Noël Spinelli, philanthrope, vole toujours aussi haut

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Après déjà une heure de conversation, et un peu d’encouragement, le célèbre mécène des arts, Noël Spinelli, révèle qu’il était un crooner vedette dans les années 1950. À l’époque, il rêvait d’être chanteur d’opéra. Bien que ce rêve ne se soit jamais concrétisé, la musique n’a jamais cessé de jouer un rôle primordial dans sa vie. Aujourd’hui, il est reconnu comme l’un des philanthropes les plus importants de Montréal.

Noël Spinelli attribue son caractère charitable à son père. Ayant grandi à Lachine pendant la Dépression, sixième de huit enfants, Spinelli se souvient que, même si sa famille n’était pas fortunée, elle en avait un peu plus que ses voisins. Depuis 1922, le père de Spinelli exploitait avec succès un garage à Lachine, il donnait souvent de son vin fait maison et contribuait à l’église. « Il croyait qu’il fallait aider les familles moins fortunées du quartier. »

C’est son oncle, un fidèle auditeur de l’Opéra du Metropolitan les samedis à la radio, qui donne au jeune Spinelli la piqûre de l’opéra. Il étudie la musique, y compris la trompette, la contrebasse et le chant au Conservatoire de Montréal. « J’ai toujours mon diplôme de fin d’études signé par Wilfrid Pelletier, le fondateur du Conservatoire », dit Spinelli en riant. En étudiant le chant, Spinelli a appris tous les airs de baryton de Puccini et Verdi. En 1949, il dépensait toutes ses économies sur des voyages en autobus pour assister à l’Opéra du Met chaque mois.

Pendant ce temps, Spinelli gagnait sa vie en tant que chanteur de boîte de nuit. Éventuellement, il s’est taillé un public fidèle considérable. Mais un mariage raté et le désir de passer du temps avec ses enfants l’ont convaincu d’abandonner ce train de vie, même si cela lui rapportait beaucoup plus que de travailler pour son père. Lorsque Spinelli et son frère ont montré qu’ils étaient capables de gérer l’entreprise familiale, leur père a finalement pris sa retraite à l’âge de 70 ans en 1962. Le garage Spinelli a commencé la vente de voitures Studebaker en 1964, jusqu’à la disparition de la marque en 1966.

Sans se décourager, Spinelli a passé l’année suivante à évaluer le marché avant d’arrêter son choix sur la marque Toyota en septembre 1967. « Notre expérience de la gestion d’un garage nous a appris l’importance du service à la clientèle et Toyota croyait que le client devait passer avant les actionnaires. » Spinelli valorisait également ses employés. « Qui de mieux qu’un concierge pour vous recommander un bon balai ? Et beaucoup de gens oublient leurs fournisseurs. » Puisque pour lui le client était au premier plan, il était favorable à l’ouverture des concessionnaires la fin de semaine; il considère que ce changement était inévitable.

La relation Toyota-Spinelli, qui dure depuis 40 ans, a été bénéfique pour les deux parties. Tout ce temps, les ingénieurs de Toyota ont visité Lachine pour recueillir les commentaires de ses clients. L’équipe Spinelli est passée d’un garage avec huit employés à huit concessionnaires, offrant en plus d’autres marques japonaises comme Nissan et Honda, et à 400 employés. « C’est en s’améliorant qu’on grandit, déclare-t-il. Cela se produit naturellement. Quand la bonne occasion se présente, on la saisit. »

Pendant qu’il gérait son garage et ses concessions, la musique prit une place secondaire. Tout cela changea en 1972 lorsqu’il lut dans un quotidien que le baryton canadien Robert Savoie déplorait le manque d’opéra à Montréal. Grâce à un ami commun, Spinelli a rencontré Savoie lors d’un dîner et ils sont rapidement devenus amis. C’est ainsi que sont nés les Concerts Lachine. Pendant vingt ans, ce duo, Savoie à titre de directeur artistique et Spinelli comme président, a offert aux résidents de Lachine des concerts gratuits et aux musiciens québécois des occasions de se produire.

En entendant Spinelli se remémorer leurs réalisations, on peut imaginer les grandes expériences qu’ils ont vécues et la joie qu’ils ont semée. Lors de leur premier gala d’opéra, Spinelli a reçu un appel de deux dames qui voulaient savoir comment s’habiller pour l’occasion. « Cela montrait que des personnes non ‘sophistiquées’ viendraient nous voir, et c’est cela qui m’inspire. » À une autre occasion, la seule fois où Spinelli a eu des doutes sur le choix du répertoire de son ami, Savoie avait organisé un concert entièrement consacré à Beethoven, lequel leur porta malchance. Spinelli était prêt à abandonner, mais après le concert un homme âgé est venu le remercier pour sa première expérience de concert orchestral, ce qui redynamisa Spinelli. « Ce genre de commentaire me donne des ailes. »

