Éditorial : septembre 2016

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La naissance de La Scena

La musique classique occupe une place importante dans ma vie depuis mon adolescence. Je me souviens que, lorsque j’ai commencé ma deuxième année de secondaire à l’Outremont High School, alors que tous mes copains prenaient des ateliers d’ébénisterie ou de mécanique, j’avais choisi musique en cours facultatif; je pensais en effet que la musique était la source d’inspiration de tous les arts. Au premier cours, notre professeure de musique, Violet Grant States, demanda aux élèves d’essayer les embouchures des instruments. J’ai essayé la flûte, la clarinette et même la trompette (instrument que tout jeune garçon rêve de jouer), mais aucun son ne sortait de mes lèvres ! Enfin, j’ai réussi avec le trombone à coulisse, mais hélas, mes bras n’étaient pas assez longs pour jouer toutes les notes ! Heureusement, Mme States est venue à ma rescousse avec un cor baryton dont elle a réparé le pavillon. Formidable compromis puisque l’embouchure était la même que sur le trombone et les pistons et les doigtés étaient les mêmes que sur une trompette.

L’été suivant, Mme States m’a conseillé de participer à un camp offert par les musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, dans l’est de la ville. J’étais trop timide et trop jeune pour comprendre quelle chance c’était et j’ai décliné son offre. Puis, après deux années de musique et de participation à l’orchestre de l’école, le programme de musique a été malheureusement supprimé à cause de coupes budgétaires et du peu d’inscriptions. Je faisais partie des coupables puisque, en troisième année, j’avais choisi le cours de géométrie déductive et non la musique. Par la suite, je me suis souvent demandé ce que Mme States était devenue. Des années plus tard, j’ai entendu sa voix à la radio, pendant un documentaire de la CBC sur Ethel Stark, chef fondatrice du Montreal Women’s Symphony Orchestra, et dont la Ville de Montréal a honoré la mémoire en donnant son nom à une rue. J’ai ensuite découvert que Mme States avait dû lutter pour réaliser son rêve de devenir musicienne et professeure de musique, ce qui n’était guère évident pour une femme noire dans les années 1930 et 1940 dans notre société. Au sein du MWSO, elle fut la première femme noire membre d’un orchestre à jouer au Carnegie Hall.

Quand j’ai commencé mes études en sciences pures et appliquées au cégep, le département de musique de Vanier était comme une oasis. Je me souviens d’avoir assisté à une répétition de la fanfare et de l’aria de la Suite pour orchestre no 3 de Bach qui m’avait remonté le moral. À cette époque, maestro Charles Dutoit était à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal lors de ses enregistrements remarquables sous le nouveau format numérique. Un des premiers enregistrements, qui a valu à l’OSM une récompense, la Symphonie fantastique de Berlioz, m’a aidé à supporter ces longues années solitaires de l’adolescence. Je me souviens aussi de la 9e de Beethoven par Mario Bernardi et l’Orchestre philharmonique de Calgary, en 1985, pour l’inauguration de la salle Jack Singer, dont je m’étais procuré un enregistrement que j’ai écouté encore et encore.

À l’Université McGill, j’ai redécouvert le plaisir de faire de la musique alors que, en deuxième année de génie, j’ai vu une affiche de la McGill Choral Society (MCS) qui se lisait comme suit :«Chantez-vous sous la douche?» J’ai ainsi découvert ma voix de baryton grâce à la directrice charismatique de cet ensemble, Mary-Jane Puiu, avec qui les répétitions du mercredi soir étaient un pur plaisir. À ma première année dans ce chœur de 80 chanteurs, en 1985, nous avons chanté les chansons habituelles pour SATB et des chants de Noël. Cette même année, en décembre, j’ai assisté, pour la première fois, au Messie de Haendel par l’OSM. Fasciné par l’Amen final par le chœur, j’ai demandé à Mary-Jane, qui faisait partie du chœur de l’OSM, si nous pouvions interpréter cet air à la MCS. L’automne suivant, la MCS interprétait en concert le Messie au complet, privilégiant la formule qui continue de faire ses preuves aujourd’hui : une œuvre classique majeure en première partie, suivie d’une œuvre plus accessible au grand public, en deuxième partie; le chœur est rapidement passé à 200 membres. Avec le chœur, j’ai chanté, entre autres chefs-d’œuvre, le Requiem de Mozart, le Gloria de Vivaldi et le Requiem de Brahms. À cette époque, j’étais également rédacteur adjoint de deux publications étudiantes et je me suis servi de cette expérience pour rédiger les programmes des concerts de la MCS.

