{"id":1047488,"date":"2023-11-10T08:30:09","date_gmt":"2023-11-10T12:30:09","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1047488"},"modified":"2023-11-12T01:19:43","modified_gmt":"2023-11-12T06:19:43","slug":"les-tenors-de-loff-jazz-festival-enfants-de-hawkins-et-de-coltrane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/felix-antoine-hamel\/les-tenors-de-loff-jazz-festival-enfants-de-hawkins-et-de-coltrane\/","title":{"rendered":"Les t\u00e9nors de l\u2019Off Jazz Festival : enfants de Hawkins et de Coltrane"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"font-size: 19px;\">On pourrait consid\u00e9rer que le saxophone t\u00e9nor jazz f\u00eate ces jours-ci son centenaire \u2014 c\u2019est apr\u00e8s tout en 1923 que Coleman Hawkins, p\u00e8re incontest\u00e9 de l\u2019instrument, \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en rejoignant l\u2019orchestre de Fletcher Henderson.<\/p>\r\n\r\n<p>Depuis ses balbutiements dans les ann\u00e9es\u00a01920, son vocabulaire s\u2019est consid\u00e9rablement \u00e9largi, ent\u00e9rinant de ce fait une certaine standardisation\u00a0: les phrases de ses grands repr\u00e9sentants (les Rollins, Coltrane, Brecker ou Chris Potter) ont \u00e9t\u00e9 transcrites, analys\u00e9es, d\u00e9cortiqu\u00e9es, transpos\u00e9es dans tous les tons, dig\u00e9r\u00e9es et recontextualis\u00e9es par des g\u00e9n\u00e9rations de jeunes lions cherchant \u00e0 percer les myst\u00e8res de l\u2019improvisation et du style. La difficult\u00e9 pour le saxophoniste contemporain demeure enti\u00e8re, soit de se distinguer de ses semblables, \u00e9tant donn\u00e9 que la grande majorit\u00e9 de ceux qui r\u00e9ussissent \u00e0 s\u2019affirmer aura de toute fa\u00e7on fait plus ou moins le m\u00eame travail de synth\u00e8se\u2026 Le spectateur, qui aurait suivi de pr\u00e8s la programmation de la 24<sup>e<\/sup> \u00e9dition de l\u2019Off Festival de jazz de Montr\u00e9al (OFJM) entre le 5 et le 14\u00a0octobre aura pu constater par lui-m\u00eame l\u2019\u00e9tendue stylistique de plusieurs t\u00e9nors d\u2019ici et d\u2019ailleurs, sept d\u2019entre eux pour exact, chacun cherchant \u00e0 sa mani\u00e8re de transcender l\u2019h\u00e9ritage incontournable d\u2019un lexique d\u00e9sormais centenaire.<\/p>\r\n<h4><strong>Jeudi 5\u00a0octobre, Salle Bourgie \/\u00a0<\/strong><strong>Turboprop<\/strong><\/h4>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047633 alignleft\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Screenshot-2023-11-06-at-12.16.24-PM.png\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"236\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Screenshot-2023-11-06-at-12.16.24-PM.png 495w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Screenshot-2023-11-06-at-12.16.24-PM-300x467.png 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Screenshot-2023-11-06-at-12.16.24-PM-193x300.png 193w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/>Pr\u00e9sent\u00e9 en ouverture du festival et concert hors-s\u00e9rie, la participation du sextette Turboprop<strong>,<\/strong> dirig\u00e9 par le batteur torontois Ernesto Cervini, a bel et bien mis en avant l\u2019ex-mcgillois <strong>Kelly Jefferson.