{"id":1000243,"date":"2021-12-05T23:06:47","date_gmt":"2021-12-06T03:06:47","guid":{"rendered":"https:\/\/myscena.org\/?p=1000243"},"modified":"2021-12-05T23:06:47","modified_gmt":"2021-12-06T03:06:47","slug":"concours-de-circonstances-critique-de-concert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/myscena.org\/fr\/marc-chenard\/concours-de-circonstances-critique-de-concert\/","title":{"rendered":"Concours de circonstances (Critique de concert)"},"content":{"rendered":"\r\n<h4 style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">25 novembre, 2021<\/span><\/span><\/span><\/h4>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"font-size: 19px;\">Annonc\u00e9 d\u2019abord l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier dans notre rubrique <em>Nouvelles de l\u2019industrie<\/em>, suivi d\u2019un rappel dans la section jazz d\u2019octobre, le <em>Concours international de composition de grand ensemble de jazz Sophie Desmarais<\/em> vient tout juste de couronner ses deux premiers laur\u00e9ats. En effet, deux grandes formations jazz ont jou\u00e9 les \u0153uvres gagnantes lors d\u2019un concert \u00e0 grand d\u00e9ploiement tenu \u00e0 la Salle Claude-Champagne de la facult\u00e9 de musique de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\r\n\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Enr\u00f4l\u00e9s pour la cause, le <strong>Big Band de jazz de l\u2019U de M<\/strong> et l\u2019<strong>Orchestre national de jazz de Montr\u00e9al<\/strong> (ONJ) se sont divis\u00e9s les honneurs de cette soir\u00e9e, la seconde formation entamant une r\u00e9sidence d\u2019un an dans cet \u00e9tablissement scolaire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Petit fait in\u00e9dit \u00e0 remarquer\u00a0: les chefs attitr\u00e9s de ces ensembles, <strong>Ron Di Lauro<\/strong> pour le premier et <strong>Jean-Nicolas Trottier<\/strong> pour le second, ont dirig\u00e9 l\u2019orchestre de l\u2019autre dans l\u2019une et l\u2019autre des parties de copieux programme double..<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Outre un entracte assez rapide pour passer d\u2019un groupe \u00e0 l\u2019autre, la soir\u00e9e a pris les allures d\u2019un marathon, le rideau se levant peu apr\u00e8s 19\u00a0h\u00a030 pour finalement descendre vers 22\u00a0h. Pour couronner le tout, l\u2019ONJ a boucl\u00e9 sa prestation avec une copieuse pi\u00e8ce de r\u00e9sistance, soit la relecture int\u00e9grale de la suite <i>Black Brown and Beige<\/i> de Duke Ellington, d\u2019une dur\u00e9e de plus de trente minutes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le concours, pour sa part, comportait deux volets, le premier s\u2019adressant aux compositeurs et compositrices aux \u00e9tudes, le second, dit \u00ab\u00a0ouvert\u00a0\u00bb, signifiant les non \u00e9tudiants, donc les gens de m\u00e9tier. Di Lauro a ouvert le bal avec sa formation en interpr\u00e9tant l\u2019\u0153uvre gagnante de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie, <i>Unknown Knowns<\/i> d\u2019<strong>Eliana Fishbeyn.<\/strong> Ce morceau, de la plume d\u2019une candidate de second cycle \u00e0 la Manhattan School of Music, s\u2019inscrivait parfaitement dans un registre d\u2019\u00e9criture orchestrale de jazz de notre temps, celle-ci caract\u00e9ris\u00e9e par des harmonies soign\u00e9es et un lyrisme ind\u00e9niable, soulign\u00e9 par l\u2019emploi purement instrumental d\u2019une voix f\u00e9minine. En cours de route, un solo de saxo alto s\u2019est fait entendre, cr\u00e9ant une l\u00e9g\u00e8re diversion dans une partition tr\u00e8s \u00e9crite. De toute \u00e9vidence, l\u2019univers sonore de cette musicienne recoupe ceux de deux compositeurs de jazz importants qui ont vraiment trac\u00e9 la voie dans cette veine impressionniste, le trompettiste Kenny Wheeler (1930-2014) et Maria Schneider (1960- \u00a0 ). Tout aussi habile que ce morceau ait \u00e9t\u00e9 du