{"id":1019701,"date":"2022-09-12T14:59:21","date_gmt":"2022-09-12T18:59:21","guid":{"rendered":"http:\/\/myscena.org\/?p=1019701"},"modified":"2022-09-13T15:40:50","modified_gmt":"2022-09-13T19:40:50","slug":"critique-il-trovatore-des-chanteurs-dexcellence-dans-des-decors-inexistants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/justin-bernard\/critique-il-trovatore-des-chanteurs-dexcellence-dans-des-decors-inexistants\/","title":{"rendered":"Critique | Il Trovatore: des chanteurs d&#8217;excellence dans des d\u00e9cors inexistants"},"content":{"rendered":"\r\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"font-size: 18px;\">Le 10 septembre dernier, l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al lan\u00e7ait sa saison avec <em>Il Trovatore <\/em>de Verdi, un autre grand classique du r\u00e9pertoire lyrique. Pour l\u2019occasion, la compagnie avait attir\u00e9 une distribution parmi les plus prestigieuses qu\u2019il nous ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de voir sur la sc\u00e8ne Wilfrid-Pelletier : la soprano Nicole Car (Leonora), la contralto Marie-Nicole Lemieux (Azucena), le baryton Etienne Dupuis (le Comte di Luna) et le t\u00e9nor Luc Robert (Manrico). Tous exp\u00e9riment\u00e9 et forts de nombreux succ\u00e8s en carri\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n<div id=\"attachment_1019731\" style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1019731\" class=\"wp-image-1019731\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2.jpg\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2.jpg 967w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2-300x200.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2-600x400.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_Il-Trovatore2-768x511.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1019731\" class=\"wp-caption-text\">Photo: Vivien Gaumand<\/p><\/div>\r\n<p>Dans le r\u00f4le principal, Nicole Car a \u00e9t\u00e9 la trag\u00e9dienne verdienne que tout le monde r\u00eave d\u2019entendre. Sa voix avait la profondeur n\u00e9cessaire pour interpr\u00e9ter la difficile partition de Leonora et l\u2019\u00e9motion capable de faire chavirer toute une salle de concert. Sa musicalit\u00e9 et son sens du lyrisme ont \u00e9t\u00e9 les autres ingr\u00e9dients d\u2019une prestation hors du commun. Marie-Nicole Lemieux \u00e9tait elle aussi au sommet de son art. De par son intensit\u00e9 incomparable, son incarnation totale dans l\u2019action, la contralto qu\u00e9b\u00e9coise a parfaitement exprim\u00e9 la m\u00e9chancet\u00e9 et l\u2019esprit de vengeance de son personnage, la gitane Azucena; un r\u00f4le qu\u2019elle conna\u00eet sur le bout des doigts pour l\u2019avoir notamment chant\u00e9 aux Chor\u00e9gies d\u2019Orange (France) en 2015 au c\u00f4t\u00e9 de Roberto Alagna. Sa vive \u00e9motion au moment de recevoir les ovations du public \u00e9tait celle d\u2019une grande artiste qui avait tout donn\u00e9 sur sc\u00e8ne et chant\u00e9 avec ses tripes. En comparaison, Etienne Dupuis est apparu sous un jour diam\u00e9tralement oppos\u00e9, \u00e0 l\u2019image de son personnage\u00a0: cruel, froid et calculateur. Il est rare d\u2019entendre un baryton de ce calibre \u00e0 Montr\u00e9al. Sans doute \u00e9tait-ce d\u00fb au tempo impos\u00e9 par le chef Jacques Lacombe, mais son air fameux de l\u2019acte II a \u00e9t\u00e9 encha\u00een\u00e9 assez rapidement comme si celui-ci faisait partie d\u2019une sc\u00e8ne dramatique. Sans vraiment offrir un temps d\u2019arr\u00eat n\u00e9cessaire \u00e0 la confession des sentiments. Heureusement, la cadence finale a permis au chanteur de suivre son propre tempo et de faire pleinement ressortir l\u2019\u00e9clat de sa voix. Dans d\u2019autres circonstances, comme dans d\u2019autres moments de l\u2019op\u00e9ra, Etienne Dupuis aurait certainement pu s\u2019abandonner davantage \u00e0 l\u2019\u00e9motion. Enfin, Luc