{"id":1047707,"date":"2023-11-10T09:00:46","date_gmt":"2023-11-10T13:00:46","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1047707"},"modified":"2023-11-08T15:02:13","modified_gmt":"2023-11-08T19:02:13","slug":"une-volonte-unique-leonard-bernstein-le-chef-dorchestre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/zenith-wolfe\/une-volonte-unique-leonard-bernstein-le-chef-dorchestre\/","title":{"rendered":"&#8216;Une volont\u00e9 unique&#8217; : Leonard Bernstein, le chef d\u2019orchestre"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap has-medium-font-size\">Leonard Bernstein quitte le podium et s\u2019\u00e9loigne de l\u2019orchestre en pleine interpr\u00e9tation de la <em>Premi\u00e8re Symphonie<\/em> de Brahms. S\u2019il manque aux musiciens un chef d\u2019orchestre, rien ne leur \u00e9chappe pour autant.<\/p>\r\n\r\n<p>\u00ab\u00a0Vous voyez\u00a0? Ils n\u2019ont pas besoin de moi\u00a0\u00bb, plaisante-t-il en haussant les \u00e9paules devant la cam\u00e9ra. V\u00eatu d\u2019un costume sombre et les cheveux gomin\u00e9s, Bernstein entame <strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=C_Eo0qYrugY\">un \u00e9pisode d\u2019<i>Omnibus<\/i><\/a><\/strong>, l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e anim\u00e9e par Alistair Cooke dans les ann\u00e9es 1950. \u00ab\u00a0Pourquoi un chef d\u2019orchestre est-il n\u00e9cessaire\u00a0? Que fait-il\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>La premi\u00e8re exp\u00e9rience de Bernstein \u00e0 la direction d\u2019un orchestre lui d\u00e9montre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir un bon chef. En 1940, au Tanglewood Music Centre, le musicien prodigue de 22 ans s\u2019inscrit au programme \u00e9ducatif d\u2019\u00e9t\u00e9 pour apprendre la direction d\u2019orchestre aupr\u00e8s de Serge Koussevitzky, alors directeur musical de l\u2019Orchestre symphonique de Boston. Sa premi\u00e8re mission\u00a0: diriger l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la <i>Deuxi\u00e8me Symphonie<\/i> de Randall Thompson.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait \u00e9norme pour un premier concert. J\u2019ai d\u00fb travailler dur, avoue Bernstein lors d\u2019une <strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=zx0nX6N85zY\">entrevue accord\u00e9e en 1980 au Kennedy Centre<\/a><\/strong>. Je me souviens de m\u2019\u00eatre cach\u00e9 dans des buissons pour \u00e9tudier la partition sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9 et apprendre ce morceau du mieux que je pouvais.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Lors des r\u00e9p\u00e9titions, il a du mal \u00e0 enseigner \u00e0 l\u2019orchestre le scherzo \u00e0 7\/4. \u00c9ventuellement, Koussevitzky intervient.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0Je me rappelle que Koussevitzky s\u2019est lev\u00e9 et a dit\u00a0: \u201cNon, ce qu\u2019il essaie de vous dire, c\u2019est&#8230; c\u2019est trois plus quatre\u201d \u2013 esquivant ainsi l\u2019id\u00e9e de la syncope, raconte Bernstein. Je n\u2019ai rien dit. J\u2019ai eu ensuite beaucoup de mal \u00e0 leur enseigner.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Dans l\u2019\u00e9pisode <i>Omnibus<\/i> mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, Bernstein explique que le chef id\u00e9al a besoin d\u2019une \u00ab\u00a0grande dose d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb, ce que l\u2019intervention de Koussevitzky semble lui avoir enseign\u00e9. Le chef doit \u00e9galement faire preuve d\u2019une grande \u00ab\u00a0perspicacit\u00e9 psychologique\u00a0\u00bb dans ses relations avec l\u2019orchestre et aussi comprendre les nuances intimes de la musique et \u00eatre capable de les communiquer.<\/p>\r\n<p>Trois ans ont suffi \u00e0 Bernstein pour devenir le \u00ab\u00a0chef d\u2019orchestre le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb, selon Neal Hampton, ancien chef d\u2019orchestre du Brandeis-Wellesley Orchestra, dans un article paru en 2018 dans le <a href=\"https:\/\/www.brandeis.edu\/arts\/festival\/history\/bernstein-brandeis\/remembering\/learning-from-the-conductor.html\"><strong>magazine<\/strong> <strong><i>State of the Arts<\/i><\/strong><\/a>. Lorsque le chef de l\u2019Orchestre philharmonique de New York tombe malade la veille d\u2019un concert, Bernstein, alors chef adjoint, est appel\u00e9 \u00e0 la derni\u00e8re minute.