Éditorial : juin 2016

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La conférence annuelle d’Opera America à Montréal en mai a suscité des discussions au sujet de l’avenir de l’opéra et, par extension, de l’avenir de la musique classique et des arts. Le thème «Stratégies globales, actions locales» semblait approprié pour une conférence tenue à Montréal et les 400 visiteurs ont été impressionnés par les divers succès de Juste pour rire et du Festival international de jazz de Montréal.

La séance intitulée «Electronic Media: a Strategic Imperative?» présentée par Rob Overman (directeur créatif de Stingray, fournisseur montréalais de produits et services multiplateformes en musique) a attiré mon attention. Bien que la production de vidéos d’opéra et d’autres arts de la scène pour la télévision, le Web et d’autres médias puisse être appropriée sur le marché européen, elle l’est moins pour le moment en Amérique du Nord, alors que les compagnies d’opéra nord-américaines sont menottées par des conventions collectives rigides. Selon Overman, l’offre de vidéos peut être un bon outil pour la valorisation d’une marque en rejoignant plus de spectateurs, mais elle n’est pas rentable. Si elle l’était, plus de compagnies passeraient au numérique pour attirer de nouveaux publics. Pour sa part, Serge Poisson-de-Haro, professeur à HEC, doute fort qu’on puisse attirer de nouveaux amateurs grâce à la consommation d’opéra sur des tablettes de dix pouces. «Il faut quelques années pour éduquer de nouveaux publics, a-t-il ajouté. C’est en salle qu’on éprouve des frissons.»

Depuis quelques années, l’élargissement du public constitue l’une des principales préoccupations des compagnies d’opéra. Les compagnies nord-américaines ont tendance à présenter de nouveaux opéras, en espérant rejoindre des publics plus jeunes et les initier à la musique d’aujourd’hui. Dans son article «Rebalancing the Portfolio» paru dans le numéro du printemps du magazine Opera America, Robert Marx relève que depuis 2000, les compagnies professionnelles d’opéra en Amérique du Nord ont produit presque 400 œuvres nouvelles, soit une moyenne de 25 par année. Cela peut constituer une manne pour les compositeurs, mais je me demande si les efforts et les coûts donnent des fruits, puisque les publics d’opéra continuent de diminuer. Surtout, combien de ces 400 œuvres nouvelles survivront-elles à l’épreuve du temps?

À une séance du samedi, «Global to Local – Strategies for Opera», les désaccords entre les panélistes se sont poursuivis. Bernard Foccrouille, directeur général du Festival d’Aix-en-Provence, a défendu l’idée que l’opéra ne devrait pas être vu comme du divertissement, mais comme une forme d’art, alors que le directeur général de l’Opéra de Montréal Pierre Dufour n’était pas du tout du même avis. Peu importent les mots, l’essentiel est de trouver des moyens d’attirer plus de monde à l’opéra.

Des œuvres nouvelles ont été présentées tout au long la conférence, en commençant par The Trials of Patricia Isasa de Chants Libres (voir en ligne la critique élogieuse de Kiersten van Vliet de La Scena). Vendredi soir, j’ai regardé en ligne l’échantillon des nouvelles œuvres et j’ai assisté à la première mondiale des Feluettes de Kevin Marsh créé par l’Opéra de Montréal (voir également en ligne). Je suis sorti des Feluettes content d’avoir vu un drame fort bien mené qui racontait une histoire d’amour poignante tout en mettant en lumière la torture de la répression de l’homosexualité. Il manquait par contre des moments musicaux mémorables, ces grands airs et duos d’amour qu’on se remémore en rentrant à la maison.

