Etienne Dupuis et Nicole Car : nouveau couple influent de l’opéra

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Faites la connaissance du nouveau couple influent de l’opéra : le baryton canadien Etienne Dupuis et la soprano australienne Nicole Car. Il y a quatre ans, le couple s’est rencontré à Berlin lors des répétitions d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski, produit par l’Opéra allemand de Berlin. En ont résulté une relation amoureuse à distance, un mariage et un fils de 2 ans, nommé Noah. Depuis, ils chantent sur la même scène la plupart du temps. En septembre, ils seront à nouveau ensemble dans Eugène Onéguine, cette fois à la Place des Arts pour l’Opéra de Montréal.

La marche

Au moment de leur rencontre, Dupuis jouait pour la première fois Rodrigo dans le Don Carlo de Verdi le soir à l’Opéra allemand et répétait Onéguine le jour. Son Rodrigo a été un immense succès. Car a confié au magazine Opera qu’elle pouvait sentir tout son ego. Ce qui a suivi semble sortir tout droit du film Before Sunrise. « J’aimais passer du temps avec elle en répétition, mais je ne pensais pas que ça irait plus loin, a déclaré Dupuis. Puis, elle est venue me demander de lui faire visiter Berlin. Le lendemain c’était le 1er mai et tout était fermé en Allemagne. Nous avons commencé notre tour à la gare de Friedrichstraße, près du Palais des larmes, et puisque tout était fermé, nous nous sommes contentés de marcher et de discuter. »

Car a apprécié la marche et la conversation : « Nous nous sommes aperçus que nous avions beaucoup en commun. Nous devions travailler ensemble pendant encore un mois environ et nous nous sommes rendu compte avant la fin d’Onéguine qu’il y avait quelque chose de très spécial entre nous. Mais je devais retourner en Australie pour quelques mois et Etienne s’en allait à Glyndebourne. Nous avons alors décidé d’essayer de nous retrouver après. Je suis allée à Marseille où il chantait en septembre, avant de repartir pour Londres. Nous avons fait en sorte que cela fonctionne à partir de là, un contrat à la fois, essayant de travailler ensemble autant que possible et de ne pas passer trop de temps éloignés. »

Depuis leur mariage et la naissance de Noah, le couple a en effet réussi à fonctionner en s’installant à Paris. Les compagnies d’opéra les ont aidés en les engageant ensemble dans les mêmes productions, dont le récent La Bohème au Met et Don Giovanni à l’Opéra de Paris. Restent à venir Don Carlo à l’Opéra Bastille et Thaïs de Massenet à l’Opéra allemand. « Nous avons eu beaucoup de chance », reconnaît Dupuis.

Eugène Onéguine

Le contrat avec l’Opéra de Montréal est né d’une suggestion de Dupuis. « Lors des Feluettes en 2016, j’ai discuté d’Onéguine avec [le directeur artistique de l’OdM]Michel Beaulac et j’ai demandé à mon agent de conserver la même plage horaire pour cet opéra », a déclaré Dupuis. Dupuis s’identifie au personnage éponyme maussade créé par Alexandre Pouchkine. « J’ai normalement du mal à jouer le rôle du mauvais gars, mais j’étais comme lui un temps. Il est jeune et quand on est jeune, on pense tout savoir. Il a tort de le penser, bien sûr, mais il croit qu’il n’a rien à apprendre. En gros, c’est un gars qui cesse de vivre. Il vit à la campagne et s’ennuie tout le temps. Après avoir tué [son ami]Lenski, il devient un homme différent, plus mature, un peu plus humble, mais pas beaucoup. Ce que j’ai le plus apprécié c’est que, quand il reverra Tatiana à la fin, une fin à la Hollywood les aurait habituellement [réunis], mais pas chez Pouchkine ou Tchaïkovski. Onéguine n’obtient pas ce qu’il veut. C’est de la tragédie russe. »