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0Le concert a valu \u00e0 Bernstein une premi\u00e8re page le lendemain dans le <i>New York Times<\/i>, \u00e9crit Hampton. D\u00e8s lors, il fut connu (et souvent critiqu\u00e9) pour ses interpr\u00e9tations personnelles, dont les tempos ralentissaient \u00e0 mesure qu\u2019il vieillissait. On aurait dit qu\u2019il essayait d\u2019extraire chaque parcelle d\u2019expressivit\u00e9 de la musique.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<div id=\"attachment_1047703\" style=\"width: 1010px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1047703\" class=\"size-full wp-image-1047703\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Leonard-Bernstein-rehearsing-at-the-Albert-Hall.1973_3photo_Allan_Warren-cmyk.jpg\" alt=\"Leonard Bernstein r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l'Albert Hall (Photo par Allan Warren, circa 1973)\" width=\"1000\" height=\"954\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Leonard-Bernstein-rehearsing-at-the-Albert-Hall.1973_3photo_Allan_Warren-cmyk.jpg 1000w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Leonard-Bernstein-rehearsing-at-the-Albert-Hall.1973_3photo_Allan_Warren-cmyk-300x286.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Leonard-Bernstein-rehearsing-at-the-Albert-Hall.1973_3photo_Allan_Warren-cmyk-600x572.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Leonard-Bernstein-rehearsing-at-the-Albert-Hall.1973_3photo_Allan_Warren-cmyk-768x733.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><p id=\"caption-attachment-1047703\" class=\"wp-caption-text\">Leonard Bernstein r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l&#8217;Albert Hall (Photo par Allan Warren, circa 1973)<\/p><\/div>\r\n<p>Ce degr\u00e9 d\u2019expression \u00e9tait voulu. Le chef d\u2019orchestre \u00ab\u00a0\u00e9clectique\u00a0\u00bb tentait de lancer un \u00ab\u00a0programme de rattrapage\u00a0\u00bb dans l\u2019espoir d\u2019am\u00e9liorer la position de l\u2019Am\u00e9rique sur la sc\u00e8ne internationale des orchestres, \u00e9crit <a href=\"https:\/\/www.washingtonexaminer.com\/weekly-standard\/a-wunderkind-at-100\"><strong>Joseph Horowitz dans le <i>Washington Examiner<\/i><\/strong><\/a>.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0Deux objectifs essentiels \u00e9taient vis\u00e9s. Le premier \u00e9tait d\u2019identifier et de promouvoir un r\u00e9pertoire am\u00e9ricain, de sorte que les orchestres am\u00e9ricains finissent par mettre l\u2019accent sur les \u0153uvres am\u00e9ricaines. Le second consistait \u00e0 mettre l\u2019accent sur la musique nouvelle\u00a0:\u00a0le public devait d\u00e9couvrir et appr\u00e9cier un r\u00e9pertoire contemporain, am\u00e9ricain ou non.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Ce r\u00e9pertoire contemporain inclut Gustav Mahler, dont les neuf symphonies ont \u00e9t\u00e9 interdites par les nazis alors qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9es dans l\u2019oubli depuis la mort du compositeur juif en 1911. La popularit\u00e9 croissante de Bernstein dans les ann\u00e9es 1960 l\u2019incite \u00e0 promouvoir une renaissance de Mahler. Il estime avoir une bonne compr\u00e9hension des troubles int\u00e9rieurs du compositeur gr\u00e2ce aux traumatismes qu\u2019il a lui-m\u00eame v\u00e9cus, aux tensions entre ses influences musicales occidentales et orientales et \u00e0 son besoin d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois compositeur et chef d\u2019orchestre.