Suivant l’exemple de son père, Spinelli a officiellement pris sa retraite à l’âge de 70 ans et il a ensuite consacré son temps à ses causes philanthropiques. Le maire de Lachine l’a recommandé au conseil de la Place des Arts. Il a aussi siégé aux conseils de l’OSM, du Centre national des Arts, de l’Opéra de Montréal et au Conseil des arts de Montréal. Spinelli déplore le retard de Montréal sur Toronto en tant que capitale culturelle. « Nous avons besoin de la nouvelle salle de concert de l’OSM et de l’Opéra de Montréal pour prospérer. » Fort de son expérience, Spinelli est franc au sujet des conseils d’administration : « Le rôle du conseil est de ramasser des fonds. » Mais il suggère également aux artistes d’être financièrement responsables. Il encourage les autres à donner, même s’ils ne peuvent donner que du temps. « Le montant donné n’est pas si important. Il y a beaucoup de petits groupes pour qui 500 $ ou 1000 $ font toute la différence. »

Depuis sept ans, le projet chéri de Spinelli a été la restauration de l’orgue Casavant de l’église des Saints-Anges de Lachine, où un programme de concerts bien rempli bat son plein. Un concours international d’orgue devrait débuter en 2008 et on prévoit de diffuser ces concerts dans des maisons de retraite. L’année dernière, lorsque la paroisse des Saints-Anges se réjouissait de son nouvel orgue, Spinelli a été nommé archange honoraire.

Pour continuer son travail, Spinelli va créer une fondation dont 50 % des fonds iront aux arts et à la culture. « La musique m’a toujours donné beaucoup de satisfaction. J’y retrouverai toujours réconfort et plaisir. Elle m’est aussi essentielle que l’eau et l’air, déclare-t-il. Je veux partager cette passion et voir les effets qu’elle suscite chez les autres. »

Les plus précieux moments musicaux de Noël Spinelli

Turandot avec Corelli
Otello avec Tebaldi, Del Monaco et Tito Gobbi
La fille du régiment avec Pavarotti et Sutherland
Tosca avec Domingo et Behrens réalisé par Zeffirelli
›Eileen Farrell dans Alceste de Gluck
›Cecilia Bartoli avec l’OSM à Lanaudière
›Pavarotti à la basilique Notre-Dame à Noël

Un regret

N’avoir jamais entendu Ezio Pinza en concert. « Il avait une voix spéciale avec une couleur spéciale. »

Noël Spinelli a reçu le prix Ramon John Hnatyshyn pour le bénévolat dans les arts de la scène 2019

La Toscamanie

« Tout a commencé en blague », déclare Noël Spinelli à propos de sa collection de 124 enregistrements différents de Tosca de Puccini. « Robert Savoie m’avait dit qu’il avait chanté le rôle de Scarpia et du sacristain. J’ai répondu que j’allais apprendre tous les rôles et, par simple curiosité, je voulais voir combien d’enregistrements je pourrais trouver. À chacune de mes visites à l’Opéra du Met ou à La Scala, j’en trouvais d’autres dans leur boutique de souvenirs. Rendu à 50, j’ai pensé arrêter, croyant les avoir tous trouvés. »

La collection de Spinelli comprend des Tosca chantées en italien, en allemand, en français, en russe et en anglais. La plupart sont des enregistrements commerciaux; il y a environ 35 enregistrements captés sur le vif et 10 à 15 vidéos. Il les classe par ordre alphabétique du nom de la soprano qui chante le rôle-titre; ainsi la liste commence par un enregistrement de Licia Albanese. Il en possède sept de Maria Callas (avec cinq ténors différents) et onze de Renata Tebaldi (avec plusieurs ténors différents). « J’aime beaucoup les enregistrements captés sur le vif, avec toutes leurs qualités et leurs défauts », déclare Spinelli.

Quels sont ses favoris ?

« Je choisirais l’enregistrement EMI de 1953 avec Callas, Di Stefano et Gobbi. Cet enregistrement est généralement considéré par la critique comme une référence et je suis bien d’accord. Bien que Callas ne soit pas ma voix préférée, elle est ma Tosca préférée. La couleur de la voix de Callas, c’est à cela que j’imagine que ressemble Tosca. D’habitude, je préfère Tebaldi, mais sa Tosca ne m’excite pas autant. Di Stefano est un merveilleux Cavaradossi et Tito Gobbi est un fantastique Scarpia. De Sabata est le meilleur chef d’orchestre. Il a une compréhension incroyable de la partition. C’est comme ça que ça devrait sonner. Ça se ressent. »

Autres enregistrements intéressants

« Le plus ancien de ma collection est celui de 1929 sur VAI, avec Carmen Melis en Tosca, Piero Pauli en Cavaradossi et Apollo Granforte en Scarpia, avec l’orchestre de La Scala. Il est intéressant en raison de son âge. »

Spinelli mentionne également l’enregistrement de 1938 à l’Opéra de Rome pour RCA Victor, avec Maria Caniglia en Tosca.

« J’ai récemment reçu l’enregistrement de Corelli à Parme, le 21 janvier 1967. C’est un enregistrement complètement fou, avec un Corelli déchaîné devant une foule en délire. Je ne pense pas qu’il y ait un chef d’orchestre aujourd’hui qui permettrait ce genre de chant. Corelli chante presque ad lib. »

Sur vidéo : « Le DVD de la télédiffusion de la production de Zeffirelli au Met en 1985, avec Domingo, Behrens et Cornell MacNeil, sous la direction de Giuseppe Sinopoli. C’est un incontournable. Le chant est de tout premier ordre. »

Noël Spinelli est président émérite du Concours international d’orgue du Canada et mécène.

Traduction par Éric Legault

La Scena Musicale - Coffret Découverte
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