point de vue conceptuel, il lui manquait quelque chose, par exemple un peu plus de nerf ou de tension dans sa mani\u00e8re de d\u00e9velopper ses mat\u00e9riaux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<div id=\"attachment_1000241\" style=\"width: 2571px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1000241\" class=\"size-full wp-image-1000241\" src=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige.jpg\" alt=\"\" width=\"2561\" height=\"1438\" srcset=\"https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige.jpg 2561w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-300x168.jpg 300w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-600x337.jpg 600w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-1024x575.jpg 1024w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-768x431.jpg 768w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-1536x862.jpg 1536w, https:\/\/myscena.org\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/ONJ-Black_Brow_Beige-2048x1150.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 2561px) 100vw, 2561px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1000241\" class=\"wp-caption-text\">Orchestre national de jazz de Montr\u00e9al (Photo: R. Cole)<\/p><\/div>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Alors que les honneurs revenaient au Big Band maison de pr\u00e9senter l\u2019\u0153uvre gagnante de la cat\u00e9gorie \u00e9tudiante, l\u2019ONJ, en seconde partie, amor\u00e7a avec l\u2019autre heureux \u00e9lu, pi\u00e8ce dont le titre plut\u00f4t saugrenu de\u00a0<i>Dance of the Pickle<\/i>\u00a0\u00e9tait tout aussi inusit\u00e9 que la composition m\u00eame. L\u2019\u00e9criture fragmentaire alternait dans les premi\u00e8res minutes entre des solos de batterie et des r\u00e9ponses des diff\u00e9rentes sections, produisant ainsi une discontinuit\u00e9 dans la trame musicale. On aurait dit que le compositeur, un certain <strong>Thomas Haines<\/strong> du Royaume-Uni, essayait de trouver un fil conducteur dans son \u0153uvre sans vraiment y arriver. Il tenta de nombreux d\u00e9tours, dont quelques passages laiss\u00e9s pour des solos improvis\u00e9s, avant de terminer la pi\u00e8ce de mani\u00e8re assez abrupte, comme s\u2019il avait \u00e9puis\u00e9 ses id\u00e9es et d\u00e9cid\u00e9 tout simplement de jeter l\u2019\u00e9ponge.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quant \u00e0 la participation au concours, elle a \u00e9t\u00e9 somme toute modeste, surtout dans le volet \u00e9tudiant qui n\u2019a re\u00e7u que six soumissions \u2014 l\u2019autre volet totalisant\u00a029. Di Lauro dans un entretien suivant le concert s\u2019est dit un peu d\u00e9\u00e7u de la r\u00e9ponse, pas juste \u00e0 cause du nombre, mais aussi par une absence de propositions qu\u00e9b\u00e9coises ou canadiennes. \u00ab\u00a0Aucun \u00e9tudiant au pays n\u2019a soumis, dit-il, mais notre premi\u00e8re laur\u00e9ate a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 me contacter, tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s l\u2019annonce.\u00a0\u00bb Cela dit, il ne faut pas s\u2019imaginer qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9dition d\u2019un concours attire une ru\u00e9e de candidats, mais avec le don d\u2019ubiquit\u00e9 des m\u00e9dias sociaux o\u00f9 la nouvelle se diffuse en un temps \u00e9clair, on dispose tout de m\u00eame des outils n\u00e9cessaires pour mener une campagne publicitaire susceptible de rejoindre une communaut\u00e9 musicale diss\u00e9min\u00e9e aux quatre coins du monde. Notons en passant le jury, comptant six membres, dont trois noms bien connus \u00e0 Montr\u00e9al, soit Jean-Nicolas Trottier, Marianne Trudel et Christine Jensen. De conclure Di Lauro\u00a0: \u00ab\u00a0En Europe, il existe un concours du m\u00eame genre qui dit recevoir autour de deux cents soumissions. Si on en avait une centaine, je serais bien heureux.