<\/p>\r\n<p>Dans un <a href=\"https:\/\/www.loc.gov\/resource\/music.muslbypc-0042\/?sp=9\"><strong>\u00e9pisode de sa s\u00e9rie<\/strong><strong> <i>Young People\u2019s Concert<\/i><\/strong><\/a>, o\u00f9 il dirige Mahler pour une des premi\u00e8res fois, Bernstein explique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019admets que c\u2019est probl\u00e9matique d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois chef d\u2019orchestre et compositeur; le temps semble manquer. C\u2019est comme \u00eatre deux hommes diff\u00e9rents enferm\u00e9s dans le m\u00eame corps.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Bien que Bernstein n\u2019ait pas r\u00e9ussi \u00e0 canoniser les \u0153uvres am\u00e9ricaines \u00e0 la fin de sa collaboration avec l\u2019Orchestre philharmonique de New York, ses interpr\u00e9tations des symphonies de Mahler restent l\u00e9gendaires. Dans une <a href=\"https:\/\/trackingangle.com\/music\/mahler-complete-symphonies-by-leonard-bernstein\"><strong>critique parue dans <i>Tracking Angle<\/i> <\/strong><\/a>de l\u2019int\u00e9grale du cycle Mahler de Deustche Grammophon dirig\u00e9 par Bernstein, Michael Johnson d\u00e9crit ses interpr\u00e9tations comme \u00ab\u00a0expressives, mais sans complaisance\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0Quiconque a jou\u00e9 une symphonie de Mahler vous confirmera que le compositeur est incroyablement pr\u00e9cis, que les indications en allemand sont nombreuses sur chaque ligne et que les dynamiques sont destin\u00e9es \u00e0 tisser des liens entre les instruments. Bernstein suit express\u00e9ment ces directives et c\u2019est pourquoi ces interpr\u00e9tations sont \u00e0 la fois intimes et directes.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Dans une critique d\u2019un enregistrement de 1962 de la <i>Troisi\u00e8me Symphonie<\/i> de Mahler, <a href=\"https:\/\/www.classicstoday.com\/review\/review-2992\/\"><strong>David Hurwitz de <i>Classics Today<\/i> <\/strong><\/a>\u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Bernstein saisit la vulgarit\u00e9 \u00e9meuti\u00e8re de la musique de marche du premier mouvement comme aucun autre chef d\u2019orchestre \u2013 pas m\u00eame sa propre version num\u00e9rique n\u2019atteint le niveau de pur abandon qu\u2019il provoque ici.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Cette critique attribue le succ\u00e8s de l\u2019interpr\u00e9tation \u00e0 Bernstein, le chef, et non aux musiciens.<\/p>\r\n<p>\u00ab\u00a0Contrairement \u00e0 l\u2019instrumentiste ou au chanteur, le chef joue sur tout un orchestre, nous explique Bernstein dans l\u2019\u00e9pisode d\u2019<i>Omnibus<\/i>. Il invite la cam\u00e9ra \u00e0 faire un panoramique vers les musiciens, et la musique s\u2019emballe tandis qu\u2019il revient en sautillant devant son podium. Ce n\u2019est pas n\u2019importe quel chef d\u2019orchestre, c\u2019est <i>le<\/i> chef. \u00ab\u00a0Son instrument est une centaine d\u2019instruments humains diff\u00e9rents, chacun \u00e9tant un musicien \u00e0 part enti\u00e8re dot\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 propre. Son travail consiste \u00e0 les faire jouer comme un seul instrument dot\u00e9 d\u2019une volont\u00e9 unique.\u00a0\u00bb<\/p>\r\n<p>Sans lui, les musiciens tiennent le rythme. Sauf qu\u2019ils manquent la volont\u00e9 unique et unifi\u00e9e de Bernstein.<\/p>\r\n<p><em>Traduction par M\u00e9lissa Brien<\/em><\/p>\r\n<h4>Playlist<\/h4>\r\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/C_Eo0qYrugY?si=3Cg92f74FydQMBJH\" width=\"702\" height=\"396\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><br \/><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Bj6KLv7kv2Q?si=TNwMEVHhfxDNFbrp\" width=\"702\" height=\"396\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><br \/><iframe loading=\"lazy\" title=\"YouTube video player\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/cH2PH0auTUU?si=UNuKLzqP1iCTckUA\" width=\"702\" height=\"396\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><span style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" data-mce-type=\"bookmark\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leonard Bernstein quitte le podium et s\u2019\u00e9loigne de l\u2019orchestre en pleine interpr\u00e9tation de la Premi\u00e8re Symphonie de Brahms. 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