{"id":1049084,"date":"2023-12-05T12:37:12","date_gmt":"2023-12-05T17:37:12","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1049084"},"modified":"2023-12-05T12:37:12","modified_gmt":"2023-12-05T17:37:12","slug":"critique-concert-nicolas-namoradze-mille-miroirs-limpides","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/viktor-lazarov\/critique-concert-nicolas-namoradze-mille-miroirs-limpides\/","title":{"rendered":"Critique concert | Nicolas Namoradze: mille miroirs limpides"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Rempla\u00e7ant au pied lev\u00e9 l\u2019immense <strong><a href=\"https:\/\/sergeibabayan.com\/en\">Sergei Babayan<\/a> <\/strong>qui a d\u00fb annuler son concert au <strong><a href=\"https:\/\/festivalbachmontreal.com\/\">festival Bach<\/a> <\/strong>\u00e0 la derni\u00e8re minute en raison d\u2019une mauvaise grippe, le pianiste g\u00e9orgien <strong><a href=\"https:\/\/nicolasnamoradze.com\/\">Nicolas Namoradze<\/a> <\/strong>n\u2019avait pas la t\u00e2che facile.<\/p>\r\n\r\n<p>Dans une salle Bourgie remplie le jeudi soir, 30 novembre 2023, le public en attente vacillait entre la d\u00e9ception de manquer celui qui est devenu une t\u00eate d\u2019affiche r\u00e9currente du festival et la curiosit\u00e9 pour ce qu\u2019il allait entendre. Habitu\u00e9s \u00e0 la sonorit\u00e9 perl\u00e9e, la richesse dynamique, l\u2019extraordinaire diapason expressif et l\u2019intellect de Babayan \u2014 celui qui met tout sur tout lorsqu\u2019il joue \u2014 les auditeurs se demandaient \u00e0 quelle sorte de spectacle ils allaient assister.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u2009Il n\u2019est jamais facile de remplacer quelqu\u2019un\u2009\u00bb, affirme M Namoradze. \u00ab\u2009Lorsque vous vous pr\u00e9parez pour votre propre concert, vous savez que le public conna\u00eet votre jeu et votre sonorit\u00e9. Il est venu pour vous \u00e9couter. Mais dans ce cas, cela prend du temps avant d\u2019\u00e9tablir une certaine complicit\u00e9 avec un public qui s\u2019attendait \u00e0 quelque chose de tr\u00e8s diff\u00e9rent\u2009\u00bb souligne le vainqueur du concours Honens en 2018.<\/p>\r\n<p>Effectivement, le d\u00e9but du concert \u00e9tait une sorte de reconnaissance, de t\u00e2tonnement de part et d\u2019autre. Commen\u00e7ant par sa propre composition, <em>M\u00e9moires de la chanson g\u00e9orgienne de Rachmaninov<\/em>, Namoradze se r\u00e9v\u00e8le un artisan subtil de la gradation sonore. Explorant les couleurs du plus haut registre du piano, divers motifs atonals se croisent et se r\u00e9p\u00e8tent, camouflant les contours d\u2019une m\u00e9lodie qui se laisse deviner dans les r\u00e9gions plus centrales du piano. Morceau intrigant r\u00e9v\u00e9lant un esprit cr\u00e9atif et une personnalit\u00e9 pianistique distincte.<\/p>\r\n<p>La premi\u00e8re des deux \u0153uvres de J.S.\u00a0Bach au programme, <em>l\u2019art de la fugue BWV\u00a01080\u00a0: contrepoint\u00a0VI, <\/em>fut aussi le premier test pour le pianiste face au public connaissant les interpr\u00e9tations de Bach par Babayan, Schiff et d\u2019autres sommit\u00e9s s\u2019\u00e9tant produites au festival dans les derni\u00e8res ann\u00e9es. Namoradze joue Bach avec une sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re pour les couleurs, les subtiles gradations dynamiques, et les sonorit\u00e9s purement pianistiques. Il ne semble pas soucieux d\u2019observer des codes de l\u2019interpr\u00e9tation historique en ce qui concerne le phras\u00e9, l\u2019articulation, la transparence des voix ou l\u2019usage de la p\u00e9dale. Il pr\u00e9f\u00e8re explorer une palette plus impressionniste.<\/p>\r\n<p>Cette approche lui permet de passer imperceptiblement \u00e0 l\u2019\u00e9tude\u00a0n.11 de Ligeti. Son jeu est adroitement adapt\u00e9 aux sonorit\u00e9s transparentes et \u00e0 la sophistication harmonique et m\u00e9lodique du ma\u00eetre hongrois. Merveilleuse interpr\u00e9tation, limpide, au toucher sensible et avec le recul n\u00e9cessaire permettant de brosser les contours d\u2019une architecture musicale moderne.<\/p>\r\n<p>Poss\u00e9dant un parfait contr\u00f4le intellectuel et analytique, Namoradze choisit chaque son qu\u2019il laisse passer \u00e0 travers une \u00e9coute impeccable. Pianiste au go\u00fbt fin, mais ne se laissant pas emporter par l\u2019\u00e9motion, Namoradze me rappelle ce que Neuhaus disait \u00e0 propos de Richter: une capacit\u00e9 \u00e0 voir l\u2019\u0153uvre dans son ensemble en m\u00eame temps que dans ses d\u00e9tails les plus fins.<\/p>\r\n<p>La suite fran\u00e7aise no.\u00a01 en r\u00e9 mineur est interpr\u00e9t\u00e9e avec une \u00e9tonnante souplesse, r\u00e9v\u00e9lant pour la premi\u00e8re fois la chaleur du pianiste. Premi\u00e8re v\u00e9ritable surprise, cependant, sous les doigts de Namoradze, la suite ne semble pas constitu\u00e9e de danses baroques, mais de pastiches en aquarelles, miniatures magnifiques. C\u2019est une approche moderne, pianistique, raffin\u00e9e \u00e0 bien des \u00e9gards sans pour autant reconna\u00eetre la sensibilit\u00e9 stylistique n\u00e9cessaire. L\u00e9g\u00e8re d\u00e9ception, laissant une impression confuse.