Car a chanté Tatania à de nombreuses reprises, même avec Dmitri Hvorostovsky à Londres dans la dernière production du défunt baryton russe. « Je pense que je m’identifie à elle, confie-t-elle. En vieillissant, votre relation aux personnages change également. Maintenant je comprends ses choix. Pourquoi Tatiana fait-elle cela ? Pourquoi ne retourne-t-elle pas auprès d’Onéguine ? Maintenant, je comprends vraiment les sentiments qu’elle a envers [son mari, le prince]Grémine et envers les agissements d’Onéguine à son endroit. »

« En termes de défis vocaux, c’est surtout qu’elle chante beaucoup. La scène de la lettre est très longue et dure environ 13 ou 14 minutes. Mais les scènes d’après sont très confortables pour ma voix et j’ai également pu les chanter avec Etienne. Tchaïkovski était intelligent. Rien ne reste trop haut perché pendant trop longtemps. Ça reste dans une région très aisée de ma voix, et il y a aussi de petites pauses, des intermèdes orchestraux de temps en temps, toutes les quatre minutes environ. Il y a une très belle page ou deux de musique orchestrale où Tatiana réfléchit, où elle a fini d’écrire la lettre et où elle est agitée. Nous l’entendons dans les vents, nous l’entendons dans l’orchestre. Le truc, c’est de profiter de ces moments pour observer votre souffle. »

« Je dois admettre que je n’y pense plus vraiment. Mon corps a tellement bien assimilé la scène maintenant, et je l’ai si souvent interprétée, que c’est vraiment dans la mémoire musculaire. La partie la plus difficile du rôle à présent est probablement le duo final avec Onéguine, surtout quand je le chante avec Etienne, parce que c’est tellement chargé, il y a tellement d’émotion. Mais j’ai eu l’occasion de le chanter beaucoup et avec d’excellents interprètes. Vous apprenez beaucoup des personnes avec lesquelles vous travaillez, des chefs d’orchestre aussi. Je suis ravie de jouer cela à Montréal. C’est comme mon baptême montréalais, n’est-ce pas ? »

Nicole Car et Etienne Dupuis dans Eugene Onegin de Tchaikovsky, Deutsche Oper Berlin. Photo: Bettina Stöß/Deutsche Oper Berlin

Pour Car, la décision de Tatiana de ne pas accepter les avances d’Onéguine est tout à fait compréhensible. « Je comprends pourquoi elle a choisi de rester avec Grémine, pourquoi elle a pris cette décision, dit la soprano. Elle a… une “vie confortable” ne serait pas la formule juste, mais elle ne veut pas vivre avec le chagrin qu’impliquerait le fait d’aimer un homme comme Onéguine. Les filles tombent habituellement amoureuses d’un gars à un moment donné dans leur adolescence. On sait que si le “mauvais garçon” revient, on passera sans doute une agréable fin de semaine, mais ça s’arrêtera là. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui feraient exactement le même choix qu’elle. »

Maturité vocale

Vocalement, autant Car, 33 ans, que Dupuis, 40 ans, sont à leur apogée. « La voix reste assez semblable, mais devient un peu plus large, un peu plus puissante avec l’âge, dit le baryton de son instrument. J’ai de meilleures notes basses, alors que les notes hautes sont les mêmes. La gamme résonne un peu plus. Comme un vin mûr. La tonalité est un peu plus punchée, métallique. »

Dupuis se souvient clairement de cette percée vocale : « Quand j’avais 24 ans à l’Atelier lyrique, j’en arrachais. [L’entraîneur vocal et chef du chœur de l’OdM] Claude Webster m’a dit de chanter avec plus de métal, mais je n’ai pas compris tout de suite. Puis, un jour, en tournée à Lamèque, j’ai atteint une note et j’ai eu une impression de bourdonnement. Je lui ai demandé : “C’est le son que vous recherchez ?” Et il a répondu : “C’est un très bon son.” Ma première réaction a été de me dire : “Mais c’est tellement laid, j’entends du bourdonnement et du métal.” Mais pour le public, c’est un son velouté. C’est comme ça que ça fonctionne. Si c’est beau pour vous, ce n’est pas forcément beau pour quelqu’un d’autre. » Dupuis a commencé à enseigner et trouve qu’il obtient de bons résultats en expliquant ce principe aux étudiants avancés.

