{"id":1054241,"date":"2024-03-01T15:14:46","date_gmt":"2024-03-01T20:14:46","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1054241"},"modified":"2024-03-01T16:17:43","modified_gmt":"2024-03-01T21:17:43","slug":"critique-hannigan-a-l-osm-un-autre-saut-dans-la-modernite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-hannigan-a-l-osm-un-autre-saut-dans-la-modernite\/","title":{"rendered":"Critique | Hannigan \u00e0 l&#8217;OSM: un autre saut dans la modernit\u00e9"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Apr\u00e8s son coup de force dans <em>La Voix humaine<\/em>, \u00e0 la fois comme interpr\u00e8te et cheffe d\u2019orchestre, la cantatrice Barbara Hannigan revenait \u00e0 la Maison symphonique pour une seconde semaine de concerts, d\u00e9sormais comme soliste accompagn\u00e9e par Rafael Payare et l\u2019Orchestre symphonique de Montr\u00e9al. Bien que la musique de Zosha Di Castri, <em>In the Half-Light<\/em>, ait peu en commun avec la partition de Poulenc, elle mettait en sc\u00e8ne une femme seule dans un monde \u00e0 la fronti\u00e8re entre le r\u00e9el et l\u2019imaginaire et o\u00f9 l\u2019amour avec l\u2019\u00eatre aim\u00e9 para\u00eet impossible. Ce n\u2019\u00e9tait certainement pas un hasard!<\/p>\r\n<p>Connaissant la r\u00e9putation de la soprano n\u00e9o-\u00e9cossaise, on pouvait s\u2019attendre \u00e0 une prise de risque maximale. De fait, l\u2019\u00e9criture vocale de Di Castri puisait dans les extr\u00eames grave et aigu, encha\u00eenant les mont\u00e9es et les descentes vertigineuses. Barbara Hannigan, qui a elle-m\u00eame cr\u00e9\u00e9 l\u2019\u0153uvre avec le Toronto Symphony Orchestra en 2022, a survol\u00e9 les difficult\u00e9s techniques et s\u2019est appropri\u00e9 la partition comme elle sait si bien le faire.<\/p>\r\n<p>Les premi\u00e8res mesures nous plongeaient d\u2019embl\u00e9e dans une atmosph\u00e8re proche de la nature, au caract\u00e8re hostile. Par le choix des trombones en sourdine et les effets de <em>glissando <\/em>qui sonnaient volontairement \u00ab faux \u00bb, on aurait cru que le vent froid s\u2019invitait dans la salle. On empruntait ensuite un chemin escarp\u00e9 dans une grotte d\u2019o\u00f9 provenaient une succession de sons en \u00e9cho. Une part belle continuait d\u2019\u00eatre r\u00e9serv\u00e9e aux cuivres, dans ce qui ressemblait le plus souvent \u00e0 une imitation de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels.<\/p>\r\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la soprano, les lignes vocales demeuraient totalement impr\u00e9visibles. Les quelques passages en fran\u00e7ais contribuaient encore davantage aux pens\u00e9es chaotiques et aux crises de panique du personnage. L\u2019interpr\u00e8te s\u2019est immerg\u00e9e compl\u00e8tement dans cet univers int\u00e9rieur, pr\u00eatant sa voix \u00e0 toutes sortes d\u2019exploration de timbres et de textures : des notes <em>staccato<\/em>, semblables \u00e0 un b\u00e9gaiement, des <em>glissandos <\/em>suivant les fluctuations de l\u2019orchestre, des coups de glotte sur des onomatop\u00e9es et des bruits secs. Il y avait non seulement dans les paroles, mais dans la musique quelque chose d\u2019absurde et d\u00e9tach\u00e9 du monde, un foisonnement d\u2019id\u00e9es sans cesse interrompues qui rappelaient \u00e9trangement le symbolisme de <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em>.<\/p>\r\n<p>Au retour de la pause, changement complet de style! Fini les accents debussystes, la <em>Symphonie n<sup>o<\/sup> 4 <\/em>de Bruckner nous ouvrait en grand les portes du wagn\u00e9risme. Seul fil conducteur et non des moindres\u00a0: l\u2019omnipr\u00e9sence des cuivres. La section des violoncelles s\u2019est particuli\u00e8rement illustr\u00e9e, par l\u2019ampleur de ses sonorit\u00e9s et par sa coh\u00e9sion. En comparaison, les violons n\u2019ont pas sembl\u00e9 jouer le r\u00f4le qui leur est habituellement d\u00e9volu dans les partitions pour orchestre, mais plut\u00f4t servir, par de courts traits \u00e9nergiques, la grande fresque \u00e9pique que repr\u00e9sente cette \u0153uvre de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\r\n<p>Le troisi\u00e8me mouvement a \u00e9t\u00e9 le plus h\u00e9ro\u00efque, notamment par les nombreuses chevauch\u00e9es emmen\u00e9es par les cuivres. Toutefois, les r\u00e9p\u00e9titions de m\u00eames th\u00e8mes ont fini par essouffler notre int\u00e9r\u00eat. L\u2019\u0153uvre est ce qu\u2019elle est, avec ses hauts et ses bas, ses qualit\u00e9s et ses passages moins inspir\u00e9s, mais on aurait tout de m\u00eame appr\u00e9ci\u00e9 une plus grande vari\u00e9t\u00e9 de mouvements \u00e0 chaque nouvelle occurrence. Le finale, qui reprenait plusieurs \u00e9l\u00e9ments th\u00e9matiques issus des deux premiers mouvements, nous a laiss\u00e9 la m\u00eame impression de redondance. L\u2019alternance assez syst\u00e9matique entre des sections tant\u00f4t grandioses, tant\u00f4t intimes, rendait aussi, \u00e0 la longue, la structure du morceau pr\u00e9visible.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s son coup de force dans La Voix humaine, \u00e0 la fois comme interpr\u00e8te et cheffe d\u2019orchestre, la cantatrice Barbara Hannigan revenait \u00e0 la Maison symphonique pour une seconde semaine de concerts, d\u00e9sormais comme soliste accompagn\u00e9e par Rafael Payare et l\u2019Orchestre symphonique de Montr\u00e9al. 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