<\/strong> Utilisant de belle fa\u00e7on l\u2019acoustique naturelle de la Salle Bourgie (je crois que seul le contrebassiste \u00e9tait amplifi\u00e9), le groupe a livr\u00e9 une prestation de jazz tr\u00e8s m\u00e9lodique, tout en finesse, aux harmonies subtiles bien rendues par les trois instruments m\u00e9lodiques, Jefferson bien s\u00fbr, mais aussi l\u2019alto ou le soprano de Tara Davidson et le trombone de William Carn. Le batteur a fait preuve d\u2019une \u00e9criture sensible, autant sur ses arrangements d\u2019une pi\u00e8ce de Tadd Dameron et du standard <em>Pennies from Heaven <\/em>(d\u00e9di\u00e9 \u00e0 sa fille), qu\u2019avec des extraits de sa suite <em>Joy<\/em>, bas\u00e9e sur des lieux et personnages tir\u00e9s de l\u2019\u0153uvre de l\u2019autrice de romans policiers Louise Penny. Si tous les membres du groupe ont offert des solos honorables (mention au pianiste Adrean Farrugia), c\u2019est assur\u00e9ment Kelly Jefferson qui s\u2019est impos\u00e9 comme la vedette du concert avec un style d\u2019une grande ma\u00eetrise technique, rappelant par moments celle du regrett\u00e9 Michael Brecker.<\/p>\r\n<h4><strong>Jeudi 5\u00a0octobre, Le Minist\u00e8re \/\u00a0<\/strong><strong>Carte blanche \u00e0 Fran\u00e7ois Bourassa<\/strong><\/h4>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047813 alignleft\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-cb-10-2023-5-of-10-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"193\" \/><\/p>\r\n<p>Un peu plus tard le m\u00eame soir, le festival donnait carte blanche \u00e0 un des plus \u00e9minents jazzmen qu\u00e9b\u00e9cois, le pianiste Fran\u00e7ois Bourassa. En premi\u00e8re partie, il partageait la sc\u00e8ne avec le saxophoniste <strong>Philippe C\u00f4t\u00e9<\/strong>, avec qui il a enregistr\u00e9 l\u2019an dernier au tr\u00e8s r\u00e9put\u00e9 studio Oktaven Audio dans l\u2019\u00e9tat de New York un album intitul\u00e9 <em>Confluence.<\/em> Cette collaboration en duo s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e assez fascinante, combinant des moments d\u2019abstraction et d\u2019improvisation assez audacieux et des passages visiblement \u00e9crits d\u2019une assez grande complexit\u00e9. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9troitesse de la sc\u00e8ne, on avait install\u00e9 deux pianos \u00e0 queue dos \u00e0 dos pour que C\u00f4t\u00e9, d\u00e9laissant \u00e0 l\u2019occasion ses saxophones, puisse dialoguer avec Bourassa, ce dernier \u00ab\u00a0pr\u00e9parant\u00a0\u00bb parfois son instrument en y ajoutant divers objets. Plus qu\u2019une premi\u00e8re partie, le duo livra un programme musical tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 et complet, n\u00e9cessitant chez l\u2019auditeur une assez grande concentration.<\/p>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047815 aligncenter\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"274\" height=\"182\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-scaled.jpg 2560w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-scaled-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-768x512.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/fbourassa-qt-10-2023-1-of-10-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 274px) 100vw, 274px\" \/><\/p>\r\n<p>Le spectateur ne s\u2019en \u00e9tait remis qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 lorsque le quartette du pianiste revenait sur sc\u00e8ne pour la suite de la soir\u00e9e. Apr\u00e8s un quart de si\u00e8cle d\u2019activit\u00e9, le groupe de Bourassa est d\u00e9sormais plus qu\u2019un simple v\u00e9hicule pour ses compositions\u00a0: il int\u00e8gre chacun de ses membres pour former un tout disposant d\u2019un langage coh\u00e9rent et reconnaissable, accordant toutefois \u00e0 chacun de ses musiciens le soin d\u2019apporter sa propre pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice qui repose sur une structure habilement mise en place par le talent de compositeur assez consid\u00e9rable du chef. Ainsi, autant le fid\u00e8le contrebassiste Guy Boisvert (d\u00e9j\u00e0 sur le premier disque de Bourassa en\u2026 1986\u00a0!) que le relativement nouveau venu Guillaume Pilote \u00e0 la batterie (membre du quatuor depuis 2018), contribuent de fa\u00e7on \u00e9gale \u00e0 la dynamique de l\u2019ensemble. Ce sont cependant et logiquement Bourassa et le redoutable <strong>Andr\u00e9 Leroux, <\/strong>au t\u00e9nor, au soprano et \u00e0 la fl\u00fbte, qui se taillent la part du lion au chapitre des solos. Le groupe interpr\u00e9ta les pi\u00e8ces de son plus r\u00e9cent album <em>Swirl<\/em> \u2014 paru en juin dernier \u2014 enregistrement faisant \u00e9talage de compositions et de rythmes assez complexes, plut\u00f4t carr\u00e9s pour ces derniers, voire martiaux, h\u00e9ritage probable de l\u2019amour de jeunesse du pianiste pour le rock progressif. Virtuose incontest\u00e9, Leroux \u00e9tait en pleine forme ce soir-l\u00e0, livrant un solo \u00e9poustouflant apr\u00e8s un autre, sachant toutefois apaiser ses ardeurs sur la ballade tr\u00e8s coltranienne <em>Room\u00a058<\/em>, d\u00e9dicace sp\u00e9ciale du pianiste au saxophoniste pour son 58e anniversaire.<\/p>\r\n<h4><strong>Samedi 7\u00a0octobre, Chapelle Saint-Louis de l\u2019\u00e9glise Saint-Jean-Baptiste \/\u00a0<\/strong><strong>Chet Doxas Trio<\/strong><\/h4>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047811 aligncenter\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"350\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-scaled.jpg 2560w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-scaled-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-768x512.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/chet-doxas-trio-10-2023-4-of-6-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 350px) 100vw, 350px\" \/><\/p>\r\n<p>C\u2019est en escaladant une entr\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 qu\u2019on entre dans la toute petite chapelle Saint-Louis, o\u00f9 le t\u00e9nor <strong>Chet Doxas <\/strong>venait pr\u00e9senter en cette soir\u00e9e de pluie battante les compositions de son album <em>You Can\u2019t Take It with You<\/em>, paru en 2021. Le lieu \u00e9tait particuli\u00e8rement bien choisi pour son ensemble de jazz \u00ab\u00a0de chambre\u00a0\u00bb, soit un trio sans batterie, mais avec basse et piano, rappelant in\u00e9vitablement certaines des formations dirig\u00e9es autrefois par un des mod\u00e8les avou\u00e9s du saxophoniste, le clarinettiste Jimmy Giuffre, voire les compositions en forme de miniatures de Carla Bley (mentore de Doxas), qui nous a quitt\u00e9 tout r\u00e9cemment. Sur sa composition Lodestar, Doxas \u00e9voque Lester Young, un des grands ma\u00eetres anciens ayant influenc\u00e9 Giuffre de mani\u00e8re d\u00e9terminante. Ailleurs, le jeune t\u00e9nor s\u2019inspire de Mark Twain sur <em>Twelve Foot Blues<\/em>), voire de Joan Miro dans <em>View from a Bird<\/em>). Le chef du trio est cependant rest\u00e9 plut\u00f4t en retrait au cours de cette prestation, ne prenant presque pas de solos, mais laissant beaucoup d\u2019espace \u00e0 ses comparses, le tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant pianiste Jacob Sacks, et surtout la solide, polyvalente et intense contrebassiste Carmen Q. Rothwell, v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation de la soir\u00e9e.<\/p>\r\n<h4><strong>Samedi\u00a07\u00a0octobre, Di\u00e8se onze \/\u00a0<\/strong><strong>Bellbird<\/strong><\/h4>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047639 alignright\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin.jpg\" alt=\"\" width=\"209\" height=\"138\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin.jpg 2500w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-600x400.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-768x512.