tout-de-la-musique\/","title":{"rendered":"Critique | Projet \u00ab 4:4\u00bb : Quand la projection sur \u00e9cran change tout de la musique \u00a0"},"content":{"rendered":"<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Mercredi 26 f\u00e9vrier, le festival MNM accueillait un spectacle tr\u00e8s attendu \u00e0 la Salle Pierre-Mercure. Fruit de la collaboration entre l\u2019institut national de l\u2019image et du son (L\u2019inis) et la Soci\u00e9t\u00e9 de musique contemporaine du Qu\u00e9bec (SMCQ), cet \u00e9v\u00e9nement r\u00e9unissait des r\u00e9alisateurs et des compositeurs qui pourtant n\u2019avaient rien en commun avec, comme objectif, de les faire travailler en bin\u00f4me.<\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Les 4 courts m\u00e9trages n\u00e9s de ce travail conjoint ont \u00e9t\u00e9 scrut\u00e9s \u00e0 la loupe fonction de trois crit\u00e8res importants : l\u2019\u00e9quilibre entre les deux formes d\u2019art, l\u2019esth\u00e9tique de chacune et le propos (qu\u2019on appelle commun\u00e9ment le message du film).<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Le fait d\u2019entendre la musique une premi\u00e8re fois avant la projection, en version concert, et une seconde fois \u00e0 l\u2019\u00e9cran, pendant la projection, semblait\u00a0n\u2019offrir rien d\u2019autre qu\u2019une r\u00e9p\u00e9tition, une redite inutile sur le m\u00eame th\u00e8me. Or, \u00e0 notre grande surprise, la mise en images de la musique a procur\u00e9 au public une toute une autre exp\u00e9rience, modifiant profond\u00e9ment les conditions de r\u00e9ception des \u0153uvres des compositeurs interpr\u00e9t\u00e9es initialement sur sc\u00e8ne par le Quatuor M\u00e9moire. Les 4 r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 diversement appr\u00e9ci\u00e9s. En bref :<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h4><b><span data-contrast=\"auto\">Le plus \u00e9quilibr\u00e9 : <\/span><\/b><b><i><span data-contrast=\"auto\">Une br\u00e8che \u00e9carlate<\/span><\/i><\/b><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/h4>\n<p><span data-contrast=\"auto\">R\u00e9alis\u00e9 par Laurence Ly, sur une musique de Simon Rivet,\u00a0<\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Une br\u00e8che \u00e9carlate<\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">\u00a0est parvenu \u00e0 marier\u00a0\u00e0 peu pr\u00e8s toutes les composantes de l\u2019image et le son. Le langage visuel a \u00e9clair\u00e9 le langage musical et vice versa, avec une attention particuli\u00e8re port\u00e9e \u00e0 l\u2019infiniment petit : le fil \u00e0 tricoter, d\u2019une part, et le son effleur\u00e9, d\u2019autre part. Le film raconte en effet le sort d\u2019une tisseuse retenue prisonni\u00e8re en usine et qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 s\u2019\u00e9vader de son lieu d&#8217;esclavage. L\u2019expansion de la musique et sa dimension \u00e9pique, d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9es en version concert, prennent tout leur\u00a0sens lorsque le personnage principal se hisse jusqu\u2019\u00e0 une fen\u00eatre au moyen d\u2019une longue \u00e9toffe, dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre enfin libre.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">D\u2019un point de vue esth\u00e9tique, ce court-m\u00e9trage est aussi le plus exp\u00e9rimental avec une vari\u00e9t\u00e9 de teintes rouges qui colore l\u2019image et se m\u00eale ainsi \u00e0 la couleur du sang. L\u2019oppression est, en outre, repr\u00e9sent\u00e9e par un choix de plan r\u00e9tr\u00e9cie, en forme de cercle, qui ressemble \u00e0 la vue qu\u2019on aurait \u00e0 travers une lunette de microscope. \u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0 <\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h4><b><span data-contrast=\"auto\">Le plus beau : <\/span><\/b><b><i><span data-contrast=\"auto\">Nocturne<\/span><\/i><\/b><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/h4>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Avec <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Nocturne <\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">d\u2019Andrew Przybytkowski, on passe du rouge \u00e0 une ambiance tr\u00e8s bleue. L\u2019esprit du r\u00e9alisateur polonais <\/span><span data-contrast=\"auto\">Krzysztof Kie\u015blowski, auteur de la c\u00e9l\u00e8bre trilogie <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Trois couleurs<\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">, planerait-elle au-dessus\u00a0de cette soir\u00e9e? Il s\u2019agit certainement l\u00e0 d\u2019un heureux hasard!<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La sc\u00e8ne du court-m\u00e9trage se d\u00e9roule la nuit. Allong\u00e9e sous la couette, une petite fille est terrifi\u00e9e par la temp\u00eate et les \u00e9clairs qui s\u2019abattent sur la for\u00eat environnante. Elle va chercher du r\u00e9confort aupr\u00e8s de son p\u00e8re, assis sur une chaise dans le salon et entrain d\u2019admirer le spectacle de la nature d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Il la rassure par des paroles bien song\u00e9es sur la beaut\u00e9 du monde. Apr\u00e8s si peu d\u2019\u00e9changes entre les deux personnages, le message para\u00eet un peu forc\u00e9, volontairement didactique, mais il r\u00e9sume bien l\u2019approche du r\u00e9alisateur : une qu\u00eate\u00a0de beaut\u00e9 \u00e0 l\u2019image, m\u00eame dans des conditions qui ressemblent \u00e0 une fin du monde. Pas s\u00fbr que les d\u00e9fenseurs de l\u2019environnement partagent\u00a0la vision romantique du p\u00e8re dans cette histoire !