Car, quant à elle, semble avoir eu une technique spontanée dès le départ. « J’ai eu un professeur de chant vraiment fantastique ici en Australie, dit-elle. J’ai eu beaucoup de chance, car les choses se sont mises en place très tôt pour moi vocalement. J’ai gagné un important concours ici à 21 ans, ce qui m’a donné les moyens de faire des études à l’étranger. [L’Opéra d’Australie] a changé de direction artistique quand j’avais 23 ans et le directeur artistique m’appréciait beaucoup. Il m’a placée dans le programme des jeunes artistes. Le timing et la chance y sont pour beaucoup dans une carrière. »

« J’ai eu deux grands moments décisifs. Le premier a été de gagner le Concours international de chant Neue Stimmen de 2013, et l’autre a été d’être dirigé pour mon premier Onéguine par [le directeur danois]Kasper Holten. Cela a m’a ouvert des portes à Covent Garden, à Paris et au Met, et partout ailleurs où nous chantons maintenant », révèle Dupuis.

Car estime que la voix féminine continue d’évoluer, au moins jusqu’à 45 ans. Elle a senti un changement après la naissance de Noah. « Vous avez tellement d’hormones qui circulent dans votre corps. Je pense que mon timbre s’est légèrement obscurci pour devenir un peu plus riche, mais au fond, tout cela dépend de l’énergie qu’on a. Une fois que vous donnez naissance à un enfant, vous pouvez respirer. Rien ne vous effraie après ça ! »

Le changement n’est pas seulement physique. « Je pense que le fait d’avoir un enfant vous permet d’avoir moins peur et d’explorer davantage ce que vous êtes capable de faire. Vous avez moins peur de faire des erreurs. Vous êtes plus à l’aise avec vous-même en tant que personne. Vous pouvez donc vous explorer davantage vous-même en tant que chanteur. »

En tant qu’interprètes de niveau mondial, Car et Dupuis sont déjà sous contrat pour les quatre ou cinq prochaines années. « Nous avons beaucoup de beaux premiers rôles de Verdi que j’ai très hâte de jouer, déclare Car. Et un peu d’opéra tchèque et un peu plus d’opéra russe. Mais au cours des dix prochaines années, j’aimerais vraiment commencer à faire plus de Puccini. J’ai joué un millier de Mimis et j’en jouerais volontiers encore, mais j’aimerais des personnages comme celui de Liù, dans Turandot et, dans dix ans, des rôles dans Tosca et dans Madama Butterfly. Ce serait génial. Mais je pense que pour le moment, ma voix est bien assise dans Verdi. C’est tellement bien écrit. J’aimerais aussi camper des rôles dans Otello et dans Il Trovatore. Ce genre d’opéra me transporte. »

Chanter ensemble

« La voix d’Etienne se dirige également vers ce répertoire de Verdi, ajoute Car. Elle devient plus imposante et plus belle. Il y a une grande part du répertoire verdien que nous allons pouvoir faire ensemble. J’aimerais le convaincre de chanter Scarpia si je chante Tosca. Nous aimons chanter ensemble. »

Quant à Dupuis, il ne peut pas envisager une meilleure partenaire de scène. « C’est extrêmement utile, dit-il de leur relation. Cela fait de nous de meilleurs interprètes. Je souhaite à chaque chanteur de trouver ainsi une personne de confiance, même si elle se trouve assise dans la salle. Ça se résume à plus de plaisir, plus de chimie instantanée sur scène. Je suis toujours à l’aise avec Nicole. Nous nous comprenons facilement, ce qui n’est pas le cas avec des personnes que vous venez de rencontrer. Elle est pour moi la personne idéale pour partager la scène. »

Etienne Dupuis et Nicole Car en 2019-20

Vos mélodies préférées

  • Nicole Car : « Septembre des Quatre derniers lieder de Strauss. C’est tellement beau, j’aimerais la chanter un jour, quand je serai prête. »
  • Etienne Dupuis : « Whither Must I Wander?, des Chants du Voyage, de Vaughan Williams. Je ne peux pas me l’enlever de la tête. »

www.nicolecar.com

www.etiennedupuis.com

Traduction par Andréanne Venne

 

 

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