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-2048x1366.jpg 2048w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/3-OffJazz-Devlin-214x140.jpg 214w\" sizes=\"(max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/>Tr\u00e8s occup\u00e9e durant cette \u00e9dition du festival, la saxophoniste <strong>Claire Devlin <\/strong>a particip\u00e9 \u00e0 pas moins de quatre(!) projets cette ann\u00e9e. Au sein du quartette collaboratif <strong>Bellbird<\/strong>, cette saxophoniste conjugue ses talents d\u2019instrumentiste et de compositrice avec ceux d\u2019Allison Burik (saxo alto et clarinette basse), Eli Davidovici (contrebasse) et Mili Hong (batterie). L\u2019interaction entre les deux souffleuses tiss\u00e9e de subtils contrepoints ou en quelques motifs rythm\u00e9s et r\u00e9p\u00e9titifs donne tout le caract\u00e8re \u00e0 cet ensemble tr\u00e8s dynamique, remarquablement propuls\u00e9 par la batterie pr\u00e9cise, puissante et quelque peu hyperactive de Hong. Les quatre musiciens ont trait\u00e9 de sujets aussi divers que la nage et la danse (<em>If You Can\u2019t Swim, Dance<\/em>, composition de Burik), les passereaux, les pigeons et le disco (<em>Manakin <\/em>et <em>Pigeons and Disco<\/em>, deux pi\u00e8ces de Devlin) et de bien d\u2019autres choses, le tout mis en jazz par un groupe tr\u00e8s prometteur, entendu deux soirs avant la cl\u00f4ture de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. De toute \u00e9vidence, le jury du festival ne s\u2019y est pas tromp\u00e9, leur accordant son prix Fran\u00e7ois-Marcaurelle, amplement m\u00e9rit\u00e9 disons-le.<\/p>\r\n<h4>Jeudi\u00a012\u00a0octobre, Di\u00e8se onze \/\u00a0Bogdan Gumenyuk<\/h4>\r\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du festival, c\u2019\u00e9tait au tour du saxophoniste d\u2019origine ukrainienne <strong>Bogdan Gumenyuk <\/strong>d\u2019occuper la petite sc\u00e8ne du Di\u00e8se onze, accompagn\u00e9 \u00e0 cette occasion par une rythmique traditionnelle de jazz. Apr\u00e8s avoir fait ses \u00e9tudes \u00e0 McGill dans ses jeunes ann\u00e9es, Gumenyuk est revenu s\u2019installer \u00e0 Montr\u00e9al. Pour sa prestation, le saxophoniste a interpr\u00e9t\u00e9 une s\u00e9rie de compositions originales livr\u00e9es avec panache. Dot\u00e9 d\u2019une sonorit\u00e9 un peu \u00e9touff\u00e9e rappelant celle du regrett\u00e9 Joe Henderson (qui utilisait lui aussi un bec en \u00e9bonite), Gumenyuk n\u2019a cependant pas le phras\u00e9 angulaire et d\u00e9cal\u00e9 du \u00ab\u00a0Ghost\u00a0\u00bb (comme on surnommait Henderson), se pr\u00e9sentant plut\u00f4t, par son jeu quelque peu athl\u00e9tique, comme un autre de ces jeunes virtuoses sans peur et (presque) sans reproches. Le trait distinctif de sa musique tient \u00e0 l\u2019utilisation de th\u00e8mes et d\u2019instruments traditionnels ukrainiens (provenant tous d\u2019un facteur d\u2019instruments install\u00e9 dans les Carpates \u00e0 l\u2019ouest du pays) soit des fl\u00fbtes (<em>sopilka)<\/em>, un ocarina et un long tuyau baptis\u00e9 <em>trembita<\/em>, corne montagnarde cousine du plus c\u00e9l\u00e8bre Alphorn suisse. Pour cette repr\u00e9sentation, le saxophoniste \u00e9tait accompagn\u00e9 de l\u2019un des piliers du renouveau du programme de jazz \u00e0 McGill, le batteur John Hollenbeck, mais aussi par le contrebassiste Sandy Eldred et par le pianiste Paul Schroffel, rempla\u00e7ant au pied lev\u00e9 un compatriote de Gumenyuk, Yuriy Seredin, qui n\u2019avait pu obtenir son visa \u00e0 temps. Retenons parmi ses compositions le titre d\u2019un blues, <em>Morning After Unlimited Refills<\/em>, et, dans un registre plus s\u00e9rieux, des \u00e9vocations de la guerre qui fait rage depuis plus d\u2019un an dans la patrie de Gumenyuk, dont <em>La Terre en soi<\/em>, bas\u00e9 sur un po\u00e8me de l\u2019autrice qu\u00e9b\u00e9coise Mich\u00e8le Houle, et une pi\u00e8ce d\u00e9di\u00e9e aux combattants ukrainiens.