\u00a0<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La musique de Lucas Fiorella, qui incorpore une texture\u00a0\u00e9lectro \u00e0 la musique pour quatuor, atteint une profondeur vibratoire qui se pr\u00eate tr\u00e8s bien \u00e0 l\u2019\u00e9motion v\u00e9cue par la petite fille et au caract\u00e8re plus grand que nature de la temp\u00eate.\u00a0 <\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h4><b><span data-contrast=\"auto\">Le plus sensoriel : <\/span><\/b><b><i><span data-contrast=\"auto\">Siob<\/span><\/i><\/b><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/h4>\n<p><i><span data-contrast=\"auto\">Siob <\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">est une ode \u00e0 la nature dans ce qu\u2019elle a de plus apaisant et ressour\u00e7ant. Par ses prises de vue serr\u00e9es\u00a0sur le travail du bois par un luthier, le film de Laura Maroquin-\u00c9thier rappelle que le monde des humains \u2013 la civilisation \u2013 s\u2019est construit sur les fondations de la nature et qu\u2019un lien ind\u00e9fectible nous rattache \u00e0 la terre. Ici, l\u2019instrument \u00e0 cordes symbolise ce lien en ligne directe. On peut seulement regretter que l\u2019humain ne soit pas plus pr\u00e9sent. En l\u2019absence de dialogues ou d\u2019interactions concr\u00e8tes \u00e0 l\u2019\u00e9cran, le message du film demeure implicite et non explicit\u00e9 de mani\u00e8re\u00a0plus approfondie.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La compositrice Yuliya Zakharava a opt\u00e9 pour une musique minimaliste remplie de traits\u00a0polyphoniques. Lorsque les images s\u2019y ajoutent, on constate \u00e0 quel point notre perception est susceptible d\u2019\u00e9voluer. Les ricochets et d\u00e9calages\u00a0musicaux que l\u2019on n&#8217;associait pourtant \u00e0 rien de visuel deviennent soudainement \u00e0 l\u2019oreille des imitations de bruits de la nature. \u00c0 noter \u00e9galement des variations sur la qualit\u00e9 du timbre sonore qui produisent intuitivement des effets venteux. Cet \u00e9l\u00e9ment de la partition nous avait \u00e9chapp\u00e9 lors de la premi\u00e8re audition, mais il s\u2019int\u00e8gre parfaitement dans le paysage visuel apr\u00e8s coup.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span> <span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<h4><b><span data-contrast=\"auto\">Le plus\u00a0narratif : <\/span><\/b><b><i><span data-contrast=\"auto\">004ngel<\/span><\/i><\/b><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/h4>\n<p><span data-contrast=\"auto\">Le dernier court-m\u00e9trage de la soir\u00e9e est un cas de figure tr\u00e8s int\u00e9ressant. L\u00e0 encore, <\/span><span data-contrast=\"auto\">la musique prend des dimensions tout \u00e0 fait nouvelles au contact de l\u2019image. Elle se distingue initialement par ses qualit\u00e9s m\u00e9ditatives, son utilisation d\u2019une note de p\u00e9dale et\u00a0ses influences extr\u00eames-orientales, notamment\u00a0dans l\u2019ex\u00e9cution des glissandos. Mais cette fois, au lieu de procurer\u00a0une r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e au r\u00e9cit filmique, la musique de Fr\u00e9d\u00e9rique Le Duc-Moreau s\u2019efface devant le choc du visuel, la nudit\u00e9, les plans de cam\u00e9ra qui offrent eux-m\u00eames une distorsion de la r\u00e9alit\u00e9. De plus, le choix de faire entendre un\u00a0quatuor \u00e0 cordes n\u2019appara\u00eet pas le plus adapt\u00e9 ici pour exprimer un sujet aussi contemporain que la mon\u00e9tisation des services sexuelles sur Internet via des plateformes d\u00e9di\u00e9es. Cela dit, le r\u00e9alisateur Eli Jean Tahchi parvient \u00e0 raconter l\u2019histoire la plus compl\u00e8te possible dans un format aussi restreint.\u00a0La solitude dans un monde pourtant hyperconnect\u00e9, l\u2019obsession aux \u00e9crans, le besoin d\u2019argent, la dure vie d\u2019un immigr\u00e9 qui doit tout sacrifier pour faire vivre sa famille rest\u00e9e dans son pays d\u2019origine&#8230; tous ces th\u00e8mes sont abord\u00e9s en moins de dix minutes !<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span data-contrast=\"auto\">La diffusion du court-m\u00e9trage <\/span><i><span data-contrast=\"auto\">Le R\u00e9cital <\/span><\/i><span data-contrast=\"auto\">(1992) de Marie D\u00e9cary, en pr\u00e9ambule de la soir\u00e9e, a donn\u00e9 le ton pour la suite. Elle a permis \u00e0 Simon Bertrand, l\u2019actuel directeur artistique de la SMCQ, de saluer la vie et l\u2019\u0153uvre de Walter Boudreau dans le domaine de la cr\u00e9ation musicale.<\/span><span data-ccp-props=\"{}\">\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote><p>Derni\u00e8re journ\u00e9e du festival MNM, le 1er mars. Pour voir la programmation, visitez le <a href=\"https:\/\/smcq.qc.ca\/\">https:\/\/smcq.qc.ca\/ <\/a><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mercredi 26 f\u00e9vrier, le festival MNM accueillait un spectacle tr\u00e8s attendu \u00e0 la Salle Pierre-Mercure. 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