De même, des extraits de six nouvelles œuvres canadiennes et américaines dans l’échantillon de vendredi ne m’ont laissé aucun souvenir inoubliable, même si j’ai aimé les intrigues. J’ai préféré les œuvres américaines parce que le chant m’a semblé plus détendu, la ligne vocale semblant mieux adaptée à la voix des chanteurs américains. Autrement dit, en comparaison, les chanteurs canadiens avaient tendance à forcer la voix, sans doute parce que la musique était dans un registre trop élevé. Est-ce la faute des chanteurs ou des compositeurs? m’a-t-on demandé. Pour ma part, je blâme carrément les compositeurs, qui n’ont pas compris que la plupart des nouvelles œuvres sont chantées par de jeunes chanteurs moins expérimentés. Je rappelle que Purcell a écrit Didon et Énée en 1688 pour une école de filles, créant des arias magnifiques dans une tessiture aisée, ce qui explique pourquoi l’œuvre est encore jouée aujourd’hui, souvent en milieu d’enseignement.

Ce que je retiens en premier lieu de cette conférence d’Opera America, c’est que, même si les compagnies d’opéra nord-américaines font bien tout ce qu’il faut pour attirer un public plus jeune avec de nouvelles œuvres, le maillon faible demeure les compositions. Les compositeurs du XXe siècle et ceux qui les ont suivis ont boudé l’idée même d’écrire une bonne mélodie, recherchant l’originalité formelle. Une telle approche, qui fait fi des sensibilités de l’auditeur, ne peut qu’éloigner les publics. Sans musique émouvante, si vague cela soit-il, j’ai bien peur que les nouveaux opéras seront vus comme de simples divertissements passagers par les plus jeunes et qu’ils n’en deviendront jamais de véritables amateurs d’opéra. Je mets donc les compositeurs d’aujourd’hui au défi de se mettre à mieux connaître leurs publics et à écrire pour eux, comme les grands compositeurs du passé ont créé des œuvres encore pertinentes. En matière de pertinence, tant les compositeurs que les compagnies d’opéra devraient s’inspirer de Ned Canty, directeur général d’Opera Memphis, dont le programme «30 Days of Opera» amène littéralement le beau chant et de grands opéras dans l’espace public: concerts gratuits (d’arias-éclair aux opéras pour enfants) dans la rue, les bibliothèques et les marchés partout à Memphis. De dire Canty: «Chaque présentation est une invitation.» Dans notre numéro de septembre, nous jetterons un regard plus particulier sur la situation de l’opéra au Canada.

Ce numéro comprend notre 20e Guide annuel des festivals d’été canadiens, recensant maintenant plus de 400 festivals en musique classique, opéra, jazz, musique du monde, folk, pop, country, théâtre, danse, arts visuels, cinéma et littérature. On voit pourquoi le Canada est maintenant vu comme le pays des festivals ! Christopher Plummer fait la couverture de notre édition en anglais et en interview, il parle de son amour de la musique qui se révèle dans son nouveau programme mariant Shakespeare et musique. La couverture de l’édition en français affiche Rufus Wainwright qui interprète des parties de son opéra Prima Donna à Montréal dans le cadre du Festival de jazz de Montréal. Nous avons augmenté la taille de la police pour faciliter la consultation.

En préparation de la 20e saison de La Scena Musicale, un véritable exploit, nous sommes heureux de lancer notre nouveau site Web maSCENA.org le 7 juin, grâce à une subvention du Fonds du Canada pour les périodiques. Non seulement le nouveau site profitera-t-il de la plus récente technologie pour améliorer notre site de nouvelles primé, mais il vous permettra de créer votre propre expérience des arts en personnalisant votre page de nouvelles, de critiques et d’événements. Les utilisateurs pourront en outre créer un profil personnel pour laisser des commentaires et critiques. Veuillez nous appuyer en passant par notre campagne de sociofinancement afin de nous aider à promouvoir la musique classique, l’opéra, le jazz et les arts et à toujours mieux vous servir.

Ma foi, comme le temps a passé depuis le jour où notre magazine est né d’un petit bulletin que j’ai écrit et distribué partout en ville en 1996! À l’automne, nous célébrerons le 20e anniversaire de La Scena Musicale avec un gala consacré aux étoiles montantes. Vous aimeriez vous joindre à notre comité de collecte de fonds? Veuillez communiquer avec nous par courriel à [email protected].

Au nom de notre équipe d’employés et de bénévoles dévoués, je vous souhaite à tous un bel été plein de musique et d’art.

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