{"id":1063289,"date":"2024-06-10T14:13:25","date_gmt":"2024-06-10T18:13:25","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1063289"},"modified":"2024-06-11T17:29:03","modified_gmt":"2024-06-11T21:29:03","slug":"critique-requiem-de-dompierre-rompre-ou-ne-pas-rompre-avec-la-tradition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-requiem-de-dompierre-rompre-ou-ne-pas-rompre-avec-la-tradition\/","title":{"rendered":"Critique | Requiem de Dompierre: rompre ou ne pas rompre avec la tradition?"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Composer un requiem, c\u2019est s\u2019approprier une part d\u2019histoire musicale que beaucoup trouveraient lourde \u00e0 porter; qu\u2019on le veuille ou non, c\u2019est marcher dans les pas de Mozart, de Verdi ou encore de Faur\u00e9.<\/p>\r\n<p>Fran\u00e7ois Dompierre en avait pleinement conscience lorsque Francis Choini\u00e8re, chef de l\u2019Orchestre philharmonique et Ch\u0153ur des m\u00e9lomanes, lui a pass\u00e9 la commande. \u00c7a n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 le compositeur qu\u00e9b\u00e9cois, 80 ans aujourd\u2019hui, d\u2019offrir sa propre version de la messe des morts, un m\u00e9lange d\u2019originalit\u00e9 et de r\u00e9f\u00e9rences aux chefs d\u2019\u0153uvre du pass\u00e9. Ce requiem \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 en grande premi\u00e8re \u00e0 la Maison symphonique de Montr\u00e9al, le 7 juin dernier.<\/p>\r\n<p>Le Requiem de Faur\u00e9, en premi\u00e8re partie, a donn\u00e9 la mesure des forces en pr\u00e9sence. La soprano Myriam Leblanc a \u00e9t\u00e9 dans une forme \u00e9tincelante. Par sa voix de colorature et sa parfaite ma\u00eetrise des nuances, elle a chant\u00e9 le c\u00e9l\u00e8bre <em>Pie Jesu<\/em> tout en rondeur. Le baryton Geoffroy Salvas a rivalis\u00e9 en termes d\u2019aisance et de fluidit\u00e9 dans le <em>Libera me<\/em>. Il donnait toutefois le sentiment de remplir un contrat, plut\u00f4t que d\u2019interpr\u00e9ter une partition. Le Sanctus et l\u2019Agnus Dei ont plut\u00f4t fait briller la masse sonore du ch\u0153ur. Certains t\u00e9nors ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s dans leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 oublier de forger un son uniforme avec leurs coll\u00e8gues.<\/p>\r\n<p>Au retour de la pause, Fran\u00e7ois Dompierre a livr\u00e9 quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019information sur son processus de composition. Il a choisi de mettre en musique 12 textes liturgiques qui, pour lui, avaient des qualit\u00e9s cin\u00e9matographiques. \u00c0 l\u2019\u00e9coute, on avait effectivement l\u2019impression de passer d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019autre, parfois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un m\u00eame mouvement. Dans l\u2019<em>Intriot<\/em>, apr\u00e8s des d\u00e9buts tr\u00e8s prometteurs dans le registre tragique, le compositeur a emmen\u00e9 les auditeurs vers quelque chose de plus l\u00e9ger, de plus rythmique. Pour un requiem, on aurait pu s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019une seule \u00e9motion soit d\u00e9velopp\u00e9e plus durablement et que le caract\u00e8re d\u2019une pi\u00e8ce soit davantage fix\u00e9. Le <em>Kyrie<\/em> a donn\u00e9 lieu \u00e0 un autre changement de rythme avec un motif en <em>ostinato<\/em> et plusieurs \u00e9lans dramatiques.<\/p>\r\n<p>Le public n\u2019\u00e9tait qu\u2019au d\u00e9but de ses surprises, dans le bon sens du terme. Le <em>Dies irae<\/em> a commenc\u00e9 par un <em>piano <\/em>mena\u00e7ant et une articulation rythm\u00e9e des paroles qui rompaient avec la tradition et insufflaient \u00e0 l\u2019\u0153uvre un caract\u00e8re tr\u00e8s moderne. L\u2019<em>Agnus Dei <\/em>a surpris \u00e9galement par ses changements de tonalit\u00e9s. Il nous a toutefois laiss\u00e9 une impression assez peu remarquable, en partie \u00e0 cause des h\u00e9sitations du ch\u0153ur. Enfin, l\u2019utilisation d\u2019un tambourin dans <em>In Paradisum <\/em>\u00e9tait un autre \u00e9l\u00e9ment de surprise, mais plut\u00f4t bienvenu car il questionnait nos rep\u00e8res. En faisant allusion \u00e0 la procession des fid\u00e8les hors de l\u2019\u00e9glise, Dompierre donnait \u00e0 cet ultime moment de la messe une dimension au plus pr\u00e8s du r\u00e9el qui rompait avec l\u2019ang\u00e9lisme de Faur\u00e9.<\/p>\r\n<p>D\u2019autres mouvements faisaient, au contraire, planer l\u2019esprit d\u2019anciens ma\u00eetres du requiem. Le <em>Tuba mirum<\/em> et le <em>Confutatis<\/em>, renvoyaient subtilement \u00e0 Mozart, notamment par l\u2019\u00e9criture vocale et le choix des voix masculines, tandis que le <em>Libera me<\/em>, par son rythme point\u00e9, s\u2019inspirait fortement de celui de Faur\u00e9.<\/p>\r\n<p>Deux passages de l\u2019\u0153uvre ont \u00e9t\u00e9 applaudis exceptionnellement : le <em>Recordare<\/em>, essentiellement un air pour t\u00e9nor interpr\u00e9t\u00e9 avec beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9gance par le Canadien Andrew Haji, et le rappel de l\u2019<em>Introit<\/em>, dont la fin majestueuse a certainement ravi le public. Il ne serait pas \u00e9tonnant de voir le succ\u00e8s du <em>Recordare<\/em> grandir tant il a captiv\u00e9 par son souffle lyrique et son degr\u00e9 d\u2019\u00e9motion.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Composer un requiem, c\u2019est s\u2019approprier une part d\u2019histoire musicale que beaucoup trouveraient lourde \u00e0 porter; qu\u2019on le veuille ou non, c\u2019est marcher dans les pas de Mozart, de Verdi ou encore de Faur\u00e9. 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