<\/p>\r\n<h4><strong>Samedi\u00a014\u00a0octobre, Studio TD \/<\/strong><strong>Jacques Schwarz-Bart \u2014\u00a0<\/strong><strong><em>Harlem Suite<\/em><\/strong><\/h4>\r\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1047817 alignright\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-scaled.jpg\" alt=\"\" width=\"228\" height=\"152\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-scaled.jpg 2560w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-scaled-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-768x512.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Jacques-Schwarz-Bart-10-2023-5-of-10-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/>Pour sa soir\u00e9e de cl\u00f4ture, le festival avait fait appel au saxophoniste d\u2019origine guadeloup\u00e9enne <strong>Jacques Schwarz-Bart<\/strong>. Fils des \u00e9crivains Andr\u00e9 et Simone Schwarz-Bart, s\u2019\u00e9tant aussi illustr\u00e9 aupr\u00e8s de Roy Hargrove et D\u2019Angelo par le pass\u00e9, Jacques Schwarz-Bart est aujourd\u2019hui enseignant \u00e0 la prestigieuse Berklee School of Music. Ce sont d\u2019ailleurs de ses anciens \u00e9tudiants qui forment son quartette actuel\u00a0: le lithuanien Domas \u017derosmkas au piano (malheureusement desservi par la sono caverneuse du Studio TD), l\u2019am\u00e9ricain Ian Banno \u00e0 la contrebasse et le Portoricain (et gaucher !) Hector Fal\u00fa Guzm\u00e1n \u00e0 la batterie. Dot\u00e9 d\u2019une sonorit\u00e9 puissante, per\u00e7ante m\u00eame dans le registre suraigu (dont il exploite de mani\u00e8re syst\u00e9matique dans ses solos), le saxophoniste ne cache pas l\u2019influence de John Coltrane, nous servant par exemple un arrangement d\u2019un th\u00e8me de ce dernier (<em>Equinox,<\/em> renomm\u00e9 ici <em>Equivox<\/em>), la version de Schwarz-Bart \u00e9voquant indubitablement \u2013 comme bien des pi\u00e8ces de ce concert \u2013 ses racines soul et n\u00e9o-soul. Alors que plusieurs de ses pr\u00e9c\u00e9dents projets voyaient le saxophoniste explorer ses racines antillaises, <em>The <\/em><em>Harlem Suite<\/em> le ram\u00e8ne plut\u00f4t \u00e0 ses ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 New York. Il met en \u00e9vidence l\u2019exp\u00e9rience afro-am\u00e9ricaine sur <em>From Gor\u00e9e to Harlem <\/em>ou encore <em>Dreaming of<\/em><em> Freedom,<\/em>\u00a0empruntant du reste la pi\u00e8ce <em>Butterfly\u00a0<\/em>de Herbie Hancock. Pour le concert, le saxophoniste invitait une de ses compatriotes guadeloup\u00e9ennes, install\u00e9e depuis plus de 20 ans \u00e0 Montr\u00e9al, la chanteuse <strong>Malika Tirolien<\/strong>, qui a marqu\u00e9 quelques pi\u00e8ces de sa voix profonde et ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\r\n<p>En bref, cette 24<sup>e<\/sup> \u00e9dition de l\u2019OFJM a su pr\u00e9senter (\u00e0 dessein ou non) un panorama riche et vari\u00e9 du saxophone t\u00e9nor tel que pratiqu\u00e9 par plusieurs de ses repr\u00e9sentants. Signalons enfin la participation de deux autres t\u00e9nors au programme, dont on n\u2019a pas pu assister \u00e0 leurs concerts, soit <strong>Jonathan Lindhorst, <\/strong>ex-Torontois vivant d\u00e9sormais entre Montr\u00e9al et Berlin, ou le norv\u00e9gien <strong>Bendik Hofseth, <\/strong>dont le projet avec l\u2019Orchestre National de Jazz, arrang\u00e9 par Jean-Nicolas Trottier, mettait de l\u2019avant ses talents d\u2019auteur-compositeur-interpr\u00e8te et surtout de chanteur, du moins d\u2019apr\u00e8s les vid\u00e9os visionn\u00e9es en ligne.