\u00a0\u00bb <\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour revenir \u00e0 la prestation du Big Band universitaire en d\u00e9but de soir\u00e9e, le programme comportait d\u2019autres \u0153uvres \u00e9tudiantes, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de dipl\u00f4m\u00e9s r\u00e9cents, les unes tout aussi comp\u00e9tentes que les autres, chacune ayant son petit cachet, mais aucune se d\u00e9marquant vraiment. Pour ce spectateur, la fr\u00e9quentation de ces concerts est une belle occasion pour partir \u00e0 la d\u00e9couverte de jeunes talents prometteurs. Signalons, entre autres, une batteuse qui avait certainement la frappe requise pour propulser un grand ensemble, ou la saxophoniste baryton qui montrait un potentiel ind\u00e9niable comme soliste, sans oublier le guitariste, qui a offert le solo le plus enlevant de cette partie de concert.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au moment d\u2019arriver \u00e0 la pi\u00e8ce de r\u00e9sistance, la suite ellingtonienne, le public avait d\u00e9j\u00e0 plus de 90 minutes de musique dans les oreilles, alors une certaine lassitude commen\u00e7ait \u00e0 se faire sentir, du moins chez ce t\u00e9moin. Cr\u00e9\u00e9 en 1943 au Carnegie Hall en 1943, <i>Black Brown and Beige<\/i> comporte neuf tableaux r\u00e9partis en trois blocs \u00e9gaux, chaque triade chapeaut\u00e9e par l\u2019une des couleurs de son titre. Au fil des ans, le compositeur avait repris l\u2019un ou l\u2019autre des morceaux de cette \u0153uvre concertante ambitieuse, y allant m\u00eame d\u2019une nouvelle version int\u00e9grale 15 ans plus tard avec le concours de la grande chanteuse gospel Mahalia Jackson. Dans cette version, Ellington avait modifi\u00e9 l\u2019une des pi\u00e8ces instrumentales de l\u2019original, son c\u00e9l\u00e8bre hymne <i>Come Sunday,<\/i> auquel il avait ajout\u00e9 des paroles pour son invit\u00e9e. C\u2019est justement cette version plus r\u00e9cente qui a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e par l\u2019ONJ, les autres pi\u00e8ces \u00e9tant toutes de la suite originale. Si Jackson est in\u00e9gal\u00e9e dans sa prestation, il faut tout de m\u00eame reconna\u00eetre la note d\u2019authenticit\u00e9 que nous donnait <strong>Ranee Lee<\/strong> dans cette pi\u00e8ce, tout comme l\u2019autre num\u00e9ro chant\u00e9, simplement intitul\u00e9 <i>The Blues<\/i>.<\/span><\/span><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si le son de l\u2019orchestre de Maestro Ellington \u00e9tait unique, sinon inimitable, l\u2019ONJ l\u2019a quand m\u00eame retrouv\u00e9 par moments, surtout en ce qui concerne la section des bois avec ses quatre saxos et une clarinette harmonis\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 le saisir dans son essence. N\u2019oublions pas l\u2019usage des diff\u00e9rentes sourdines pour les trompettes et trombones, lesquels \u00e9voquaient les timbres vocaux rauques et exotiques qui ont rendu la musique du Duke si distinctive en son temps, mais qui ont presque disparu compl\u00e8tement dans les techniques d\u2019\u00e9criture du jazz orchestral de l\u2019apr\u00e8s swing. Notons en terminant, la pr\u00e9sence du bassiste Ira Coleman, musicien am\u00e9ricain d\u2019exp\u00e9rience qui, depuis l\u2019automne, fait partie du corps professoral de l\u2019Universit\u00e9 McGill. Un d\u00e9veloppement int\u00e9ressant&#8230; et nous y reviendrons l\u2019an prochain dans notre section jazz.<\/span><\/span><\/span><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>25 novembre, 2021 Annonc\u00e9 d\u2019abord l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier dans notre rubrique Nouvelles de l\u2019industrie, suivi d\u2019un rappel dans la section jazz d\u2019octobre, le Concours international de composition de grand ensemble de jazz Sophie Desmarais vient tout juste de couronner ses deux premiers laur\u00e9ats. 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