Robert a fait une bonne prestation sous les traits de Manrico; un r\u00f4le redout\u00e9 tant le chanteur est expos\u00e9 dans le registre aigu. Son encha\u00eenement des deux airs \u00ab\u00a0Ah, s\u00ec ben moi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Di quella pira\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019acte III, a bien \u00e9t\u00e9 men\u00e9. Le tout s\u2019est conclu sur un beau contre-ut, avec une belle r\u00e9sonnance, mais assez vite coup\u00e9 sur la derni\u00e8re syllabe (\u00ab\u00a0all\u2019ar-<strong><em>mi<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb).<\/p>\r\n<p>De toute \u00e9vidence, l\u2019essentiel du budget de cette production \u00e9tait pass\u00e9 dans la distribution. Les d\u00e9cors et la mise en sc\u00e8ne \u00e9taient pour le moins rudimentaires, voire inexistants. Un ciel nocturne, une pleine lune ou le contour d\u2019un \u00e9difice en toile de fond ne peuvent pas faire office de d\u00e9cors \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra. Et pourtant, c\u2019est bien ce qui est arriv\u00e9! En l\u2019absence concr\u00e8te de panneaux et d\u2019objets capables d\u2019offrir une quelconque perspective, la sc\u00e8ne paraissait terriblement vide. Les chanteurs occupaient tant bien que mal l\u2019espace, souvent \u00e0 plus de trois m\u00e8tres de distance, mais rien n\u2019y faisait. L\u2019\u00e9cueil \u00e9tait encore plus apparent.<\/p>\r\n<div id=\"attachment_1019734\" style=\"width: 1055px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1019734\" class=\"size-full wp-image-1019734\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond.jpg\" alt=\"\" width=\"1045\" height=\"644\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond.jpg 1045w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond-300x185.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond-600x370.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond-1024x631.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/index_VivienGaumond-768x473.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1045px) 100vw, 1045px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1019734\" class=\"wp-caption-text\">Photo: Vivien Gaumand<\/p><\/div>\r\n<p>La mise en sc\u00e8ne a aussi connu quelques rat\u00e9s. Dans le finale de l\u2019acte II, par exemple, Leonora chantait son amour pour Manrico devant le public alors que celui-ci \u00e9tait l\u00e0, lui aussi face au public, \u00e0 plusieurs m\u00e8tres d&#8217;elle, mais leur regard ne se croisait pas et les deux amoureux interagissaient encore moins. Au d\u00e9but de l\u2019acte III, au moment de son arrestation, on a \u00e9galement vu Azucena se jeter d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 terre devant le comte sans \u00eatre le moindrement brusqu\u00e9e par ses gardes. \u00c0 l\u2019acte IV, Leonara s\u2019est elle aussi jet\u00e9e \u00e0 terre, cette fois pour implorer le pardon du comte, mais elle l\u2019a fait face au public, \u00e0 trois m\u00e8tres de l\u2019int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\r\n<p>La sc\u00e8ne paraissait certainement moins vide en pr\u00e9sence du ch\u0153ur tr\u00e8s fourni de l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al dont il faut saluer ici la prestation, \u00e0 la fois dans le r\u00f4le des gitans et, du c\u00f4t\u00e9 des hommes, sous les casques des compagnons d\u2019armes du comte et de Manrico.<\/p>\r\n<blockquote>\r\n<p>Prochaines repr\u00e9sentations, les 13, 15 et 17 septembre. <a href=\"http:\/\/www.operademontreal.com\">www.operademontreal.com<\/a><\/p>\r\n<\/blockquote>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 10 septembre dernier, l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al lan\u00e7ait sa saison avec Il Trovatore de Verdi, un autre grand classique du r\u00e9pertoire lyrique. 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