<\/p>\r\n<p>Ce tour d\u2019horizon ne r\u00e9sout pas pour autant la probl\u00e9matique des saxophonistes contemporain de l\u2019affirmation d\u2019une identit\u00e9 propre. Tous ceux \u00e9num\u00e9r\u00e9s dans ce bilan de festival, d\u2019origines et de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, sont des techniciens redoutables et ma\u00eetrisent parfaitement un langage bien d\u00e9fini, mais qui d\u2019entre eux pourrait aujourd\u2019hui revendiquer un style et une sonorit\u00e9 imm\u00e9diatement reconnaissables, comme au temps des Ben\u00a0Webster, Don Byas, Zoot Sims, ou des plus contemporains tels Wayne Shorter ou Joe Lovano\u2009? La question reste ouverte\u2026<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On pourrait consid\u00e9rer que le saxophone t\u00e9nor jazz f\u00eate ces jours-ci son centenaire \u2014 c\u2019est apr\u00e8s tout en 1923 que Coleman Hawkins, p\u00e8re incontest\u00e9 de l\u2019instrument, \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 en rejoignant l\u2019orchestre de Fletcher Henderson. Depuis ses balbutiements dans les ann\u00e9es\u00a01920, son vocabulaire s\u2019est consid\u00e9rablement \u00e9largi, ent\u00e9rinant de ce fait une certaine standardisation\u00a0:<\/p>\n<div class=\"read-more hi\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/fr\/felix-antoine-hamel\/les-tenors-de-loff-jazz-festival-enfants-de-hawkins-et-de-coltrane\/\" title=\"Continuer\">Continuer<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":36673,"featured_media":1047635,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"rating_form_position":"","rating_results_position":"","mr_structured_data_type":"","footnotes":""},"categories":[17283,404],"tags":[30143,56431,31941,55147,56432,56430,21466,56433],"class_list":{"0":"post-1047488","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-avant-garde","8":"category-scena-jazz-fr","9":"tag-andre-leroux-fr-2","10":"tag-bogdan-gumenyuk","11":"tag-chet-doxas","12":"tag-claire-devlin-fr","13":"tag-jacques-schwartz-bart","14":"tag-kelly-jefferson","15":"tag-philippe-cote-fr-3","16":"tag-saxophone-tenor","17":"type-critique","18":"volume-volume-29","19":"issue-vol-29-issue-34-fr","20":"section-jazz-fr"},"featured_image_src":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Turboprop-w-Herring-e1699452316915-1024x557.jpg","blog_images":{"medium":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Turboprop-w-Herring-e1699452316915-300x163.jpg","large":"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Turboprop-w-Herring-e1699452316915-1024x557.jpg"},"acf":[],"aioseo_notices":[],"ams_acf":[{"key":"le_volume","label":"Le volume","value":[]},{"key":"numero","label":"Num\u00e9ro","value":[]},{"key":"source_url","label":"Source URL","value":""},{"key":"author_name","label":"Author","value":""},{"key":"editchoice","label":"Edit Choice","value":[]},{"key":"is_cover_story","label":"Is Cover Story","value":[]},{"key":"performer_1","label":"Performer 1","value":""},{"key":"performer_2","label":"Performer 2","value":""},{"key":"other_info","label":"Other info","value":""},{"key":"ink_amazon","label":"Ink Amazon","value":""},{"key":"archambault","label":"archambault link","value":""},{"key":"price","label":"Price","value":""}],"multi-rating":{"mr_rating_results":[]},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1047488"}],"collection":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/36673"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1047488"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1047488\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1047635"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1047488"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1047488"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/myscena.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1047488"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}