Éditorial de la rédaction

0

Lorsque j’ai suivi le cours Musique du XXe siècle du professeur Kevin Austin à l’Université Concordia en 1994, il nous a confié que la musique de Richard Wagner et ses centres de tons changeants rendaient l’idée d’une tonalité obsolète. L’innovation de Wagner a inévitablement mené à la musique atonale et à l’idée que chacune des douze notes d’une gamme musicale pouvait être traitée également. Des générations de compositeurs ont ensuite essayé de trouver la prochaine grande révolution de la composition musicale. En 1921, Arnold Schoenberg conçut la technique des douze tons qui conduira au sérialisme, à la musique stochastique, à la musique aléatoire, etc. Il me semblait que chaque cours nous révélait une nouvelle méthode de composition qui progressait par rapport à la dernière. Mais est-ce que nouveau signifie toujours mieux ?

Venant du monde de la recherche mathématique et scientifique, j’ai vu les parallèles. Comme en mathématiques, la musique est devenue une partie intégrante de la recherche d’une institution d’enseignement en quête d’une meilleure méthode de composition, peut-être une théorie unificatrice de la musique, une recherche au nom de la recherche. Les compositeurs d’aujourd’hui ont suivi ce curriculum.

Mais les mathématiques et les sciences ont toujours eu pour objectif de résoudre les problèmes de la vie. En 1637, lorsque le mathématicien français Pierre de Fermat écrivit dans les marges de son exemplaire d’Arithmetica : « J’en ai découvert une démonstration véritablement merveilleuse, que cette marge est trop étroite pour contenir », il a mobilisé des générations de mathématiciens pour résoudre finalement « le dernier théorème de Fermat » en 1995. Au cours de ces 358 années, ce problème a inspiré de nombreuses théories et méthodes qui sont utilisées pour résoudre ce problème et d’autres. Quels problèmes les compositeurs d’aujourd’hui tentent-ils de résoudre ?

La musique a pour caractéristique unique de stimuler notre audition (médicament pour l’âme humaine). Une pièce de musique est destinée à être entendue. Il me semble que le but premier d’un compositeur devrait être de créer le prochain grand chef-d’œuvre musical. L’adage selon lequel vous connaissez un chef-d’œuvre lorsque vous le voyez s’applique également à la musique avec le test de l’écoute. Au cours des cent dernières années de composition musicale, l’auditeur/public a été absent.

Il y a plusieurs années, un de mes collègues journalistes a interrogé un compositeur canadien de premier plan sur la mélodie. Sa réponse, « Nous sommes allés au-delà de cela », est à la base de la mentalité des compositeurs d’aujourd’hui. J’ai toujours pensé que les grands compositeurs (comme Beethoven et Mozart) entendaient la musique dans leur tête avant de la mettre sur papier. Pourquoi alors avons-nous besoin de « nouvelles » méthodes de composition ?

Les grands compositeurs du passé ont toujours été motivés par l’économie. Bach a composé pour l’église, Salieri et Haydn et d’autres pour la cour, Haendel fut le premier entrepreneur à vendre des billets, Mozart a composé pour la cour et pour des commandes. Au 19e siècle, les compositeurs tiraient des revenus des partitions.

Aujourd’hui, mise à part la composition de musique de film, il ne semble pas y avoir d’incitation à faire appel au public. Les emplois d’enseignant dans les collèges et universités sont bien payés. Les concours de composition et les subventions accordées par les conseils des arts sont jugés par d’autres compositeurs perpétuant cette « culture de l’innovation ». La plupart des « nouvelles » compositions sont jouées une fois et payées une fois. Pas étonnant que la question principale dans les cercles de la (recherche en) musique contemporaine soit « où est le public ? »

Ce numéro de février/mars est un spécial sur la musique contemporaine qui coïncide avec le festival biennal MNM. Notre comité de rédaction a appliqué le test de l’écoute pour choisir le compositeur Samy Moussa en couverture. Notre magazine artistique met l’accent sur le cinéma, mettant en vedette Philippe Lesage et son film Genèse. L’éducation est représentée par notre 22e Guide d’éducation d’été.

Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.