Pendant ces années, j’avais un abonnement à l’OSM, alors sous la direction de maestro Dutoit. J’ai découvert les symphonies de Gustav Mahler et d’Anton Bruckner. C’était l’époque où les abonnés étudiants occupaient la rangée W avec les aînés; la salle était pleine alors. Lorsque je suis revenu à Montréal en 1992, après deux années d’études supérieures au Michigan, je me suis réabonné à l’OSM et j’ai retrouvé la rangée W, mais cette fois, à ma stupéfaction, les six rangées en avant étaient toujours vides. J’avais la nette impression que cette musique classique, que je chérissais tant, était en grand danger et que je devais faire quelque chose, même si je ne savais quoi.

J’ai ressenti alors le besoin d’arrêter mes études scientifiques et j’ai décidé de devenir chanteur d’opéra. Les deux années que j’avais passées à apprendre le chant avec Christopher Jackson (aujourd’hui disparu) au sein du chœur de l’Université Concordia (1988-90) furent le catalyseur. Un jour, Christopher me dit : « Tu devrais prendre des leçons de chant. » Alors que je lui faisais part de mes hésitations, Christopher a répliqué avec un petit sourire : « Tu sais, je ne dis pas cela à tout le monde. » J’ai pris sa remarque au sérieux et, deux ans plus tard, je décidai d’étudier le chant à temps plein à l’Université Concordia. Après avoir obtenu mon diplôme en deux ans, j’ai commencé la transition de baryton à ténor avec l’aide de mon professeur, la soprano Adrienne Savoie.

De par ma formation, j’ai abordé l’étude de la voix comme une science, assistant à de nombreux concerts et cours de maître afin de comprendre comment et de quoi est fait le son. Grâce à mon expérience en publication, j’ai tout naturellement dressé une liste de concerts et créé une infolettre en 1996, qui a été distribuée en version papier et envoyée par courriel. Devant la réaction positive de mes amis et connaissances, j’ai publié la première infolettre de deux pages format légal, officiellement appelée La Scena Vocale, en septembre 1996 : 300 copies pliées à la main. En l’espace de quelques mois, le tirage du magazine est passé à quelque 10 000 exemplaires et traitait non plus seulement d’art vocal, mais de tous les aspects de la musique classique. J’ai donc fondé l’organisme sans but lucratif La Scène Musicale qui avait pour mission de promouvoir la musique et les arts. Nous avons choisi un modèle de distribution contrôlée pour impliquer de façon démocratique tous les publics et partager la passion de l’expérience de la musique en concert.

Vingt ans plus tard, après avoir publié 210 numéros et distribué six millions de copies du magazine, avec un tirage de 25 000 exemplaires par édition, notre mission est toujours actuelle, puisque, malgré la précarité de leur avenir, les arts demeurent toujours aussi importants.

