Gino Quilico : les leçons des grands chanteurs

0
La Scena Musicale's Discovery Box

La formation vocale du baryton canadien Gino Quilico, aujourd’hui âgé de 64 ans, a été peu habituelle. Pendant un an et demi, à partir de l’âge de 20 ans, Gino a étudié presque quotidiennement avec son défunt père, Louis, le plus grand baryton du Canada, pratiquant uniquement la technique et ne chantant aucun répertoire. Le plan de cours suivait les « neuf lois » de Louis, immortalisées dans l’ouvrage à succès de Jérôme Hine, Great Singers on Great Singing. Aujourd’hui, Gino est prêt à partager le savoir qu’il a acquis durant sa carrière internationale en chantant aux côtés de Pavarotti, Domingo, Alfredo Kraus et Mirella Freni et à partager ses propres « six lois », inspirées de celles de son père.

On aurait pu penser que la voix d’opéra de Gino est un trait génétique, mais en réalité, les chances d’un duo d’opéra père-fils sont minimes. Dans les annales du Metropolitan Opera, ils ont probablement été le seul duo à avoir chanté ensemble dans le même opéra (Manon en 1987). En effet, adolescent, Gino était un rebelle tourné vers la chanson pop. Puis un jour, le père de Gino lui a appris que la Canadian Opera Company cherchait des choristes. Le fait d’être sur une grande scène et de porter des costumes a donné la piqûre à Gino et l’a poussé à demander des leçons à son père.

« Au cours de mes six premiers mois de formation avec mon père, il n’y avait aucune production de son, seulement les aspects techniques de l’ouverture de la gorge. Les six derniers mois ont porté sur la respiration. Le son est venu après : un son, deux sons et ainsi de suite. Après six mois de pratique sonore, nous avons commencé à chanter sans cesse la même aria, Avant de quitter ces lieux. Après deux ans d’études presque quotidiennes, j’étais complètement préparé. Le corps est l’instrument du chanteur et tout mon corps était accordé. »

« Mon père m’a fait faire des sons désagréables pour que je puisse sentir la voix. Il était très méthodique et un maître de discipline. Nous n’étions pas toujours d’accord et j’étais impatient », a déclaré Gino qui a admis avoir eu un gros conflit avec son père au cours du processus (ils se sont finalement réconciliés). Au bout de deux ans, Gino a été admis dans le programme d’opéra de l’Université de Toronto en 1978, à 23 ans. On lui a immédiatement attribué le rôle de Sid dans la production de l’école, Albert Herring, et le rôle principal dans Don Giovanni l’année suivante. « Ma technique était si solide que je gagnais de l’argent en donnant des leçons aux autres étudiants », s’est souvenu Gino.

Apprendre des autres chanteurs

Les leçons de Louis ont suivi Gino tout au long de sa carrière internationale et il est devenu un observateur très attentif, chantant aux côtés des grands chanteurs des années 1980 et 1990. « J’ai beaucoup appris de cette façon. La manière dont Mirella Freni a utilisé la langue italienne n’a rien à voir avec la partition. Ce savoir-faire provient de toutes les traditions transmises par les maîtres. J’ai aussi appris comment les grands chanteurs ont des approches diverses. Travailler aux côtés d’Alfredo Kraus m’a heurté les oreilles. Il chantait à travers un trou, c’était son approche. Je me suis rendu compte que quand j’étais à côté de lui, le son n’était pas joli, mais que dans la salle, le son prenait une autre couleur, il s’arrondissait pour devenir plus doux, mais sans perdre de sa portée. On apprend aussi des mauvais chanteurs… Sur scène, ils ont une voix forte, mais elle ne résonne pas autant dans la salle. J’ai compris pourquoi mon père préconisait de chanter en plaçant la voix d’une certaine manière, même si cela ne sonne pas bien à nos propres oreilles. »

« Domingo sait chanter, c’est un chanteur intelligent et calculateur. Lorsque vous regardez Pavarotti, vous pouvez le voir dans ses yeux, il est tellement concentré dans le masque et la voix suit bien. L’approche de Carreras, c’est de laisser sortir la voix sans entrave. Il disait qu’il préférait chanter pendant seulement dix ans comme un lion que [plus longtemps]comme un mouton. J’étais comme Carreras à une époque. Parfois, j’en mettrais un peu plus, mais ce n’est pas une façon intelligente de chanter. »

« Mon père pensait que Jussi Bjorling avait la meilleure technique et il a appris à respirer en l’observant quand ils chantaient ensemble. Mon père prêchait religieusement pour la respiration. Elle est nécessaire pour permettre aux cordes de vibrer. Il faut chanter avec son air et produire un son rond. On ne voit jamais les grands chanteurs expirer; ils laissent l’air entrer. »

« Beaucoup de jeunes chanteurs font l’erreur d’aspirer l’air, ils ont trop d’air et, par conséquent, pas de légèreté. Luciano était léger comme une plume. La respiration est dans le diaphragme. Pas dans le ventre. Vous devez créer de l’espace et laisser l’air entrer. Les côtes sont ouvertes, sans air, et les poumons respirent et se dégonflent lorsque vous chantez. Vous gardez ensuite les côtes ouvertes pour reprendre votre souffle. Il m’a fallu six mois pour maîtriser cet aspect. » Lorsqu’il est question de « soutien », Gino rigole : « C’est comme retenir son urine, comme un exercice de Kegel. »

« Les trois premières règles fonctionnent en interrelation. Utiliser la respiration pour ouvrir la gorge. Utiliser la gorge pour bien respirer. Se servir du son pour bien respirer. »

Les six règles de Gino

  1. La posture

La tête et le cou sont droits. La colonne vertébrale est droite. La mâchoire relâchée. Les épaules sont détendues. La cage thoracique ouverte et flexible. Les genoux ne sont jamais bloqués, mais légèrement pliés. Le poids est mis dans la plante des pieds.

  1. L’ouverture de la gorge

Détendez la mâchoire. Ouvrez la gorge comme pour bâiller. Concentrez-vous sur l’espace dans votre gorge, mais évitez de créer des tensions. Soulevez et ouvrez le palais mou mobile. Les cordes vocales doivent émettre les sons lorsque l’air est libéré.

  1. La respiration

Respirez de la partie médiane du ventre (diaphragme) par le nez et la bouche. Utilisez vos mains pour guider le souffle et la voix vers l’extérieur et vers l’avant. Évitez d’aspirer l’air. Inspirez par l’arrière des poumons. Détendez-vous dans la respiration et laissez l’air s’écouler librement comme un soupir.

  1. L’espace et la résonance

Soyez alerte et éveillé. Soulevez le palais et sentez l’air froid dans les cavités des sinus.

Gardez un léger sourire au niveau du haut des joues. Émettez le son dans l’espace (ou ce que nous appelons le masque).

  1. Conscience et connexion

La conscience du corps est importante, comme pour la méditation. Prenez conscience des muscles de l’abdomen. Prenez conscience de l’espace autour de vous. Évaluez votre humeur, vos sentiments et vos sensations, si vous vous sentez prêts. Prenez contact avec vous-même et devenez « un ».

  1. Visualisation sonore et cordes vocales

Trouvez et reconnaissez les cordes vocales. Les cordes doivent être tendues pour la bonne résonance. Imaginez une forme d’œuf dans votre bouche. Effectuez l’exercice de bourdonnement nasal. Commencez par une note basse et augmentez de demi-tons tout en visualisant une descente.

www.ginoquilico.com

Traduction par Andréanne Venne

 

La Scena Musicale - Coffret Découverte
Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.