<\/p>\r\n<p>Autre \u00e9tonnant trait du g\u00e9orgien \u00e9tabli \u00e0 New York: il se tient parfaitement droit, presque immobile. Posture qui rappelle Horowitz. Sans l\u2019explosion \u00e9motive, n\u00e9vrotique se transformant en en \u00e9clat de dB. Tout est sous parfait contr\u00f4le dans le jeu de Namoradze\u00a0: jeu limpide, miroitant les mille \u00e9clats et reflets dont son imagination est capable.<\/p>\r\n<p>C\u2019est finalement dans sa propre transcription de l\u2019adagio de la deuxi\u00e8me symphonie de Rachmaninov que s\u2019ouvre v\u00e9ritablement le c\u0153ur de Namoradze. Noblesse, \u00e9l\u00e9gance, go\u00fbt, raffinements\u00a0: tous ses magnifiques attraits sont d\u00e9sormais engag\u00e9s avec une grande chaleur et \u00e9motion provenant d\u2019une couche plus intime et personnelle du pianiste.<\/p>\r\n<p>Dans l\u2019ultime sonate de Schubert, composant \u00e0 elle seule la deuxi\u00e8me partie du concert, Nicolas Namoradze se d\u00e9voile l\u2019interpr\u00e8te parfait. Toutes les caract\u00e9ristiques qui se laissaient percevoir \u00e0 travers un rideau imp\u00e9n\u00e9trable se d\u00e9voilent maintenant dans une mosa\u00efque splendide. Namoradze poss\u00e8de la sensibilit\u00e9 parfaitement \u00e9quilibr\u00e9e pour exprimer la douceur de Schubert, la rigueur intellectuelle permettant de saisir la sagesse et l\u2019introspection pr\u00e9matur\u00e9e du jeune compositeur, et la profonde musicalit\u00e9 jaugeant le rapport d\u00e9licat entre l\u2019innocence et la mort, th\u00e8me omnipr\u00e9sent dans les ultimes \u0153uvres du grand Autrichien. Une interpr\u00e9tation de la sonate en si b\u00e9mol des plus splendides, Namoradze raconte une histoire captivante pendant pr\u00e8s de 40\u00a0minutes. Narrateur dou\u00e9, il navigue sans effort les labyrinthes les plus tortueux propres aux derni\u00e8res sonates de Schubert.<\/p>\r\n<p>Le pianiste que l\u2019on admira \u00e0 distance, plus que l\u2019on aima en premi\u00e8re partie, s\u2019est transform\u00e9 en pianiste que l\u2019on aime admirer. Le public acclamait les derniers accords du magnifique Schubert de Namoradze, qu\u2019il comprit enfin et appr\u00e9cia pour sa juste valeur. Sans doute encourag\u00e9 par l\u2019accueil formidable qu\u2019il re\u00e7ut, Namoradze embarqua dans une s\u00e9rie d\u2019encore transportant le public et lui-m\u00eame vers des sommets pianistiques vertigineux\u00a0: po\u00e8te sans parall\u00e8le dans l\u2019\u00e9tude\u00a0op.42 n.4 par Scriabin, Namoradze se d\u00e9cha\u00eene compl\u00e8tement dans la deuxi\u00e8me sonate du m\u00eame. Somptueux pianiste, intellectuel, chercheur en neuropsychologie \u2014 le jeune professeur de Juilliard est un artiste \u00e0 part, jouant avec une retenue, une honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle et \u00e9motive surprenantes \u00e0 notre \u00e9poque, et un go\u00fbt exquis. D\u00e9couverte \u00e0 mieux conna\u00eetre.<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p><strong>Festival Bach Montr\u00e9al<br \/><a href=\"https:\/\/festivalbachmontreal.com\/\">festivalbachmontreal.com<\/a><\/strong><\/p>\r\n<p><strong>Nicolas Namoradze<br \/><a href=\"https:\/\/nicolasnamoradze.com\/\">nicolasnamoradze.com<\/a><\/strong><\/p>\r\n<\/blockquote>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jeune professeur de Juilliard, Nicolas Namoradze, est un artiste \u00e0 part, jouant avec une retenue, une honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle et \u00e9motive surprenantes \u00e0 notre \u00e9poque, et un go\u00fbt exquis.<\/p>\n","protected":false},"author":35946,"featured_media":1049123,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17261,17036,17267],"tags":[24188,46178,47710,57065,39155,560,57066],"class_list":{"0":"post-1049084","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-classique-fr","8":"category-critiques-de-spectacles","9":"category-piano-fr","10":"tag-bach-fr-18","11":"tag-festival-bach-de-montreal-fr","12":"tag-ligeti-fr","13":"tag-nicolas-namaradze","14":"tag-salle-bourgie-fr","15":"tag-schubert","16":"tag-sergei-babayan-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Off-Bach.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Off-Bach-300x144.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Off-Bach.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1049084"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/35946"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1049084"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1049084\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1049123"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1049084"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1049084"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1049084"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}