Gala du 20e anniversaire

Pour célébrer dignement notre 20e anniversaire, nous avons prévu une année de célébrations, avec, entre autres, un concert gala sur le thème de la relève. Je me souviens particulièrement du gala du 5e anniversaire qui avait été fixé au 12 septembre 2001. Le thème était «Le choix des lecteurs» et nos lecteurs avaient voté pour choisir les œuvres qui seraient interprétées par les artistes. Le gala mettait à l’affiche Daniel Taylor, Denis Brott, Donna Brown, Nathalie Paulin, Les Voix humaines, Julian Armour, et Marie-Nicole Lemieux accompagnée par Yannick Nézet-Séguin (la seule et unique fois où ils ont joué ensemble). Quand je suis arrivé au Centre Pierre-Péladeau pour notre test de son dans l’après-midi du 11 septembre, les tragiques événements du matin venaient de changer notre monde. J’ai consulté chaque musicien et nous avons décidé de dédier le concert du lendemain à toutes les victimes du 11 septembre. Ce fut probablement le premier hommage aux victimes à Montréal. L’émotion, sur scène comme dans la salle, était palpable, inoubliable.

Et voilà que cet automne, nous sommes de retour Centre Pierre-Péladeau pour le gala 2016 qui aura lieu le 24 novembre, avec des artistes aussi prestigieux qu’en 2001. Les prix des billets sont de 130$ (VIP, incluant une réception), 30$ (régulier) et 20$ pour les étudiants. Restez branchés pour plus de détails ou visitez www.lascena.ca.

maSCENA

Pendant tout l’été, notre équipe a travaillé fort sur notre nouvelle plateforme maSCENA.org, qui remplace notre site web, gagnant d’une récompense, SCENA.org, créé il y a vingt ans et qui a été le premier magazine entièrement gratuit sur internet. Notre but est d’offrir à nos visiteurs des nouvelles ciblées et des chroniques et critiques sur la musique classique et les arts en général.

Vos événements peuvent maintenant être inscrits directement en ligne à notre Calendrier des événements dont la nouvelle formule, très souple, permet d’accueillir tous les événements artistiques. Nous invitons toutes les organisations artistiques à créer leur propre compte et à inscrire leurs événements tout au long de l’année.

De plus, la plateforme maSCENA permet à ses utilisateurs de personnaliser leur profil afin de recevoir nouvelles et concerts adaptés à leurs intérêts sur leur page d’accueil personnalisée. Restez branchés pour plus de contenu à venir!

Nous sommes fiers d’accueillir au sein de l’équipe beaucoup de nouveaux collaborateurs venant de toutes sortes d’horizons et de saluer le retour de la chronique hebdomadaire de critiques de CD de Norman Lebrecht. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux collaborateurs et bénévoles pour rédiger des critiques de concerts, de CD et les actualités quotidiennes; si cela vous intéresse, veuillez nous envoyer un courriel à l’adresse: [email protected].

Pour célébrer le lancement de notre nouvelle plateforme et le début d’une nouvelle saison artistique, nous organisons un tirage pour gagner la discographie complète de Glenn Gould chez Columbia (coffret de 78 CD). Pour participer au tirage de ce coffret, d’une valeur de plus de 200$, suivez les indications ici. Le concours se termine le 21 octobre et le nom du gagnant ou de la gagnante sera annoncé dans notre numéro du mois de novembre.

La rentrée culturelle

Le violoniste James Ehnes, en couverture de cette édition de septembre, effectue actuellement une sorte de pèlerinage spirituel à travers tout le Canada pour son 40e anniversaire de naissance. Ehnes a déjà fait deux fois la couverture de notre magazine (en 1998 et en 2001) et nous sommes heureux de vous présenter un compte rendu de cette tournée pancanadienne.

Parmi les améliorations apportées, nous avons agrandi la taille de la police du calendrier régional afin d’en rendre la lecture plus aisée. Pour tous les détails de chaque événement répertorié dans le calendrier, veuillez consulter notre calendrier en ligne.

Dans cette édition, l’accent est mis sur la rentrée culturelle et je ne peux m’empêcher de penser, avec une certaine nostalgie, à tous ces jeunes musiciens et artistes qui découvrent le monde de la musique et des arts comme je l’ai fait naguère. Comme on dit, plus ça change et plus c’est pareil!

À toutes et tous, une très bonne rentrée musicale et artistique!

—Wah Keung Chan, Rédacteur en chef fondateur

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