Éditorial : avril 2016

0
La Scena Musicale's Discovery Box

Le point culminant de ce mois de février a été, sans aucun doute, le retour triomphal du maestro Charles Dutoit pour un concert avec l’Orchestre symphonique de Montréal, qu’il dirigeait pour la première fois depuis 2002, année de sa démission inattendue dans un contexte d’allégations de harcèlement au travail de la part de certains musiciens. 

À l’annonce de ce concert dans le cadre du Festival Montréal en lumière, il y a un an, les billets se sont envolés en quelques jours. Les musiciens de l’orchestre attendaient également ce retour : seuls six des soixante-six musiciens qui étaient là au moment de la démission de Dutoit ont choisi de ne pas participer à ce concert.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis et, à en juger par l’extraordinaire exécution musicale, les interactions sur la scène et l’énorme ovation du public à la fin, il est clair que cette histoire appartient désormais au passé. On ne peut s’empêcher de voir dans cette situation une ironie toute wagnérienne : Dutoit a quitté l’OSM six mois avant son 25e anniversaire à la tête de l’orchestre, et le projet de nouvelle salle de concert qu’il a supporté pendant 20 ans, a finalement vu le jour. Je me suis demandé ce qu’il ressentait alors qu’il dirigeait l’orchestre pour la première fois à la Maison symphonique. A-t-il été satisfait de l’acoustique ?

L’orchestre a fait retentir un son rarement entendu dans cette salle. Malgré certaines difficultés d’exécution dans le concerto de Beethoven, joué passionnément par Martha Argerich, Petrouchkade Stravinsky, La Valse de Ravel et, en rappel, une version raccourcie du Boléro de Ravel, ont ébloui la salle.

Dutoit et moi

Dans les années 80, l’enregistrement de la Symphonie Fantastique de Dutoit et l’OSM, sur étiquette Decca, lauréat d’un prix, m’a accompagné et soutenu tout au long de mes études au Cégep et à l’université. J’avais acheté un abonnement à prix étudiant et avais ainsi été initié à certaines œuvres de Mahler et Bruckner. Dans les années 90, j’ai été convaincu de son génie lorsque je l’ai entendu diriger la Symphonie Fantastique lors du Festival Mozart Plus à la Basilique Notre-Dame, dans une interprétation plus lente et romantique parfaitement approprié à une chaude soirée d’été. J’ai découvert son secret lorsque j’ai joint le chœur de l’OSM : la façon inhabituelle de Dutoit de battre la mesure forçait les musiciens à rester vigilants. Je me souviens avec fierté d’avoir participé à l’enregistrement des Troyens, qui allait gagner une récompense, et mon souvenir le plus merveilleux sur scène est Jeanne d’Arc au Bûcher.

Avec la création du magazine La Scena Musicale, j’ai eu l’occasion de parler au maestro pendant ses conférences d’avant concert; lors d’un trajet vers Lanaudière alors que je l’interviewais pour le numéro de LSM de septembre 2000, dont il faisait la couverture, il avait déclaré : « Cela prend longtemps pour construire un orchestre et un rien de temps pour le détruire ». À en juger par la performance de l’orchestre sous sa direction en février dernier, l’héritage qu’il a laissé en partant est encore bien vivant. 

Depuis quelques années, Charles Dutoit a été un Ambassadeur de La Scena, apportant soutien et aide à l’organisme. Il nous a même donné la baguette avec laquelle il a dirigé des concerts en 2013 à Saratoga avec Lang Lang et Yo-Yo Ma, qui sera mise aux enchères le 15 mai dans le cadre de notre campagne de financement (visitez www.lascena.ca). Dans une entrevue accordée la semaine dernière au Cambridge News le chef confiait que son compositeur préféré était Bach. Qui aurait pensé cela de la part d’un chef qui a passé sa vie à promouvoir le répertoire français et classique ? 

Votre magazine des arts et de la musique au Québec

Le numéro avril/mai de la revue comprend également un portrait de la chef d’orchestre Dina Gilbert, en couverture de LSM, tandis que vous retrouverez l’écrivain Yann Martel à la une de La SCENA. Avec ses 72 pages, cette édition vous offre un tour d’horizon complet de la présente saison musicale et artistique, des entrevues, notre guide des festivals de printemps et la première d’une nouvelle série de chroniques « l’Art de vivre ».

A tous, un joyeux printemps artistique et musical !

La Scena Musicale - Coffret Découverte
Partager:

A propos de l'auteur

Laissez une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.